- Le Havre , France -

October 2014

Le Havre, rêve de béton – Une introduction

C’est bien installée dans la voiture d’Éric que je vais faire connaissance avec Le Havre. Avant de me déposer à mon hôtel, il a tenu à me faire faire un petit tour de repérage, histoire que j’aie une idée de la géographie de la ville. Et tout de suite, on a compris ce qu’est Le Havre: une grande ville portuaire, Et les bassins se succèdent : Bassin Vauban, Bassin du Roy, Bassin de la Barre… et dans les bassins, des bateaux, de la barque au catamaran en passant par les voiliers. La deuxième chose qui frappe, c’est l’uniformité du Centre reconstruit, beige et gris béton, si décrié, il se fond parfaitement dans le décor. Ou c’est le décor qui a pris les couleurs de la ville ? On arrive ensuite sur le front de mer et les villas commencent à s’aligner… arrivé à Sainte-Adresse, c’est encore plus criant! La petite ville voisine du Havre collectionne les plus jolies folies bourgeoises! De la Belle-époque aux années 70, il y en a des petits bijoux d’architecture. Une vraie petite histoire des styles sur un kilomètre de long!

Sainte-Adresse a aussi un lien avec la Belgique: la station balnéaires devient la capitale administrative de la Belgique, quasi complètement occupée par les Allemands pendant la 1e guerre mondiale. Un peu plus haut, c’est l’église de Saint-Vincent qui surplombe un peu le reste du Havre. Un joli quartier, me signale Éric, où il aime à passer les apéritifs du dimanche.

Le petit tour accompli, nous revenons vers le centre reconstruit pour faire mon check-in. C’est à l’Hôtel Oscar que je séjournerai et dès que l’on voit l’enseigne, on a tout compris: pour rester dans le ton du style de la ville, l’Hôtel Oscar a gardé le look de la reconstruction. Celle des années 50.

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La reconstruction du Havre

Septembre 1944, la fin de la Guerre approche. le débarquement de Normandie date d’il y a déjà 3 mois mais pour accélérer les choses, les Britanniques vont bombarder ce grand port. Résultat : 80% du bâtit détruit, et 5000 morts. La ville n’est plus qu’un vaste champ de ruine. Au printemps de l’année suivante, c’est l’Atelier de l’architecte Auguste Perret qui sera chargé par le gouvernement de reconstruire le centre-ville. Le Havre, qui était une des villes les insalubres avant les bombardements, sera un exemple de ville moderne, une incarnation de l’optimisme de l’après-guerre et de la modernité. Il fallait reconstruire vite: on utilisera donc du  béton armé et des immeubles ayant plus où moins la me^me structure.. Une occasion de partir d’une page blanche. Une page blanche qui sera recouverte de béton armé.  Le projet durera jusqu’en 1964. Un projet que Perret ne fera jamais abouti. Il meurt en 1954.

l’Hôtel Oscar est un petit bijou! Avec des meubles amoureusement chinés et sélectionné par les propriétaires, on a l’impression de remonter dans le temps! Lorsque je découvre ma chambre, les seules concessions sont la bouilloire électrique, le wi-fi (gratuit) et la télé écran plat. Mon petit havre de paix a aussi une super vue sur “le Volcan”, la Maison de la culture dessinée par Oscar Niemayer, surnommé comme cela à cause son apparence. Entre toute les rangées de rues bien droites de Perret, ses courbes et sa couleur blanche jurent. Malheureusement pour moi, le Volcan est en fin de rénovation et impossible de le visiter.

J’ai juste le temps de profiter un peu de ma chambre avant mon rendez-vous : Françoise, qui est guide, doit m’attendre dans le Hall de l’Hôtel de ville. Je découvre donc la ville à pied pour la première fois… C’est toujours émouvant. Les rues y sont larges et l’air marin. J’emprunte le pont qui enjambe le bassin du commerce. Tout à l’air si calme… Comme j’ai encore un peu de temps devant moi, je profite pour faire un petit tour à La Galerne, une immense librairie qui prend tout le rez-de-chaussée d’un bâtiment. C’est donc là que les Havrais se cachent? Parmi les livres ? Il semble que je vais aimer cette ville!

Je traverse l’avenue et découvre l’Hôtel de ville dans toute sa splendeur! Et la place de l’Hôtel de ville est du genre monumental, comme le bâtiment. Une large place et des bassins d’eau  C’est étrange… on dirait un peu un siège d’un parti communiste est-européen. Il parait que Perret était un peu communiste lui-même… Une fois entrée, je trouve Françoise qui m’attend. Il y a un peu d’effervescence à l’intérieur du bâtiment, c’est que les Journées du patrimoine se préparent et il y aura pas mal de monde pour y assister. Coup de bol, nous sommes vendredi après-midi et je n’aurai pas à me battre avec les visiteurs. Premières étape: le 18e étage de la Tour de l’hôtel de ville. Un tout petit ascenseur nous y emmène. Depuis la terrasse, on peut voir la régularité des plans de Perret, les rues qui se croisent  à angle droit et l’océan, immense et gris avec quelques zones éclairées par un rayon égaré qui s’échappe des nuages.

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Une fois les photos faites, nous redescendons vers la Maison du patrimoine-Atelier Perret, à deux de l’hôtel de ville.  C’est là que se trouve un des lieux les plus intéressant du Havre: l’appartement témoin. Située dans un des bâtiment Perret, l’appartement témoin est… eh bien un témoin de son époque avec meubles, objets de décoration et électro-ménager d’époque! Quand on entre, ce qui surprend, c’est le grand pilier de béton. Presqu’un ornement, il faut le contourner pour arriver au séjour. LA pi§ce de la maison avec ses grandes fenêtres (une nouveauté à l’époque). Toutes autre pièces (la chambre d’enfant, celles parents, la salle de bain, le coin bureau et la cuisine sont toutes orientées vers cette pièce centrale. Ce qui frappe aussi, c’est le fait que l’on puisse circuler en cercle à travers l’appartement, de manière fluide. Tout a été pensé de manière à ce que chacune des pièces soient accessibles le plus facilement possible, mais qu’on puisse également s’isoler si possible (les portes entre les chambres et la salle de bain par exemple). L’espace était également modulable, Perret lui-même préconisant les changements dans les lieux de vie. C’est aussi le début de la vie moderne : les objets de série, meilleurs marchés, ils annoncent l’avènement de la société de consommation. Ou l’électro-ménager (on y trouve déjà une machine à laver) signe avant coureur de l’émancipation des femmes. L’attention portée aux détails est vraiment stupéfiante! Françoise et moi sortons pour regarder l’extérieur. Les bâtiments sont construits en îlots, avec une court centrale et un petit espace vert, histoire de donner un sentiment de communauté ?

La dernière étape avant la fin de cette petite ballade sera l’église Saint-Joseph. Dessinée par Perret lui-même, c’est le bâtiment le plus imposant de la ville, plus haut encore que l’hôtel de ville. C’est un véritable phare urbain. Où que l’on soit en ville, on peut se repérer grâce à son clocher. Ici, le béton se fait plus ludique et ajouré pour qu’on y incruste des vitraux. Ce seront eux qui vont donner de la couleur à cette église toute minérale. C’est l’œuvre d’une femme. Marguerite Huré, maître-verrier et véritable metteuse en scène de la lumière. Cet après-midi, le ciel est bas et la lumière n’arrive pas illuminer les vitraux… pas grave, je reviendrai la visiter. Il parait que l’explosion de couleur vaut vraiment la peine!

Françoise prend congé et moi, je continue ma promenade. Je me rends sur l’Avenue Foch. C’est elle qui relie l’Hôtel de ville à l’Océan. Large, immense même. Arborée, et peut-être un peu froide, elle est fermée (ou ouverte, c’est selon) par les Portes Océanes, deux bâtiments plus haut que les autres qui donnent l’illusion d’être des tours gardant l’entrée de la ville. Pendant ma promenade, je me fais doubler par le tram. Un tram qui a la même couleur beige que le bâti. Il circule à nouveau au Havre depuis 2 ans et ma marche est rythmée par ses rotations rapides. Sur le chemin, je m’arrête quelques instant au Parc Saint-Roch. L’heure de la fermeture est proche mais les enfants jouent encore entre les arbres. Les parents, eux, commencent à rassembler leurs affaires. Il y a aussi quelques solitaires qui profitent de la douceur de ce septembre d’été indien et finissent un chapitre de bouquin au soleil.

Finalement, nous y voilà… la mer… Une large promenade est aménagée mais moi, je veux me rendre directement sur la plage. Une plage de galets, urbaine, pas spécialement jolie mais ou plein de choses se passent. Ce qui me frappe, c’est la cadence de passage de bateaux. En quelques minutes,  j’assiste à un véritable bal de porte-conteneurs. C’est impressionnant  Leurs présences massives resteront des silhouettes sur fond de soleil couchant. Quelques courageux baigneurs sortent de l’eau et moi, j’ai bien envie d’aller prendre un apéritif. Sur le chemin, je croise plein de petites cabines de plage. Comme le havre célèbre le centenaire de 1ere Guerre Mondiale, elles sont toutes ornées avec des photos d’époques… celle du tout où Sainte-Adresse était devenue Bruxelles. Les visages d’Albert 1er, le roi-chevalier, sont partout.J’y reviendrai demain.

Sous un ciel déchiré entre soleil et gris d’orage, je me suis installée en terrasse, le long d’un des nombreux établissement qui bordent le front de mer. Mon kir violette, je le dégusterai bien calée dans mon fauteuil, sous mon parapluie, à regarder passer des Havrais qui n’ont pas l’air de s’apercevoir qu’il pleut.

Merci à Le Havre Tourisme et Rendez-vous en France. Leur participation était essentielle mais mon opinion reste libre.





  1. Héloïse
    le 13.12.2017

    Merci pou cette jolie présentation de ma ville 🙂
    Je vis à Paris maintenant, mais dès que je repasse au Havre voir ma famille, je fais un saut à la Galerne, c’est une sacrée Librairie, une véritable institution ici !

    Ce que je préfère avec le béton de Perret c’est comment il absorbe la lumière. Je vois que tu as eu des variations de temps (ça change vite au Havre avec l’air de la mer !), as-tu remarqué comme le béton peut passer d’une teinte dorée à un gris très sombre en fonction de la lumière ? C’est magnifique à observer 🙂

    J’attends la suite avec impatience !

  2. Melissa
    le 13.12.2017

    J’ai adoré Galère… ça faisait du bien de voir une librairie remplie! Et oui, j’ai remarqué aussi… Comme la météo était assez changeante (normal, quoi), j’ai pu observer le phénomène du béton qui vire du beige au gris. ; Clair que nous n’aurions pas çela avec de la brique. )

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