La sieste, ce délicieux moment où on appuie sur la touche « pause » dans une journée n’est pas seulement qu’une courte interruption, c’est aussi un art de vivre. Un art qu’il m’a fallu pas mal de temps à maitriser et que je ne pratique qu’au dessus des 28 degrés à l’ombre. Je m’explique…

Vous vous souvenez de vos maternelles ? Vous vous souvenez de ce moment après le déjeuner où les instit’ vous forçaient à appuyer la tête sur vos bans et à essayer de dormir. Je détestais çà ! Je n’arrivais jamais à m’assoupir, mon cerveau était tout le temps en train de cogiter. Mais comme j’étais une petite fille sage et disciplinée, je fermais les yeux et tentais de faire passer le temps en me racontant des histoires. Je dois sans doute ma capacité à l’imagination à toutes ces heures de grand rien.

Dès notre premier voyage en Italie, mon frère et moi avions été prévenus : ici, tout le monde fait la sieste ! Et même que les magasins sont fermés tout l’après-midi. Ce qui me semblait une aberration allait bientôt devenir une chance ! Mon petit frère et moi nous échappions de la maison pendant que tout le monde se reposait pour découvrir un village vidé de ses habitants. Nous parcourions ses rues, contents de ne croiser personne à qui nous aurions dû expliquer encore une fois qui nous étions dans le peu d’italien que nous connaissions. On allait se réfugier dans la fraîcheur de l’église où nous jouions à faire la messe ou à fureter dans les trésors cachés au balcon comme les décorations de Noël ou de Pâques. Une fois que nous nous étions bien amusés, nous revenions la bouche en coeur à la maison, quand tout le monde se réveillait.

Ce n’est qu’une fois adulte que j’ai commencé à m’adonner à la sieste. Premièrement, ça faisait passer le temps. Dans un village où il n’y a pas grand chose à faire, sauf à profiter du calme, c’est assez appréciable. Deuxièmement, pourquoi s’agiter alors que tout est calme autour de vous ?

Alors une fois la vaisselle faite, je prends possession du divan du salon, place stratégiquement un coussin près de la fenêtre et commence mon petit rituel. Car oui, la sieste a besoin d’un rituel : certains regarderont un peu la télé avant de définitivement somnoler, d’autres liront quelques pages d’un bouquin, histoire de se déconnecter de la réalité avant de fermer les yeux. Et il y a évidemment la bonne vieille « sieste crapuleuse », quand la chaleur de l’après-midi fait bouillir les sens : endormissement garanti !

De mon côté dans le salon, tout est calme, seul le tic-tac du réveil, les gazouillis des oiseaux et le bruit des cigales forment comme un bruit de fond. A travers la petite ouverture de la fenêtre, un petit vent chaud vient caresser mon visage, comme un souffle ami. Peu à peu, mon esprit commence à battre à la campagne. Je songe aux pages que je viens de lire, à la personne que je viens d’embrasser, à ce que je vais faire quand je vais me réveiller, ou au programme de demain. Peu à peu, j’impose le calme à ce maelström cérébral. Comme un vent qui vient chasser un ciel chargé de nuages pour faire place à un ciel azur où rien n’attache le regard. Et comme des nuages qui disparaissent de mon champs de vision, mes pensées deviennent de moins en moins cohérentes jusqu’à ce que le vide se fasse.