Faire du vélo, découvrir la campagne tournaisienne ET boire de la bière avec Bike & Beer ??? Comment résister à une telle proposition ! En bonne semi-Belge et petite fille de tenancière de café (on peut même dire que j’ai été baptisée à la bière puisque la fête du dit-baptème s’est déroulée dans le café), je ne pouvais pas faire l’impasse sur ce genre d’activité ! Si en plus le vélo en question est avec assistance électrique, c’est top ! Après avoir passé la journée de la veille à visiter Tournai, j’ai besoin d’action. 

A bicycletteeeeeuuuh

En fin de matinée, je me rends à l’office du tourisme pour aller chercher mon vélo (vous pourrez en louer un auprès d’eux). Normalement, le départ se fait à la piscine de l’Orient, juste à la sortie de la ville. On me confie donc la bécane, le nécessaire pour brancher la batterie du vélo une fois arrivée et en selle !

Le principe est tout simple : muni.e de votre carte, il suffit de suivre les points-noeuds qui y sont mentionnés.

Pour aller plus loin
Qu’est-ce qu’un réseau à points-noeuds ? Il s’agit d’un maillage de voiries à destination des cyclistes. A chaque carrefour ou embranchement, on trouve un panneau numéroté et qui sert de balise pour diriger le cycliste. Il suffit simplement de suivre les numéros mentionnés sur la carte les uns à la suite des autres pour arriver à destination. La Wallonie picarde a été la première région du Hainaut à terminer son maillage et je dois dire que c’est plutôt plaisant de se diriger comme ça sans avoir peur de se tromper. Seul inconvénient, il faut souvent s’arrêter pour être sûr.e de suivre le bon numéro (les panneaux sont nombreux quand même) mais, j’ai appris depuis que pas mal de cyclotouristes portent une petite lanière avec une carte où sont notés tous les numéros de points-noeuds et que l’on peut regarder tout en roulant. Le but de Bike & Beer est d’arriver à la célèbre Brasserie Dubuisson avant 15h, pour la visite du jour (il n’y en a qu’une, il ne faut donc pas la louper).

D’abord, il faut sortir d’une Tournai en travaux. Pour coller au plus près de l’expérience, je me rends à la piscine de l’Orient et prends un peu de temps pour décider de l’itinéraire. Il existe trois routes pour Bike & Beer : une longue, une moyenne et une courte. Le choix sera vite fait : ce sera la route moyenne qui traverse la campagne à l’aller et la courte au retour, qui se passe au fil de l’eau. Quelques minutes plus tard, j’ai quitté la grand route et me voilà pédalant au soleil à travers les doux paysages du tournaisis. Ici, les routes ne sont plus qu’à une voie, les voitures sont rares et on profite avec joie des prairies, des champs et des bocages : plaisirs simples ! De temps en temps, on traverse quelques villages. Rumilies, Havinnes, Beclers, Maulde, Barry s’égrènent au fur et à mesure des coups de pédale. Vous croiserez aussi ces fameuses petites chapelles si typiques de la région. Installées aux croisements des chemins, elles sont souvent construites à l’ombre d’arbres centenaires, souvent un chêne ou un châtaignier.

 

Le joli Verger du Barry

L’itinéraire moyen a une belle particularité, celle de passer par les Vergers de Barry, une exploitation très connue pour ses pommes, poires, fraises, cerises mais aussi coings. On peut y acheter fruits frais et jus pressés bios directement au verger, mais ils ont également un distributeur disponible à toute heure quand le point de vente est fermé. En cette fin d’été, les premières pommes et poires sont d’ailleurs bien rangées dans le distributeur. Les autres sont sagement en train de murir sur les petits arbres et avec un si bel été, la récolte promet d’être miraculeuse !

 

Visite et dégustation à la Brasserie Dubuisson

Encore quelques kilomètres et me voilà à Pipaix, village de la Brasserie Dubuisson. Loin de ressembler à un endroit industriel, on dirait plutôt une grande ferme perdue dans la campagne, c’est à l’intérieur que les choses se cachent ! La Brasserie Dubuisson, c’est la plus ancienne des brasseries familiales de Wallonie encore en exercice. Elle fête d’ailleurs cette année ses 250 ans ! Déjà, les aïeux du fondateur brassaient la bière sur le domaine de Ghissegnies dont le château se trouve de l’autre côté de la route. Ironie de l’histoire, la brasserie venait juste d’acheter le château lors de mon passage. La brasserie a survécu à la Révolution française, aux deux Guerres Mondiales et elle est connue pour produire les plus fortes des bières qu’on puisse trouver facilement (la Bush Caractère, la bière phare de la marque développée sur le goût anglais en vogue dans les années 30, titre à 12%).

C’est aussi la brasserie Dubuisson qui brasse la Cuvée des Trolls, une gamme plus légère de bières et elle a également crée deux micro-brasseries à Louvain-la-Neuve et à Mons. Bref, cette vieille dame ne tient pas en place et je vais vite le découvrir pendant la visite !

C’est ici que vient mon premier accroc. J’arrive bien à l’avance au restaurant de la Brasserie (parfait si vous avez une fringale après votre balade en vélo qui dure quand même bien deux heures et demie sans trainer) et achète mon billet pour la visite (7 Euros) mais quand je demande s’il y a un endroit où je peux charger mon vélo, on m’oppose un refus net. Rien n’est prévu pour ça alors que la brasserie est le but de l’expérience « Bike & Beer ». Il n’y a pas non plus d’endroit sécurisé dédié aux vélos, juste un parking pour voiture. Ça fait un double problème : la batterie du vélo est déjà quasi épuisée et mon vélo est exposé à la vue de tous ! J’ai beau tourner autour et chercher une éventuelle prise qui trainerait à l’extérieur, rien ! Par contre, j’arrive à trouver un endroit un peu isolé pour garer le vélo en relative sécurité, du côté des cuisines. C’est donc un peu frustrée que j’aborde cette visite guidée. Pour tout vous dire, j’en ai parlé avec la guide à la fin du tour, puisque notre avis nous était demandé avec un questionnaire, et peut-être que les choses changeront très vite.

 

En attendant, me voilà dans un groupe d’une vingtaine de personnes prêtes à découvrir les installations flambant neuves de la brasserie et c’est assez impressionnant ! Combinant vieux bâti (avec l’ancien corps de ferme qu’elle était) et architecture moderne, la taille de la brasserie est étonnement modeste quand on sait que la Bush se trouve assez facilement dans le commerce et dans les bars. Le seul moment où on se rend compte de la masse de bières produites, c’est quand nous passons du côté des stations de lavage des bouteilles et d’embouteillage. Notre guide, qui est une employée de Dubusisson, nous fera aussi voir le lieu des nouvelles expériences de la brasserie : celle du mûrissement de leurs bières dans des fûts pour créer des bières d’exception : les 3 Bush (Caractère, Triple et de Noël) sont muries en fûts de chêne, en fûts de vin de Charmes Meursault et même en fût de Nuits Saint-Georges afin d’y développer de nouveaux arômes. Malheureusement, ces bières de prestige ne sont pas au menu de la dégustation finale. 😉 😉 😉

Le long de l’Ancien Canal Pommeroeul-Antoing et de l’Escaut

C’est donc légèrement enivrée, avec un vent de face et une batterie quasi à plat que je reprends la route pour rejoindre Tournai avant 19h : c’est parti pour une course contre la montre ! Après un court morceau à travers la campagne, j’ai vite fait de rejoindre les bords de l’ancien canal de Pommeroeul-Antoing.

Le chemin ne pourrait pas être plus différent de l’aller. Nous sommes ici sur un chemin de halage au bord de l’eau. Pas de risque de croiser des voitures ici mais par contre, on y trouve pas mal de promeneurs ! Ce qu’il y a de chouette sur ce parcours, c’est qu’il est en grande partie ombragé : on passe par un petit bois et les berges du canal sont bordées d’arbres. C’est joli, romantique avec le petit air nostalgique qu’ont ces canaux à présent abandonnés. La quiétude sera seulement brisée au moment d’arriver au Grand Large de Péronnes. Ce grand centre nautique est justement en pleine effervescence : nous sommes samedi mais en plus, il fait beau et doux alors ce soir, c’est course de jet-skis ! En plus de tout ça, c’est un tout un club de motards qui s’est donné rendez-vous à la buvette du Grand Large et un parfum d’americana, de cuir et de chrome flotte dans l’air.

 

Je me serai bien attardée pour boire un verre mais je n’ai absolument pas le temps. Je souffre un peu à vrai dire… J’essaie d’utiliser ce qui reste de batterie avec parcimonie, pour m’aider en cas de passage un peu plus compliqué mais un vélo à assistance électrique pesant plus lourd que la normale, c’est doublement plus dur qu’avec un vélo normal… Comme avec les soubresauts de la route, le sac en carton qui contient la batterie est prêt à lâcher (je n’avais pas prévu qu’il n’y aurait pas de panier pour mettre un petit sac et n’ai pas voulu m’encombrer de mon sac à dos), mes mains sont crispées sur le guidon pour essayer d’éviter le pire. Bref, tout trace d’alcool a été rapidement brûlée par l’adrénaline !

A partir du Grand Large, je retrouve les quais de l’Escaut. De l’autre côté du fleuve, un château se dresse : c’est celui d’Antoing. Ce qui signifie que je ne suis plus très loin de l’arrivée. Le Château d’Antoing est celui de la branche cadette des Princes de Ligne. Avec sa tour élancée, il a plus l’air d’un château de compte de fée que celui de son illustre cousin et il donne bien envie de le visiter aussi. Ce sera pour une autre fois, juste le temps de prendre quelques clichés et je remonte en selle pour les derniers kilomètres. La dernière centaine de mètres est d’ailleurs épique : les deux lanières du sac finissent par craquer et je termine mon aventure à bicyclette pied-à-terre, essoufflée, avec la batterie qui rend définitivement l’âme après un dernier sprint. J’ai juste le temps de récupérer mon sac à dos grâce à Noémie de l’office du tourisme et de me dépêcher d’aller m’écrouler, en nage, sur la banquette du train pour Bruxelles.

Quand le train s’ébranle, pendant que je bois à grande gorgée la bouteille d’eau glacée que j’ai tout juste eu le temps de soutirer à un distributeur, je me remémore ces deux journées plus que bien remplies à Tournai avec une nouvelle appréciation de cette ville que je pensais endormie mais qui doucement, semble sortir de sa torpeur.

Cette balade tournaisienne a été organisée en collaboration avec Visit Tournai, mais les opinions de l’auteure restent libres.
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