- Washington, D.C. , Etats-Unis d'Amérique -

November 2016

Election Days

Mis à jour le 8 novembre 2016

Chicago, 7 novembre 2000

Ca fait une semaine que je viens d’arriver à Chicago. J’ai débarqué le jour d’Halloween, comme une mauvaise blague. Je suis ici pour trois mois, en phase de test. Après deux ans de relation longue distance, et quelques intermèdes vacances passés aux États-Unis, le moment crucial de toute évolution d’un couple qui marche pas trop mal était arrivé: la cohabitation. Le visa me donne trois mois avant de décider du futur.

Par contre; une semaine m’a suffi à évaluer l’état psychologique de l’Américain moyen bombardé de spots électoraux. C’est la dernière ligne droite pour la campagne présidentielle: Al Gore, le démocrate, ex-sénateur du Tennessee et vice-président sortant contre George W. Bush, le républicain, ex-gouverneur du Texas et fils de président. Non seulement c’est la fin de la campagne présidentielle mais aussi de diverses campagnes au niveau local. J’essaie de m’imaginer ce que ça fait d’être littéralement assailli par des spots électoraux disons… “musclés” pendant des mois… En une semaine, je suis presque dégoûtée de la politique US… si ce n’était pas si excitant. Les Américains ne le savent pas encore, mais avec Bill Clinton qui s’en va, c’est une espèce d’âge d’or qui se referme pour eux. Comme une salve d’avertissement de ce qui allait suivre, la fameuse “bulle” Internet a explosé et à fait des dégâts économiques. C’est un début de marasme qui semble s’annoncer. L’histoire nous apprendra que ce sera pire !

Mon petit-ami, venant à peine de déménager lui aussi, n’a pas voté, pas le temps de s’inscrire sur les listes électorales mais çà ne l’empêche pas de suivre de très près le déroulement de la soirée. Une bouteille d’Asti Spumante, histoire de marquer le coup, est au frais. Gore va certainement gagner. Ce sera serré mais enfin… impossible que ce benêt de Texan gagne! Les heures passent, les résultats arrivent… On commence à entendre parler de la Floride. Les chaînes de télévision proclament Al Gore comme vainqueur en Floride, avant de se raviser quelques minutes plus tard. A deux heures du matin, c’est la stupéfaction… Toujours pas de résultats définitifs…  et je ne compte pas les fois où j’ai entendu cette expression “too close to call”. Il faudra plus d’un mois de batailles juridiques et de multiples recomptes pour déterminer qui sera le nouveau président. Un mois pendant lequel j’ai appris à déjà aimer cette ville, où l’hiver se fait précoce, où le vent souffle avec force quand on se balade entre les rangées de gratte-ciels de State Street. Ce sera donc George W. Bush. Nous boirons la bouteille, de désespoir.

Dommage, j’ai déjà décidé de rester.

Columbus, Montana, le 2 novembre

4 ans que je suis ici… Un mandat présidentiel complet. Il y a quelques mois, nous avons emménagé dans un coin plus ou moins paumé du Montana et ce soir d’élection, nous nous retrouvons dans un ancien ranch, avec la poignée de démocrates qui existe dans le comté de Stillwater. On essaie d’être optimiste sur l’issue du combat entre “W” et le très patricien John Kerry. On essaie.

Quelle différence avec Chicago, ville effervescente et ouverte! Me voilà dans un comté rural, coincé entre les grandes étendues herbeuses du Nord-Midwest et les premières chaines de montagnes qui annoncent les Rocheuses. A Columbus, la première ville du comté, il y a 1800 habitants, 3 bars, plusieurs mini-casinos et 7 églises.  Un comté solidement républicain dans un état qui oscille entre le conservatisme dans les valeurs et un farouche individualisme.  Comme les États-Unis sont différents d’il y a 4 ans! Le 11 septembre, trois guerres (celle contre le terrorisme, l’Afghanistan et l’Iraq) et la méfiance du reste du monde ont plombé les esprits. Les mois qui précèdent les élections, nous avions voyagé dans une caravane. De la Floride à l’Alabama, de l’Indiana à l’Iowa, des États n’étant pas spécialement connus pour être libéraux, en parlant avec les gens, on sent que le raz-le-bol commence à monter. L’économie ne va pas trop fort, chaque semaine dans les débats du dimanche, la liste des soldats tués au combat rappelle le prix à payer.

Pourtant, c’est une campagne particulièrement agressive et délétère qui aura raison des bonnes impressions laissées par Kerry pendant les débats. A 23 heures; l’affaire est entendue: “4 More Years”.

4 novembre 2008, quelque part entre Atlanta et Miami

Finalement, j’ai largué les Etats-Unis! Le destin a quand même voulu que je vive une nouvelle élection présidentielle! Je suis arrivée il y a deux jours à Atlanta. Et ce jour d’élection, il se passera dans une voiture, en route pour Miami et une croisière. Cette fois, le raz-le-bol qui bouillonnait est près à exploser. Il y a quatre ans, pendant l’investiture démocrate, un jeune candidat sénateur de l”Illinois avait volé la vedette aux candidats. Un certain Barack Obama. Éloquence, élégance, prestance… les commentateurs politiques le voyait déjà candidat à l’époque. Et voilà que le gaillard se retrouve propulsé à la tête d’une grande vague d’espoir! Et la mobilisation sera records. Deux jours plus tôt, j’avais eu envie de me balader dans les rues d’Atlanta, du côté du Capitole de l’Etat de Géorgie avec l’idée de jeter un œil à ce qui habite toutes les institutions (gouverneur, chambre, sénat…) du Peach  State. Et là, je remarque une file. Énorme. Un immense mille-patte. Il doit bien y avoir des centaines de personnes. Je regarde ma carte pour savoir quel est ce bâtiment noir où cette foule attend sagement d’entrer. Il s’agit du siège de Fulton County. Ces gens sont là pour voter anticipativement! En regardant le journal du soir, j’apprendrais que des personnes ont fait la file pendant 5 heures pour pouvoir déjà mettre le bulletin dans l’urne. Le conté voisin de Gwinett rapportant même que la dernière personne dans la file passerait à minuit. Au centre d’Atlanta bat un son cœur afro-américain et pour la première fois, un candidat noir a une chance réelle de l’emporter.

Malgré l’obstacle Sarah Palin qui a fait peur avant de faire rire. Avant de rejoindre l’Interstate, nous prenons des routes à travers le sud de la Géorgie… Aux carrefours, il reste des militants qui se jettent dans la bataille jusqu’au bout ! Ici, on est plutôt en “John McCain-country”. C’est du moins ce que certaines pancartes proclament. Cela fait bien longtemps que le Sud est acquis aux Républicains mais des villages à majorité noire se mobilisent aussi… Avec l’impression que les militants ne font que prêcher des convaincus. Ce qui augure de la profonde division et de la radicalisation de la droite conservatrice qui est en train de se mettre en place. Pendant toute la journée, NPR sera branchée dans la bagnole. Les premiers résultats arrivent peu après avoir passé Orlando et c’est plutôt optimiste. Arrivés à notre hôtel à Miami, je me dépêche de rejoindre la chambre pour allumer la télé et au moment où je zappe sur CNN, Wolf Blitzer annonce qu’il y a assez de grands électeurs remportés par Barack Obama. Il sera le prochain président des États-Unis. Je me précipite dans le couloir à la recherche de la machine à glace. Cette fois, la bouteille d’Asti, elle sera vidée à la santé d’un moment historique…

Qu’est-ce que j’aurai voulu être à Chicago!

8 novembre 2016, Bruxelles

Ca me fait bizarre… voici une élection cruciale et je ne suis pas là. Pas présente physiquement sur le sol américain. Pourtant, la tension à traversé l’océan. Je pensais avoir vu bien des coups bas et des insultes frontales pendant les élections que j’ai pu vivre sur place mais de cette ampleur, jamais ! Jamais une élection n’a incité autant de peurs, que ce soit la peur suscitée par les candidats que celle qu’ils inspirent (enfin, surtout un candidat particulier) chez les autres. Ni suscité autant de dégoût. Dégoût de la politique et des politiciens, d’une campagne où les programmes ont été à peine discutés, éclipsés par les frasques, petites phrases et affaires.

Samedi, c’était le dernier “Saturday Night Live” avant les élections. Alec Baldwin joue Donald Trump et Kate McKinnon Hillary Clinton pour la dernière fois avant le grand jour. Le pitch du sketch est un dernier débat. Dernier débat où une journaliste harcèle Hillary Clinton sur l’affaire des e-mails pendant que Donald Trump passe aux insultes.  Et tout à coup, quitte son personnage pour s’adresser au public, sérieux pour un moment : “J’en ai marre de te crier dessus, Kate. Je me sens dégueu tout le temps. Et vous ? Vous ne vous sentez pas dégueu tout le temps ?”. Ca résume bien le sentiment qui imprègne cette élection… L’amas de boue que se jettent les candidats à la figure  finit par atteindre ceux qui assistent au pugilat.  Cette élection va laisser de profondes traces, quelle que soit l’issue. Je sais que je passerai une partie de la nuit derrière ma télé en croisant les doigts pour que le bon sens prime.

Happy Election Day, everybody!

Beaune : de charité et de vignes
Voyager en solo à 40 ans et plus




  1. Pierre
    le 20.11.2017

    Il est sympa le flashback.
    J’ai l’impression qu’on vivait dans un autre monde en 2000.
    Beaucoup de monde aurait voulu être à Chicago en 2008 😉

  2. Melissa
    le 20.11.2017

    Tout à fait, Pierre… Cette époque à l’air déjà si loin…

En continuant sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies Plus d'informations

Nous utilisons des cookies pour vous garantir la meilleure expérience sur notre site. Si vous continuez à utiliser ce dernier ou cliquez sur "Accepter", nous considérerons que vous acceptez l'utilisation de ces cookies.

Fermer