- Sandur , Îles Féroé -

June 2017

Fabuleuses Féroé: Sandoy, terre des sagas

Une qualité requise pour visiter les Îles Féroé, c’est la flexibilité. Vous avez beau faire des plans, la météo va certainement vous jouer un petit tour et HOP, il faudra promptement réviser votre programme. Je pensais enfin voir le village de Saksun, un des plus jolis panoramas de l’archipel, mais non… avec une météo incertaine et 3 heures de randonnée pour y arriver, j’abandonne le projet. A la place, j’ai opté pour le découverte d’une île un peu ignorée du touriste : Sandoy, « L’île du sable ».

Traversée vers Sandoy

En attendant que le tunnel soit construit, se rendre à Sandoy demande un peu de logistique. D’abords, on grimpe dans le minibus bus à destination de Gamlarætt, un petit port qui n’a que pour vocation d’embarquer les voyageurs à destination de Sandoy. Pas besoin d’attendre, le départ du ferry est synchronisée avec l’arrivée du bus, je n’ai plus qu’à grimper à l’étage et à m’installer. Comme la traversée est plus longue, le petit kiosque qui vend snacks et boissons est ouvert. Je prends place pas très loin de là, dans une position stratégique pour profiter des paysages. Et c’est une joie de retrouver Hestur et Koltur. La dernière fois que les avait vues, c’était depuis le sommet d’une colline, lors de ma randonnée vers Kirkjubøur, ma toute première dans les îles. Une vision qui avait scellé ma fascination naissante pour les Féroé et qui m’avait redonné de la force et de la confiance : cette randonnée était aussi la première depuis mon accident et j’y étais arrivée sans encombre. Cette fois, c’est au niveau de la mer que nous nous retrouvions en embarquant sur le ferry qui relie Gamlarætt à Skopun. Vue de face, la longue Hestur ressemble à un immense mur de roche recouvert d’herbe et Koltur, à une petite pyramide sortie des eaux. Difficile d’imaginer qu’il y a une ferme à Koltur (on peut même y loger). Au fur et à mesure de la navigation, les perspectives changent… et on aperçoit mieux Sandoy, qui a l’air presque plate à côté des autres.

Ce n’est d’ailleurs pas tout à fait faux… comparée aux autres îles des Féroé, le relief de Sandoy est plutôt doux et son sol fertile. Pas moins de 7 villages y sont établis, ce qui est un signe que l’endroit était plutôt prisé. Nous débarquons enfin et je me précipite dans le bus à destination du village principal : Sandur, point de départ d’une randonnée vers un lieu atypique : la plage de Søltuvík.

En ce milieu de matinée, les passagers sont plutôt rares, il n’y a que moi et un grand ado qui descend à l’école. Ça tombe bien : c’est justement en face que le sentier commence, un petit panneau de bois informant le visiteur de la direction à prendre.

En termes de randonnée, c’est tout à fait accessible à tous : il suffit de suivre une route caillouteuse jusqu’à vitre point d’arrivée. Pas de cairns à trouver, ce va me permettre de profiter pleinement du paysage.

Sandoy et sa sorcière

Tout d’abords, on traverse les petites fermes de la sortie du village. La fin avril/début mai, c’est la saison des agneaux et comme les Féroé sont des îles à moutons, il y en a partout. Certains sont « tous neufs » et tiennent à peine sur leurs pattes, d’autres sont bien dégourdis et s’amusent en sautillant de partout, emplissant l’air de petit « Mêêêêê » aigus. On a bien envie de les caresser, mais agneaux sont plutôt du genre craintif et leurs mères n’hésiteront pas à se mettre entre eux et l’intrus qui essaierait de s’en approcher.  Il faudra donc se contenter de les regarder s’ébattre.

Un peu plus loin, c’est tout un petit quartier qui est court de construction. Une dizaine de maisons, peintes dans les nuances des îles (le bleu marine, vert mousse, le jeune et le gris) sont quasi finies. Sandoy serait donc un endroit prisé malgré son isolement ?

Sandoy, c’est aussi l’île des sagas, des dizaines d’histoires sont à découvrir à travers Sandoy et ses proches voisines. . Juste avant d’arriver à la bande de terre qui sépare Gróthúsvatn, un lac, de la mer, nous faisons connaissance avec les premiers signes de la sorcière de Sandoy : son empreinte de pied laissée dans la pierre.

La sorcière de Sandoy
Il y a longtemps, une sorcière, vieille et aveugle, vivait dans un trou à l’ouest du lac. Un paysan vint à passer et surpris la sorcière qui broyait de l’or. A ses pieds, un petit enfant jouait avec un bâton doré. L’homme s’emparât du bâton, non sans avoir frappé l’enfant avec et s’enfuit à cheval. La sorcière appelât à l’aide une autre sorcière de ses voisines et celle-ci se lançât à la poursuite du voleur. Pour le rattraper, elle fit un grand saut par-dessus le lac. C’est là où son pied pris appui pour sauter que l’on peut voir la forme de son pied, en féroïen : Gívrinarspor. Après une course poursuite épique où le cheval y perdit sa queue, le paysan arrivât malgré tout en vue de l’église de Sandur et la sorcière fut obligée de faire demi-tour.

Moralité ? Le vol, c’est mal. Sauf s’il s’agit du bien d’une sorcière !

Cette portion plate du parcours est un peu désagréable car le vent y souffle sans être arrêté et même si l’envie de faire un tour autour du lac m’est venue, la force et la piqûre du vent m’en aura finalement dissuadée néanmoins, Lectrice, Lecteur, tu verras tout au bout un panneau vers une particularité qui n’est pas mentionnée dans le guide : un ancien champ de lave et des arbres fossilisés. Pour ça, il faut s’engouffrer entre deux murs de roche et ensuite, s’éloigner le plus possible de la paroi rocheuse pour éviter les chutes de pierres. Pendant la préhistoire, le climat sur ce qu’allait devenir les îles Féroé était beaucoup plus chaud et humide et d’immenses arbres y poussaient. Un incendie ravageait la forêt qui couvrait Sandoy et on peut voir des troncs d’arbres meurtris par le feu fossilisé dans la paroi même. Un ancien champ de lave se jette également dans la mer et c’est l’occasion de profiter de la sublime vue sur les îles voisines. Au loin, les yeux sont attirés comme des aimants par la silhouette de Skúvoy, une petite île d’à côté. Si vous trouvez que Sandoy est déjà loin de tout, sachez que l’unique village de l’île compte une cinquantaine d’habitants ! Néanmoins, Skúvoy est importante dans l’histoire de Féroé puisque c’est ici que vivait le chef viking Sigmundur Brestisson, qui apportât le christianisme dans l’archipel.

Søltuvík, la page aux cailloux

A partir de là, la route grimpe un peu et avec son mur de pierre sur le côté, le paysage fait un peu penser à l’Irlande ou à l’Ecosse. Le soleil est de la partie et éclaire des collines au relief vallonné où gambadent des dizaines de moutons en toute liberté : des blancs, des noirs, des bicolores, des beiges-marron et même des gris, il y en a partout mais s’écartent à mon approche. Même à plusieurs mètres, ils continuent de me regarder d’un œil méfiant, avant de recommencer à paître, tout en levant de temps en temps la tête, histoire de voir que je ne me suis pas aventurée vers eux. Je pense jamais n’en avoir autant vu !

Si ce n’était le vent, on pourrait croire que le printemps est soudainement arrivé, j’en ressens la chaleur sur mon visage avant qu’une petite bourrasque ne vienne me fouetter un petit peu. Et toujours cette merveilleuse sensation d’être seule au monde, de l’avoir pour moi toute seule. Ou du moins, d’avoir cette route pour mon usage personnel. Elle balafre le paysage comme une cicatrice sans fin. Pendant quelques minutes, elle me conduit à un endroit où l’on perd la mer de vue. Fini l’Irlande et l’Ecosse, ici, c’est plutôt à l’est du Montana que le paysage me fait penser : une ondulation monotone couverte d’une courte herbe jaune-verte avec un grand ciel par-dessus, l’illusion est presque parfaite et franchement, je ne m’attendais pas à trouver un tel panorama aux Féroé !

L’illusion s’évanouira bien vite : on ne peut jamais rester longtemps sans voir l’océan ici et le revoilà… je sens que nous approchons du but ! Alors que depuis le lac, il n’y avait aucun bâtiment, une petite maison isolée à flanc de colline surveille une baie qui pour le moment, m’est toujours invisible. Ici, la danse des nuages et du soleil, poussé par un vent rapide, fait une parade fantastique d’ombres et de lumières sur le paysage. Enfin, après encore une dizaine de minute, m’y voilà : Søltuvík. Une petite baie de sable noir parsemée de rocher lissés par l’érosion. Un lieu unique aux Féroé !

Søltuvík, baie des rochers

J’essaie de me frayer un passage à travers la clôture de moutons. J’ai l’impression que les îles sont plus leur domaine que celui des hommes. En tout cas, ils prennent plus de place ! Il y a néanmoins quelques tables de pic-nic aménagées pour les visiteurs, que l’on rejoint en évitant les crottes des seigneurs des lieux. Avant d’accéder à la plage, on trouve un petit monument : une ancre, celle du steamship Principia, un bateau qui faisant une liaison transatlantique et qui fit naufrage au large de Sandoy, seul un marin sur un équipage de 28 échappera au désastre et fut retrouvé à Kirkjobour. 

Je me fraie un passage entre les centaines de rochers qui couvrent la plage pour ENFIN toucher l’eau de l’Atlantique nord ! Tout est aussi désolé qu’ailleurs dans les Féroé, mais d’une autre façon, plus minérale encore puisqu’à part un peu de mousse et d’algues, pas d’herbe. Il n’y a que la pierre, le sable et l’eau… seule trace vivante : les oiseaux de mer qui planent en se laissant porter par le vent. On peut aussi y voir des phoques mais ceux-ci ne sont pas au rendez-vous ! A part çà, je suis dans une parfaite solitude. Pour moi, c’est çà le luxe : le fait de pouvoir profiter d’un endroit d’une telle beauté dans la plus totale tranquillité. Aux beaux jours, il parait que c’est un des lieux préférés des Féringiens pour y admirer le coucher du soleil. Malheureusement, la tranquillité a une fin. Il faut retourner pour éviter de louper le bus et explorer quand même un peu le village de Sandur.

Sandur, le village du sable

J’ai mis la moitié moins de temps pour faire le chemin de retour et c’est fatiguée et affamée que rejoins la route principale du village. Nous sommes en plein milieu de l’après-midi et j’ignore si je trouverai un petit café pour m’abriter un peu : le vent s’est un peu renforcé vers la fin de la rando’ et je commence à avoir froid. S’il y a bien un café, celui-ci est fermé (toujours cette saison touristique qui n’est pas ouverte) et il ne me reste plus qu’à dévorer quelques biscuits et une pomme ramenée du petit déjeuner sur un banc exposée au vent au milieu de la « place » principale du village.

Je vais quand même trouver refuge quelques instants dans les bâtiments de la mairie, dans un petit couloir un peu caché, le temps de me réchauffer un peu et de recharger mes batteries.

Sandur est un mignon village, assez bien peuplé, compte tenu du fait que Sandoy n’est pas reliée directement au cœur des Îles Féroé. Ses maisons colorées s’alignent bien sagement. Les volets sont décorés, des pots de fleurs de début de printemps garnissent les façades et à part les voitures qui passent, tout est d’un calme olympien ! Comme beaucoup d’églises dans les îles, celle de Sandur est blanche, très simple, est située face à la mer, pour que Dieu veille mieux sur les marins. Je pensais que je trouverai ici la fameuse particularité de village mais c’est seulement en longeant les hangars à bateaux que je vais voir l’autre côté de la baie les fameuses dunes de sable qui ont donné leur nom à Sandur : les seules et uniques qui existent aux Féroé ! Pas de chance pour moi, elles sont trop loin pour que je puisse y arriver et revenir à temps pour le bus de retour au port.

Après la randonnée avortée à Nólsoy, Il semble que tout conspire à me faire revenir aux Îles Féroé.

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