« Hmm… nous sommes les derniers clients dans le restau, je pense ? » dis-je en terminant ma dernière bouchée de glace orange, à la saveur de baies d’argousiers. « Je pense qu’il est temps d’aller au Depeche Mode Baar ». Là-dessus, nous payons la note, enfilons nos manteaux, quittons le Raskaevu16 et plongeons dans la nuit glacée pour retrouver ce lieu culte de la vie nocturne de Tallinn.

Une nuit au Depeche Mode Baar

Le « Depeche Mode Baar », comme son nom l’indique, est un bar à thème sur le fameux groupe de Basildon, ultra-populaire en Europe de l’Est. Il est là depuis une paie et n’est pas près de s’en aller, je crois! Le décor, les posters, les appliques, les tables… tout est customisé pour rendre hommage et sur des écrans TV, passent en boucle les vidéos de concerts. Le « 101 Tour «  à Pasadena, « le « Devotionnal Tour » à Milan… Bref, si comme moi, Lectrice, Lecteur, tu es fan de DM, c’est comme si l’on t’emmenait à Disneyland. Je l’avais découvert dès ma première visite une fin d‘après-midi, dans son ancienne implantation. Je me souviens d’un barman fatigué, casque sur les oreilles, pour évider de tuer quelqu’un sans doute à la énième répétition de « Behind the Wheels » ou de « Enjoy the Silence ». J’y étais retournée à chaque visite, comme un pèlerinage. La dernière fois, la conversation avait duré jusqu’au petit matin, avec comme témoin un pilier de bar embierré et deux asiatiques fatigués.

Je ne pouvais décemment pas partir sans que Sad et Zoltán, aussi fans que moi, ne voient l’endroit!

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Nous sommes donc samedi soir et en passant la porte, je me rends compte que pour une fois, il y a du monde! Nous nous installons tranquillement dans la partie « bar ». Comme toujours, un concert est diffusé sur les écrans… Apparemment du « Playing the Angel » tour. Des demis de bière en main, on chantonne nos titres préférés mais bien vite, nous voilà perturbés… dans la deuxième salle du bar, on dirait bien qu’un DJ est aux manœuvres et les sons se mélangent. Après une bonne demi-heure, n’y tenant plus, nous allons jeter un œil. Comme partout dans la vieille ville, l’endroit tient de la cave voûtée aux briques couvertes de blanc mais tout est plongé dans la pénombre. Aux platines, un DJ à l’air jovial et presque parfait sosie de Jack Black semble follement s’amuser à faire diffuser les morceaux des années 80-90. Autant te dire qu’enfant-ado de ces années là, nous sommes à la fête. J’ai l’impression de me retrouver dans une soirée étudiante! OMD, The Smith, Yazoo, Nirvana, du Depeche Mode, bien évidemment… Une remontée dans le temps! Dans la salle, nous devons être une dizaine. Une groupe de mecs dans le fond à gauche, un autre dans le fond à droite et deux femmes. L’une, blonde, doit avoir la quarantaine, les cheveux blonds décolorés, boudinée dans une petite jupe malgré avoir passé les 40 ans et portant de magnifiques bottillons en faux croco. L’autre a le cheveu long, noir et gras, mal fagotée dans un jeans et un top noir trop petit qui laisse à l’air libre le bas de son ventre plutôt rebondi. Pas de fesses, pas de seins… Et pourtant, lectrice, Lecteur, c’est elle qui emballe. Plus que la blonde qui est pourtant un peu plus jolie, mais qui porte un espèce de sourire béat permanent qui semble dénoter d’une carence neuronale chronique.

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Tallinn by night

Notre brunette est à l’affaire donc, vachement imbibée, sur la piste de danse, avec un espèce de gringalet qui lui aussi, a commencé sa soirée il y a déjà longtemps. Pendant qu’il s’embrassent goulûment, on danse, on saute au plafond, les bières défilent. Je vois la blonde se lever. Pas de culotte sous la jupe! Ça ne l’aidera toujours pas à améliorer son score… Pourtant, si on appelle pas ça une ouverture! En moins d’une heure par contre, l’humeur de la brune a changé. La voilà en colère en train de littéralement frapper le gringalet. Le type essaie mollement de se défendre. Pendant que la donzelle essaie de se calmer dehors, il retourne dans son coin, puis se décide à bouger. Pas de chance, l’alcool aidant, le pauvre loupe une marche et s’aplatit telle une crêpe sur le sol devant un autre gars, tout aussi peu clair, qui lui marche littéralement dessus. On a mal pour lui… Et nous? Eh bien on regarde… Notre petit tour de danse devient une espèce d’observation sociologique. On attend la suite, de voir ce qu’il va se passer. Et d’intervenir au besoin.
Et les Sakus continuent de s’écluser.

 

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Deux jeune filles rentrent dans le bar… Jeunes, jolies, le regard vitreux. Alcool ? Herbe ? Excta ? Impossible à dire! Elles se dirigent dans le fonds à droite, à côté du groupe qui était resté discret jusqu’à présent. Une quinzaine de minutes plus tard, l’une est quasiment écroulée sur un sofa et l’autre, la plus mignonne des deux, a emmené un jeune homme sur la piste. Et ça chauffe. La demoiselle se frotte à son compagnon qui a le visage plongé dans ses cheveux ou son cou. Il n‘y a qu‘eux sur la piste. Nous, nous sommes en train de faire une petite pause. Et on regarde. On regarde ce type qui en train de quasi déshabiller la fille devant l’assistance. Elle, elle se laisse faire, les yeux mi-clos, le sourire aux lèvres. On se regarde interloqués. Je sens la même pensée qui nous traverse ? Où celà va t-il s’arrêter ? Je suis prête à bondir et à m’interposer, réalisant tout d’un coup que ce n’est plus si drôle. Finalement, ils rejoignent leurs places.

La fatigue nous prend en traître, quasi en même temps. On serre la main au DJ, toujours aussi rigolard, et rejoignons nos pénates, à la fois morts de rire et affligés.

Moi qui désespérait de tomber sur le Tallinn, côté pile…

Ca, c’est fait!