- Vicuña , Chili -

November 2015

Mystiques Vicuña et Vallée de l’Elqui !

A mon humble avis, toute personne qui se bouge un minimum pour aller voir ailleurs si ils y sont, connaît ce sentiment : allez voir un lieu uniquement sur la bonne foi d’une recommandation. C’est ce qui m’est arrivé avec Vicuña, dans la Vallée de l’Elqui.

J’embarque dans un bus sous l’habituel ciel nuageux de La Serena. Pendant l’heure et demie de trajet qui va mener à Vicuña, nous allons nous affranchir du gris pour passer au bleu pur. Au fur et à mesure, le relief s’escarpe et le climat se fait plus aride. Aride mais en même temps, le fleuve Elqui est là pour abreuver les nombreuses vignes du coin : j’entre dans le coeur de la production du pisco!

La Vallée de l’Elqui a une réputation… celle de forces surnaturelles, de l’étrange… un certain magnétisme bénéfique y régnerait. On y a également vu pas mal d’OVNI’s, parait-il.  Ce n’est pas pour rien que de nombreux hippies (ainsi que des Hare Krishna) se sont installés ici et même sans le savoir, on ne peut pas s’empêcher de ressentir une drôle de “vibration”. Est-ce ce ciel si pur? Est-ce cette montagne qui domine la ville, brille comme du platine au soleil et qui semble même pulser ? Ce qui est certain, c’est que dès que j’ai posé les roulettes de mon sac sur son sol, je m’y suis sentie bien.

Je prends mes quartiers pour 3 nuits à l’Aldea del Elqui, un petit hôtel (un peu cher, Vicuña n’est pas spécialement bon marché) qui restera dans ma mémoire pour la gentillesse de l’accueil et comme étant un des meilleurs petits-déjeuners que j’ai pu engloutir depuis le début de ce tour du monde. Depuis le baise-main du propriétaire, un Argentin d’un certain âge, à l’allure de patriarche et au sourire rassurant, jusqu’à la bonne humeur de Lydia qui était le plus souvent à la réception…

La ville de Vicuña en elle-même est petite et compacte. Elle s’articule autour de sa place, toujours animée, avec son marché artisanal quotidien, ses skaters, et même ses cours d’aérobic le soir! Les maisons sont petites, colorées, coquettes et la vie coule doucement.

Je ne perds pas de temps et décide illico de réserver ma place pour une petite excursion de nuit dans un des observatoires de la région.

Massages, sauna, fleurs de Bach et tarot? :Je sens que je vais aimer Victor!

Une photo publiée par Melissa M. (@mellovestravels) le

Les observatoires astronomiques de la Vallée de l’Elqui

 Le Nord du Chili (et particulièrement le Norte Chico) avec son climat très sec et ses 10 mois de ciel dégagé par an est une des Mecque des astronomes et une foule d’observatoires touristiques (et scientifiques), grand et petits, se sont établis sur les pics qui surplombent la vallée. Le plus connu, est sans doute l’Observatorio Cerro Mammalluca, le plus touristique des observatoires. Les places et le transport ne sont pas chers mais si vous êtes un amateur passioné, vous risquez d’être frustré par la taille des groupes. J’ai préféré mettre un peu plus pour avoir une superbe expérience à l’observatoire del Pange, plus à l’écart de Vicuña. Ce petit observatoire prend en charge des groupes restreint (nous étions 7) pour une expérience plus personnalisée (en français, en anglais et en espagnol), et avec plus de temps disponible pour observer tous les types d’objets célestes : planètes, nébuleuses, amas stellaires, galaxies et bien entendu, notre bonne vieille Voie Lactée… Du moment que la pleine lune n’est pas de sortie, l’observatoire est ouvert au public ! Je pensais avoir atteint un sommet avec la petite sortie dans le désert de l’Atacama mais là, je suis restée soufflée… avec de pareilles conditions climatiques, la voûte céleste ressemble  à une pluie de diamants. Le ciel est tellement pur qu’on arrive à distinguer à l’oeil nu la nébuleuse du “Sac à Charbon”… une nébuleuse complètement noire. Si noir qu’elle arrive à se détacher du ciel. Et nous avons une guest star : Jupiter qui brille de tous ses feux. Vue à travers le télescope, on distingue clairement  les bandes de la planète géante, mais pas sa tache rouge, qui se cachait de l’autre côté de la planète. Je pourrais passer toute la nuit à faire çà mais après une heure du matin, il est temps pour nous de rentrer, les yeux encore plein de rêve.

 

A vélo, sur les routes de Vicuña

 Si vous ne vous rendez pas dans le village voisin de Pisco Elqui, pourquoi ne pas louer un vélo et faire à votre aise le circuit de 20 kilomètres à travers les vignes de Vicuña, le tout agrémenté d’arrêts plus que plaisant comme des distilleries de pisco, des brasseries et même un restaurant de cuisine “solaire”.   Premier arrêt : la pisquera Aba . Aba est une petite exploitation, une naine en comparaison du géant du pisco chilien, Catel, qui est à la fin du parcours. Si vous ne devez en choisir qu’une à visiter, vous préférerez sans doute Aba, qui cultive ses propres vignes. J’ai même eu droit a une visite privée (seule deux Américaines me précédaient et terminaient leur visite). La particularité d’Aba, c’est que sa production est totalement exportée, essentiellement dans de grands restaurants en Europe. Les Chiliens ne peuvent donc en acheter que sur place! Après avoir dégusté un micro-verre (je ne suis qu’au début du circuit), je reprends le vélo et file sur les chemins.   Le pisco est une eau-de-vie de raisins (différentes sortes de muscatels). Le processus commence pour un vin normal, avec vendange et macération des raisins entiers, avant que le vin de muscat ne soit distillé. Le vin est donc chauffé dans de grands alambics et ce qui reste (l’évaporation qui s’est recondensée) est un alcool à 60 degrés (et même 70 degrés dans le cas d’Aba) : le pisco.  Cet alcool reposera en fût pendant deux ans avant que ne lui soit ajouté de l’eau déminéralisée pour corriger le degré d’alcool (un pisco tourne autour des 40 degrés). Et voilà, il n’y a plus qu’à dire “Salud”.  

Le pisco : chilien ou péruvien ?
La querelle entre le Chili et le Pérou sur la paternité du pisco ne date pas d’hier et n’est pas prête de finir. Cette bataille du goût cache, outre une question de fierté nationale, quelques vieux contentieux frontaliers. On remettrait l’église au milieu du village en disant qu’il s’agit de deux boissons différentes qui portent le même nom (même les piscos sours ne sont pas les mêmes) mais voilà… le débat continue, malgré une découverte qui semblait mettre un point final à cette bagarre. Je vous invite à aller lire  l’Article de Slate

Et me revoilà à pédaler… cette promenade est plutôt formidable. La route est assez plate et le vélo file à travers les petits villages et les vignes. J’ai une énorme sensation de liberté, probablement la même qu’aurait un automobiliste qui pourrait aller partout. Mais pourquoi est-ce que je ne fais pas ça plus souvent ? Il est déjà passé midi, c’est vrai que j’ai démarré plutôt tard et le soleil tape un peu. La partie après la Pisquera est sans doute la plus longue sans rien croiser… jusqu’à ce que je tombe sur les deux Américaines qui étaient avant moi et qui ont ralenti. Je vous avais dit que Vicuña semblait attirer les personnes en quête de sens, ou d’eux-même. C’est justement là qu’une colonie de Hare Krishna s’est installée. On ne peut pas louper leurs installations colorées au bords du sentier. Un jeune homme nous invite à entrer. Nous sommes curieuses, et il semble avide de nous parler. Les pieds nus, au frais et à l’ombre, nous l’écouterons. Il avait un prénom espagnol avant. Avant, c’était sa vie à Santiago. Une vie pas spécialement mauvaise, mais sans but, sans fil, sans direction. La drogue ? Il y touchait un peu. Et puis il a fait une rencontre. Une rencontre qui “m’a sauvé” selon ses mots. Maintenant, il a un nouveau nom, un nom hindi que j’ai oublié. Fini la drogue, fini aussi l’alcool ou le café. Pour les Hare Krishna, le corps est un temple. Pas d’excitants, pas de narcotiques, ni de viande. Même le sexe est réglementé. La vie est simple. Il se lève, commence son mantra, va travailler dans le potager, aide aux autres tâches communes du groupe et si besoin, va à Vicuña pour vendre l’excédent de légumes, ou des objets artisanaux. Le sourire est bienveillant, le ton calme. Il semble heureux. “Et tes parents ?” demande une des Américaines. Il sourit à nouveau : “Ils sont contents que j’aie trouvé un but dans la vie. Ils voient que je suis heureux.” Le jeune homme est bavard… il glisse subtilement de son expérience propre vers le fonctionnement de sa religion (un mouvement de l’hindouisme) et nous le voyons doucement venir. Je sens tout à coup le prosélytisme poindre, et les deux Américaines aussi. Je suis la première à me lever, sentant que si je ne brisais pas cette conservation, je serai encore là au coucher du soleil. Les deux filles ont décidé de s’attarder et de visiter le camp, et moi j’enfourche à nouveau mon destrier pour l’étape suivante.

De la bière au royaume du pisco

Décidément… après le pisco, place à la bière mais cette fois, hors de question de me modérer ! Ma bouteille d’eau est vide et je crève de soif. J’arrive donc à temps à la brasserie Guyacan.   Ben oui, il n’y a pas que l’Austral (LA grande bière chilienne) dans la vie, le mouvement des micro-brasseries a aussi touché le Chili, et même une Vallée comme celle de l’Elqui ou le pisco est tout puissant. Pourtant, depuis 2009, cette petite brasserie a réussi à se faire un nom (j’imagine que les assoiffés qui arrivent jusqu’ici, comme moi après une balade en vélo, contribuent grandement à la bonne santé économique de l’entreprise).  Je choisis donc une “Golden Ale”, une blonde légère, type pils, mais plus complexe, un peu amère. Parfaite pour quand il fait soif. Je me repose encore un peu à l’ombre… à ce train là, je n’arriverai jamais au but mais il est si doux de prendre son temps à bicyclette.

Normalement, j’aurai du manger un bout au restaurant à fours solaires : Nuevo solar Elqui, cocina solar donde Martita mais voilà… à 16 heures, le soleil déclinant, le restaurant ferme. Je n’aurai donc pas l’occasion de tester cette drôle de façon de cuisiner (drôle mais 100% verte). Je fais également l’impasse sur la distillerie Capel, finalement fatiguée après cette journée passée à pédaler… Oui, votre blogueuse est fatiguée après 20 kilomètres, la honte. Mais surtout, surtout… j’ai faim!

 Mes lieux de prédilection pour manger étaient le Ristorante Haley, sur la Plaza de Vicuña qui de bien méchants piscos sours (à la mode chilienne, donc sans blanc d’œuf, ni cannelle) et une soupe qui vous fera regarder le petit-déjeuner de travers le lendemain si vous en prenez le soir.   Autre lieu notable, le Club Social de Vicuña et sa jolie cour intérieure ainsi que le Café Cultural Frida, un café artistique où je me suis réfugiée pour travailler un peu.

 

J’avais donc demandé une soupe. 😉 #foodporn #latergram #bonjouràtous Une photo publiée par Melissa M. (@mellovestravels) le

C’est d’ailleurs ce jour de pause que je me suis accordée qui m’a permis de visiter un peu Vicuña. Si tous les Chiliens connaissent cette petite ville, ce n’est pas à cause de sa tour rouge en forme de donjon mais à cause d’une femme, une poétesse : Gabriela Mistral. Née à Vicuña, celle qui fut institutrice avant de devenir auteure, et même diplomate a reçu le premier Nobel de littérature chilien (et même la première poète à le gagner) et pourtant, elle est bien moins connue que Pablo Neruda. C’est sa maison qui est à présent un musée et c’est sans doute le lieu le plus fréquenté de toute la ville. Les Chiliens semblent ne pas avoir perdu le goût de la lecture! Portraits, lettres, manuscrits, objets lui ayant appartenu, coupures de presse… Il y a un peu de tout dans ce musée parsemé de phrases issues des œuvres de Gabriela. Pour couronner le tout, il existe aussi un agréable jardin où on se verrait bien déambuler un livre à la main.

Le soir, je rentre à mon hôtel… qui a une particularité :  il a une chamane à domicile. Elle fait un peu de tout : herboristerie, fleurs de Bach, massage… et même divination. La veille, j’avais décidé de me faire masser (votre blogueuse a encore des séquelles de son accident d’il y a 3 ans et ne crache pas sur l’opportunité de se faire du bien). Un long massage de plus d’une une heure dont les bienfaits se sont fait sentir… jusqu’à mon retour au boulot. Mais ce soir en particulier, j’ai décidé de me laisser emporter par le côté mystique de Vicuña. Si la chamane tire aussi bien les cartes qu’elle ne masse, ça peut être intéressant. Je m’assieds face à elle, à la fois amusée mais aussi un peu anxieuse… parce que bien qu’assez cartésienne et sérieuse, j’ai toujours accepté une part d’inconnu, voire de magie dans l’univers. La chamane, elle, est concentrée mais me regarde avec un visage souriant. Elle me demande si je comprends bien l’espagnol, car ce qu’elle va me dire est important. Je lui répond que je comprends plutôt bien, mais que pour poser des questions, ce sera “mas dificil”. Elle hoche de la tête, dispose ses cartes en éventail. A moi de dévoiler mon destin. Je tire des cartes. Une après l’autre. Puis une en particulier. Elle me regarde d’un air grave : “Tu as l’impression d’être une spectatrice, n’est-ce pas ? D’être comme cette femme sur la carte toute seule dans son compartiment de train et qui regarde le paysage passer ?”  Et ce qui avait commencé comme une expérience amusante va se transformer en véritable session de psychothérapie, avec force larmes. Je ne sais pas si ma chamane avait un vrai don de divination mais elle avait absolument celui de l’empathie. Je ressors de là complètement bouleversée mais aussi étrangement apaisée. Après avoir passé une nuit avec un sommeil de plomb, il est l’heure pour moi de quitter la Vallée de l’Elqui, à regret. Le propriétaire de l’hostal est là… avant de partir, il me serre dans ses bras : “Bon voyage. Tu es une bonne personne, tu sais”.

Je ne sais pas si je suis cette personne mais je vais essayer de l’être. Et ça, plus que la bouteille de pisco bien emmaillotée dans mon sac, c’est le cadeau que ramènerait de Vicuña.

« Parvenue au milieu de mes jours, je glane

   cette vérité fraîche comme une fleur :

   la vie a la douceur dorée du blé,

   la haine est brève, immense l’amour.

   Changeons le chant amer, à reflets de sang,

   contre le chant souriant.

   Les divines violettes s’épanouissent,

   le vent se charge dans la vallée d’un parfum de miel. »

Extrait de La Sérénité de Gabriela Mistral

Pour aller plus loin
Comment arriver à Vicuña

Le plus facile est évidemment le bus :  Depuis La Serena, Via Elqui vous conduira vers Vicuña et plus loin encore, vers Pisco Elqui, un joli village qui est vraiment le cœur de la production du pisco chilien, et que je n’ai pas eu l’occasion de visiter.





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