Une petite sieste récupératrice, c’était tout ce qu’il me fallait après ce trajet en train jusqu’à Rome. Rafraîchie, je m’étais empressée de sortir. Après deux semaines d’au naturel, le maquillage refait son apparition et j’avais enfilé une robe pour aller me promener. C’est qu’en ville en Italie, on aime être un peu apprêtés !

Ce sont les fins d’après-midi que je préfère à Rome, quand la lumière dorée du soleil renforce encore plus les jaunes, les ocres, les oranges et les roses de la ville. Et pendant que je marchais dans l’air tiède que procure l’ombre grandissante de la fin de journée, j’ai senti comme une grosse bouffée d’émotions : cette légèreté, ce bonheur d’être là que j’avais appris à connaître lorsque j’y vivais et c’est presqu’en sautillant que j’arrivais au Forum, avec quasi les larmes aux yeux de me sentir toujours aussi bien dans cette ville qui fut la mienne. Rome mérite bien son surnom de « Ville éternelle » : elle ne change pas, ou si peu ! C’est justement les quelques changements qui se sont opérés que je vais explorer pendant les jours qui vont suivre, et que je te raconterai plus tard, Lectrice, Lecteur. Noyée dans mes découvertes, et à quelques exceptions près, je vais me tenir au large des lieux que je fréquentais… jusqu’au dernier soir. Ce soir là, j’avais eu envie de terminer mon séjour en allant prendre l’apéritif sur un rooftop-bar et il se trouve que l’un des plus beaux est au sommet d’un hôtel situé Piazza della Minerva. Santa Maria sopra Minerva étant mon église préférée ici, je ne me suis pas faite priée pour le découvrir, l’occasion était trop belle d’utiliser ce prétexte pour la revoir ! De là, on est à deux pas du Campo de’ Fiori, LA place que je fréquentais assidument avec mes amis.

La tentation était trop forte pour ne pas aller y faire un tour.

Je n’aurai peut-être pas dû.

En soi, le Campo est toujours aussi bruissant d’activités. Les terrasses sont pleines, la tête baissée de Giordano Bruno, ce martyr de la science, regarde toujours les pavés de la place et les jeunes qui se réunissent à ses pieds. J’ai un flash. Moi aussi, j’ai attendu là mes potes quand j’arrivais à l’avance. Et là, mon coeur commence à se serrer… Wissal, Esther, Kari, Reika, Hubert… Tous ces sourires qui ont accompagné mon expérience romaine, j’ai l’impression que je vais les voir, que je ne fais que patienter comme je l’ai fait si souvent. Mais ils ne viendront pas. Même le café où nous avions nos habitudes n’existe plus. Ce bar au décor rouge dont le sol était jonché de coquilles de cacahuètes est à présent un « mozzarella bar » bardé de noir et de bleu foncé. Une vague de tristesse m’envahit et je me sens comme quelqu’un qui se promène dans une ville pleine de fantômes, à la recherche d’un temps qui n’existe plus. Jamais je n’avais été insouciante, ni sentie moins seule qu’ici et là, mon statut de voyageuse solo vient de me revenir en pleine face.

Je quitte le Campo en vitesse, le coeur gros… avec une folle envie de noyer mon spleen dans le prochain rooftop. Ça tombe bien, il y en un à côté de mon auberge. Au fur et à mesure que mon spritz généreusement servi descend en même temps que le soleil, mon humeur se dégage. Demain sera un autre jour, dans un bus qui m’emmènera loin du temps jadis.