- Foxfonna Glacier , Svalbard -

April 2016

#MelDoesSvalbard : Spitzberg, le Paradis blanc

Hier soir, depuis la fenêtre de mon appartement provisoire, j’avais vue sur un réverbère. Sous le trait de lumière, la neige tombait de manière furieuse, poussée par le vent. Le genre de temps à ne pas mettre un chien dehors. Et là, je commence à prendre conscience de l’endroit où je suis et fatalement, je me pose des questions. Les mêmes que mes proches m’ont posées avant le départ. Belle ironie! “Qu’est-ce que je fais là ? Pourquoi ne suis-je pas sur une plage à boire un cocktail sous les cocotiers ?” Parce que. Parce que c’est un challenge. Parce qu’il y a de lieux dont le seul nom vous attire comme un aimant. Parce que, la curiosité tout simplement. Je voulais voir. Et je commence à voir.

Au matin, la météo s’est calmée. Un ciel blanc de neige plane sur l’île de Spitzberg, mais rien ne tombe. Équipée de la tête au pied, je sors de l’auberge pour attendre la voiture de mon guide. L’air est frais, pas piquant… mais je m’attends à pire tout à l’heure : nous allons faire une randonnée et montagne et marcher sur un glacier!

Je ne suis pas la seule à partir, c’est un défilé de personnes qui sortent de deux auberges pour embarquer dans des minibus, enfourcher des motoneiges ou, pour les habitués de la randonnées arctique, partir tous seuls, carabines à l’épaule (il est interdit de sortir de la “zone de sécurité de Longyearbyen sans arme).

Nous sommes les derniers à attendre, avec Jeanette, une Allemande expatriée aux Canaries et Yang, un Chinois étudiant en Allemagne… Je les ai rencontrés hier à l’auberge et leurs visages déjà familiers me rassurent. Finalement, un van arrive en un grand type souriant sort nous serrez la main. C’est Michael, notre guide de chez Svalbard Wildlife Expeditions, moitié-français, moitié britannique mais clairement, Londres est sa ville. Là où il a grandi. Et pourtant, le voilà ici. J’aurai l’occasion de le connaître un peu mieux mais pour le moment, nous allons chercher d’autres participants à un autre hôtel, puis nous partons. Une fois passé l’aéroport, il n’y a plus rien… plus rien que la roche, la neige, un mince ruban de goudron et les traces du passé minier de l’île. C’est près de la mine 7, au pied des paraboles EISCAT (qui mesure l’activité solaire) que la randonnée va commencer. Nous sommes 10 : 6 participants, trois guides et le chien d’un des guides qui saute et jappe autour de nous pour qu’on se dépêche.

La pauvre (c’est une fille) devra attendre un peu car grimper sur un flanc de montagne enneigé puis un glacier, ça ne se fait pas comme çà !

Première étape : chausser les raquettes, une espèce de croisement entre la raquette de tennis et le piège à loup. Elle nous permet de ne pas vous enfoncer dans la neige. L’avant de la chaussure étant solidement sanglé et immobile tandis que le reste du pied peut décoller de la raquette pour une meilleure traction. Seul hic, surtout pour une petite comme moi, c’est qu’il faut marcher les jambes arquées pour éviter de se marcher sur les raquettes. Malhabiles, il nous faudra au moins un quart d’heure pour que nous soyons tous prêts pendant que la petite chienne tourne autour de la voiture et nous fait signe, avec des allées et venues et des mouvements de museau, qu’on ferait bien d’y aller (fainéants d’humains!)

Deuxième étape : les guides jaugent nos tailles et nous confient une paire de bâtons pour nous aider dans l’ascension et enfin, nous voilà partis pour chatouiller les pieds d’un gros glaçon, en route pour l’aventure sur le glacier de Foxfonna.

Le glacier de Foxfonna : l’histoire d’un échec

Tout avait bien commencé. Courageusement, je plantais mes batons dans la neige, finalement moins embarrassée que je ne l’aurai cru, et fascinée par l’étrange couleur bleue laissée dans la neige après chaque planté de bâton. Un bleu ciel presque irréel qui nous suive à la trace. A part ces quelques traces de couleur, si je ne regarde pas dans la direction de mes camarades d’un jour, tout n’est nuance de blanc : la montagne, le ciel, avec un petit soleil qui sort des rayons crème… j’ai l’impression, à nouveau, d’être tombée dans un drôle des songe et de me sentir aussi loin que je puisse l’être de tout ce que connais, de tout ce que mon esprit pouvait appréhender jusqu’alors. Si on se retourne complètement, le panorama change. Il s’ouvre sur la Mer du Groenland et si la vue est magnifique, mon esprit le reconnait comme quelque chose de “normal”, quelque chose qu’il peut comprendre : des montagnes qui s’ouvrent sur une grande vallée, des fjords et une bande d’eau bleue marine, presque noire, au loin, pour fermer le panorama.

Je souffle, et je souffre un peu. Je vois bien que je suis la dernière. Même quand je marche, je suis toujours à l’arrière des autres, mon mètre cinquante trois ne me permettant pas de faire des grands pas mais je sens bien que je commence à être essoufflée et que mes quadriceps chauffent dangereusement. J’essaie de me motiver. Je ne suis pas du genre à laisser tomber et d’ailleurs, le sommet ne m’a pas l’air si loin. Et Michael est à côté de moi, pour me dire de prendre mon temps, comment utiliser mes pieds et les batons correctement. Je lève les yeux, le sommet n’a pas l’air si loin… ca va aller! Je continue donc.

Sauf que tout ce blanc rend les distances perçues, traîtres. Je gravis, je gravis, mais le sommet ne semble pas se rapprocher. Il me nargue. Mes quadriceps et mes mollets commencent à me faire vraiment souffrir. On s’arrête encore un peu, surtout parce que le gros du groupe a pris une grosse avance. Il faut attendre les retardataires. C’est à dire moi, et donc Michael. Je me sens frustrée, en colère contre moi-même et légèrement humiliée… Entourée par la beauté de ce monde, malgré tout. Le vent souffle et à part le bruit de la neige sous nos raquette, c’est le silence. Pas un cri d’oiseau, rien.

On reprend l’ascension. Là, je sens que ça commence à devenir vraiment limite. Je souffle comme  la dernière des feignasses et chose étrange : je sens mon visage en feu mais mes bouts de doigts sont en train de geler. Pourtant, je suis bien équipée : première couche en soie et gros gants rembourrés de ski par dessus. Je mords quand même sur ma chique. Il n’est pas question que je n’arrive pas à ce foutu sommet. Je me mets à regarder les petits points bleus dans la neige, pour me motiver à avancer. Enfin, les jambes en feu et le souffle court, m’y voilà. Le peu qui reste va être coupé par le panorama.  Devant moi, le plateau du glacier et bien malin celui qui le devinera : il est enfoui sous la neige mais bel et bien là. Et de l’autre côté, la vallée de l’Advent, encore plus belle puisque vue d’encore plus haut. “Ca valait la peine, non ?”, me dit Michael en me tapotant l’épaule. Je souris, incapable de parler mais Michael tient à ce que je pose avec mon équipement pour célébrer cette victoire.

C’est ici que nos guides vont nous creuser un abri dans la neige, pour que nous puissions déjeuner et reprendre des forces : dans le froid, on consomme beaucoup de calories et il est impératif de bien se nourrir. Au menu : ragoût de mouton à réhydrater (option végétarien pour ceux qui le souhaitent), biscuit, thé, café mais surtout, ce que l’un des guides va appeler “Le redbull norvégien” : le “saft”, tout simplement le jus. Un jus de fruits foncé très très sucré qui se consomme chaud. Un vrai choc glycémique pour l’organisme. Assis sur des bâches dans un trou dans la neige, serrés les uns contre les autres, on remplit nos repas à réhydrater d’eau chaude (à cacher sous le manteau pour les quelques minutes nécessaires pour que l’eau entre bien partout, et ça réchauffe la poitrine), on saisit nos tasses de “saft” et on rit. Autour de nous, le paysage se ferme soudain… On devrait normalement monter encore un peu… mais le deuxième sommet est devenu invisible et de tous petits flocons viennent nous fouetter le visage. On se dépêche de tout débarrasser et c’est là que je vais prendre une décision : impossible pour moi de continuer de monter. Malgré la petite pause, mes muscles me font atrocement mal. Je ne suis pas une douillette mais j’ai une autre randonnée le lendemain et je crains de ne pouvoir la faire ou de me blesser si je pousse trop. Les guides me rassurent… Ce n’est pas grave. Il faut écouter son corps et Michael me ramènera en bas. La mort dans l’âme et la rage au cœur, nous prenons le chemin du retour. La descente n’en est pas moins douloureuse, même si plus facile. Sur le chemin, on discute, j’essaie de parler pour chasser cette sensation d’échec de mon esprit…

J’ai atteint une de mes limites, et c’est la sévère leçon que m’a apprise le Svalbard. Une leçon offerte dans la douleur, mais avec les yeux trop plein d’avoir vu le paradis blanc.

Cette leçon de vie a été apprise grâce avec l’aide de Visit Svalbard et de Svalbard Wildlife Expeditions.
Pour aller plus loin
La randonnée sur le glacier de Foxfonna est une randonnée qualifiée “intermédiaire”. Deux ascensions : une première à plus de 600 mètres, et une deuxième au dessus de 900 mètres, si le temps le permet. Prévoir un équipement un peu plus chaud car vent et altitude font chuter les températures.  

 





  1. Mademoiselle Le K
    le 15.12.2017

    Superbe!

  2. Melissa
    le 15.12.2017

    Merci Régine!
    C’est un endroit magique, vraiment… exigeant mais magique.

  3. Melissa
    le 15.12.2017

    Merci pour ton joli message, Sofy (et désolée pour le retard dans la réponse). Pourquoi ne pas imaginer de partir avec ta fille? Prendre un peu de temps pour vous retrouver hors du quotidien? A 17 ans, j’imagine qu’elle arrive à la fin du lycée, ce serait donc possible. 😉

  4. #MelDoesSvalbard : Une histoire de montagnes fantômes - Mel Loves Travels
    le 15.12.2017

    […] retrouvé Jeanette et Yang à la cuisine de l’auberge. Finalement, peu après mon abandon de la veille, la météo s’est gâtée et impossible d’aller beaucoup plus loin. Ils se sont donc […]

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