- Chisinau , Moldavie -

September 2011

Ivresse moldave: pour y parvenir…

“La quoi?

– La Moldavie

– Hein? Mais pourquoi? C’est pas dangereux là-bas?

– Non… enfin, il y la Transnistrie…

*regard interrogateur*

-Oui, une république séparatiste soutenue par Moscou et qui vit encore au temps des soviet, enfin plus ou moins. J’y vais aussi.”

Là, en général, le regard se fait soit interrogateur, soit effaré.

J’adore! Cette conversation, je l’ai tenue des dizaines de fois depuis que j’ai formulé l’idée d’y aller, un soir d’Eurovision où un groupe moldave complètement déjanté (c’était le cas l’année dernière aussi) m’avait fait m’interroger sur ce petit pays ignoré. Je décidais donc de profiter de la Conférence à Bucarest pour prolonger et partir à l’aventure jusque là…

Et l’aventure, elle commence par un voyage en train de nuit. A la Gara de Nord: première rêgle: on ne peut acheter son ticket qu’une bonne demi-heure-45 minutes avant le départ. Le ticket vous en coûterat l’équivalent d’une quarantaine d’euros pour 14 heures de voyage. Il est presque 19h10, le train ne va pas tarder. Arrivée voie 8, je vois un vieux monstre vert qui semble dater des années des années 60. Pas de doute, c’est bien mon train!  Celui-ci à des petits rideaux représentant des grappes de raisins et le mot “Moldova” imprimé dessus. Le/la préposée à chaque wagon surveille les entrées. Je suis dans la voiture deux. Je monte les marches…

Je suis déjà ailleurs! L’intérieur est tout aussi désuet que l’extérieur… et toutes les indications sont en cyrillique: c’est donc un rescapé d’une ère dévolue. L’étroit couloir est recouvert de tapis et je rejoins ma cabine. Elle aussi a un tapis, des rideaux, un petit pot de fausses fleurs décolorées et sur les couchettes supérieures, des matelas, oreilles et couvertures sont sagement rangées. Cinq minutes plus tard, voilà le train qui s’ébranle dans le soleil couchant… La banlieue de Bucarest passe, puis c’est Ploieşti où l’odeur du pétrole se dégage des fenêtres ouvertes enfin, la nuit tombe très vite. Ne reste qu’à lire et à regarder le paysage qui défile sous la pleine lune: il est plat comme ma main! Ayant fini ma bière et mon paquet de pop-corn, je décide de faire mon petit lit sur la couchette supérieure avec les draps apportés par l’accompagnatrice du train, une petite femme blonde au physique russe et aux manières un peu brusques. Un grand moment pour moi… C’est la première fois que je prends un train-couchette et je m’installe en haut. Je m’imaginais bercée par le roulement du train et sombrant dans un profond sommeil, après la fatigue accumulée le long de la semaine.

Que dalle!

Pas la faute de l’oreiller ou des draps ou du matelas mais ces vieux trains couinent de partout, font des bruits métalliques incessants… et je ne sais pas où j’ai fourré mes boules Quiès. S’en suivra une longue, très longue nuit. Trop fatiguée pour descendre et lire et dans l’impossibilité de dormir. Aux arrêts, je regarde les lumières blafardes de gares traversées. Elles ne portent pas de noms et personne ne les annonce. Plus loin dans la nuit, le paysage change, je vois des collines, des lacs, qui luisent étrangement sous la lune… J’ai l’impression que cela dure une éternité enfin, le train s’arrête encore une fois. J’entends les pas de l’accompagnatrice de train: “Passport!” ordonne t’elle. Très vite, c’est la douane roumaine qui passe faire son inspection, celà dure une bonne vingtaine de minutes sans doute, peut-être plus. Mes yeux piquent, je remonte sur ma couchette, le train repars et s’arrête: nous voilà en Moldavie. On frappe: un homme au visage osseux me parle gentiment. Voyant que je ne comprends pas, il dit: “Doctor! No Ilness?” “No, no!”, je descends de mon perchoir. Les douaniers ne vont pas tarder.  Les voilà d’ailleurs avec leurs grands képis qui font le tour, par deux. Le mien est assez jeune et porte ces fameux petits ordinateurs qui vérifient la validité des passeports à puce. Il me pose les questions réglementaires. Pas de drogues, peu de valeurs sur moi, je suis là pour visiter et non, je ne connais pas (encore) personne. Dix minutes plus tard, il revient, applique mon passeport sur la porte et le tamponne avant de me le remettre. Me voilà donc admise!

Je remonte dans ma couchette. Je sais que le train doit changer de roues. En effet, les trains soviétiques avait des rails plus larges que les autres et la Moldavie, ancienne république de l’empire socialiste, a donc des rails de cette dimension.

Un petit cauchemar pour mon être tout fatigué. Les boucan du fer est indescriptible, les va-et-vient du train aussi et à chaque manœuvre, j’ai peur que les soubresauts faits au train finissent par faire glisser mon matelas et me faire tomber de là-haut. Je calcule que ma tête tomberai sur la tablette avec un bon petit coup du lapin si jamais ça arrivait mais je suis trop percluse de fatigue pour réagir. En regardant par la fenêtre, j’aperçois des formes de cheminots massifs. Il est trois-quatre heures du matin.

Finalement, le train s’ébranle définitivement. Il ne s’arrêtera pas avant Chisinau… J’essaie encore de trouver le sommeil mais continue de flotter dans les limbes. Quand je rouvre les yeux, le soleil s’est levé sur un paysage de collines et de culture. La Moldavie est champêtre! Très champêtre!

Une heure plus tard, la gare de Chisinau est en vue. Apparemment, je suis la seule à descendre de mon wagon! Tous les autres passagers sont descendus pendant la nuit. Les chauffeurs de taxi sont à l’affût et je suis une prise idéale: jeune femme seule avec une valise énorme. Un taxi m’accoste. Je lui dis que je n’ai pas de lei moldaves. Pas grave, je peux le payer en euro. 5 euros, le plus petit billet. Je sais bien que je me fais arnaquer, l’hôtel n’est pas loin et le trajet ne vaut pas autant mais j’ai juste TRES envie d’un vrai lit. Une minute plus tard, je suis à la réception de l’hôtel Cosmos, évidemment situé rue Youri Gagarine. Une création du plus beau style soviétique et qui devait être le grand hôtel de la ville à l’époque.

La réception est pourtant loin d’être glaciale. L’on m’attendait apparemment et on savait (je n’avais pourtant rien mentionné) que j’arriverai avec le train de nuit. Ma chambre est déjà prête et on m’invite à profiter du petit-déjeuner… Touchée par l’attention, j’accepte, bien sûr. Le déjeuner, servi dans une salle du même vert que mes classes d’école primaire, n’incite pas à l’appétit… Je ne vais pas râler vu le prix dérisoire de la chambre: 26 euros. Et celle-ci s’avère tout aussi dans le même thème: back to the USSR! En attendant de voir si Chisinau suit la tendance, je prends une douche et me glisse sous les draps. J’ai trop besoin de dormir quelques heures avant de me lancer dans l’exploration!





  1. Lucie
    le 13.12.2017

    Alors les premières impressions? Ca doit pas être trop mal à cette saison! Si tu te ballades du côté de la gare routière, tu devrais trouver un marché avec tout plein de stands pas cher où ils passent du manélé en boucle! Très typique :)! A moins qu’il ait été déplacé depuis le temps…

  2. Melissa
    le 13.12.2017

    Oui, oui… Je suis passée ce matin et cette après-midi Piata Centrala pour aller chercher mon bus. Je me suis attardée chez les maraîchers C’est la meilleures saison pour les fruits et légumes… Il y a de tout et les légumes avaient l’air si gros et appétissants… MIAM! Et puis je suis passée à la halle à la viande t là, c’est allé beaucoup moins bien. 😉

  3. cAt
    le 13.12.2017

    Youhou! La Moldavie 🙂 Un de mes plus chouettes voyages… Un de mes plus bizarres aussi.

    Profite bien de ce curieux mélange entre l’époque soviétique et le libéralisme le plus effrèné. Si jamais tu veux des contacts…

  4. Melissa
    le 13.12.2017

    Mais qui voilà??? 😉
    Il faudra que tu me racontes! Si j’avais u, je t’aurai demandé de me tuyauter! Malheureusement, je pars vendredi matin… Juste un peu de temps pour voir un peu plus de Chisinau (marre des bus là…).

  5. Julien
    le 13.12.2017

    C’est marrant les réactions ! J’ai eu les mêmes quand je suis parti cet été en Albanie / Macédoine !

    En tout cas ce voyage en train avait l’air des plus charmants ! J’ai pu tester les trains dans le centre de la Bulgarie et c’était super folklo aussi ! En tout cas, ça donne envie d’aller jeter un oeil en Moldavie

    Julien, éditeurs des guides travel VOX

  6. Melissa
    le 13.12.2017

    Ah, oui! Je t’y encourage, Julien! C’est encore un coin assez ignoré et préservé mais surtout, qui mérite d’être connu plus qu’il ne l’est… Il y a un potentiel pour l’éco-tourisme énorme là-bas, comme c’est un pays qui est très agricole… Même si la vie n’est pas facile là-bas, les Moldaves sont très chaleureux et on se sent toute suite à l’aise…

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