- Kazbegi , Géorgie -

July 2012

Une épopée en Géorgie : la ballade russe

Kazbegi, Darial Gorge

Un vent froid souffle sur une route d’asphalte qui, en une courbe, disparaît derrière un flanc de montagne. Des murs de pierre se haussent tout autour de moi, un sentiment de vertige s’empare de mon cerveau… Un vertige à l’envers! Je ne suis pas sur les sommets du Caucase mais dans le fond d’une passe: la passe de Darial, le long de la route qui relie la Géorgie et Vladikavkaz, en Russie.

Ça fait déjà une bonne heure que je marche et je dois être à 6 petits kilomètres de la frontière. Depuis Kazbegi, la route ne fait que descendre graduellement, jusqu’à rejoindre le lit du fleuve Terek. Cette gorge encaissé, ce vent, le ciel qui n’arrête pas de changer… je me gorge d’un paysage digne d’une super-production américaine! Majestueux, sauvage… le genre de paysage qu’on trouve dans les grandes épopées si ce n’était les voitures qui passent, finalement plus nombreuses que je ne l’aurai cru! Il suffit de la suivre pour rejoindre la Mère Russie… si on vous laisse passer! Seul détour: un tunnel, loin d’être rassurant pour une piétonne, heureusement, les sabots des vaches ont piétiné un chemin sur la colline qu’il traverse et me voilà en train de l’escalader et de contempler tout au dessus, le tunnel qui engouffre la route en faisant signe aux automobilistes!

Kazbegi, Darial Gorge
Kazbegi, Darial Gorge

Kazbegi, Darial Gorge

Le long de la passe de Darial

Après cette ascension, la route devient de plus belle… Le point le plus joli est une toute petite chapelle, qui passerait quasi inaperçue tant elle se fond dans le décor. Plantée sur un petit promontoire rocheux et exposée aux vents, elle monte une garde bien solitaire face à un panorama d’un romantisme échevelé : les flancs encore enneigés des montagnes qui viennent se perdre dans les nuages, le petit fleuve presque à sec qui poursuit sa route, le vent qui souffle sans cesse: impossible d’allumer une petite chandelle en souvenir de mon passage! En attendant, je m’étonne encore une fois de la tendance de l’église orthodoxe géorgienne à construire des églises et chapelles dans des lieux isolés. Signe d’une tendance à la contemplation et au mysticisme?

Kazbegi, Darial Gorge

Le travailleurs de passe de Darial

Je n’ai pas le temps de creuser plus en avant car en reprenant ma route, après un petit quart d’heure, je croise les premières âmes non-motorisées: des ouvriers en train de refaire un morceau de la route. Évidemment, je me fais arrêter et questionner! On ne croise pas beaucoup d’étrangères seules à pied dans le coin! Hilares, ils me demandent de les immortaliser en plein travail. C’est le plus âgés de la troupe qui tient à prendre la pause, pelle en main… Je leur serre la main et poursuis ma route…

Kazbegi, Darial Gorge

A présent, la route est au niveau du fleuve et d’étranges constructions apparaissent, venant gâcher le paysage: des tuyaux qui traverse toute la longueur de la gorge: des conduits pour le pétrole ou le gaz? Autre chose? Je n’en sais rien mais alors que je m’approche enfin de la frontière, c’est un projet pharaonique qui se construit: une centrale électrique. Dans ce lieu si joli et sauvage et à deux pas de “l’envahisseur” russe. De l’autre côté de la route, c’est une grande église qui finit d’être rénovée. La dernière avant la frontière. Un des ouvriers qui y travaille m’aperçoit et quitte son poste. Lui aussi vient s’enquérir de ce que je viens faire. Il parle un peu anglais et je lui explique… Voilà donc que je fais connaissance avec mon énième Giorgi! Il décide de m’accompagner un bout de chemin. C’est lui d’ailleurs qui m’expliquera qu’il s’agit d’une centrale électrique et il tient absolument à me prendre en photo au bords de la route. Il reste encore 200 mètres avant la frontière et Giorgi essaie de me dire que ça ne sert à rien d’aller plus loin mais j’ai envie de tenter le coup.

A la frontière russo-georgienne

Voilà donc le poste frontière géorgien: une construction qui semble assez récente et couverte d’un toit orange que l’on voit de loin! La route fait un coude dans la passe tout de suite après donc techniquement, je n’entrevois même pas la Mère-Russie. Encore 100 mètres à parcourir avant d’arriver au poste mais je m’arrête net. Une silhouette se lance en courant dans ma direction. Un douanier? Un policier? Un militaire? Qu’importe, je n’ai pas le temps de discuter. J’essaie de lui faire comprendre que je n’ai pas l’intention de passer la frontière, je fais tout une pantomime pour lui expliquer je fais une ballade, que je comptais m’arrêter ici puis repartir immédiatement. Le voilà qui se met devant moi, les bras en croix comme pour faire frontière de son corps. Inutile d’aller plus loin. Je lui fais un petit signe d’acquiescement et tourne les talons. Giorgi est encore au bord de la route. peut-être m’attendait-il? Il me regarde en rigolant avec l’air de dire: “J’te l’avait bien dit”. Cette “promenade” ayant duré 4 heures, je me décide à faire quelque chose que je ne fais jamais: du stop! Étant donné que Kazbegi est le premier bourg et qu’il n’y a qu’une route, ca ne devrait pas être difficile. D’autant plus qu’être une femme qui voyage seule, c’est plutôt un avantage! Mais Giorgi tient à m’aider. Nous n’attendons pas longtemps: la deuxième voiture qui passe s’arrête! Giorgi explique le tout au chauffeur et me voilà embarqué par un Russe et une dame plus âgée qui semble être sa mère. Ils ont accepté de me prendre mais ont l’air de faire la tête. La petite dizaine de kilomètre se fait dans le silence et 10 minutes plus tard, ils me déposent sur la place de Kazbegi.

Kazbegi, Darial GorgeKazbegi et les légendes de Sibérie

J’ai encore le temps de visiter le village, d’assister au début de la messe du soir, d’acheter ma première bouteille de chacha dans une des épiceries (alcool de raisin, généralement artisanale et vendue sous le manteau, ici dans une bouteille d’eau pétillante), de prendre une petite bière et de papoter avec le-Giorgi-du-café-de-la-place, et voilà l’heure de rentrer dîner.

Comme hier, Taliko a cuisiné un repas royal! Elle m’annonce que je ne serais pas la seule invitée ce soir: un jeune Allemand est arrivé pour le week-end. Il n’est toujours pas là mais ne serait tarder. Alors que je me prépare déjà pour la nuit, j’entends mon voisin arriver. Un gars de près de deux mètres. Plongés dans le noir par l’absence d’ampoule, on s’installe sur le balcon à regarder les quelques étoiles qui percent les nuages. Le jeune homme termine un doctorat une science de l’archivage et vient de passer plusieurs mois en Sibérie. Que va faire un archiviste en Sibérie? Il fait preuve de ses capacités de recherche dans les archives des autres! Dans ce cas-ci, sur l’histoire d’un “village” géorgien établi au bords d’un site de construction d’une voie ferrée. Chaque république soviétique était sollicitée et des villages d’ouvriers s’y sont construits. Je l’interroge immédiatement. La Sibérie fascine autant qu’elle fait peur. Il pousse un grand soupir: Une population au grand cœur mais qui se sent abandonnée par Moscou, livrée à la seule autorité structurante: celle de la criminalité organisée. Une population qui vit également, dans les coins les plus reculés de Sibérie orientale, dans une prison à ciel ouvert. Cercle vicieux de l’isolement, des biens de consommation plus cher qu’ailleurs alors que les revenus ne suivent pas, du chômage, de l’ennui, et de la drogue (en provenance directe de l’Afghanistan) et/ou de l’alcoolisme. Les hommes n’y vivent pas vieux Une espèce de Far-East! Je pourrais passer des heures à l’écouter, si ce n’était la fatigue qui me gagne et me fait piquer les yeux. Cet étrange dialogue et toutes ces anecdotes, livrés dans le noir, avec le visage de mon interlocuteur à peine entrevu restera dans mes souvenirs pour longtemps.

Kazbegi,





  1. LadyMilonguera
    le 13.12.2017

    Curieuse ballade…

  2. Melissa
    le 13.12.2017

    Mais qui valait le coup, vraiment! Il y a de la magie dans l’air!

  3. Yves Destination-Terre
    le 13.12.2017

    Wow! Ça bouge beaucoup de ton côté, Mel! C’est génial! J’adore ce genre d’endroit moi aussi. J’ai découvert l’Azerbaijan le mois passé et j’ai adoré. Lâche pas! Tes articles sont super! A+

  4. Jellert
    le 13.12.2017

    Bonjour Mel,

    J’adore tes photos de Géorgie!

    Bonne continuation!

    Jellert

  5. Melissa
    le 13.12.2017

    Merci, Jellert…. D’autres vont suivre… L’aventure n’est pas encore finie! 😉

  6. Miles of Happiness
    le 13.12.2017

    Il y a quelque chose de magique dans ce voyage…

  7. Melissa
    le 13.12.2017

    En effet, Marie! Il y a des voyages comme çà… une espèce d’alignement de bonnes étoiles…

  8. Un voyage entre Arménie, Géorgie et vieilles Lada - One Chaï
    le 13.12.2017

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