En quittant Kazbegi, j’ai les larmes aux yeux. Taliko a tenu à m’accompagner. J’ai l’impression de prendre congé de ma grand-mère! Elle aussi a l’air triste, mais qui pourrait vraiment le dire sous son masque de mélancolie.
Au lieu de la marshrutka, ce sera son ami Vassili qui me conduira, en même temps qu’un couple de Japonais et une dame qui habite le village. Pour le même prix. Je suis étonnée. Vassili me donne la place à côté de lui et je profite à nouveau de la beauté des sommets du Caucase. C’est encore plus impressionnant vu de devant… la neige, les congères, la route défoncée, les monstres de la route qui prennent presque tout la place et qu’il faut malgré tout négocier… Mais Vassili est un habitué et en milieu d’après-midi, me voilà à Tbilissi!

Georgian Military Highway

Georgian Military Highway

Je passe rapidement à la consigne de la gare pour y laisser mon sac-à-dos. Je ne suis à Tbilissi que pour quelques heures. Ce soir, je prends le train de nuit pour Batumi. Trouver la consigne tient de la gageure; elle est située dans le tunnel en dessous des voies! Un Monsieur à moustache à la mine patibulaire vous accueillera, bon gré, mal gré, Dans son antre troglodyte, une télé, une table, et un peu de compagnie des vendeurs qui travaillent sur les quais.

Metheki-Avlabari, Tbilisi
Metheki-Avlabari, Tbilisi

En attendant, j’ai toute une après-midi à passer et je décide de me promener dans le quartier le plus ancien de la ville, Metekhi-Avlabari, situé sur une colline de l’autre côté du fleuve. Symbole du lien entre la passé, le présent, et l’avenir, ce berceau urbain est aussi le lieu où le nouveau pouvoir géorgien a voulu exprimer sa foi en l’avenir. Avec son dôme doré, on ne peut pas louper l’immense cathédrale de la Trinité, la plus grande du pays, ni non plus le Palais présidentiel, que les Géorgiens ont baptisé le « Reichstag », tant le bâtiment ressemble au Parlement allemand. Au pied de tout çà, un enchevêtrement de ruelles, de vieilles demeures et de ruines, parfois magnifiques… comme cette église monumentale et dont la porte semble vomir des pierres! C’est l’église de l’Evangile rouge, une église arménienne qui semble avoir été bombardée (ce que les Arméniens de Géorgie semblent croire)… Le quartier comptait d’ailleurs une importante communauté arménienne, qui ne cesse de diminuer. C’est aussi le royaume des chats. Des grands, des petits, des roux tigrés, des gris et blancs, des calicos… Ces seigneurs des rues se prélassent, à l’ombre des patios, sur les murets au soleil ou perchés sur des balcons.

Metheki-Avlabari, Tbilisi

Au fur et à mesure de ma promenade, j’arrive enfin à la Cathédrale de Sameba, la « Sainte-Trinité« , un énorme complexe, véritable Vatican de l’église orthodoxe géorgienne car c’est ici que se trouve son siège. Terminée en 2004, les avis sont partagés au sujet de cet éléphant de pierre et de verdure, impressionnant par la taille, il semble écraser de tout son poids le quartier où il a été construit. Elle repose d’ailleurs sur un ancien cimetière arménien, lieu bien étrange pour y établir une cathédrale! Plus qu’un lieu de culte, c’est un parc où pas mal de citadins sont venus se détendre en ce beau dimanche et le dôme doré qui la couronne brille sous e soleil!

Metheki-Avlabari, Tbilisi

Sameba Cathedral
Sameba Cathedral

A l’intérieur de la Cathédrale, la foule semble immense ! On circule collés-serrés à l’intérieur et la première chose qui me frappe, c’est le nombre de parents venus avec leurs bébés. Il doit y en a avoir plus d’une centaine. Les babils et les pleurs retentissent aux quatre coins de la cathédrale. Je suis intriguée… Un baptême collectif? Ou les Géorgiens viennent enseigner la religion aux enfants dès le plus jeune âge? Pas vraiment l’occasion d’en admirer l’intérieur, plutôt simple et sobre d’après ce que j’ai vu au dessus des épaules des autres. La vue est par contre tout à fait dégagée sur l’esplanade et avec un ciel tourmenté, c’est encore plus beau.

Sameba Cathedral

Sameba CathedralLe soir commencé à tomber, après avoir mangé un morceau, je rejoins la Gare, récupère mon sac à dos et me fais aborder par un homme d’un certain âge qui tient absolument à m’aider avec mon sac. Déjà habituée à la courtoisie géorgienne, je proteste seulement pour la forme, sauf qu’au moment de me le remettre sur le dos, le pervers pépère en profite pour me peloter! C’est tellement inattendu que je n’ai pas l’esprit de protester. La porte de mon wagon est juste devant moi et je m’engouffre sans réfléchir dedans. Pas de peur, puisque d’autres voyageurs sont sur quai, prêts à embarquer; mais juste de la déception envers mon prochain.

L’intérieur du train est presque semblable au train moldave qui m’emmenait vers Chisinau, en moins équipé. Pas de tapis fatigués dans les couleurs, ni de pots de pâquerettes artificielles mais ce sont bien les même sièges en skaï! Je ne dois pas attendre longtemps avant de voir arriver mes compagnons de compartiment. Un jeune homme qui s’en va travailler dans une station balnéaire en Turquie et qui m’offre une image de Saint-Nicolas qu’il vient d’acheter à une vendeuse au pied du train, un homme d’une trentaine d’année très bavard et une jeune russe venue voir ses parents avec son petit garçon, un adorable bambin blond comme les blés et qui n’en a cure des différences de langues, du moment que je monte et descente sur son bras avec la petite voiture qu’il m’a tendue et que j’imite le bruit du moteur. Pendant longtemps, je me laisserai bercer par le son de la langue géorgienne, à la foi intriguée mais aussi frustrée de ne pas participer à la conversation… Mais l’intendant du wagon arrive avec les matelas, couvertures et coussins… Tout le monde est fatigué et décide d’aller dormir…. Moi, j’essaie de trouver un sommeil qui a toujours une longueur d’avance et que je désespère de saisir. pendant ce temps, imperturbable, le train file dans la nuit vers les rives de la Mer Noire.

Night train to Batumi