- Yogyakarta , Indonésie -

September 2016

Yogyakarta : tourbillon de sensations !

Le vertige, c’est le sentiment qui prédomine lorsqu’on se promène dans les rues de Yogyakarta. Les avenues sont larges et à toutes heures du jour ou de la nuit, une suite ininterrompue de véhicules se faufilent au chemin : voitures, camionnettes, scooters, vélo… Piéton qui doit traverser une avenue, prends garde à toi ! Je me sentirai en danger de mort à chaque feu de circulation.

L’autre revers de la face, c’est une ville pleine de vie et Lectrice, Lecteur, ta première prise de contact avec les rues de « Jogja », ce sera sûrement Malioboro Street. Une longue rue qui traverse le centre de la ville. Et c’est une fois la nuit tombée qu’il faut parcourir ses trottoirs, quand le frais commence à descendre sur la ville. De plus, la fin du Ramadan approche, il y a donc de l’ambiance dès la nuit tombée. Et je réalise : c’est la première fois que je me trouve en terre musulmane, en plein Ramadan !

Malioboro, c’est tout un monde… d’abords, vous y trouverez une foule de boutiques, et de camelots, qui essaieront de vous vendre du batik, le fameux tissu indonésien. Essayer de résister. Ou pas. Sans doute essaiera t’on de vous convaincre qu’il y a une expo temporaire dans une arrière boutique. A vous de voir si vous pourrez résister, ou pas.

Le batik
Il ya de fortes chances pour que, Lectrice, Lecteur, le souvenir que tu ramèneras de Java soit du batik. Le batik est une technique d’impressions de tissus fait à l’aide cire et de multiple trempage dans des bains de teintures. La batik indonésien est si élaboré qu’il est inscrit au patrimoine de l’UNESCO! L’explication de la technique est longue (et je te renvoie à l’article wikipedia sur le sujet) mais voici quelques conseils pour acheter du batik en (relative) confiance.

  1. le vrai batik n’est pas bon marché. C’est une technique qui demande beaucoup de temps, de patience et de matériel. Le plus cher est le batik sur soie mais si vous vous contentez d’un batik sur coton, la différence de prix est significative.
  2. Regarder le tissu en transparence : les dessins doivent être les mêmes des deux côtés du tissu (sinon, c’est de l’imprimé, ou du peint sur tissu)
  3. le batik peut être passé à l’eau sans crainte.

Et ce n’est pas seulement par les vendeurs de batik que tu seras sollicité(e), Lectrice, Lecteur ! Il y a les taxis et les chauffeurs de becak. Il s’agit d’une espèce de pousse-pousse à vélo (ou mobylette) sauf que la nacelle où se place le passager est à l’avant. Le becak est utilisé autant par les Javanais que par les touristes et il y en des centaines, voire des milliers à Jogja. Soyez donc prêts à dire “Tidak, terima kasih.” TRES souvent !  Bon, le becak, c’est quand même à tester une fois dans sa vie et tombe souvent à pic lorsqu’on a passé une longue journée à marcher. Négociez pour la forme et laissez vous faire (surtout si le becak est motorisé). Séance frissons garanties si vous vous retrouvez, comme moi, en pleine heure de pointe !

On y trouve aussi pas mal d’agences de voyage, si vous avez besoin de réserver une excursion vers Borobudur ou le Mont Bromo par exemple mais plus que tout, Malioboro est un spectacle de vie. Il y a déjà les passants, nombreux. Et ceux qui ne marchent pas sont assis sur des bancs, à papoter.

A Malioboro, on mange aussi à même le sol. Le Lesehan est un style de restaurant où l’on mange assis sur une natte  ou une toile posée à même le trottoir. Marque de fabrique de la ville, n’hésitez pas à vous joindre aux locaux pour déguster LA spécialité de Jodja : le gudeg, un plat de poulet en ragoût de jacquier, servi avec du riz, qui a un goût assez particuliers. Sachez que la cuisine indonésienne raffole des saveurs salées/sucrées !

Malioboro traverse aussi une voie de chemin de fer : la gare est à 100 mètres de là et c’est assez surprenant de voir un passage à niveau en plein centre-ville, le tout donne une ambiance très particulière à ce quartier.

N’hésitez pas à vous en éloigner, les petites rues parallèles vous réserveront plein de surprises : des petits restaurants  et bars cachés, une mosquée, des maisons d’hôtes (losmen)… Particulièrement entre Jalan PS. Kembag et Jalan Sosrowijayan.

Le lendemain, de ma visite à Borobudur, je me lève tôt : il y a toute une ville à découvrir et j’ai décidé de le faire à pied. C’est parti pour re-traverser tout Malioboro, de jour cette fois. Il fait déjà chaud, très chaud. A cette latitude près de l’équateur, le soleil monte très vite dans le ciel et tape dur, très dur. C’est une espèce de fil historique que je vais suivre sans m’en rendre compte au départ. Pendant plusieurs siècles, les Pays-Bas furent le pouvoir colonisateur indonésien. A Jodja, il ne reste pas grand chose de cette époque : l’usage de l’alphabet latin en est une, quelques bâtiments coloniaux et le Fort de Vredeburg, devenu maintenant musée de l’indépendance indonésienne. En sont une autre.

A part admirer l’édifice, puisqu’il est sur le chemin, je ne m’y attarderai pas. Le but de la promenade est tout autre : le Kraton, le Palais du sultan de Yogyakarta.

Le Kraton, univers du Sultan de Yogyakarta

Petite note explicative : quand s’effondre le Sultanat de Mataram, il est divisé en deux : le sultanat de Solo et celui de Yogyakarta. Le poste survivra à la colonisation hollandaise et Hamengkubuwono IX, le père du sultan actuel, partit même faire ses études à Leiden. Il deviendra un des leaders du mouvement indépendantiste et allié de Sukarno, entrera dans le premier gouvernement indonésien indépendant. Autorité religieuse, morale et politique, le sultan continue de bénéficier d’une aura et d’un grand respect de la population et il ouvre, en partie, son immense palais aux visiteurs.

La première chose qui me vient à l’esprit quand je me trouve en face du Kraton, c’est le sentiment d’être devant une espèce de cité interdite. Une imposante muraille blanche, pas très haute mais épaisse, ceinture ce véritable village dans la ville. 20.000 personnes peuvent y vivre et le Sultan, sa famille et tout leur personnel continue d’y habiter et seule une toute petite partie du complexe est ouvert au public. C’est d’ailleurs un peu chaotique pour s’y retrouver. Il y a deux entrées et sachez qu’un ticket ne vous donnera droit qu’à la visite de cette partie bien précise.

L’entrée principale vous donnera droit d’accès aux Hall des exhibitions, une grande esplanade avec une structure en teck sculpté ainsi que d’une salle d’exposition pour les carrosses du sultan. L’autre entrée, via Tepas Pariwisata, vous en fera découvrir plus : les petites cours et patios du palais, les salles d’exposition des objets de famille, un espace dédié au rôle du sultan dans le combat pour l’indépendance indonésienne, un autre rien que sur l’art du batik… et entre un environnement typiquement javanais, l’incursion du monde occidental, comme un kiosque à l’italienne et ses vitraux aux instruments de musiques bien européens ou l’utilisation de marbre italien et de cristal de Bohème. Ce n’est certes pas le plus joli palais que j’ai visité, mais il s’en dégage un charme suranné et il fait bon s’y attarder. Par contre, munissez-vous d’un bon guide car les indications, autre qu’en indonésien, sont sommaires ou très mal traduites.

Sachez qu’il y a des spectacles de danse, de gamelang, etc. mais les représentations sont suspendues pendant la dure du Ramadan. Vous êtes donc prévenus.

Kopi Luwak, Madam ?

Civette apprivoisée

Civette apprivoisée

En sortant du palais, c’est une espèce de dédale de petite rue toute aussi blanches. On y trouve des ateliers de batiks mais je vais me retrouver embarquée dans autre chose. je passe devant une maison et voit une grande cage à l’entrée, à l’intérieur de la cage, bien à l’ombre, une grosse chose poilue est roulée en boule. Ca marche : je me suis arrêtée et une jeune fille se précipite devant moi “Bonjour Madame, vous voulez goûter un Kopi Luwak ?”.

Le kopi luwak
Le Kopi Luwak est un des cafés les plus chers au monde et pour cause ! L’Indonésie, et l’île de Java en particulier, est un grand producteur de café et parmi les plantations, se promenaient un animal fort gourmand des cerises de café : la civette, un petit carnivore ressemblant à un chat.  Durant la colonisation hollandaise, qui avait importé la culture du café en Indonésie, les fermiers locaux avaient pour interdiction de récolter du café pour leur propre usage. Bien vite, ils découvrirent que les civettes étaient friandes de cerises de café ! En complément de son régime habituel, les civettes s’en nourrissaient. leur estomac allait digérer la pulpe mais garder le grain intact. Les fermiers allaient donc nettoyer les grains, les torréfier et les consommer. Miracle : il se trouvait que l’action du suc gastrique de la civette faisait des miracles sur les grains de café et allaient le rendre encore meilleur. Le Kopi Luwak était né. Son prix est la conséquence de sa rareté et du long et compliqué processus de fabrication.

Et voilà comment je me suis retrouvée embarquée dans une petite salle ventilée, placée devant une vidéo qui m’explique tout ce que je dois savoir sur le kopi luwak. Je me pose des questions sur la civette, elle semble bien loin de sa plantation. “On l’a recueillie à trois mois, on l’a nourrie nous-même et maintenant, elle ne veut plus nous quitter, elle est apprivoisée. Le week-end, on l’emmène en promenade dans notre plantation.” La cage est en effet ouverte. L’animal, nocturne, somnole, mais la jeune fille n’hésite pas à lui faire des grosses caresses. Il n’est pas maigre du tout et semble très bien traîté. Je ne peux pas m’empêcher de me poser mille questions là-dessus, sans savoir si j’obtiendrai la vérité sur  les conditions de fabrication du kopi luwak. Qui n’est pas toujours das le meilleur intérêts des animaux, comme l’expliquent les Yummy-Planet. Mais voilà, je suis là… et la courtoisie me dit de faire confiance à la personne en face de moi. Prendrais-je une tasse de café ? Oui, j’y goûterai. Ce sera la tasse de café la plus chère que j’ai consommé : 8 euros mais pour le prix j’ai droit à une tasse de kopi luwak, un café de java (pour faire la différence) et un verre de “thé du sultan” (un mélange qui aurait été élaboré par le sultan de Jodja lui-même). Rappelons qu’à Londres, une tasse de kopi luwak peut se vendre à une cinquantaine de livres ! Verdict ? C’est un café assez fort, plein de goût mais  étrangement peu amer. Je ne peux pas m’empêcher de ressortir de là avec la tête pleine de questions, me suis-je faite avoir ou pas ?

Le ballet des questions ne s’arrêtera que devant l’entrée du Taman Sari, le “Chateau d’eau”.

Taman Sari, d’eau et de fleur

Si on appelle le Taman Sari le “chateau d’eau”, on devrait plutôt parler de “jardin des fleurs”, sa traduction en javanais. A l’origine, cette retraite du sultan était beaucoup plus grande et comprenait un lac artificiel et plusieurs îles. A présent, il ne reste plus que les bains, appelé Umbul Pasiraman. On y pénètre par des portes ornées et frivoles qui semblent vous dire qu’ici, on entre dans l’espace du plaisir ! Et on comprend tout de suite quand on sait que la tour qui surplombe le bassin servait au sultan pour observer le bain de ses concubines. Quelle quiétude dans cet endroit et qu’il devait être bon de se rafraîchir de l’étouffante chaleur de l’après-midi ! Le reste du complexe est un joli petit quartier qui restera dans ma mémoire comme un des bijoux de Yogyakarta : Kampung Taman. C’est un entrelacs de petites rues où règne une atmosphère de village. L’endroit est connu pour ses artisans de batik mais aussi, pour ses nombreuses oeuvres de street-art (surtout issues du collectif Love Hate Love). Plus de circulation infernale, ni de gens qui essaient de te vendre des trucs. Les habitants vaquent à leurs occupations, du linge sêche dehors, des enfants jouent dans les petites rues… Toute une vie familiale et paisible que je croiserai pendant mes longs moments de quête pour la “mosquée cachée” (Masjid Sumur Gumuling).

Et son entrée est bien cachée ! Il aura fallu en faire le tour au moins quatre fois et les indications d’un habitant du quartier, pour en trouver l’entrée !

A l’origine, cette petite mosquée était une île artificielle et le tunnel qui y donnait accès se trouvait sous eau. Maintenant, elle est entourée par un tissu serré d’habitations. Cette mosquée est toute simple : pas de fresques, d’arabesques ou d’autre ornements mais sa structure circulaire, sa simplicité, son dessin harmonieux et ses quatre escaliers qui se rejoignent en son centre en font un des endroits favoris des visiteurs. Le jeu d’ombre et de lumière y est vraiment saisissant et un régal pour les photographes !

C’est dans le quartier de Prawirotaman, où on trouve pas mal d’hôtels mais aussi, un”visage” familier : le Via Via Jogja ! Le pendant indonésien d’un de mes cafés préférés à Bruxelles où je vais écrire presque tous les dimanches quand je suis en ville mais ici, c’est bien plus : il y a une auberge, une boutique fair trade, une agence de voyage… UN vrai point de repère pour le voyageur un peu perdu. Un coup d’oeil à leurs excursions montrent pas mal de chouettes trucs à faire, comme des randonnées ou des ballades en vélo dans la campagne javanaise.

L’oasis Phoenix Yogyakarta

Exténuée par une longue journée de marche sous un soleil de plomb, je me laisse porter par un becak jusqu’à mon hôtel : le Phoenix Yogyakarta et que te dire, Lectrice, Lecteur ? Que cet hôtel est fabuleux ! Situé dans une ancienne bâtisse coloniale très influencées par l’Art Nouveau, on a l’impression de remonter le temps dès qu’on pose le pied sur la première marche de l’escalier de l’entrée : depuis le portier jusqu’aux femmes de chambre, tout n’est que délicatesse et grâce. Lorsque vous arriverez, on vous fera sûrement patienter un peu dans un petit salon : mais c’est pour mieux déguster votre thé de bienvenue et quelques douceurs javanaises ! Le temps que vos bagages soient emmenés dans votre chambre et vous voilà en route ! Le grand patio, accessible au public, me fait de l’œil et je viendrais y prendre un petit cocktail tous les soirs de mon séjour.  N’hésitez pas à venir aussi y prendre un verre, ça vaut le coup. Les chambres sont petites mais pleines de touches locales qui donnent du cachet à la chambre comme les tissus, l’utilisation d’une cage à oiseaux pour y placer les snacks du mini bar, les lampes anciennes et le peignoir aux jolis motifs de batik…  La piscine vaut aussi le séjour (à petit prix pour 4 étoiles, les chambres commencent à 53 Euros!!!) mais étonnement, Lectrice, Lecteur, ce n’est pas toute cette distinction qui me manque le plus. Ce qui me manque le plus, ce parfum dans les couloirs de l’hôtel. Un mélange de cardamome, de clou de girofle et de cannelle que je humerai à plein nez lors de cette dernière soirée. Après m’être régalée dans un petit restaurant bien caché, je m’en emplirai les poumons, alors que j’ai encore le goût d’une boisson à la noix de coco chaude. Une odeur qui restera gravée dans mon cerveau comme au fer rouge. L’odeur de Java, l’île aux épices.

Convaincu(e)? Alors à ton tour, Lectrice, Lecteur, de te plonge dans les saveurs et les parfums de Java?  Pour s’envoler pas cher pour Yogyakarta, allez faire un tour sur le site Skyscanner, qui était partenaire de ce voyage 

Cette découverte de l’Indonésie a été réalisée dans le cadre d’une opération avec Skyscanner, l’ambassade d’Indonésie en Belgique et Wonderfull Indonesia. Les opinions de l’auteure lui restent propres, malgré les quelques Bintang descendues.

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