Le rendez-vous était fixé à 13h30. Une première pour moi, qui suit pourtant sur Instagram depuis le début et qui ait vu naître les « Igers » locaux et les »Instameets », ces rencontres de passionnés de photo qui vont visiter les mêmes lieux ensemble. Le résultat est souvent surprenant. On vit la même aventure, mais chacun à sa manière, avec son œil propre. Et lorsque j’ai appris que Instameetbxl allait se dérouler à Molenbeek, j’ai sauté sur l’occasion !

Molenbeek, une des plus grosses des 19 communes. Sa réputation de ville « difficile » ne dépassait pas la frontière belge mais depuis le 13 novembre, son nom s’est diffusé partout dans le monde et est devenu synonyme de berceau à terroristes. Montrés du doigt, harcelés par les médias, les habitants, déjà excédés de la mauvaise réputation de leur lieu de vie, sont encore un peu plus sur la défensive. Il fallait donc montrer que cette commune, très grande, on ne la couvrira pas en une seule visite, vaut mieux et est plus que çà.

Molenbeek n’est pas une banlieue !

Rappelons d’abords quelque chose : Molenbeek n’est pas une « banlieue ». Ce n’est pas une suite de barres d’immeubles construites en dehors de la ville dans les années 60. C’est une commune qui fait partie de Bruxelles et qui a beaucoup grandi suite à la révolution industrielle. Surnommée le « Petit Manchester » pour le nombre de ses usines, elle est depuis une commune qui reste populaire, sauf que la population a changé. Les usines ont fermé et les ouvriers ont été peut à peu remplacés par une population souvent immigrée et souvent maghrébine, que la Belgique en manque de bras est venue chercher. Des prix bas pour l’achat ou la location d’un logement et la tendance naturelle à se regrouper entre personnes d’une même communauté ont fait le reste.

Pour atteindre Molenbeek depuis le centre de Bruxelles, il ne faut pas plus de vingt-minutes de marche, le long de la rue Dansaert. Il y a encore quelques années, c’était la rue des créateurs d’avant-garde, qui avait tiré de la torpeur cette partie de Bruxelles. Ca a bien marché. Sans doûte trop bien. On trouve maintenant des chaînes de prêt-à-porter « premium » qui s’y sont installées au fur et à mesure, attirées par la réputation de la rue et par les loyers. Résultat ? Les créateurs se sont envolés, étranglés par la hausse des prix. Ne reste guère plus que Stijl, qui rassemble plein de créateurs différents et la boutique d’Annemie Verbeke qui tient bon. Ca, c’est pour la partie « gentrifiée » de la rue Dansaert. La deuxième partie, celle qui est plus proche du Canal, garde encore son caractère. Certes, on y trouve quelques bars et une pizzeria branchouille, c’est aussi là que la brasserie Brussels Beer Project s’est installée mais sinon, on y retrouve toujours le boucher halal, l’épicerie de quartier, le café des supporters du F/C/ Barcelone, une poissonnerie et ce petit air un peu décati qui caractérise cette partie de la ville. Une fois arrivés au Canal, on fait face à Molenbeek.

Bruxelles et Molenbeek se regardent en chiens de faïence par delà le Canal. Pourtant, à cet endroit, elles se ressemblent très fort ! Hangars et fabriques sont parsemés d’un côté à l’autre de cet artère : le canal Charleroi-Anvers, un des plus important du pays. Ca fait dix ans, depuis mon retour en Belgique, que je dis que le quartier va exploser et pourtant, malgré quelques efforts, il reste un peu dans une espèce de marasme pourtant, c’est un des seuls endroits ou on peut voir un cours d’eau à Bruxelles ! Et Bruxelles en comptait plein, à commencer par la Senne dont elle est orpheline ! Les noms de quelques communes se terminent par « beek », ce qui veut dire « ruisseau » : Etterbeek, Schaerbeek… et Molenbeek : le ruisseau aux moulins. De moulins, malheureusement, il ne reste plus de traces à Molenbeek !

Mais traversons. Nous descendons d’abords vers le sud, le long du Canal ou se trouvaient de larges entrepôts ainsi que l’ancienne Brasserie Bellevue. C’est Depot Design, un immense magasin de meuble, qu’on ne peut pas louper avec sa mini-grue qui surplombe le Canal. Juste à côté, on trouve les briques rouge de l’immense brasserie. Rouge comme la couleur de la Kriek, bière typiquement bruxelloise. Heureusement, elle ne fut pas démolie. Une partie a été transformé en un immense « auberghôtel » de la chaîne Meininger, mais j’y reviendrai. Un peu plus bas, devant un parc, on trouve une immense fresque murale représentant un phare. Ce n’est pas pour rien que cette partie de Molenbeek qui longe le canal est appelée « maritime ». Certes, la mer est loin, mais Bruxelles est un port de mer et peut accueillir de gros bateaux. J’y vois aussi l’image rassurante de la lumière qui signale une présence dans la nuit, une manière de dire que Molenbeek sera toujours là pour ses enfants… Cette partie de Molenbeek compte pas mal de jeunes actifs aussi. Car si Bruxelles devient doucement de plus en plus impayable, il suffit de traverser le Canal pour faire chuter les prix de l’immobilier. On y trouve plein de lofts dont on ne soupçonnerait pas l’existence (j’ai même eu l’occasion d’aller déguster des kiwis « grown-in-Molenbeek » qui grandissait dans la cour d’une immense copropriété).

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L’hôtel Meininger peut se targuer d’être le tout premier hôtel à Molenbeek et c’est aussi le premier ancrage belge pour la célèbre chaîne allemande. De par son ADN berlinois, cet hôtel a vraiment trouvé sa place dans ce bâtiment industriel et son quartier urbain. J’ai eu l’occasion de visiter peu après son ouverture il y a quelques années et le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est GRAND. Même les couloirs (avec une étonnante moquette qui simule le carlage) valent la peine d’être vus. Les chambres individuelles sont immenses également, dans un style minimaliste  et très “impression loft” avec ses haut plafonds et son parquet. Côté dortoir; c’est bien foutu! Chaque lit dispose d’une caisse de rangement ainsi que d’un casier directement dans la chambre. Là aussi, on ne lésine pas sur les mètres carrés (un luxe dans un dortoir). Mais le bijou de l’hôtel, c’est son bar avec lesanciennes cuves en cuivre de la brasserie Bellevue : brique à nu, graphs, gros fauteuil… n’hésitez pas à aller y boire un verre si vous êtes de passage, c’est ouvert à tous !

 

Nous quittons les bords du Canal pour nous plonger dans les rues. Elles sont étroites, bordées de ces petites maisons à trois étages que l’on trouve partout à Bruxelles mais pourtant, tout à l’air plus ramassé, plus proche, plus entassé même. Nous arrivons finalement devant une grande porte : celle de la Fonderie. L’affiche de l’expo actuelle parle d’elle même : « Faîtes quelque chose beau ». L’ancienne usine de la Compagnie des bronzes bruxellois est maintenant devenu le Musée de l’Industrie et du travail. Un lieu que je connaissais même pas ! A côté de ses activités muséales, la Fonderie organise des expos et des visites guidées de Molenbeek, et de Bruxelles. Je pense d’ailleurs faire appel à eux pour une petite escapade urbaine. Le lieu en tout cas est vraiment étrange, entre la friche et le patrimoine industriel rénové, et photogénique à souhait!

Place Communale, place assiégée

En ressortant, nous continuons le long de la rue Ransfort, vers le nord. Tout est calme, ce dimanche. A part les épiceries, tout est fermé et paisible… Nous faisons un petit virage sur la chaussée de Gand, une vraie route nationale au coeur de la ville. On croise temps en temps de beaux immeubles Art Déco qui sont tombés dans l’oubli ou maltraités, comme le pauvre “Forum”.un ancien cinéma devenu magasin de meubles. Enfin, nous voilà arrivé devant cette fameuse Place Communale de Molenbeek. Un large espace qui a été pris d’assaut par les médias pendant des jours car c’est  sur cette place qu’habitaient les frères Abdeslam : Brahim, qui s’est fait sauter près du Comptoir Voltaire le 13 novembre et Salah, le seul membre du commando terroriste toujours en vie mais aussi toujours en fuite. Comment imaginer les drames qui se créent et se jouent derrière ces façades tout ce qu’il y a de plus normales ? La place est large, animée les jours de marché mais comme c’est dimanche, elle est presque vide… et une lumière superbe, de celle que donne un ciel partagé entre soleil et gris plomb des nuages de pluie. L’activité, c’est dans le petit bout de la rue Ransfort que nous n’avons pas empruntée qu’elle se trouve. Cette partie est piétonne et là, les quelques magasins sont ouverts.

Nous n’aurons malheureusement pas le temps de nous y attarder, puisque nos pas nous conduise vers l’église Saint-Jean-Baptiste et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’elle en jette! Cette église Art Déco (encore! mais qui s’en plaindra?) en impose par sa masse et son clocher. Et là, nouvelle déception : la porte de l’église est bien fermée. Impossible d’y rentrer et pourtant, il parait que l’intérieur et les vitraux valent le coup d’oeil!

Canal, mon canal

Petit à petit, nous approchons de la limité nord de Molenbeek en traversant le grand Boulevard Léopold II, cette petite excroissance de Molenbeek vers le nord est dominée à nouveau par le Canal et l’immense espace de Tour et Taxi. Techniquement, en entrant à Tour et Taxi, on quitte Molenbeek pour Bruxelles-Ville mais le lieu vaut la peine d’être vu.

C’est un des patrimoines industriels les plus importants de Bruxelles. Gare fluviale, gare ferroviaire, bureau des taxes, hangars… c’est là que tout ce que Bruxelles voyait arriver par le Canal passait avant que le lieu ne soit complètement abandonné en 1987. Finalement, trente an plus tard, un plan complet de réaffectation a été décidé : logement, parc… Tour et Taxis devrait devenir une nouvelle “Place-to-be”. En attendant, le hangar royal, très joliment rénové, est déjà le siège de magasins et d’entreprises, si élégant qu’on vient même y photographier des mariages. Et les hangars ? Certains sont utilisés pour les expos ou les foires et jusqu’à nouvelle heure, le Festival Couleur Café s’y tient encore!  Pour les amateurs d’Urbex, je vous invite à voir les photos de Tchorski, un spécialiste du genre!

Retournons sur nos pas pour retrouver les quais Molenbeekois. Pas très loin du K-Nal (un club qu’on ne peut pas louper, il est tout en bois) se trouvait un terrain en friche. C’est le lieu qu’on choisi les grapheurs du Kosmopolite Art Tour. Un vrai musée du street-art à ciel ouvert qui vient donner de la couleur et de la vie dans un environnement qui pourrait paraître déprimant.

Et finalement, terminer là-dessus, sur une nouvelle forme d’esthétisme venu de la rue dans un environnement qui, a priori, ne s’y prêterait pas, n’est-ce pas un symbole puissant ? QueMolem” n’est pas une ville pourvoyeuse de sang et de larmes mais qu’elle aussi, est prête à faire des belles choses.

P.S. : Les hasard du bloguing ont voulu que les collègues de Détour Local publient eux aussi un article sur Molenbeek: DÉCOUVERTE D’UN QUARTIER CHAUD DE BRUXELLES: BIENVENUE À MOLENBEEK. Allez vite le lire!