- Dijon , France -

October 2016

Découvrir Dijon : Chouette ou Greeter ?

La Bourgogne… dans ma tête de Belge, ce nom m’est familier, et plus que familier ! Pendant les presque 2000 ans d’histoire où la Belgique d’après J-C, où mon royaume fritier n’existait pas, son territoire toujours appartenant à plus grand que lui, il y eu un moment faste: celui où les “Pays-Bas” comme on les appelait alors, appartenait au Duché de Bourgogne. Un Duché de Bourgogne qui surpassait en richesse, en raffinement tout ce qu’on pouvait trouver en Europe. Le Roi de France et sa cours seraient apparus comme les derniers des ploucs comparés à l’éclatante suite de Philippe le Bon à Dijon ou à Bruges.

Partout en Belgique, il reste des traces de cette époque, et pas seulement dans les livres d’histoire… Aussi, je me sens un peu chez moi lorsque je descend du TGV en gare de Dijon, chaleureusement accueillie par Penny de Bourgogne Tourisme C’est ma première visite dans cette région, et j’ouvre grands les yeux. Première surprise, je ne sais pourquoi, j’imaginais Dijon comme une ville un peu industrielle et ce n’est pas du tout le cas ! Le vieux  Dijon semble sortir de la renaissance avec ses demeures bourgeoises, ses maisons à colombages et ses palais. Une couleur domine : celle de la pierre de bourgogne, couleur de chardonnay. Une ville où le minéral semble roi.

Très vite, je mets en route pour découvrir la ville et j’ai deux options.

Suivre la chouette

Après un passage au bureau de l’Office du tourisme pour y chercher une brochure: celle du Parcours de la Chouette, et je me mets en route. Dijon a eu une super idée pour faciliter la ville au touriste : utiliser sa mascotte, la Chouette, pour guider le touriste en mal d’indépendance. Il suffit de suivre les flèches en laiton, chaque arrêt est marqué par l’image du rapace et votre brochure (ou votre application smartphone, 2,99 €) vous fournit tous les renseignements nécessaires sur ce que vous voyez, attire votre attention sur des lieux aux alentours, vous invite aussi à vous écartez du chemin principal pour aller jeter un œil ailleurs. Une bien belle manière de découvrir une ville inconnue et très confortable pour ceux qui n’aiment pas trop l’improvisation. Pour aller plus loin, des “boucles” ont aussi développée pouir découvrir le Dijon hors centre historique.

Je salue la statue de Philippe le Bon qui se trouve à l’arrière du Palais ducal, Square des ducs et me mets en route. L’après-midi est bien avancé et je dois me dépêcher de faire la boucle qui me ramènera par ici, avant la fermeture du musée. Je ne tarderai pas à trouver la fameuse chouette : elle est là, sur le mur gauche de l’église Notre-Dame, la face complètement disparue mais on reconnait bien la silhouette de ce oiseau de nuit. Si vous la caressez de la main gauche, formulez votre vœu et celui-ci se réalisera peut-être ! Cette mascotte a une origine bien mystérieuse… est-ce un reliquat antique ? La signature d’un tailleur de pierre ? Nous ne le saurons sans doute jamais, mais sa silhouette sans visage a vu passer des générations de Dijonnais et elle a du porter bien des espoirs avec elle !

Dijon médiéval

Mais arrêtons-nous un peu devant l’église : ce qu frappe tout d’abords, c’est la rangée de gargouilles, elles sont au nombre de 51 et leur particularité est d’être purement ornementales. Elles n’évacuent aucune eau. Il y avait bien des gargouilles à l’origine, mais suite à la chute d’une d’entre elles qui tua un pauvre fidèle, elles furent toutes enlevées de la facade occidentale et on n’en verra plus avant 1862, quand s’achevât la restauration de la cathédrale. La facade est d’ailleurs assez imposante, elle semble former une espèce de “paravent”, protégeant la cathédrale du regard des curieux.

Pour les amateurs d’architecture, c’est plutôt intéressant, puisque la cathédrale semble avoir été construite à la fin de l’époque romane et au début de l’art gothique, des arcs de plein ceintre et des arcs brisés se côtoient allègrement !

Le trajet se poursuit devant la maison Millière, une des plus anciennes bâtisses de la ville (1484, cherchez le chat !), lhôtel de Vogüe (et se magnifique toiture de tuiles vernissées) puis les petites rues médiévale de la ville. Le petit vent frais qui annonce l’hiver semble avoir chassé les gens et je me retrouve seule entre les vieux murs de Dijon, sous un ciel bas de plafond. J’ai l’impression de me promener dans une ville fantôme ! Le temps d’arriver Place du Théâtre, et le soleil et les gens sont de retour, la ville change de visage aussi vite que le soleil vient frapper ses pierres. Rien que ce petit bout de route m’a pris une petite heure, à regarder, explorer… et l’après-midi est déjà bien avancé : il est presque 5 heures, et je n’ai plus qu’une heure pour visiter le Musée des Beaux-Arts.

Le Dijon des Ducs de Bourgogne

C’est un des plus riches musées de France mais pour le moment, cette partie du Palais des Ducs et des Etats de Bourgogne, qui abrite  le musée (la Mairie partage l’espace) est en pleine phase de rénovation et seules quelques salles sont ouvertes. cela va donc faciliter ma visite ! Histoire de donner une vision de toutes les collections pendant les travaux, on a mélangé “un peu de tout” : peintures de maîtres flamands réalisés à l’époque de gloire du Duché, armures de chevaliers, tapisseries, vitraux et même des céramiques d’art islamique. En passant dans une galerie qui résume l’histoire du Duché de Bourgogne, je passe devant une image bien connu: celle du portrait de Philippe le Bon, le même qui figurait dans mes livres d’histoire, l’air sérieux dans son costume noir, droit comme un “i”, il tient un parchemin à la main et semble regarder dans le lointain.

Les plus belles “pièces” du musée restent quand même les gisants des ducs de Bourgognes. Situés dans l’ancienne grande salle d’apparat.

Philippe le Hardi est seul, tandis que Jean sans Peur y est avec sa femme, Marguerite de Bavière. Tous trois sont habillés de bleu et de blanc, couleurs célestes, et des lions reposent à leurs pieds. Ils sont représentés serein dans leur sommeil éternel, les mains jointes. Comme une dernière supplique et un dernier acte de dévotion à Dieu. Un acte figé.

Ne manquez pas de passer par la galerie qui surplombe la salle pour mieux voir les détails des tombaux (ils sont assez hauts et il est difficile de voir l’essentiel quand on est tout près).
N’hésitez pas à admirer aussi la place de la Libération depuis une des fenêtres du musée. Elle vient à peine d’être rénovée. Cette place en demi-cercle est tout en élégance et toute en pierre, avec quelques fontaine et plans d’eau. Pas de fioritures, mais une simplicité qui se suffit à elle même et met en valeur le Palais ducal. C’est particulièrement beau la nuit lorsque la place est baignée d’une lumière couleur « bourgogne ».

Pour prendre encore plus de hauteur, n’hésitez pas à vous payer la visite de la tour Philippe le Bon, du palais des Ducs. L’ascension n’est pas très difficile malgré les 316 marches puisqu’il y a trois arrêts pour pouvoir admirer la structure et les sculptures présentes dans la tour. Votre récompense sera une vue à 360 degrés sur tout le vieux Dijon et au delà. L’occasion d’admirer les tuiles vernissées, les lourds toits bourguignons, les dizaines de clochers que compte la ville (comme la cathédrale de Saint-Bénigne, l’église Saint-Michel…) et au delà, de voir les collines où pousse la vigne.

Greeter à Dijon

L’autre manière de découvrir la ville, c’est à travers ses habitants… et les greeters. Ces volontaires passionnés de leur ville et de leur région vous les feront découvrir sous un angle beaucoup plus personnel. C’est Pierre que je viens retrouver en face du bureau de poste. Nous sommes mardi, et il faut absolument passer au marché qui se tient dans et autour des Halles ce matin mais en chemin, il attirera mon attention sur des détails de la Cathédrale que je n’avais pas vu, me fera visiter la maison de thé qui se cache dans la Maison Mellière, me recommandera la meilleure moutarderie de la ville: la moutarderie Fallot (et de découvrir combien la moutarde peut-être déclinée en plein de versions)… Très à l’écoute, un greeter fera en sorte que votre parcours vous ressemble ! Nous voilà arrivés devant les Halles de Dijon, grand bâtiment de la fin du XIXème, dans le style qu’affectionnait Eiffel. La grande structure de verre et de métal forme une énorme masse sur la place qu’elle occupe. Tout autour d’elle, on trouve plein de petits stands de marché et bien entendu, une foule de restaurant et de boutiques de bouches qui font toutes plus envie les unes que les autres ! Nous rentrons à l’intérieur : les Halles sont lumineuses, aérées… Peut-être même un peu trop. Le système de ventilation par le toit (d’origine) est très efficace, mais pose un vrai problème l’hiver d’après ce que me raconte Pierre. Pour le moment, je regarde la bave aux lèvres les différents stands : fromages, différents types de bouchers, traiteurs, poissonniers… Du côté des maraîchers, c’est Byzance ! Le début de l’automne fait que les étals sont bien remplis : dernières prunes, pommes, poires, une foule de potirons et autres cucurbitacées, choux, poivrons… De tout ! Et au cœur de toutes ces bonnes choses ? La petite cafétéria des Halles et son bel assortiment de vin. Il n’est que 10h30 ? Pas de problèmes ! Nous nous faisons recommander par le patron un Côte de Nuits blanc (la Côte de Nuit produit les meilleurs vins rouges de Bourgogne mais les blancs ne sont piqués des vers non plus). Et trinquons pendant que j’écoute d’autre histoires de Dijon.

Livre d’architecture

C’est donc de fort bonne humeur que l’on reprend ma promenade.
Nous passons faire un petit tour vers celle qui reste ma place préférée, la place François Rude, dite”Bareuzai”, le petit nom de la statue de vigneron qui foule le raisin du haut de sa fontaine. Avec la grande maison à colombage à l’arrière et son manège, cette place à un charme fou et l’été, il doit faire bon y paresser.

Petit à petit, au fur et à mesure que l’on s’éloigne du cœur de ville, l’architecture change ! C’est que Pierre tient à me faire voir que toutes les époques architecturales sont représentées à Dijon : le Moyen-âge, la Renaissance, le classique (avec le théâtre), des bâtiments hausmanniens, de l’Art Nouveau et de l’Art-Déco (notamment place Grangier). C’est un véritable musée de l’architecture à ciel ouvert. Vos yeux ne louperont pas la maison construites par l’architecte Perreau… Une drôle de construction mi-néo-gothique, mi-Art Nouveau dans les fenêtres sont coiffées par des mini-toitures aux allures de chapeaux chinois.

Notre promenade se termine aux portes du secteur préservé de Dijon, Place Darcy, qui est le petit poumon vert du centre. Baptisée au nom de l’hydraulicien Henry Darcy, qui avait inventé un ingénieux système pour alimenter en eau courante la ville de Dijon, c’est une place élégante avec une grande esplanade et un jardin public, le premier de la ville, où il fait bon se détendre. C’est ici aussi que l’on voir à quel point l’arrivée du tram et la piétonisation ont amélioré la qualité de vie des Dijonnais. Une ville où il fait bon vivre et s’y promener, quelque fois un peu calme mais une ville faite de bon vivants aussi… J’ai rarement des gens discuter aussi passionnément (et savamment) de vin. Les oreilles tendues dans les établissements que j’aurai visité, j’écouterai avec curiosité les débats sur les cépages et autres « climats » de Bourgogne, leurs mérites ou pas. C’est fascinant… et un peu ésotérique à mes yeux de débutante dans la dégustation de vin (par contre Lectrice, Lecteur, demande-moi tout sur la bière) et cet amour des bonnes choses de la vie, c’est sans doute un des gros points communs que le royaume fritier à en commun avec la Bourgogne. Il parait même que on l’aurait hérité d’eux… mais quelque chose me dit qu’il s’agît plutôt d’un enrichissement réciproque.

Où dormir à Dijon ?

C’est dans un petit hôtel de charme que j’ai posé mes valises : l’Hôtel du Palais (en l’occurrence, l’ancien Palais de Justice tout proche). Pour entrer, on pousse une énorme porte en bois et on découvre une solide et ancienne bâtisse du XIXème. L’accueil par Sandrine, la propriétaire,  y est charmant et chaleureux et je suis rapidement emmenée vers ma chambre lors du check-in. Comme il s’agit d’une vieille maison, les chambres sont plutôt petite mais rien ne manque : petit bureau, un joli fauteuil, une télé… avec une déco qui balance entre le contemporain (lit tout blanc avec accents de couleurs vives) et le vintage. Seuls points négatifs de la chambre : le manque d’isolation phonique à l’intérieur (mais les clients sont plutôt calmes et il n’y a que 14 chambres) et l’absence de place dans la salle de bain pour ranger ses affaires de toilettes. Le petit-déjeuner est très agréable, dans une petite salle joliment décorée, au calme. Et un gros bon point va au pain d’épice maison !
Point de vue qualité prix (le chambres commencent à 59 Euros, plus 10 Euros pour le petit-déjeuner), situation (5 minutes à pied de la Place de la Libération), c’est TRÈS difficile de faire mieux.

Ou manger ?

Bistrot du Chanoine

Caché dans une cour à l’avant de la Place de Libération, le restaurant (le bar donne sur la place) est un petit havre de paix. Sous les anciennes voûtes, la déco un peu seventies est un joli décalage. Accueillie comme une princesse, c’est là que je vais découvrir une spécialité typiquement bourguignonne : le poulet à la Gaston Gérard. Un poulet (souvent de Bresse) servi avec une sauce à la crème, moutarde et paprika et accompagné soit de purée ou de gratin. Comme il fait plutôt froid, ça tombe bien !

DZ’Envies

C’est attirée par la devanture orange que je me suis aventurée au DZ’envies (parce que j’avais aussi très envie de manger dans le quartier). Et je pense avoir fait le bon choix : il y a foule alors que nous sommes en semaine. Avec un personnel jeune et aimable, une ambiance vitaminée (l’orange se retrouve à l’intérieur, avec le blanc) et épurée, j’ai pu trouver une petite table et continuer ma découverte du patrimoine gastronomique de la région, à savoir le jambon persillé (grosse tranche de jambon pressé agrémenté de persil, que l’on sert avec une petite salade, de la moutarde de Dijon, et de la moutarde en grain et le graal de la cuisine du terroir : le bœuf bourguignon. ENFIN ! Le bœuf bourguignon se rapproche assez fort des carbonnades finalement. Sauf que les morceaux sont plus petits, la sauce plus épaisse et au vin au lieu de la bière. Une délicieuse purée l’accompagne mais le plat est tellement consistant qu’il se suffirait presque à lui-même. Je me régale et l’addition restera sous contrôle (20 Euros pour le menu “I Love Dijon”).

L’Essentiel

Pour le soir, on monte un peu en gamme ! Il y a quelques mois, pas très loin de la Place Darcy, le couple Richard Bernigaud et Alexandra Marchandise ont ouvert leur restaurant bistronomique : L’Essentiel. Je serai la première à arriver ce soir ce soir là (ce qui me permettra d’être servie très rapidement) mais certainement pas la dernière, le restaurant se remplissant au fur et à mesure de la soirée (il semble que l’on dîne plutôt tard à Dijon). Le restaurant n’est pas trop grand (en général, signe que la cuisine ne sera pas une usine), je suis accueillie avec une petite mise-en-bouche et le désormais classique « kir » (rien à voir le kir que nous connaissons, le kir bourguignon c’est deux tiers de cassis, un tiers de crémant de Bourgogne). Tous les plats seront un plaisir pour les yeux, particulièrement le plat, une côte de cochon ibérique aux figues (c’est joliment dressé et mis en scène, Richard le chef aime jouer du volume) et je vais particulièrement me régaler avec le dessert qui reprend les deux fruits rois de la région (hormis le raisin) : une poire pochée enrobée de pain d’épice servie avec un sorbet au cassis. Un régal !!! C’est avec le sourire de Richard, venu me saluer en fin de repas, que je repartirai repue. Une bien belle adresse à découvrir.

Où boire un verre

S’il n’y en avait qu’un, ce serait Chez Nous ! Ce café situé dans une toute petite ruelle a proximité des Halles semble ouvert tout le temps : le matin, on y voit des mecs dévorer leur casse-croute avec un petit café ou un verre de vin, l’heure de l’apéro est sans doute la plus courue. Toute les générations s’y retrouvent dans cet établissement qui n’a sans doute plus changé depuis les années 60. Je me retrouverai joyeusement coincée entre deux étudiantes et un vieux cordonnier (qui me confirmera que la légende du cordonnier mal chaussée est tout à fait fausse, en tout cas avec lui, qui coud ses propres chaussures à la main). Même en débarquant seule, il y a de fortes chance que vous ne le soyez pas très longtemps. En repassant tard le soir dans la ruelle, je pourrais constater que ça ne désemplit pas. A faire absolument, donc.

Cette découverte de Dijon a été réalisée grâce Bourgogne-Franche-Comté Tourisme mais les opinions de l’auteure lui restent propres, malgré les kirs bourguignons.





  1. LadyMilonguera
    le 13.12.2017

    C’est une très belle ville au patrimoine d’une richesse exceptionnelle…

  2. Melissa
    le 13.12.2017

    Oh oui… c’était un peu court pour tout voir mais en effet… avec une histoire si riche, ce n’est pas étonnant !

  3. Stephanie
    le 13.12.2017

    Je ne pensais pas que c’était aussi joli! Tu m’as fait découvrir la ville avec ces jolies photos !

  4. Melissa
    le 13.12.2017

    Moi non plus, je ne m’y attendais pas… ce qui fut une chouette surprise… 😉

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