Mons n’est pas la capitale culturelle wallonne pour rien ! Non seulement à cause de ses nombreux musées (on le verra à nouveau dans cet article avec le Musée d’Art Contemporain du Grand Hornu) mais aussi, à cause des artistes qui ont fréquenté la région… et pas des moindres. L’un des plus importants était Vincent van Gogh et c’est sa Maison de Cuesmes que je vais visiter de bon matin.

Vincent au Borinage : la Maison va Gogh à Cuesmes

C’est une journée parfaite à consacrer à l’art et aux musées, il pleut comme vache qui pisse dehors et de bon matin, me voilà partie pour le village de Cuesmes, qui fait partie de l’entité de Mons. Cuesmes est typique du Borinage avec ses maisons de briques et ses terrils qui dominent le paysage. C’est dans ce paysage qu’un certain Vincent van Gogh, arrive en février 1879. Ce n’est pas un étranger au Borinage, il est déjà venu y séjourner car avant de devenir peintre, Vincent souhaitait devenir pasteur, comme son père. L’éducation pastorale étant très rigoriste au Pays-Bas, on l’envoie à Bruxelles pour étudier auprès de l’église protestante locale mais il échoue là aussi. Qu’à cela ne tienne, il sera prédicateur laïque. Il passera par Pâturages et Wasmes, deux villages en plein cœur de cette région minière. Il se prend d’affection pour les mineurs, scandalisés par leur misère et leurs conditions de travail. Pour les autorités religieuses, ce prédicateur vivant comme les mineurs devient gênant. Suspecté d’être un agitateur, sa mission n’est pas reconduite. Après quelques mois à Bruxelles, il retourne dans le Borinage, cette fois à Cuesmes où il logera chez le pasteur Edouard Francq pour y travailler bénévolement.

En juin 1880, Van Gogh loue une chambre chez le contremaître des mines Charles Decrucq. Il y restera jusqu’en octobre et c’est dans cette modeste maison, grâce à l’argent et au soutien de son frère Théo, que Vincent van Gogh, l’artiste, naîtra, laissant travail évangélique derrière lui. Cette vieille maison de briques est un peu isolée. Avant d’y entrer, on passe par un petit centre d’interprétation qui met un peu en situation la région et l’époque puis, on sort pour traverser le jardin et se rendre jusqu’à la maison. Un petit sentier balisé vous y mène lentement, reprenant des dates significatives dans la vie de van Gogh, histoire de replacer un peu les choses.

Avant d’arriver trop près, je prends le temps de détailler la maison. Elle n’est pas très grande mais le terrain marécageux sur laquelle elle est bâtie lui donne un côté un peu brinquebalant, elle penche un peu… D’ailleurs, cette maison a tellement bougé que la porte d’entrée s’ouvre à l’aide d’un mécanisme particuliers construit à l’université de Mons. Elle a bien failli être rasée d’ailleurs. Sans l’intervention de passionnés dans les années 70, elle ne serait plus là. Sur son côté gauche, se trouvait une annexe qui maintenant n’existe plus. C’est là que dormait Vincent et les enfants de la famille.

J’entre finalement et c’est un guide qui m’accueille. Jovial et volubile, il va tout m’expliquer sur la maison mais avant, il m’invite à m’asseoir dans une salle où est projeté un film sur les années de van Gogh dans le Borinage. Surprise, c’est Henri de Gerlache, un ancien copain de classe de l’IHECS et réalisateur de documentaire reconnu qui l’a fait et c’est Tom Barman, le leader du groupe dEUS, qui lit les lettres que Vincent envoyait à son frère Théo pendant son séjour dans la région. Si Vincent est une figure un peu mystérieuse, son abondante correspondance avec son frère nous renseigne pas mal sur sa vie et son état d’esprit. On découvre un van Gogh qui au départ, se sent tout investi par sa mission et fasciné par un environnement si loin de ce qu’il connaît. Il faut imaginer les mines en activité, les figures de mineurs, des hommes mais aussi des femmes et des enfants, barbouillées de noir. Un noir charbon qui se diffusait dans la terre et le ciel. Il décrit le Borinage comme lieu tout aussi étrange et exotique que les destinations les plus lointaines. Mais c’est aussi une période où il se sentira au plus bas.

Finalement, c’est par le dessin qu’il va s’en sortir. Il arrivera à se procurer des ouvrages pour mieux apprendre le dessin et avec l’aide de Théo, se procure gravures et matériel pour s’exercer à faire des copies, notamment de Jean-François Millet qui fit de nombreux sujets de la vie paysanne. Ses premiers dessins reprendront ce thème, un thème de la vie des plus modestes qui reviendra dans ses œuvres. Quand il quitte le Borinage, c’est pour s’inscrire à l’Académie des Beaux-Arts de Bruxelles. C’est là qu’il réalisera un dessin « Les bêcheurs », toujours fortement inspiré par Millet, un dessin qui évoque les souvenirs de cette époque charnière. Dessin que l’on peut voir (où est-ce une reproduction, ce qui est sûr, ce que l’artothèque de Mons le possède). Si tu es amateur/trice d’art et fan de van Gogh, la visite est chaleureusement recommandée.

Maison van Gogh

Rue du Pavillon,3

7033 Cuesmes

Le Grand-Hornu, le rêve industriel et humaniste d’Henry de Gorge

Nous quittons Mons pour la commune voisine de Boussu et le village de Hornu. Le fil rouge de la journée est décidément le passé minier du Borinage (impossible à éviter, les souvenirs nous entourent de toute part) puisque j’ai rendez-vous au Grand-Hornu, le plus beau complexe industriel du Hainaut.

L’histoire commence en 1810. La Belgique est alors sous contrôle de l’empire napoléonien. Ça fait déjà plusieurs années qu’une veine de charbon est exploitée dans la région. Arrive Henri de Gorge, un commerçant lillois, qui rachète à la veuve de l’exploitant précédent, la concession. Très vite, de Gorge veut moderniser l’exploitation, non seulement dans sa gestion et sin fonctionnement mais aussi, à un niveau plus… holistique dirons-nous. L’une des particularités des charbonnages, c’est que la main d’œuvre va-et-vient assez rapidement. Pour cet homme d’affaires, c’est un problème. Dès 1816, il développe son idée de charbonnage incluant une cité-ouvrière modèle avec logement, dispensaire, épicerie, école pour les ouvriers et leurs familles. Une manière de fidéliser ses employés. La cité borde les installations industrielles qui consistent en une grande cour ovale elle-même entourée d’un grand carré. On y trouve la maison des ingénieurs, la salle des machines, les écuries, un magasin à foin… Les puits d’extraction eux, sont situés en dehors, à proximité de la cité. Henri de Gorge aura à peine le temps de profiter de son ouvrage accompli. Un an après la mise en route de la salle des machines, de Gorge meurt du choléra en 1832. L’exploitation continuera malgré tout jusque dans les années 50. Après plusieurs années de péripéties, le Grand-Hornu sera sauvé et transformé pour en faire le Musée d’Arts Contemporains (le MACs) et le Centre d’Innovation et de Design (le CID). Il sera également classé à l’UNESCO. Mais avant d’avaler un gros morceau de culture, j’ai besoin de nourriture plus substantielle.

Rizom, brasserie de standing

Lorsque je prends place au restaurant Rizom, qui est lui-même su le site, j’ai un sourire jusqu’aux oreilles : je vais enfin tester la cuisine de Sang-hoon Degeimbre, le chef doublement étoilé de L’Air du Temps. Rizom est un de ses projets. C’est une brasserie mais une brasserie de haut vol ! Le menu présente seulement 3 options en entrée, trois plats et deux dessert. Ou alors, vous choisissez un menu à l’aveugle et vous vous laissez surprendre. Ce qui était mon cas. Ce que j’ai eu dans l’assiette était surprenant. Première chose : les légumes, surtout fermentés sont vraiment mis en avant. J’en ai eu dans mes 3 plats, y compris le dessert qui était basé sur la carotte. C’est assez désarçonnant, surtout avec le sucré mais les saveurs sont très pure, le magret de canard de mon plat, parfaitement cuit et accompagné d’un jus savoureux. Je suis restée beaucoup plus ambivalente sur l’ajout des carottes fermentées dans le dessert qui apportait un côté trop acide pour moi et qui masquait le goût délicat d’un excellent sorbet à la carotte. Pour accompagner tout ça, il y avait le choix entre les différentes productions de la Brasserie du Borinage, une micro-brasserie dont je suis fan depuis que j’ai découvert leurs productions dans un café bruxellois.

 

Le MACS, Musée des Arts Contemporains

Place à l’art ! Le MACs s’est fait une place de choix parmi les musées belges et il était temps ! A sa création, la Wallonie n’avait pas de musées d’art contemporain d’envergure. Installé dans la Maison des ingénieurs, les volumes du musée sont impressionnants. C’est un lieu rêvé pour y exposer les plus grandes des installations. Le tout a été réalisé en préservant le bâtiment puisqu’il est classé. A l’exemple d’un étrange escalier aux marches légèrement inclinées.

Lorsque j’y étais, se tenait l’exposition Les Abeilles de l’Invisible qui battait son plein (elle vient de se terminer le 12 janvier). Une très belle, mais exigeante, exposition sur le monde de l’invisible. Un propos assez large et plutôt métaphysique qui est incarné de manières radicalement différentes par chacun des artistes. Parmi les plus abordables, les vidéos des aquarelles dans l’eau de l’artiste franco-turc Sarkis. Inspiré par la technique de l’ébru, regarder les volutes de couleur se répandre et se dissoudre dans l’eau est littéralement hypnotique. Comment capturer la lumière du jour ? En la mettant sous cloche, pardi ! C’est la réalisation poétique de Fabrice Samyn qui après de longues observations a réussi à reproduire les teintes et la luminosité du ciel à différents stades de la journée. Ce sont les violents contraste d’ombre et de lumière, les rayons invisibles du soleil qui éclairent des coins de bois et les tirent de l’obscurité sur les tableaux de Jean-Marie Bytebier ou encore, le processus presque alchimique du travail du métal du sculpteur Daniel Turner.

L’expo est maintenant terminée et la prochaine s’ouvrira, Representing the Works, s’ouvre le 16 décembre.

Le CID : Centre d’Innovation et du Design

Se partageant l’espace du Grand-Hornu avec le MACs, il y a le CID, le Centre d’innovation et de design. En fait, c’est même lui le premier qui s’est installé ici. Et le CID expose aussi, dans l’ancienne grange au foin et les écuries, sur un thème très actuel : Nature morte/Nature vivante. La nature en tant que sujet artistique et figé pour l’homme et la résilience de la nature par rapport aux perturbations apportées par l’homme.

Comme il s’agit de design, on entre plus dans l’art appliqué mais la distance entre les arts plastiques est souvent bien mince. Surtout lorsque je regarde un mur tendu d’une espèce de papier peint à fleur qui semble un immense tableau ou des bonsaïs qui semblent avoir été plongés dans l’eau dans divers aquarium et assemblés ensemble comme un arbre plus grand. C’est étrange et poétique et quelquefois poignant quand on voit jusqu’à quel point la nature arrive à se faufiler et à s’épanouir malgré les contraintes artificielles comme par exemples des bijoux qui sont construits autour de tomates qui ont été forcés de mûrir à travers des cercles de métal.

Cette expo est visible jusqu’au 8 mars.

En reprenant le bus vers Mons pour y passer la soirée, je me sens riche. Riche de cette ouverture sur d’autres modes de pensées et de perceptions que seules peut apporter l’art. Riche de réflexions aussi et franchement, si l’argument « Visiter Mons vous rendra plus riche » ne vous convainc pas, eh bien je rends mon clavier.

P.S. : Ah si… Y’a de l’excellente bière, particulièrement « L’urine » de la Brasserie du Borinage.

Le MACs et le CID

Site du Grand-Hornu 
Rue Sainte-Louise, 82 
7301 Hornu – Belgique

Pour aller plus loin

Se rendre à la maison van Gogh

En bus : J’ai pris la Gare de Mons comme point de départ. Un petit vingt-minute suffit à rejoindre la maison. Vous avez le choix entre deux bus. La ligne 6, moins fréquente, qui s’arrête à deux pas. Stoêz à l’arrêt « Cuesmes Grand Marais ». L’autre option est la ligne 2, direction Dour ou la 1, direction Saint-Ghislain, arrêt « Cuesmes SNCB ». Il faudra ajouter 10 minutes de marche.

Se rendre au Grand Hornu

En bus : Ici rien de plus facile. Prendre lla ligne 7 vers Quiévrain ou la 9 vers Dour, arrêt « Grand Hornu ».

Plus d’information sur : https://www.infotec.be/fr-be/medeplacer/horaires/toutesleslignes.aspx?tec=TECHA

Cette escapade à Mons a été réalisée en partenariat avec VisitMons mais les opinions de l’auteure lui restent propres, malgré les délices de la côte al berdouille.
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