- Borobudur , Indonésie -

August 2016

Borobudur et Prambanan, chefs-d’oeuvre d’Indonésie

Un mince fil de lumière dans la nuit : celui d’une torche qui troue l’obscurité tropicale. Tout autour, c’est un tintamare… mais à décibel réduit : les bruits des insectes, incessant, et celui plus discret de bestioles plus grosses que l’on entend filer sur l’herbe mais dont on ne saura jamais de lesquelles il s’agit. Il est 5 heures du matin, et je suis en route pour le Temple de Borobudur.

L’histoire a commencé la veille. Il fallait déjà quitter Bali, faire ses adieux au groupe dont j’ai partagé le quotidien ces derniers jours. Je reprends la route, toujours en Indonésie, toujours en mission, mais seule. Et un avion plus tard, me voilà au centre de l’île de Java, à Yogyakarta (prononcée “djodjakarta” ou “Djodja” pour les intimes), grande ville étudiante et considérée comme la capitale culturelle du pays. J’ai juste eu le temps d’évaluer le chaos de sa circulation, et de voir combien ses rues sont vivantes. J’irai les explorer, mais plus tard. J’ai décidé de battre le fer quand il était chaud et pour visiter Borobudur, il faut se lever tôt, très tôt !

C’est à 4 heure du matin qu’un chauffeur vient me chercher. Fatiguée, mais trop curieuse que pour somnoler, je regarde une Indonésie endormie. Après la ville, nous traversons une campagne dont je ne distingue que la route et quelques palmiers. Finalement, nous y voilà : l’entrée de Borobudur.

Borobudur, Monstre bouddhique

A cette heure-là (4h30 du matin), l’entrée ne peut se faire que via l’hôtel Manohara, les portes de Borobudur s’ouvrant plus tard. Le ticket est certes plus cher (400.000 rupiahs) mais, vous avez droit à un petit-déjeuner à la fin !  On vous munit également d’une lampe de poche pour rejoindre le site et voilà comment votre blogueuse se retrouve seule dans le noir… Après une petite dizaine de minutes, la structure apparaît enfin : Borobudur, une des merveilles d’Asie et la plus grande structure bouddhique au monde ! Si les habitants de Java sont à présent en grande majorité musulmans, l’île a été longuement partagée entre les fidèles bouddhistes et hindous, avec une dynastie à la tête de chaque faction.

Faiblement éclairée, les 113 mètres de la base m’apparaissent : une imposante masse grise sur le ciel qui commence à s’éclaircir. C’est encore plus impressionant quand on se trouve devant les marches à gravir pour accéder à la toute dernière plateforme : la neuvième. Ce n’est pas une petite affaire, pas que ce soit spécialement haut mais les marches, elles le sont ! Surtout pour une demi-portion comme moi. Pourtant, les hommes dans le passé étaient plus petits ! Il fallait décidément pouvoir mériter d’être plus près de l’élévation spirituelle. Je ne suis pas la première à être là, il doit y avoir au moins une cinquantaine de gens, rassemblés dans la pénombre, qui ont trouvé leur petit coin d’observation. Il ne reste plus qu’à attendre, regarder, écouter et songer.

On ne sait pas très bien quand Borobudur a été construit, probablement vers l’an 800 AD avant d’être subitement abandonné aux alentours de l’an 1000-1100. Pourquoi ? On ne le sait pas plus que pourquoi et par qui il a été créé. Peut-être était-ce des changements politiques ? Peut-être était-ce les irruptions volcaniques ? Peu à peu, le lieu au fur et à mesure que la jungle envahit le temple, son souvenir s’effaçât de l’esprit des hommes pour n’y laisser que la mémoire d’un lieu mystérieux, loin dans la forêt, associé au malheur et aux mauvais esprits. C’est ce que Thomas Stamford Raffles, Gouverneur général de Java pendant sa courte période de colonisation anglaise, entendit lors d’une visite à Semarang. Curieux, il envoyât un ingénieur hollandais, H.C. Cornelius, pour découvrir si cette légende était vraie. Cornelius et ses 200 hommes, trouvèrent une énorme structure, enfouies sous la végétation et les cendres volcaniques.  Il fit un rapport à Raffles qui reste crédité comme étant celui qui a découvert Borobudur, réputation un peu usurpée. L’intérêt de la restauration de Borobudur grandit avec les années, mais avant que de nombreux bas-relief, sculptures et statues ne soient pillées par des collectionneurs, des colons, ou même certains rois (comme le roi de Siam) premièrement avec l’administration coloniale néerlandaise, puis après l’indépendance indonésienne, avec l’UNESCO qui entreprit une campagne de restaurations de 7 ans, entre 1975 et 1982. Borobudur fut démonté pierre par pierre, chaque morceau fut numéroté, les panneaux de bas-relief nettoyés, les fondations renforcées et enfin, le tout fut remonté. C’est le Borobudur que je peux admirer à présent, et dont les détails se découvrent au fur et à mesure que l’aube s’avance.

Here comes the Sun King

On commence à apercevoir le paysage : des palmiers perdus dans la brume sur la plaine, les couleurs des stupas que l’on devine enfin… l’atmosphère est bleue, depuis le village, on entend le muezzin qui appelle à la prière du matin. Sa longue litanie résonne clairement jusqu’à nous. Le contraste religieux dans le calme du matin apparaît comme une poésie.

Je n’arrive pas à rester en place, je monte, je descends, je regarde les visages sereins des premiers bouddhas de la plateforme… de bleu, l’horizon devient rose puis saumon et enfin, le soleil apparaît, petite boule orange-rosée que l’on peut presque regarder en face grâce à la brume.  Et à l’horizon, les silhouette des 4 volcans qui dominent le paysage : les Monts Sumbing, Sundoro, Merbabu et l’élégant cône du Mont Merapi, le plus dangereux de tous et actif encore à la vue du panache de fumée sortant de son sommet.

Je me maudis : mon appareil a subitement cessé de fonctionner alors que je vérifiais dans la voiture si tout était en ordre : je n’ai donc que mon smartphone pour photographier une des merveilles d’architecture au monde ! Alors j’essaie de faire de mon mieux, sachant que je ne pourrais pas les traiter comme je le souhaite. Si ce que je voyais n’était pas aussi beau, je crois que j’en pleurerai.

Borobudur, en plus d’être un stupa géant, est aussi un lieu de pèlerinage : vu du ciel, il a le dessin d’une mandala, une représentation symbolique de l’univers. Des pèlerines cheminent d’ailleurs à travers les stupas des 3 plateformes supérieures, chantant une mélopée entêtante, sans faire attention aux touristes qui les regardent avec attention. Ce sont deux femmes, le crâne semi-rasé, l’une suivant l’autre, plongées dans leur méditation.

Maintenant que le soleil est levé, c’est le moment de découvrir les autres niveaux et les bas-reliefs. Nous faisons tout le contraire que ce que les créateurs avaient préconisés : pour comprendre Borobudur, il faut le parcourir de bas en haut, en suivant les panneaux et les galeries. Le temple est divisé en 3 parties : la base, le corps et la tête (eux même divisé en 3, 6 et 3). Ces 3 divisions représentent les 3 étapes de la préparation mentale vers l’illumination. On progressait à travers ses trois niveaux tout en suivant aussi les enseignements des bas-reliefs, notamment sur la naissance du Bouddha, ses vies antérieures… Les panneaux sont extrêmement nombreux et peuvent sembler obscurs à ceux qui n’y connaissent rien en histoire du bouddhisme. J’avoue avoir décroché à un moment (tant le flot d’informations sur des panneaux est grand mais à côté de cela, il y a des bas-reliefs qui représentent la vie quotidienne du java de l’époque, du roi au marchand, jusqu’au paysan et au marin. Ils sont devenus des paysages archéologiques importants.

Il y aurait encore tant à dire sur Borobudur et tant à voir encore… mais le soleil est déjà maintenant haut dans le ciel, le manque de caféine se fait sentir, j’ai l’estomac dans les talons et un autre temple m’appelle.

Le temps d’une petite sieste dans le frais de la climatisation de la voiture, et me voilà arrivée à Pranbanam, encore une merveille architecturale, encore un patrimoine mondial de l’UNESCO dans un rayon restreint… mais cette fois, c’est complexe de temples hindouistes, plutôt que bouddhistes, que je vais découvrir.

Prambanan, domaine des dieux

Né presqu’à la même époque que Borobudur, et abandonné probablement pour les mêmes raisons, Pranbanam est un complexe shivaite (une branche de l’hindouisme qui considère Shiva comme le dieu suprême) mais dédié à la Trimurti, l’incarnation des fonctions cosmiques de l’univers : la création, la maintenance et la destruction à travers les dieux Brahma, Vishnu et Shiva. Et tout comme Borobudur, le site se situe dans une grande plaine qu’il faut du temps à parcourir.

Par contre, contrairement à Borobudur qui a une forme plus ramassée, le temple de Pranbanan s’élancent vers le ciel et les dieux.

On distingue tout de suite les 3 temples principaux dédiés aux trois grands dieux : Brahma, Shiva et Vishnu mais c’est celui de Shiva, au centre, qui attire tout de suite le regard. Le « saint-des-saints » est ardé par 4 rangées de petits temples disposés en carré, puis d’autres mausolées comme les « kelirs », disposés aux quatre coins cardinaux. Devant chaque temple, on en trouve des plus petits dédiés au Vahana, les montures des dieux, chacun placé devant leur maître ; Hamsa le cygne pour Brahma, l’aigle Garuda pour Vishnu et Nandi, le taureau, pour Shiva. Seule une représentation de Nandi subsiste dans le temple, les autres sont perdues sans doute à jamais. Détail amusant que j’avais remarqué sur les côtés du temple de Garuda. Garuda étant le roi des oiseaux, des représentations de nombreux volatiles ornent des panneaux sur la base du temple.

C’est enfin parti pour visiter le temple principal, celui de Shiva. A l’intérieur, on trouve 4 niches, une dédié au dieu lui-même, mais aussi à Ganesh, le dieu-éléphant fils de Shiva, le sage Agastya et Durga, femme de Shiva. Une sculpture qui donna lieu à une drôle de légende.

Il était une fois à Java deux royaumes : Pengging et Boko. Après une guerre entre les deux royaumes, arrivés aux portes du palais de Boko, le prince Bandung Bondowos rencontre la princesse Rara Jonggrang, d’une grande beauté et tombe immédiatement amoureux d’elle. Le prince lui propose le mariage mais la jeune femme refuse absolument. Pas démonté, le prince insiste mais Rara Jonggrang pose une condition : que Bandung Bondowos lui construise 1000 temples pour le lever du soleil. Immédiatement le prince se met à tâche mais à la tombée de la nuit, réalisant que des mains humaines ne suffiraient pas, il entre en méditation et conjure des esprits et démons pour l’aider à la tâche. Vers la fin de la nuit, 999 temples sont construits et la construction du 1000ème démarre. Désespérée, la princesse enrôle l’aide des servantes pour allumer un grand feu à l’est, faire le plus de bruit possible et battre le riz afin de réveiller les animaux et de faire peur aux esprits. Le stratagème fonctionne ! Effrayé par ce qu’ils croient être la lumière du jour, les esprits et démons disparaissent. Furieux, Bandung Bondowos lance une malédiction sur Roro Janggrang et la transforme en statue de pierre. Statue qu’il placera dans le 1000ème temple, achevant ainsi sa construction.

Mais plutôt qu’une princesse indonésienne, c’est une des formes les plus guerrière de Parvati, l’épouse de Shiva, représentée par Durga (je sais, les divinités hindouistes sont plutôt difficiles à comprendre et moi-même, je me gratte la tête et ai dû relire vingt fois avant d’affirmer ce que je viens d’écrire). Ce qui est certain, c’est que le temple est entouré de panneaux racontant le Ramayana, l’épopée de Rama que j’ai vu jouée à Bali lors de la danse du Kecak (et maintes fois aussi en Thaïlande) et quand on connaît l’histoire, c’est beaucoup plus sympa à suivre !

Hare Krishna

Le temple de Vishnu lui, raconte les histoires de Krishna, un des avatars du dieu (tout comme Rama). Krishna, à la peau noire ou bleue, est sans doute l’avatar le plus populaire de Vishnu et des scènes du Bhagavata Purana, le livre sacré des adorateurs de Krishna, sont représentées.

Mais le complexe du temple de Shiva n’est pas le seul trésor : le parc est assez grand et contient même le deuxième complexe bouddhiste le plus grand après Borobudur : Candi Sewu, « les Milles Temples ». Gardés deux rakshashas, j’aurai bien aimé le visiter aussi mais malheureusement, le temple n’est pas accessible car en rénovation.

Après ce petit tour, je pense être au bout de ma vie. Cewu est à kilomètre de l’entrée du parc et il doit être aux alentours de 11 heures. J’ai chaud. Chaud. Très chaud. La vue du petit musée est bienvenue. Je vais d’abords m’enfermer dans le petit cinéma, prendre une bouffée d’information, mais surtout d’air conditionné. Et je lutte. Je lutte entre mon envie de savoir et le sommeil qui me gagne et quand le film, un peu poncif mais informatif, se termine, j’ai juste envie qu’on m’oublie dans un coin pour que je puisse dormir mais pas chance. Un gardien surveille que nous quittons la seule puis passons dans les salles du musée. Il s’agit d’une suite de pavillons reliées entre eux avec quelques panneaux sommaires, et pas très bien expliqués, mais où j’arrive à tirer quelques brides d’informations qui pourront me servir et éclairer faiblement ma lanterne. Dommage. Si vous voulez en savoir plus, mieux vaut vous munir d’un guide.

Il y aurait tellement plus de choses à te dire, Lectrice, Lecteur, mais j’ai tellement l’impression d’en avoir déjà trop raconté ! A toi maintenant d’aller voir ces merveilles. Elles sont certes sur des chemins assez bien balisés mais, on est pas patrimoine de l’UNESCO pour rien ! Rendez-vous là-bas ?

Pour aller plus loin
Rejoindre Borobudur et Prambanan ?

Le plus facile est évidemment de réserver une excursion qui vous fera visiter les deux complexes: Bordobudur tôt le matin et Prambanan et matinée et début d’après-midi. renseignez-vous auprès de votre auberge/hôtel ou baladez-vous le long de Malioboro Street, l’artère principale de Yogyakarta, pour trouver votre bonheur.

Borobudur: Les plus indépendants rejoindrons le terminal des dus de Jombar (ou nord de la ville) via la ligne 2A ou 2B des transports publics, Trans jodja. De là, prendre un bus pour le terminal de Borobudur. Le temple se trouve à 5 minutes de marche.

Pour rejoindre Prambanan, prenez la ligne 1A de Transjodja .

Notez bien que les portes principales de Borobusur n’ouvre qu’à 6 heures du matin (et qu’il n’y a pas de bus si tôt, il vous reste le taxi ou la location de voiture).

Si vous voulez assister au lever du soleil complet sur Borobudur, pas le choix, il faudra passer par l’entrée via l’Hôtel Mahorana, qui est plus cher.

Plus d’info sur: http://borobudurpark.com/

Vous voulez assister à l’épopée du Ramayana ? Sachez que le site de Prambanan offre des représentations tous les soirs de pleine lune (pendant 4 jours) sauf pendant le Ramadan (ce qui était mon cas). Pas de cahnceç

Convaincu(e)? Alors à ton tour, Lectrice, Lecteur, de voir le lever de soleil sur Borobudur et les merveilles de Prambanan?  Pour s’envoler pas cher pour Yogyakarta, allez faire un tour sur le site Skyscanner, qui était partenaire de ce voyage 

Cette découverte de l’Indonésie a été réalisée dans le cadre d’une opération avec Skyscanner, l’ambassade d’Indonésie en Belgique et Wonderfull Indonesia. Les opinions de l’auteure lui restent propres, malgré les quelques Bintang descendues.




  1. ICIGO
    le 15.12.2017

    de très belles photos, cela me donne l’envie d’approfondir mes connaissances sur Prambanan

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