- La Serena , Chili -

November 2015

La Serena, Coquimbo et des manchots invisibles

Les kilomètres de route sont avalés pendant la nuit. Une longue nuit interrompue par de rares arrêts où dans une extrême somnolence, j’aperçois par la vitre un quai de gare routière sous un lampadaire blafard. C’est qu’il n’y pas grand monde le long de la route qui relie San Pedro à la côte Pacifique mais de tout ce grand vide, je n’en verrai rien et quand le bus arrive enfin le long de l’océan, c’est un petit matin blème qui se lève sur le nord du Chili. Plus au nord, j’aurai rencontré le grand port d’Antofagosta ou encore, Iquiques, le spot des surfeurs,  mais c’est vers le sud que je descends, à la rencontre d’une ville au joli nom de La Serena.

En fin de matinée, je prends mes quartiers à l’Hostal La Vitrola. En plein centre-ville, c’est un petit hâvre de paix géré  avec le sourire de Carlos et sa compagne. Le grand avantage de l’auberge, c’est sa jolie cour intérieure où les pensionnaires peuvent papoter autour d’une table commune. Chambre individuelle plutôt grande (et même avec une télé!). L’autre plus, c’est Caramelo, la mascotte de l’auberge : un lapin qui sert d’animal de compagnie. 😉

La Serena est une des villes préfére des Chiliens. Est-ce le climat ? La proximité de l’océan ? Il y a de çà… il y aussi une étrange impression d’harmonie qui se dégage de la ville. Un tissu urbain continu et constant. Trop parfait. Car La Serena est une ville reconstruite en style néo-colonial. De belles et large avenues rectilignes s’ouvrent sur des places et parcs et une longue voie mène au Pacifique. C’est le premier endroit où je vais me rendre : la plage car finalement, j’ai traversé un continent, me voilà de l’autre côté de l’Amérique du sud. N’espérez pas trouver une plage de rêve à La Serena, c’est plutôt une côte urbaine avec un peu de sable et du béton à l’arrière. Le plus intéressant, c’est en ville qu’il faut le chercher.

Le plan La Serena
Dans l’histoire, on peut noter une certaine obsession des dirigeants à vouloir remodeler une capitale ou leur ville natale à leur image. Il y a eu Léopold II et Bruxelles, Ceaucescu et Bucarest, Poutine et Saint-Petersbourg (oui, oui, je sais… pas très glorieux tout ça) et il y a eu Gabriel González Videla et La Serena. Le président chilien était à l’initiative de ce projet urbanistique majeur pour sa ville natale et sa région qui comprenait la restauration de la vieille ville, la construction de nouvelles écoles publiques et de nouveaux bâtiments pour plusieurs services publics. Le projet s’est déroulé entre 1948 et 1952 et a legué à La Serena cette architecture néo-coloniale espagnole qui lui est si caractéristique. Les œuvres ne sont pas limités à la Serena, mais inclus l’ensemble de la province, y compris la ville portuaire de Coquimbo.

Pourtant, malgré cette harmonie dont je parlais plus haut et une certaine douceur de vivre, je n’ai pas spécialement accroché à la Serena. Ca ne s’explique pas… est-ce ce côté trop ordonné ? Peut-être… mais les amateurs de promenades et d’architectures seront ravis.

Que voir à la Serena

La plage et son phare : Le phare est un peu l’icône de La Serena. Rouge et blanc, son premier étage ressemble à un château de carton pâte avec ses murs crénelés. Plutôt comique !

Calle Balmaceda :Pour avoir une idée de l’ambiance à la Serena, une petite promenade sur la Calle Balmaceda est obligatoire. Le long de cette avenue bordée de bâtiments neo-coloniaux, on y trouve des cafés, des restaurants, des magasins… J’ai un peu l’impression d’être en Europe ! On sent que le Chili a les reins économiques plutôt solides, et que La Serena n’est pas à plaindre. Le contraste avec l’Argentine voisine est frappante. Et j’imagine le choc pour les voyageurs venant de Bolivie. Le Chili doit apparaître comme un pays de cocagne !

Iglesia San Francisco : Ca, c’est une vraie église coloniale du XVIème siècle. Avec son joli clocher baroque, elle marque le paysage du centre de la Serena. L’intérieur est surprenant, avec des murs en pierres apparentes. On ne voit ps çà souvent !

Plaza de Armas : Ca me fait tout bizarre après ce semaines passées en Argentine où toutes les places centrales semblaient s’appeler « Plaza San Martin ». Mais la Plaza de Armas n’est pas différente des places de son pays voisin : elle est large, avec un grand parc arboré et on y trouve à la fois l’Hôtel de ville, la Cathédrale et le palais de justice, le tout dans un joli ensemble néo-classique (et tout blanc). Très chic !

Le marché aux poissons (Terminal pesquero de La Serena) : c’est en voulant me rendre au Musée archéologique (trop tard) que je suis tombée sur le marché aux poissons de la ville. Etrangement, il n’est pas près de la mer, mais sur les hauteurs de la ville. Un côté un peu différent de La Serena !

Centre commercial La Recova : Il s’appelle centre commercial mais il tient plus du marché couvert qu’autre chose ! La Recova est un énorme immeuble avec une court intérieure ou on trouve un marché artisanal, un supermarché (surtout en fruit et légumes) le moins cher de la ville tandis qu’à l’étage, on trouve restaurants, bars à vins et boutiques de spiritueux. De quoi goûter votre premier verre de carménère (cépage qu’on ne trouve au Chili) ou votre premier pisco (on en parlera d’ici quelques jours).

Aux alentours de La Serena : Coquimbo

La Serena a une ville jumelle. Juste de l’autre côté de la baie. Quand on se tient sur la plage, près du phare, on la voit, au loin. Plus populaire, plus chaotique, plus brut de décoffrage : c’est Coquimbo, ville portuaire. Avant, elle était largement ignorée mais à présent, après quelques investissement et rénovations, Coquimbo sort enfin de l’ombre et d’ailleurs, les habitants de La Serena viennent y faire la fête. Et quelle ne fut pas ma surprise en la découvrant : c’est une espèce de Valparaiso, mais en plus petit. Pour vous y rendre, c’est facile ! Il suffit de sauter dans un bus municipal ou dans un colectivo.

 

Taxi colectivo
Les colectivos sont une espèce d’hybride entre le bus et le taxi : c’est un taxi groupé ! Ils sont présents dans toutes les villes chiliennes (et aussi dans le monde rural). Il s’agit de voitures ou de petits mini-bus qui circulent le long d’un circuit (comme des bus). Les arrêts ressemblent ou bien même sont aussi des arrêts de bus. Vous verrez le numéro de la ligne et les destinations sur le pare-brise. Plus fréquent que les bus et moins chers que le taxi, ils sont régulièrement utilisés. Le truc, c’est que le taxi peut s’arrêter là où vous lui dites, du moment que c’est sur son circuit. Le soir, moyennant un petit supplément, il peut même vous déposer à votre destination, si ça ne l’éloigne pas trop de son circuit.

Le bus vous déposera au terminal des bus O’Higgins en plein centre de ville. Je n’hésiterai pas à grimper pour explorer les quartiers hauts de Coquimbo… et c’est une des plus jolies surprises du voyage. Des petites maisons colorées accrochées aux flancs de la collines, des fresques sur les murs, une vue imprenable sur le Pacifique mais surtout sur LA grande attraction de Coquimbo et que l’on peut voir à des kilomètres à la ronde : la Croix du troisième millénaire, une immense croix perchée sur le Cerro El Viga. Avec ses 93 mètres, c’est la plus grande croix du monde, bâtie pour célébrer l’entrée du christianisme dans un nouveau millénaire et comment dire… ce monument de béton est juste… moche. Et kitsch. Mais depuis le Cerro, la vue est belle et ça laisse quand même songeur sur la motivation des hommes à se surpasser. Pour redescendre, ouvrez l’oeil ! Sans doute trouverez-vous comme moi un petit sentier secret entre les maisons, des raccourcis pour rejoindre le centre névralgique de la culture et de la fête à Coquimbo : le Barrio Inglès, un bloc de maison du XIXème qui date du temps où le Port de Coquimbo attirait bien des marins de par le monde et où l’anglais était la langue commune (les architectes du quartier étaient bien Anglais, eux). Et en fin d’après-midi, les lieux étaient plutôt calmes… ce qui n’enlève rien à leurs charmes. Pour une petite pause, passez par la Casa de Las Artes. Si aucune expo n’est en cours, le patio a un chouette petit restaurant avec des pâtisseries à tomber.

Sur le chemin du retour reprendre le bus, je m’arrêterai au Dôme de la Culture des Las Animas. Une population, qui vécut dans la région de 900 à 1200 AD et dont on a retrouvé des reste il y a seulement 35 ans. Les objets sont disposés en cercle sous un dôme transparent et l’entrée est libre.

Dernière étape, la Plaza de Armas, qui bruisse d’activité avec les enfants qui jouent dans les jets d’eau. Et pour rappeler sa fonction de ville portuaire, un énorme kiosque en forme de coquille Saint-Jacques trône à une extrémité de la place. Je profiterai d’un long moment à attendre le bus et à flâner pour observer la ville des habitants de Coquimbo avec dans le coeur, ce petit sentiment que beaucoup de voyageurs connaissent… l’impression d’avoir découvert un petit trésor mais aussi, une furieuse envie d’y revenir. Et il va bien falloir, vu qu’à mon retour, impossible de retrouver les photos prises à Coquimbo! Vius n’aurez droit qu’aux photo prises par smartphones.

Réserve des manchots de Humbolt

A quelques heures au nord de La Serena se trouve un des lieux que j’ai le plus aimé au Chili : la Réserve nationale des manchots de Humbolt. Si vous n’avez pas votre voiture, il faudra réserver un colectivo pour Punto Choros et déjà, la route est un spectacle à elle toute seule, entre le bleu saphir du Pacifique et le paysage aride des côtes du Norte Chico. C’est super ! Punto Choros est lui-même un petit village bien isolé. Ici, tout brille… la sable et la roche jaune, le bleu du ciel et de la mer, le tout sous un soleil insolent.

Ca change de La Serena qui est souvent dans la brume. Une fois déposés à destination, les visiteurs seront répartis en groupe parmi les pêcheurs du coin qui emmènent les touristes en balade entre les 3 îles de la réserve : n’essayez pas de négocier, les prix sont les mêmes pour tous, vu qu’il s’agit d’une réserve nationale. C’est parti pour plusieurs heures de visite (mais strictement minutées pour éviter d’avoir trop de monde au même endroit et minimiser l’impact sur l’environnement). Si le soleil brille, le vent est souvent frais dans le coin et je suis bien contente d’avoir mon blouson sur le dos… Et c’est un vrai festival d’animaux auquel nous allons assister : les premiers à se montrer sont les rorquals, un type de baleine et le deuxième plus grand mammifère au monde (après la baleine bleue). Pas un seul mais un petit groupe ! C’est la première fois que je vois une baleine d’aussi près. Plutôt mal placée, j’essaie d’immortaliser le moment… Ce qui est le plus impressionnant, c’est sans doute le dos massif des rorquals qui semble ne plus finir quand ils remontent à la surface. C’est incroyable et émouvant.

Presque tout de suite après avoir quitté les rorquals, c’est tout un groupe de dauphins qui se dirigent droits avers nous. Pas farouches, et même plutôt curieux, ils sont presque une dizaine à entourer le bateau et voir ce qui se passe. Ici, ce qui me surprend, c’est leur vitesse ! Un dauphin, c’est rapide, très rapide… leurs corps fendent l’eau comme une torpille. On a même droit à un petit show, quelques dauphins plus joueurs que les autres ayant eu envie de faire quelques sauts hors de l’eau. Et là, Lectrice, Lecteur, j’ai eu l’impression d’être redevenue une petite fille émerveillée. Ce que je ressens à ce moment là, c’est de la joie, pure.

Nous quittons l’océan ouvert pour croiser le long des deux plus petits îlots de le réserve. Ici, c’est le domaine des oiseaux de mers et des phoques. On ne peut pas les louper, les phoques. D’abords, il y a l’odeur, qu’on peut renifler à plusieurs centaine de mètres et puis il y a toujours le mâle dominant. Un énorme animal, qui ressemble un peu à un blob étalé sur son rocher, entouré par un harem de femelles. Chaque groupe à son rocher attitré et gare aux intrus ! Les oiseaux marins sont évidemment légions : pélicans, guillemots… mais, et ces fameux manchots qui donnent leur nom à la réserve ? Eh bien nous n’en verrons qu’un ! Si j’ai bien compris notre pêcheur/guide, c’est la période de nidification et ils se cachent ! Dernière créature à faire son apparition, et sans doute la plus mignonne : une loutre de mer que nous croiserons alors qu’elle faisait une petite brasse matinale !

Après ce petit tour en bateau, nous sommes déposés sur Isla Damas et là, plusieurs options s’offrent à vous, mais il faut faire un choix car chaque groupe ne peut y rester qu’une heure : rester sur la petite plage où l’on accoste et se baigner (c’est le seul endroit autorisé), faire une balade sur les hauteurs de l’îlot ou faire la promenade en boucle vers une jolie , mais inaccessible plage (du moins pour les humains) pour observer faune et flore. Ce sera la solution que j’ai choisi et je pars d’un bon pas, entre cactus et mouettes qui me regardent d’un mauvais oeil. En fait, je suis même limite pas rassurées. Les mouettes aussi doivent sans doute nidifier ou avoir des petits. Elles me crient dessus et me suivent… tous les signes que je suis une intruse qui doit passer son chemin au plus vite !

Pour aller plus loin
Rejoindre La Serena

Depuis San Pedro de Atacama, il faut compter 16 heures (oui, oui) de bus  Alors autant s’accorder un voyage de nuit en classe “super cama”.  Départ plusieurs fois par jour. Depuis Santiago de Chili, compter 8 heures. Pullman et Turbus assurent le service depuis San Pedro de Atacama. Ce sont les mêmes depuis Santiago,avec l’ajout de Flotta Barrios .

Pas envie de prendre le bus, il existe une liaison régulière entre Santiago de Chili et l’aéroport de La Serena (La Florida ), LAN Airlines offre plusieurs vols par jour.

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  1. Stéphane
    le 22.11.2017

    Complétement dépaysant, la réserve est incroyable !!

  2. Melissa
    le 22.11.2017

    C’était incroyable! Si je m’étais attendue à ça… je suis juste un peu triste d’avoir été du mauvais côté du bateau, c’était très difficile d’avoir de bonnes photos des baleines et dauphins. Mais ils étaient si près !

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