Les yeux encore bouffis de sommeil, notre petite troupe prend la route de Kibale National Park. Dans nos têtes, les souvenirs de la veille se bousculent encore. Murchinson Falls aura été un enchantement et nous sommes un peu tristes de déjà partir mais avant de le quitter, le parc va nous offrir un dernier cadeau.

Nous sommes un peu à l’avance pour prendre le bac et avec quelques « navetteurs », nous avons tout le loisir de patienter. Tout doucement, le soleil est train de se lever sur le Nil. Un lever doux, serein, couleur pastel. Juste le chant des oiseaux, le bruit de l’eau du fleuve qui coule tranquillement et pour compléter le tableau, un groupe de musiciens qui sont là pour distraire les passagers en attendant le bateau. Le son des cordes de l’ennanga, instrument à corde typiquement ougandais, résonne dans l’air du matin. Une douce mélodie qui semble se fondre complètement avec le paysage. Un de ces moments suspendus où tout dans l’univers semble être à sa place, vous y compris.

Sur la route, les Crater Lakes

La route pour Kibale sera longue, très longue : neuf heures. Neufs heures dont la plupart à zig-zaguer entre les  travaux : les routes sont défoncées, cabossées… malgré la solidité des suspensions de nos jeeps, c’est plutôt sportif et on a l’impression d’être du linge dans une machine à laver en mode essorage. Du coup, toutes ces péripéties font que le temps passe relativement vite ! L’ampleur des travaux est énorme. Et étonnant. Ce sont des tronçons de route qui sont supervisés par des travailleurs chinois. Contremaîtres, ingénieurs, géomètres… On peut les voir sur les chantiers, se protégeant sous leur leurs chapeaux coniques, en train de donner des instructions aux ouvriers ougandais, de faire des mesures, ou de casser la croûte à l’ombre. Ça va devenir le petit jeu de notre jeep : retrouver le contremaître chinois à chaque chantier.

Nous traversons des coins très ruraux. Il y a pas mal de communautés mais pas vraiment de ville sur une bonne partie du trajet. Une quantité d’arbres, des manguiers et des bananiers partout, des palmiers; de la savane, de la terre rouge,  des huttes attenantes aux maisons en briques… C’est l’image de l’Afrique comme on peut se l’imaginer. Et nous resterons les yeux scotchés à la fenêtre pour ne pas en manquer une miette.

Au cours de l’après-midi, le paysage change. Nous roulions à travers un environnement plutôt sec mais tout d’un coup, nous voilà dans des collines vertes, couvertes de plantations de thé. Les maisons aussi changent, au lieu des demeures aux toits plats et aux huttes que nous avions pris l’habitude de voir, voilà qu’elles cèdent le pas à des maisons et même des villas à l’Européenne ! Les alentours de Fort Portal, la grande ville du coin, semblent donc plutôt affluents. Le thé serait-il pourvoyeur de richesse ?

Enfin, un début de soirée, nous voilà arrivés à notre point de chute pour la nuit : le Crater Safari Lodge.

Nous sommes en pleine région des « Crater Lakes », des lacs formés par des explosions volcaniques et qui forment presque un collier entre Kibale Forest National Park et Queen Elizabeth National Park. Même si notre hôtel nous offre une superbe vue sur l’un d’entre eux, nous n’aurons pas vraiment l’occasion d’en profiter.

Sur la trace des chimpanzés

Ça devient une habitude : lever aux aurores et en route pour le Parc National de la Forêt de Kibale : LE lieu en Ouganda pour observer les chimpanzés, les primates les plus proches des humains, avec un ADN à 99% similaire au nôtre. Un cousin en danger puisque son existence est menacée de manière critique

C’est en petit groupe que nous nous retrouvons devant le poste des rangers pour quelques instructions : la randonnée sera facile mais il n’est en aucun cas garanti d’apercevoir les chimpanzés. Le calme et le silence est recommandé ainsi qu’une bonne paire de jumelles ou un télé-objectif. Les chimpanzés passent la plupart du temps dans les arbres et ne descendent qu’en cas de grande chaleur. Ce matin, ce n’est pas trop le cas. Le ciel fait plutôt grise-mine… on verra.

Dans la forêt, nous sommes plongés dans une pénombre verte, pleine de sons de cris d’oiseaux inconnus et peut-être d’autres primates ? Difficile à dire pour une fille de la ville mais on s’y sent bien. Ce n’est pas la jungle touffue comme on peut l’imaginer mais une forêt qui pourrait ressembler aux nôtres, excepté la taille des arbres, bien plus grande.

Après une vingtaine de minutes de marche, des cris stridents résonnent dans la forêt : il n’y a pas à s’y tromper, même pour moi, un groupe de chimpanzés est dans les parages ! Nous marchons encore un peu et les voilà : quelques silhouettes noires qui se détachent entre le vert et le gris-blanc du ciel. Tout en haut des arbres, un groupe de chimpanzés vit sa petite vie comme si nous n’étions pas là. Perchés près du ciel, leur quotidien n’a pas l’air si mal que çà : manger des fruits, s’accoupler (souvent, c’est bref, et apparentement pas top pour la femelle), se disputer (encore plus souvent, pas étonnant qu’ils soient si proches des humains), s’épouiller et de temps uriner ou déféquer (gare si vous sentez des gouttes, ce n’est peut-être pas la pluie ou la rosée).

En tout cas, les chimpanzés sont rapides et habiles… il suffit de les voir évoluer entre les branches et aller d’arbre en arbre à une vitesse surprenante ! Pendant l’heure qui nous est octroyée, à travers mon objectif qui me sert finalement plus de jumelle qu’autre chose, tant les conditions pour les photographier sont difficiles, je vais longuement les observer, détailler leurs drôles d’oreilles protubérantes, les regarder manger des fruits avec des gestes quasi humains, observer leurs mains, presque semblables aux nôtres et même les voir se disputer quelque fois violemment. Néanmoins, je sens comme une forme de détachement. Peut-être parce qu’ils sont si loin de nous là haut dans leurs arbres ?

Une fois le temps écoulé, le guide nous fait un signe : il est temps de rentrer et de laisser les chimpanzés tranquilles. Ça tombe bien, le ciel s’est brusquement assombri et tout doucement d’abords, la pluie commence à tomber. Sous les grands arbres, nous nous croyons plutôt à l’abri et le bruit de la pluie sur les feuilles est comme une petite musique… jusqu’à ce que le ciel s’ouvre littéralement et que des trombes d’eau se déversent sur nos têtes : en clin d’œil, nous voilà trempés. Mais il était moins une !

Pour aller plus loin
Comment arriver à Kibale National Park ?

Pour rejoindre Kibale depuis Kampala, si vous n’avez pas loué votre propre véhicule, vous pouvez prendre le le bis pour Fort Portal, la grande ville la plus proche et de là, vous arranger avec un taxi ou votre hébergement pour rejoindre Kibale. Un bus par jour avec Uganda Post et plusieurs pas jours avec la compagnie « Link ».

Si vous venez de ou allez vers Murchinson Falls et que vous conduisez, attendez-vous à ce que ce soit rock’n roll ! La presque totalité de la route est en plein travaux. Un.e averti.e en vaut deux !

Formalités pour rentrer au Parc

Il faut s’acquitter d’un droit d’entrée pour visiter le parc : 40 USD pour les étrangers non-résidents

Sachez que vous ne pouvez pas aller à la recherche des chimpanzés tous seuls. Il faudra réserver un « Chimpanzee Tracking » : 150 USD (permis d’entrée au parc compris) pour les étrangers non-résident. Attention, les enfants en dessous de 15 ans ne peuvent pas y participer.

Pour les passionnés des chimpanzés, il existe une formule appelée « Chimpanzee Habituation Experiment » où le/la participant.e est inclus.e dans la démarche d’habituer des groupes de chimpanzés à l’homme. Vous passerez donc toute la journée à rechercher et observer les chimpanzés. Prix : 200 USD (permis d’entrée au parc compris).

Attention, si vous souhaitez faire cette activité, réservez à l’avance soit avec un tour opérateur ou votre hôtel ou renseignez)vous auprès de l’Uganda Wildlife Association.

Où dormir près de Kibale National Park

Nous avons dormi au Crater Safari Lodge, un très bel établissement avec une vue splendide sur un des Crater Lakes qui parsèment la région et qui se situe entre Fort Portal et le parc. Ce très beau lodge offre des bungalows avec vue sur le lac, d’immense chambres (à la déco un peu disparate mais très confortables), un espace commun très chic et agréable, un service 4 étoiles et la possibilités de faire du kayak sur le lac (le terrain de l’hôtel descend jusqu’au rive du lac). Certains de mes compagnons de route ont tenté l’expérience, j’ai préféré prendre un gin and tonic au bar.;) Je sais, c’est mal !

A partir de 163 Euro, petit-déjeuner compris, pour une chambre single, 273 Euros pour une double. Possibilité de choisir également la demi-pension ou la pension complète.

Plus d’information sur d’autres logements : http://www.ugandawildlife.org/plan-your-trip/accommodation

Où manger près de Kibale National Park

A Fort Portal, nous avons fait étape au Gardens Restaurant & Café et ENFIN? nous avons pu y manger local. Le restaurant fonctionne sous la forme de buffet et nous nous sommes régalés de spécialités ougandaises avec du poulet, de la chèvre, des courges, des ignames… Un des meilleurs repas que nous ayons eu pendant le séjour. C’est là aussi que nous avons fait connaissance avec les avocats cultivés en Ouganda. Une véritable tuerie !

Ce voyage en Ouganda a été organisé en collaboration avec l’Uganda Tourism Board, l’Association of Uganda Tour Operators, l’Ambassade de France en Ouganda, l’Ambassade de Belgique en Ouganda et Brussels Airlines. Les opinions de l’auteure lui restent propres, malgré le nombre de Nile Beers ingurgitées.