Il y a des occasions spéciales… des « voyages » dont le but, autre que de découvrir un endroit, est de partager un moment ensemble, hors du quotidien. C’était le cas avec mon amie Sad. Il y a deux ans, j’avais déjà parcouru l’essentiel de Stockholm, seule. Sad, elle, n’y était jamais allée… et après une longue semaine de travail, installées dans un des restaurants de l’aéroport, nous décidons que ce séjour allait se faire au rythme de nos envies et de notre énergie!

Dans l’avion, autour d’un sachet de macarons et d’une mini-bouteille de Pommery pas fraîche, on discute de ce qu’il ne faudra pas rater, et ce qu’on verra, si on a le temps. Pour moi qui voyage presque toujours seule et qui marche beaucoup pour voir le plus possible , le rythme risque d’être vraiment très différent!

A Stockholm Arlanda, un bus attend les passagers dans la nuit. Le trajet prendra une petite heure (l’aéroport de Broma, lui, est à seulement 25 minutes, le train Express est plus rapide, mais plus cher).  Il nous déposera à la Gare Centrale de Stockholm. Le temps d’arriver à notre hôtel en plein Södermalm et il est passé minuit! Surprise: tout le rez-de-chaussée de l’hôtel est un immense bar/boîte! Un service de sécurité veille à l’entrée et un combi de flics est stationné devant. En fait, le Scandic Malmen est le plus gros bar de Medborgarplatsen, déjà pourtant bien pourvue! Les nuits promettent donc d’être torrides! Le temps de déballer quelques affaires, de se connecter sur le réseau w-fi plutôt récalcitrant de l’hôtel (accros numériques oblige), de nous remaquiller et nous voilà descendues au bar pour écluser nos premières blondes suédoises. Dans le coin où le DJ fait péter sa platine, l’ambiance est chaude et électrique et rejoindre le bar tient de la gageure! Arrivée enfin au comptoir, j’ai tout le loisir de me régaler du spectacle des barmen (le casting semble avoir été particulièrement bien tassé) et joie, entièrement masculin!) puisque près de dix minutes plus tard, nous avons nos deux 33 cl de bières! Sad et moi trinquons. Je regarde mon verre… Pas de mousse, quasi pas de bulles… autour de nous, les 3/4 des fêtards se baladent avec de la Heineken à la main. Non, ce n’est pas ici que je vais pouvoir juger de la qualité de la bière suédoise.

En s’extrayant de la foule au bar, nous manquons de percuter une blonde répondant aux plus pointus des critères du fantasme scandinave qui se déchaine dans tous les sens. Nous trouvons un coin où nous attabler et nous ne sommes pas là depuis 10 minutes qu’une voix parlant français nous interpelle. Un jeune chercheur en médecine français, déjà passablement éméché, est trop heureux de trouver des gens parlant sa langue! Basé à Oslo depuis deux mois et venu s’encanailler en Suède, on dirait bien qu’il a du mal à s’adapter aux Nordiques! Ou il n’a plus parlé à des francophones depuis longtemps. C’est un vrai torrent de frustration qui sort en flot continu sur le caractères des Norvégiens, leur « égoïsme » (ben non, l’alcool, ça ne se partage pas là-bas, trop cher), leur sentiment de supériorité, des Suédois « fouteurs de merde » quand ils sont en Norvège… J’oscille entre la stupéfaction et l’amusement. J’ai bien envie de le sermonner un peu. De lui dire que casser la coquille scandinave prend plus d’effort, que débarquer là-bas en plein hiver n’est pas arriver sous les meilleures auspices, que ça ne peut que s’arranger, etc. mais vous avez sans doute essayé de raisonner avec un moulin à parole qui a entamé la soirée depuis longtemps? On oublie. Tout à coup, une annonce sort des hauts parleurs: il va être deux-heures et le bar ferme! A deux heures pile, les lumières s’allument, s’éteignent, puis se rallument à nouveau. J’ai l’impression d’être revenue à mes années d’étudiante, quand je faisais la fermeture des soirées… sauf que c’était à 3-4 heures du matin!  Cela semble être une constante en Suède! Les bars ferment tôt et  on va vite s’en apercevoir. Notre  nouvelle connaissance tient absolument à nous offrir un dernier cocktail. Dehors, il fait un petit -5 degrés, de la neige subsiste, gelée, sur les bas-côtés des rues et les fêtards  sont répartis entre tous les stands à kebabs et hot-dogs de Medborgarplatsen, qui semblent être aux Suédois ce que la baraque à frites est aux Belges. Les bars du coin sont tous en train de fermer leurs portes les uns après les autres? Les Suédois, eux, ont l’air dégrisés déjà!  Notre pauvre Français, certes un peu bruyant mais poli, s’enquiert d’un bar qui serait ouvert et se prend rebuffade sur rebuffades. je regarde Sad avec une envie de fou rire… Ça sent la fin de soirée foireuse et les blagues les plus courtes étant souvent les meilleures, je sens qu’il faut abo,,er l’affaire… Quand enfin on le renseigne (le bateau-bar « Patricia », amarré à Slussen), notre décision est prise: on va se coucher, on a une longue journée demain! Le voilà donc qui s’enfonce dans Göttgatan et nous souhaitant le bonsoir… On se demande encore comment il est rentré chez lui!

Stockholm; Medborgplatsen