- Manama , Bahreïn -

September 2013

Un aperçu du Bahreïn : le souk de Manama

Manama, Bahreïn

Il y a comme un petit parfum d’école buissonnière dans le lobby d’un palace bahreïni. Après près de 10 jours à avoir bossé entre les 4 (TRES grands) murs du dit Palace, 3 jeunes femmes s’apprêtent à sauter dans un taxi pour lever une partie du voile sur la ville  qui nous narguait depuis le cinquième étage de nos chambres. Jusqu’ici, elle n’était qu’un mirage au loin, noyée dans un ciel blanc de chaleur. Cette ville, c’est Manama, capitale du Bahreïn.

Oui, dix jours presque que nous sommes ici et çà y est, le taxi arrive lentement, dans la chaleur étouffante de la péninsule arabique, pour nous emmener à la porte Bab-al-Bahrain, l’entrée du vieux souk de la ville. Et quelle drôle de ville! Le Bahreïn a une histoire plusieurs fois millénaire et pourtant, tout y est nouveau. Manama fut longtemps un port de pêcheurs. Non seulement on y pêchait le poisson mais surtout, l’île de Bahreïn était (et est toujours) connue pour ses perles. Et puis est arrivé le pétrole et le gaz, le boom économique. La petite ville s’est développée! Certes moins riche que ses voisins saoudiens ou qataris, le Bahreïn a plus d’argent qu’il n’en faut pour financer de grands projets et comme (presque) partout dans ce coin du globe, les immeubles rivalisent d’audace pour affirmer la gloire et la richesse du pays. Une richesse qui ne profite pas à tout le monde. Les tensions politiques qui datent du printemps arabe sont encore vives… mais nous sommes là. Et belles-et-bien là pour se plonger dans un cliché de la Manama du passé (il n’en reste presque rien): son souk.

Manama, Bahreïn

Manama, Bahreïn

Le taxi, en costume traditionnel, nous conduit silencieusement vers notre destination. Un taxi silencieux, c’est rare… Je ne m’en formalise pas trop. Ce n’est pas la première fois que je me rends dans la région et même si le Bahreïn est plutôt ouvert, si un chauffeur est plus ou moins religieux, il vous adressera à peine la parole, si vous êtes une femme seule ou a fortiori un groupe de femmes.

Nous filons vers la ville sur de grandes avenues à l’américaine et enfin, nous y voilà: Bab-al-Bahrain… “La Porte du Bahreïn” qui semble séparer le souk du reste du monde.  A l’intérieur même de cette immense porte, il y a une espèce de centre commercial, tout blanc et aéré où se mélangent boutique de parfumerie, d’artisanat et pâtisseries/café à l’occidentale. Nous passons rapidement pour nous enfoncer dans le dédale de rues étroites du souk. Inutile de songer y aller avant 16 heures. Le souk est ouvert le matin de 11 à 13 heures puis ferme pour éviter les plus grosses chaleurs. Il rouvre vers 16 heures et là, soudain, nous voilà transportées dans un autre monde… Dans ses rues étroites des étals proposent de tout: du t-shirt à 1 euro, aux tapis d’Orient, en passant par les bijoutiers, les parfumeurs, les épiciers… Certains secteurs sont réservés à un type de commerce, d’autres sont mélangés. Il y a quelques touristes, des hommes en shorts en sandales, des Bahreïnis en costumes traditionnels, des femmes en abayas, petites formes noires qui semblent plus flotter que marcher, quelques enfants mais la majorité des visages des commerçants, eux, ne sont pas Bahreïni. Ils viennent plutôt de Chennai ou de Lahore.  Vous croiserez sans doute beaucoup plus d’Indo-pakistanais à Manama que de Bahreïni. Comme partout dans le Golfe, la majorité de la population est étrangère et les petits commerçants, restaurateurs et ouvriers sont tous venus chercher fortune ici.

Malgré le monde, il y a un sentiment de calme dans le souk. La lumière y est tamisée par de grandes toiles qui vous protège du soleil. Au détour d’une ruelle, nous tombons sur la partie “marché aux épices” du souk. Les poudres ont des couleurs de pierres précieuses réduites en poudre. Le jaune de la moutarde, l’orange du curry, le rouge du curry du Cachemire, le blanc du sel au citron… Je hume des odeurs inconnues et dévaliserai bien ces boutiques mais mes collègues sont déjà loin devant, à la recherche des fameux bijoux  La lumière du ciel devient orange-rose… une drôle de couleur qui rappelle des dunes au coucher du soleil. Au fur et à mesure de nos déambulations, nos regards sont attirés par une petite boutique à l’intérieur tout en bois. Un homme d’un âge indéfinissable, habillé de blanc, est sur le pas de sa porte, un sourire tranquille sur le visage. C’est ce sourire qui nous fera entrer dans sa boutique. A l’intérieur, les étages sont remplis à rabord par les parfums arabes, huileux et capiteux, entêtant les huiles essentielles, les morceaux d’encens, les remèdes traditionnels et les crèmes pour le corps. Avec patience et bonté, le maître des lieux nous expliquera tout ce que nous voulons savoir sur les produits qui nous intéresse, sans se départir de son sourire et de sa patience avec ces Occidentales qui l’accaparent un peu.

Manama, Bahreïn

Manama, Bahreïn

Manama, BahreïnAprès une grosse demie-heure passée dans le magasin, nous réglons nos achats et nous arrivons dans la partie du souk qui semble consacrée aux bijoutiers. Ici,Persans et Indiens se partagent le marché. Nous nous enfonçons dans une boutique… L’or, l’argent, les perles et la nacre sont les rois, dans un design à la fois fin et organique, presque comme de l’art nouveau. Je craque pour un bracelet en argent avec une pièce en nacre au milieu. Je regarde “gardienne-des-cordons-de-la-bourse” négocier ferme le prix de ses achats. Avec une certaine admiration. Je n’ai pas encore bien appris l’art du marchandage. Toujours cette pénible impression d’être plutôt l’arnaqueuse que l’arnaquée.

Mais moi, je sais où était le vrai trésor!

Le Bahreïn… terre de contradiction… alors que le premier taxi était taiseux et nous lançait un regard sombre dans son rétroviseur, celui qui nous ramène vers l’hôtel semble plus disposé au dialogue. C’est l’heure de pointe sur les routes de Manama et nous sommes coincés dans les bouchons. Je repense à une petite boutique qui m’a fait sourire. Alors que je regardais les babioles colorées sur les étals, je m’avance vers le comptoir. Et là, bien en évidence, toute une panoplie de préservatif, lubrifiant, stimulants sexuels… Je n’aurai jamais imaginé trouver tout un assortiment aussi simplement disponible dans un pays certes ouvert, mais pieux! Pendant que je souris en y repensant, le bouchon se prolonge. Ça fait presque une demi-heure que nous avançons au pas dans la rue qui donne accès à l’hôtel. Le taxi nous explique: “Nous sommes vendredi! Ce sont les Saoudiens qui débarquent depuis le continent. Il y a un supermarché qui vend de l’alcool au coin de la rue,plus un magasin dans l’hôtel et ils font le plein.”

Ah, Bahreïn, petit paradis pour Saoudiens qui ont des envies canailles!

Set Flickr du souk de Manama.





  1. argone
    le 13.12.2017

    Merci pour la visite, ça dépayse !!

  2. Melissa
    le 13.12.2017

    Oh, que oui! Une sacrée expérience.

  3. LadyMilonguera
    le 13.12.2017

    Je ne connais que certains souks marocains, et du coup, je trouve qu’il manque de charme celui-là…

  4. Melissa
    le 13.12.2017

    C’est sans doute vrai… mais l’atmosphère doit être aussi très différente. C’est TRES calme pour un marché.

  5. Flying Downtown
    le 13.12.2017

    Mon seul souvenir de Bahrein est très furtif puisque c’était pendant une escale en allant à Bangkok, merci de m’avoir fait découvrir !

  6. Melissa
    le 13.12.2017

    Pour moi aussi, ce fut furtif… une échappatoire après une semaine passée là-bas en conférence, mais suffisant pour être complètement dépaysée.

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