C’est la deuxième fois cette année que je visite Charleroi. J’étais sortie de mon mini-séjour en février un peu frustrée et lorsque Wallonie Belgique Tourisme m’a invitée pour tester la nouvelle auberge de jeunesse qui vient d’ouvrir près des quais de Sambre, j’ai sauté sur l’occasion de faire un peu de tourisme de proximité.

Charleroi, une ville en transformation

Je débarque donc en milieu de matinée à la Gare de Charleroi, accueillie par Jonathan, de la Maison du tourisme du Pays de Charleroi. Il sera mon accompagnateur pour la journée. Pas de temps à perdre, nous passons déposer nos bagages à l’auberge et nous nous mettons en route sans tarder. Première étape : l’hôtel de ville, que je n’avais encore jamais visité. Pour ça, il faut atteindre la Ville Haute et gravir la Rue de la Montagne. La rue de la Montagne, c’est cette voirie qui grimpe fort et sert de liaison entre les deux Charleroi : la ville basse des bords de fleuve, qui a déjà beaucoup changé, bouge et bruisse et la ville haute, siège des institutions, plus altière. Mais la Rue de la Montagne est en pleine réflexion sur elle-même. La création du grand centre commercial Rive Gauche l’a vidée de presque tous ses commerces. Quel avenir lui préparer, alors ? La faire devenir une rue de commerce alternatif ? La consacrer au logement ? Autre chose ? En attendant, la rue a un air mélancolique d’une grande dame destituée.

Sur la Place Charles II, deux bâtiments trônent : la Basilique Saint-Christophe, que j’avais déjà visitée et le très néo-gothique hôtel de ville avec son beffroi moderne. A l’intérieur, tout est un peu et mystérieux. Un escalier monumental entouré de boiserie, une salle du conseil communal chamarrée, un salut fait aux géants de Charleroi (on est en Province de Hainaut, terre des géants) et une pause dans une salle où trône un panorama modélisé du Charleroi des débuts avec un court historique de la ville, tout ça pose les bases pour mieux comprendre la ville. Et pour avoir une idée encore plus globale du paysage carolo, nous allons grimper les escaliers du beffroi pour avoir une vue à 360 degrés. Le mot qui vient tout de suite à l’esprit quand on regarde l’horizon du Pays Noir, c’est « densité ». La densité de l’habitat urbain, la proximité immédiate des usines et des terrils, les communes limitrophes de Charleroi qui lui sont comme collées… Tout cela lui donne l’aspect d’une drôle de tapisserie où il y aurait un trop plein de motifs et on peut y passer beaucoup de temps à en observer tous les détails.

Vous pouvez visiter l’hôtel de ville et le beffroi en réservant une visite guidée avec la Maison du tourisme du Pays de Charleroi.

Hôtel de Ville de Charleroi
Place Charles II
6000 Charleroi

BPS22 : de l ‘art qui interpelle

L’étape numéro deux sera plus culturelle : direction le BPS22, le Musée d’Art de la Province du Hainaut et on peut dire que ce bâtiment est né pour ça.

En 1911, c’est l’effervescence. Charleroi, alors fierté de l’industrie belge, organise une exposition (sur le modèle des expos universelles) pour montrer la créativité, l’ingéniosité et le dynamisme de Wallonie, une des régions les plus riches d’Europe à l’époque. Un palais néo-gothique avec une verrière y est construit pour y organiser une exposition « d’art wallon » avec une partie consacrée aux classiques de la Province du Hainaut et l’autre à l’art moderne, plus ouvert.

Après l’exposition, le bâtiment passe dans le giron de l’Université du Travail et y accueille les machines-outils de l’établissement. Il est ensuite transformé en entrepôt avant qu’un projet muséal ne s’y développe au tout début des années 2000 et en très peu de temps, est devenu un acteur important de l’art contemporain en Belgique, notamment grâce à la qualité de ses expositions temporaires et à sa mission de diffusion des arts à un public à priori pas spécialement sensibilisé à ça. Et de fait, quand nous entrons dans le musée, il y a foule. Des groupes d’ados et aussi pas mal d’adultes sont là pour l’expo « Us and Chaos », une exposition très dure qui met en lumière les dangers qui planent sur notre démocratie, les méfaits du capitalisme débridé. La mission d’interrogation sur notre monde via l’art est remplie en tout cas ! Mention spéciale à l’espace enfant qui place des œuvres (moins difficiles, évidemment) à leur hauteur mais permettent aussi aux plus jeunes de se poser des questions.

BPS22
Boulevard Solvay 22
6000 Charleroi

Avez-vous déjà mangé du vitoulet ?

Après toutes ces émotions, il est temps d’aller manger. Nous repartons vers la Ville Basse pour manger en vitesse, mais bien, chez Meatball’s Bar. Ce bar à boulettes propose plusieurs choix (dont une boulette végé) et on compose également son propre accompagnement (sauce, frites ou légumes) et en plus, si vous ne savez pas quelles boulettes choisir, vous pouvez panacher ! De plus, à part quelques classiques, les recettes de boulettes et de sauces changent régulièrement. J’ai donc opté pour une boulette pur bœuf et la boulette typique de Charleroi : le vitoulet. Le vitoulet, c’est une boulette de porc-veau haché très finement, mélangé avec du pain, de l’échalote et de la muscade. J’ai choisi d’agrémenter mes boulettes d’une bonne vieille sauce tomate et de frites. Verdict ? Si j’ai trouvé les boulettes de bœuf un peu sèches, les vitoulets étaient délicieux, moelleux et bien assaisonnés (j’en aurais bien mangé encore un ou deux en plus). Rien à redire sur la sauce et je mets une mention spéciale aux frites qui étaient pas mal du tout.

Meatball’s Bar
Rue de Marcinelle 8
6000 Charleroi

Charleroi : Nature et street art ?

C’est donc repus que nous allons reprendre la route des découvertes avec Christophe, guide spécialisé nature.

« Nature à Charleroi ? » vas-tu me dire, Lectrice, Lecteur… attends un peu que je t’explique… mais avant d’aller se balader, nous avons rendez-vous dans un endroit un peu particuliers et qui symbolise plutôt bien l’esprit créatif de Charleroi. Pik pô Tattoo street art, à la fois salon de tatouage, galerie spécialisée street art et lieux de rencontre. A sa tête, Sebastiano Bongiovanni, une boule d’énergie la tête remplie de projets. Le street art fait tellement partie de sa vie qu’il a créé une ASBL : Indigen. Son but ? Rendre des couleurs à la ville de Charleroi et promouvoir du street art en ville. Sebastiano est même un excellent guide sur ce thème précis mais pour le moment, je suis en train de me tordre le coup pour admirer toute la déco du salon. Les couleurs pètent de partout, j’aperçois des platines pour les soirées et happenings qui y sont organisées et il y a même un van qui trône à l’arrière de la salle. Ça, c’est pour le rez-de-chaussée. L’étage sert d’espace d’exposition. Et comme le street art, ça prend de la place, il n’y a que quelques pièces à admirer. Après avoir fait le tour du propriétaire, nous embarquons tous dans la voiture pour nous rendre à Marchienne-au-Pont, sur le sentier de halage pour une singulière visite.

Pik pô Tattoo street art
Blvd Audent, 12
6000 Charleroi

Singulière parce que cette promenade le long de la Sambre entre Marchienne-au-Pont et Charleroi, le long de divers sites industriels combine 3 éléments : l’histoire récente de Charleroi avec ses usines, la nature qui survit et reprend ses droits et l’appropriation de friches industrielles par les artistes.
Christophe pointe ici et là quelques particularités de la flore et de la faune. Quel contraste entre les usines, la plupart silencieuses, et un couple de cygnes qui glissent gracieusement sur les eaux du fleuve. Les mesures prises pour assainir la Sambre semblent porter leurs fruits.  Comme quoi, la résilience de la nature quand l’homme lui donne un sacré coup de pouce, peut se montrer efficace très vite. 

Nous arrivons enfin aux grands morceaux de mur dédié aux fresques réalisées le long des festivals Urban Dreams successifs. Il y en a pour tous les goûts et tous les styles et j’avais déjà eu l’occasion de les découvrir lors de ma première visite mais les commentaires explicatifs de Sebastiano n’étaient pas là !

Ce qui frappe dans les oeuvres, c’est le côté brut, l’omniprésence du métal et de la mécanique. Comme si l’environnement faisait partie intégrante de l’imaginaire des graffeurs. Et à contrario, on y trouve aussi pas mal de représentation de la nature, et d’animaux, tantôt mignons, tantôt terribles. 

Si Urban Dream s’est dissout, Indigen compte bien prendre la relève et c’est sur les murs de Carsid que 9 artistes réunis sous cette coupole ont réalisé une œuvre géante : Street-ArtSide. Chaque artiste, carolo ou étranger, s’est emparé d’une de lettres qui forme le nom de CHARLEROI. Chacun avec sa propre vision et personnalité. Si tu arrives en train depuis Bruxelles, Lectrice, Lecteur, tu les verras, saluant les visiteurs/euses et ceux et celles qui rentrent à la maison. L’œuvre n’est d’ailleurs pas tout à fait finie puisqu’un fond sombre et quelques finitions vont être apportés. Bref, ça va claquer et les activités de l’ASBL seront à suivre !

Nous allons aussi passer de l’autre rive où se trouve une voirie qui a priori comme çà, n’inspirerait pas DU TOUT confiance : la rue des Verriers. C’est un peu le terrain de jeu pour les apprentis grapheurs. Certaines œuvres sont là de manière permanente mais toute une large section peut-être peinte et repeinte. Et apparemment, il y a tout un code entre grapheur pour savoir qui peut être repassé dessus. Cela est resté un peu obscur, mais si vous faites une balade avec Sebastiano, contactez-le, il vous expliquera mieux que moi !

Rockerill, le WOW culturel

La pièce de résistance du quartier, c’est le Rockerill, un espace comme on ne trouve nulle part en Belgique. Installé les anciennes Forges de la Providence qui appartenaient au groupe Cockerill, c’est à la fois un lieu de concert, un bar, un espace d’expo et un lieu de production multi-culturel (art plastique, musique… et même une forge !). Suite au déclin industriel, les forges étaient laissées à l’abandon, jusqu’à ce qu’en 2005, un collectif d’artistes ne la prenne en charge.

Et que dire quand on pousse la grande porte ? C’est juste un « Wow », suivis de beaucoup d’autres quand on découvre les différentes salles.

La Cathédrale déjà en jette, à peine entré, ainsi que la grande salle dont les hauteurs de plafond permettre d’exposer des œuvres monumentales. Les forges, un peu plus basses de plafond mais pourvues de jolies fenêtres, est le lieu où se trouve le bar, et sans doute le plus chaleureux. Enfin, il y a la salle de concert où les artistes peuvent venir jouer devant 250 personnes. Ce qu’il y a d’assez extraordinaire, c’est qu’à part la salle de concert qui a dû demander pas mal de changements et d’investissement, le reste du Rockerill garde ce côté délabré d’une usine abandonnée. De même pour la déco, on a utilisé par mal de plaques de métal rouillé ou de tuyaux. Il reste même la trace des rails où roulaient les wagonnets. Notre visite est complètement impromptue et nous trouvons le lieu dans une certaine effervescente puisqu’une expo est en préparation. Même si le lieu est grand, on sent toute l’agitation des dernières préparations.

Ne manquez pas d’aller faire un tour aux toilettes. Elles sont custom-bombées !

Le Rockerill
Rue de la Providence 136
6030 Charleroi

Ambiance de Noël au marché

Le temps de faire une petite pause à l’auberge et je ressors battre le pavé carolo pour jeter un œil au Marché de Noël. Oui, oui, Charleroi a son marché de Noël, et même sur deux implantations ! La première est sur la Place de la Digue. C’est la place qui sert de rassemblement pour les grandes manifestations populaires en ville. Et qu’y trouve-t-on ? De nombreux chalets qui offrent à manger et à boire. Quel plaisir comparé à celui de Bruxelles de ne pas être bousculée, ni collée-serrée avec les autres badauds !

Terre d’immigration italienne oblige, je retrouve même le punch abruzzese dans la liste des boissons chaudes. Le punch abruzzese, c’est une liqueur aux herbes qui se boit souvent chaude et qu’on peut servir en grog en cas de rhume. Ça me fait tout chaud au cœur de le voir.

La deuxième implantation, sur la Place Verte, c’est celle du grand sapin de Noël et de la patinoire. Pas trop de monde en ce froid jeudi d’hiver mais ça permet à une petite bande de grands ados d’en profiter à fond. Pas le temps de s’attarder à regarder leurs évolutions pourtant. Une table a été réservée pour moi et elle m’attend.

Dîner aux accents italiens au Quai 10

Ma table n’est d’ailleurs pas la seule à patienter en attendant que j’arrive. J’ai aussi donné rendez-vous à Ophélie Morelli (alias Les envies de Mohlie), l’une des trois auteures (avec Caroline Vermeulen et Camille Hanot de « Charleroi : 200 adresses à partager » et elle est déjà là, au Quai 10.

Le Quai 10, c’est plus qu’une brasserie. A la fois cinéma, espace de jeux vidéo et restaurant, c’est un concept plutôt original que tient l’équipe.

Du côté de la Brasserie, l’espace est immense, de haut plafonds blanc, de l’orange, de grandes toiles tendues représentants des scènes de film, voilà le décor planté. On y ajoute quelques tables classiques et des tables communes. Un beau lieu.

En attendant nos commandes, on en profite pour papoter avec Ophélie, qui connait donc très bien sa ville. Elle aussi a hâte d’essayer la cuisine de la brasserie depuis qu’un nouveau chef est arrivé. On ne va pas tarder à le savoir : mes orechiette à la saucisse de Sienne et le plat d’Ophélie également. Et le reste de la carte ? Elle fait la part belle aux pâtes et aux spécialités italiennes, comporte une belle petite sélection de plats végétariens et végans, mais aussi des hamburgers et quelques classiques de brasseries. Qui plus est, les portions sont copieuses mais j’avais gardé de la place pour un dessert, un chaud-froid de poires caramélisées. Des plats bien exécutés, bons, un service souriant (bien qu’un peu lent), on n’est pas mal au Quai 10 !

Quai 10
Quai Arthur Rimbaud 10
6000 Charleroi

Où dormir à Charleroi ? L’auberge Arthur Rimbaud

Ouverte en septembre 2018, la nouvelle auberge de jeunesse Arthur Rimbaud est située à un emplacement de choix : dans la ville basse à 5 minutes à pied de la gare, et à une rue de Rive Gauche, le fameux centre commercial. Pourquoi Arthur Rimbaud ? Parce le poète fit plusieurs passages dans cette ville, alors en pleine transformation industrielle. Elle lui évoqua même un poème : « Au cabaret vert ».  

Côté déco, on est dans le sobre (béton ciré, beaucoup de blanc et de lignes épurées), dans le rappel industriel (avec des tuyaux apparents, des chaises en fer) avec des touches de couleurs apportées par des coussins, des canapés, etc.

Côté chambres, il y en a 189, disposées en chambres de 2, 3, 4 ou 6 lits, toutes pourvues de leurs propres salles de bain. Pas de gros dortoirs donc, mais pas vraiment de chambres pour couples (même si les chambres sont modulables). Quand vous arrivez, on vous donnera couette, coussin et draps de lit (par contre, n’oubliez pas d’amener votre savon et serviettes car ils ne sont pas fournis, même si en cas d’oubli, vous pourrez en louer à la réception) et c’est parti pour les chambres. Elles aussi sont très sobres et fonctionnelles. Ma chambre de 4 lits avait une petite table, un lavabo dans la pièce et un autre dans la salle de bain. Chaque lit est équipé de sa petite lampe, d’une prise électrique et une prise USB ainsi qu’un petit reposoir pour disposer son smartphone. Vraiment pratique !

Le super bon point, c’est le petit-déjeuner quasi complètement bio et local avec du pain fait maison, des yaourts et confitures bio…  

Mon coin préféré reste le bar, juste à côté de la réception. C’est le lieu de rencontre autour de quelques bières artisanales locales et en plus, on peut y bouquiner (plein de revues de voyages et vous pouvez demander le guide « Aimer Charleroi » à prêter, il est derrière le bar. Mention spéciale pour la gentillesse du personnel. Si votre budget est serré, c’est LA bonne adresse à noter. Les lits y sont à partir de 19 Euros.

Auberge de jeunesse Artois Rimbaud
3, Rue du Bastion d’Egmont
6000 Charleroi

Cette découverte de Charleroi a été organisée avec l’Office du tourisme de Wallonie Belgique et la Maison du Tourisme du Pays de Charleroi. Merci à eux.
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