- Big Pit , Pays de Galles -

October 2011

Bore Da, Cymru! Dans le ventre noir du Pays de Galles

Cet article est le 14e de la série qui parait dans le cadre du Pari de Méli!

Nous partons vers le sud, dans la direction de la mine de « Big Pit », une mine devenue le Musée national du charbon. Le sud du Pays de Galles est connu pour ses mines de charbon et « Big Pit » était très importante en termes de production car si les autres mines ne pouvaient monter qu’un wagon de charbon par ascenseur, les équipements de Big pit pouvaient en monter deux !

Vous ne verrez aucune photo de l’intérieur de la mine. Le danger d’explosion existe toujours et aucun appareil électrique n’est toléré. Nous sommes pris en charge par Robert, ancien mineur, lui-même petit-fils de mineur, c’est un retraité au visage buriné et marqué par le travail. Pendant qu’il se présente, on nous équipe de casque, de batterie et de lampe de casque. Robert nous prie d’entrer dans la cage d’ascenseur et nous voilà en train de descendre dans les entrailles de la montagne.  Je suis déjà assez émue. Moi-même petite-fille de mineur et ayant grandi dans un ancien charbonnage, c’est la première fois que je descends dans une mine.  Étrangement, on ne le remarque même pas. La cage est assez fermée que pour vous faire croire que vous êtes dans un ascenseur normal. Tout juste vois-je quelques morceaux de roche. On ne descendra « que » 90 mètres sous terre. Il fait un peu chaud et humide et un long couloir sombre bordé de portes s’ouvre devant nous.  Les portes servent de ventilation. Au début de la mine, des petits garçons de 6 ans y étaient affectés. Dans le noir absolu, 12 heures par jour, ils attendaient d’entendre les pas des « pit ponies », les chevaux ou poneys qui traînaient les wagons pour ouvrir la porte à laquelle ils étaient attachés à l’aide de cordes. Pour illustrer l’obscurité de la mine, Robert nous fait éteindre toutes nos lampes. C’est saisissant ! Même en fermant les yeux, je n’ai jamais vu un noir aussi absolu que celui de cette mine. Une fois plus âgé, le gamin devenait l’assistant du mineur, remplissant les wagons du charbon extrait. Robert nous raconte le dilemme des parents, pris entre la facilité pour le père d’avoir son propre enfant comme assistant (car le mineur devait payer lui-même le garçon qui l’accompagnait) et la mère qui préférait qu’ils soient séparés, pour ne pas les perdre tous les deux en cas d’accident. J’ai les cheveux qui se hérissent… Robert, lui, est déjà parti dans le boyau en chantonnant. Nous prenons un coude et découvrons « l’étable ». A chaque espace, un nom : Victor, Welsh, Matthew… C’est ici que les chevaux et poneys venaient manger, boire et dormir, dans l’obscurité une fois le travail terminé. Dans leurs mangeoires et leurs abreuvoirs, les rats étaient à l’affut. Lorsque les chevaux étaient blessés, les plaies ne se fermaient pas à cause de l’humidité et de l’eau croupissante. Les rats en profitaient donc pour arracher des morceaux de chair aux animaux. Lorsqu’ils mourraient, le mineur était obligé de dépecer son compagnon de travail (et en général, la relation entre le mineur et son cheval était très forte) et d’en jeter les restes dans un puits. Comble de l’horreur, les gaz dégagés par la décomposition pouvaient causer de dangereuses explosions !  Ces pauvres bêtes étaient de service tout autant que le mineur qui les accompagnaient : 50 semaines sur 52. Deux semaines par an, ils avaient l’autorisation d’être sortis et profiter de la lumière. Pour les mener à l’extérieur, il fallait leur bander les yeux. En attendant, ce sont les miens qui commencent à se mouiller et le silence se fait pesant…

Robert nous montre enfin un boyau où le mineur devait s’allonger pendant des heures pour ne rien louper du charbon à extraire.  L’atmosphère reste pesante en remontant vers la lumière du jour. Robert montre à Rachel une superbe montre à gousset. Celle-ci  appartenait à son grand-père. On lui avait offert pour ses quarante ans de service. On l’avait trouvé sur lui lorsqu’il mourut dans un accident dans la mine.

Cela restera la visite la plus marquante que nous ayons faite… Il ne faudra rien de moins qu’un « Afternoon High Tea » à l’hotel « The Angel » à Abergavenny pour nous remettre de nos émotions. Et quel thé !!! Il a été désigné comme troisième meilleur Afternoon tea par la Tea Guild et le meilleur en dehors de Londres ! Pendant que je déguste mon « Iron Budha » (un oolong floral avec note d’amande) , je m’empiffre de sandwiches, de toast aux champignons, de baba à la mandarine et autres scones à la crème et à la confiture de cerise.

Il ne nous reste plus qu’à rejoindre notre logement pour la nuit… Filly Farmhouse, près du Brecon Beacons National Park. Une énorme ferme pouvant loger 10 personnes. Et quand je dis énorme : c’est la plus grande maison que j’ai jamais vu !!! La cuisine ferait jouir de bonheur le plus exigeant des cordons-bleus, l’énorme salon vous invite à vous asseoir sur d’immenses sofas en cuir mais surtout, une espèce d’énorme pouf qui est la plus moelleuse des choses qui m’est été donné d’essayer. D’ailleurs Ceri et moi n’avons pas hésité à y faire quelques plongeons.   Parfait pour nous car nous passons notre dernier soir en tant que groupe. Demain, nous prenons la route pour Cardiff. Pendant, Ceri et Rhian nous concoctent un vrai repas trois services : champignons farcis, de l’agneau rôti avec poireau à la crème et gratin et les welsh cakes.

Je me demande comment je vais m’en passer à l’avenir !


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  1. Yves Destination-Terre
    le 27.06.2017

    Super ton article! Tu as réussi à m’émouvoir sur cet aspect inconnu pour moi de ces hommes mais aussi de ces animaux ayant sacrifié leurs vies dans leur travail. Je suis sans mots. Comme quoi on ignore vraiment tout de ces facettes cachées du progrès, et de combien la vie pouvait être impitoyable à l’époque pour certains. Bonne journée à toi.

  2. Melissa
    le 27.06.2017

    Oui Yves,

    C’est effrayant de penser que des gens de l’âge de nos grands-parents ont encore connu des conditions de travail semblables… Malheureusement, sous d’autres latitudes, l’exploitation de l’homme par l’homme continue.

  3. Balade à Liège et Blégny - Mel Loves Travels
    le 27.06.2017

    […] les mineurs. Sauf que eux, descendaient bien plus profond et bien plus vite. Ce n’est pas la première fois que je descend dans une mine. Mais je reste tout aussi émue : les conditions de travail pénibles, le bruit, les maladies, les […]