- Berlin , Allemagne -

February 2014

Berlin-Est : Ostalgie, quand nous tient!

Alexanderplatz, je sors de l’U-Bahn, le métro berlinois… Ca me fait bizarre, j’y étais il y a un mois et demi. Il faisait déjà nuit, alors qu’il n’était que 18h et l’endroit était plein à craquer, rempli d’une foule joyeuse qui venait profiter du grand marché de Noël mais aujourd’hui, le ciel est blanc, le grand espace vide et la neige tombe doucement. Nous sommes lundi midi et pourtant, tout semble y avoir un goût de dimanche: il n’y a presque personne. Une atmosphère grise, un ciel bas, idéale pour une courte ballade sur les traces de la République démocratique allemande à Berlin-Est.P1100882

Karl Marx et Berlin

Comme un prolongement de la chic ‘Unter den Linden”, c’est la Karl-Marx-Allee, une avenue monumentale qui part d’un coin d’Alexanderplatz. Le père du socialisme a passé peu de temps à Berlin… mais ce fut significatif. Jeune étudiant en droit, c’est à l’Université qu’il s’est formé en tant que “Jeune hégélien”, une mouvance philosophique qui sema les graines d’un mouvement qui allait marquer l’histoire socio-politique.

Et franchir les premiers mètres de Karl-Marx-Allee, c’est pousser une espèce de porte sur un autre monde : celui du socialisme triomphant. C’est ici que la DDR tenait ses défilés militaires du 1er mai. Karl-Marx-Allee est un large canyon blanc. Les bâtiment qui la bordent, ressemblent à un alignement de boîte d’une petite dizaine d’étage. C’est étrange et hypnotique. Vive le réalisme soviétique! Enfin, quand on parle de réalisme… On ne peut pas dire que ce style soit à taille humaine. Au contraire, on pourrait dire que tout était fait pour l’écraser, pour impressionner. La Karl-Marx-Allee, construite avec les ruines de la guerre, et l’aide des “pays frères” devait être la vitrine du socialisme en marche. On y logeait pontes du parti et travailleurs méritants (ou pistonnés) On venait s’y promener, manger un morceau aux Cafés Warschau? Bukarest ou Moskau (qui existe encore, avec sa mosaïque) ou regarder un film au Kino International…

En s’aventurant dans les rues perpendiculaires qui vont vers la Spree, on arrive dans une partie plus résidentielle. Ici, les bâtiment se ressemblent tous, style HLM, et pourtant, ils étaient sensés incarner le must, le rêve du travailleur. Un rêve accessible à tous. Ça, c’était l’utopie mais quand on se ballade en direction de l’Ostbahnhoff, on tombe bien vite sur la face la plus sinistre du régime.

The Wall

Il suffit d’une petite promenade de 10 minutes Holmarktstrasse en direction de Mühlenstrasse pour retrouver la trace la plus significative de ce qui fut l’une des hontes du XXe siècle (et Dieu sait que ce siècle en a pourtant plus que son lot): le Mur de Berlin. La East Side Gallery a su conserver plus d’un kilomètre de Mur, cette balafre qui a défiguré Berlin pendant près d’un demi-siècle. Un mur haut de 3m50, élevé du jour au lendemain, à la stupéfaction des habitants pour endiguer l’exode des Berlinois habitant dans le secteur contrôlé par les Soviétiques. Pendant toutes ces années, des deux côtés, des artistes, beaucoup d’anonymes, et certains plus connus, ont laissé exprimer leur espoir d’ouverture, leur envie de paix, avec candeur, drôlerie, cynisme ou poésie mais toujours avec ce même but: que le Mur tombe. Et en effet, en 1989, le Mur tombât et bien vite, entre collectionneurs de souvenirs et envie de faire table rase du passé, des pans entiers d’histoire ont disparus. Si ce n’était les passionnés qui ont crée l’East Side Gallery, il n’en existerait quasi plus rien (peut-être le petit morceau à Check Point Charlie pour les touristes). Il ne reste plus rien des fresques et graffiti originaux mais des artistes de différents pays ont été conviés à repeindre ces lieux de mémoire, ce qui en fait la plus grande galerie à ciel ouverte au monde. Malheureusement, je n’aurai pas l’occasion d’arriver jusqu’à la pièce maîtresse : la reconstitution du “Baiser de l’amitié” entre Leonid Brejnev (qui me filait une trouille bleue quand je le voyais à la télé étant petite) et Erich Honecker. L’humidité a eu raison de mes bottes bon marché! Les voilà qui crient famine alors que le sol est couvert de neige. Pour éviter un rhume et l’humiliation, je me replie vers la Ostbanhoff. Comme je m’y attendais, il y a un petit centre commercial. Je m’achète en vitesse une nouvelle paire de bottines et constatant qu’il est presque l’heure de renter, embarque dans le S-Bahn, pour rattraper l’U-Bahn un peu plus loin.

Et 20 ans plus tard…

De retour sur Wittenbergplatz nous voilà bel-et-bien rentré dans le capitalisme. La station de métro à l’air d’un petit temple romain et tout à côté, se trouve le KaDeWe, le Kaufhaus des Westens, un “grand magasin”, dans le sens noble du terme. Cinq étages dédiés aux plaisirs du shopper, puis au 6e et 7e, aux plaisirs des gourmands. Et quand je dis “shopper”, je parle de gros budget. Les marques de luxe se bouscule dans l’atrium: Tiffany’s, Burberry, Hermès, Dior, Chanel… et au centre, il y a même un espace pour de nouvelles collections de jeune créateurs (cocorico, Cédric Charlier en faisait partie). Mais guidée par la faim, c’est surtout les deux derniers étages qui m’intéressaient. Le 6e se partage entre épiceries de luxe et petite échoppe où l’on peut déguster des snacks les plus appétissants que j’ai jamais vu quand au 7e, il s’agit d’un immense buffet, le Winter Garden, qui est le seul endroit du magasin qui voit la lumière du jour, grâce à sa grande verrière. On y trouve différentes stations: un salad bar, des spécialités berlinoises, italienne, asiatiques, un grill… mais ce qui impressionne le plus, ce sont les desserts avec une montagne de gâteaux de 15cm de haut. Un filet de bave est en train de naître à la commissure des lèvres rien qu’à l’écrire, Lectrice, Lecteur et pourtant, j’ai résisté. Je me suis jetée sur un rôti sauce champignon, avec ses “kartofells”… parce qu’on est en Allemagne. Et qu’après cette généreuse portion, je n’avais vraiment plus envie. Depuis, j’ai envie d’y retourner, même si, dans la navette qui m’emmenait, ainsi que d’autres participants de la petite sauterie de la veille, à l’aéroport, une journaliste bien plus aguerrie que moi, jurait que c’était quand même un crime d’avoir un buffet “qui rassemble à une cafétéria” au dessus d’un magasin aussi classe. Par contre, elle recommande grandement leur petit-déjeuner au champagne Pommery (une bonne affaire).

Berlin, tu restes pleine de surprises!

 





  1. Pauline
    le 14.12.2017

    C’est vraiment chouette Berlin !
    J’ai la chance d’avoir mon frère qui vit là-bas. Du coup, je peux m’y rendre assez souvent. En plus, être accompagné de quelqu’un qui parle allemand est toujours plus aisé 😉
    En tous cas, c’est une ville dont je ne me lasse pas !
    Merci pour cet article. Tes photos sont top 😉
    Florence

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