Si il y a une ville de charme dans la Province de Liège que vous devez absolument visiter, c’est bien Huy. En admirant son panorama depuis la rive gauche de la Meuse, je me suis dite : « Mais… Huy is the new Dinant ! ». Il faut dire que la ressemblance entre la petite reine wallonne d’Instagram est plutôt frappante : un fleuve, une collégiale au bord de l’eau, une falaise où les quais s’adossent et où grimpe la vieille ville et une citadelle au-dessus. Bref, l’approche est plus que plaisante ! 

Une balade à Huy

C’est que Huy a une solide histoire. Fille de Meuse, la ville a fleuri et grandi grâce au fleuve et à la facilité des échanges commerciaux que cela lui apportait. La spécialité du lieu ? Le travail du métal. Il suffit de regarder les maisons du côté de la Grand-Place pour s’en rendre compte. L’enseigne du Pot d’Or est là pour en témoigner mais tout cela, je vais le découvrir avec une des dames de l’office du tourisme qui sera ma guide pour la matinée. Déjà, la Maison du Tourisme donne le ton. Sise au pied de la Collégiale, elle est en fait l’ancien Grand Hôpital et la visite va commencer tambour battant avec un passage devant un des trésors de Huy : le Portail de la Vierge dit le « Bethléem ». Ce portail monté sur une ancienne entrée de la ville représente en effet la Nativité avec plusieurs scènes qui tournent autour de la naissance de Jésus comme l’adoration des Rois Mages, ou le massacre des innocents. Cela met tout de suite dans l’ambiance du Vieux Huy : nous pénétrons dans une ville chargée d’histoire : les rues sont pavées, les murs en moellon, les maisons, anciennes, comme l’ancien hôtel et son coq. On pourrait y tourner des films de cap et d’épée ! 

L’un des bâtiments du vieux Huy le plus marquant, c’est sans doute la Tour d’Oultremont. Cette jolie tour à facettes du XVIème siècle est tout ce qui reste de l’Hôtel des Comtes d’Oultremont. Je vais découvrir que comme Bruxelles, Huy a beaucoup souffert d’une fièvre de démolition au XIXème siècle, notamment pour construire de larges voiries, dont cette pauvre tour est rescapée. Un point commun avec Bruxelles mais qui sera loin d’être le seul, comme je vais le découvrir plus tard.  Nous passons aussi à côté du Couvent des Frères Mineur. Cet important complexe religieux est devenu le Musée communal de Huy et couvre plusieurs disciplines, de l’archéologie aux Beaux-Arts. Un bel écrin pour une importante collection !

Qui dit « ville médiévale » dit « murs d’enceinte » ou du moins, ce qu’il en reste ! Huy en conserve quelques pans, avec aussi quelques tours, notamment rue des Remparts. Devant la courtine et les deux tours qui subsistent, un petit parc a été aménagé et les enfants peuvent venir y jouer parmi les vieilles pierres. En regardant bien, ce qui est surprenant, c’est de voir que des maisons ont été construites toutes contres, quelques fois même en intégrant les remparts ! L’atmosphère la plus typique du vieux Huy, c’est le quartier autour de l’église Saint-Mengold avec ses rues étroites et ses hauts murs. L’occasion de « saluer » le plus ancien bâtiment privé de la ville : la Maison près la Tour, une solide bâtisse du XIIIème siècle.

Enfin, de la Place Verte, à l’arrière de l’Hôtel de ville, nous passons sur la Grand-Place et découvrons une des 4 merveilles de Huy : Li Bassinia, le bassin-fontaine qui orne le centre de la place. Mais avant d’en parler, je te disais, Lectrice, Lecteur, que Huy avait plusieurs points communs avec Bruxelles. Outre la destruction de bâtiments historiques pour faire place à la modernité, sa Grand-Place a été saccagée par les troupes de Louis XIV, tout comme la Grand-Place de Bruxelles, et celle-ci sera très vite reconstruite. Dominée par un très bel Hôtel de Ville, c’est endroit vivant, élégant, où il fait bon manger un morceau et boire un verre en terrasse. Toute en élégance aussi est « Li Bassinia ». Cette fontaine en bronze du XVème siècle est un lieu de ralliement pour tous les Hutois.es. Il est orné de quatre tours et d’autant de statues représentants Sainte-Catherine, patronne du quartier industriel, Saint-Mengold et Saint-Domitien, patrons de la ville et Ansfrid, le dernier a avoir porté le titre de Comte de Huy. On y a ajouté une cinquième figure, celle d’un sonneur de cor et tout en haut, trône un aigle à deux têtes, qui rappelle le passage de Huy dans le giron de la Principauté de Liège. En plus de tout ça, Li Bassinia est propre comme un sous neuf, sa restauration a été achevée il y a quelques mois en avril !

La Collégiale de Huy

Après avoir brièvement salué le Hoyoux, l’affluent de la Meuse, semi-enterré, nous arrivons devant un des monuments les plus importants de Huy : la Collégiale de Notre-Dame et Saint-Domitien. C’est un solide édifice en gothique mosan. En pierre grise, imposante, la collégiale fait partie du Patrimoine exceptionnel de Wallonie. Elle a la particularité d’être très haute mais aussi, d’avoir 3 tours, ce qui n’est pas courant. Avec ses hautes fenêtre en ogives (gothique oblige), son intérieur est très lumineux et ce que j’ai préféré, c’est son plafond peint comme s’il était semé de plantes et de fleurs. C’est aussi ici que l’on trouve la troisième merveille de Huy : le « Rondia », la plus grande rosace en gothique rayonnant de Belgique. Malheureusement, ses vitraux n’ont pas résisté aux aléas de l’histoire. Détruits pendant la deuxième guerre mondiale, les vitraux que l’on peut voir datent de 1973-74. A côté de ça, il y a une tonne d’objets d’art religieux dont pas moins de quatre châsses, dont celle de Saint-Domitien et de Saint-Mengold.

Le Fort et la Rive Gauche

En sortant de la Collégiale, nous allons emprunter le pont de la voie de chemin de fer pour rejoindre la Rive Gauche. De là, on a une très belle vue sur le Fort de Huy qui domine la ville de toute sa masse. Le Fort a une drôle d’histoire. Sur cet éperon rocheux avec une point de vue idéal sur la Meuse se tenait un château que les gens d’ici appelaient le « Tchestia » . Ce château a souvent été pris d’assaut et assiégé. En 1715, le Traité de la Barrière entre l’Autriche, la Grande-Bretagne et les Provinces Unies impose sa destruction et met fin à sa tumultueuse histoire. Les habitant.e.s de Huy vont démolir le château pierre par pierre. Le site restera inoccupé pendant 100 ans, jusqu’à ce que les Hollandais décident d’y construire un fort. Cet énorme complexe militaire devait servir de défense… ce qui n’arrivera jamais, du moins pas pour la raison de sa construction. Le fort restera longtemps une prison, et pire encore pendant la Deuxième Guerre Mondiale, il servira de prison de transit avant que les prisonniers ne soient envoyés en camps de concentration par l’occupant nazi. Le’ailleurs un musée de le Résistance et de la Déportation est là pour en raconter le souvenir.

Une fois la Meuse traversée, on réalise que la Rive Gauche est plutôt tranquille, dominée en bord de Meuse par la Maison Batta, un édifice Renaissance qui servait de refuge à l’Abbaye du Val Saint-Lambert toute proche. On y trouve de nombreuses églises et l’ambiance y est complètement différente de la Rive Droite, comme si elle vivait dans une bulle temporelle. C’est l’occasion de découvrir le côté « pile » de Huy en s’y promenant.

Où manger à Huy

Pour une ville de la taille de Huy, il y a un joli nombre de très bonnes tables et j’ai eu la chance de pouvoir tester deux restaurants qui se sont vu attribué un BIB gourmand du guide Michelin.

Les caves gourmandes

Comme le nom du restaurant l’indique, c’est dans une cave que l’on vient manger. Déjà, ça a pas mal de cachet ! La carte est orientée cuisine française traditionnelle et axée sur la viande. Je n’ai pas hésité à commander une noix d’entrecôte de Angus (avec des légumes et frites maisons). La viande était grillée et légèrement caramélisée, les frites, cuites comme il le fallait. Et pour le dessert, j’ai craqué pour un sabayon au champagne qui était mousseux à souhait. Autant vous dire que la carte des vins est bien fournie. La tradition, ça a du bon !

Les caves gourmandes

Place St Séverin 5

4500 Huy

Cadre culinaire

Changement d’approche au cadre culinaire, il suffit de jeter un oeil au décor, semi-design nordique, semi-baroque. Je sais en rentrant que je vais sortir des trames du traditionnel. Et en effet, en regardant la carte, je constate que la cuisine est française mais revisitée, avec des influences du monde : italienne (comme mon poulet jaune au risotto), asiatique ou mexicaine… Pour couronner le tout, la carte change régulièrement, suivant les saisons. Il y a de la créativité dans tout çà et de la gourmandise, il suffit de regarder ma dame noire turbinée minute ! Et si vous aimez les desserts, le chef est pâtissier-chocolatier à l’origine. Alors, ne vous privez pas.

Cadre culinaire

Rue des Rôtisseurs 4

4500 Huy

Hotel Sirius

Ce week-end en particulier, Festival des Arts oblige, tous les hôtels du centre de Huy étaient complet. C’est donc en dehors de la ville, sur la rive gauche, je vais poser ma valise pour la nuit. J’arrive dans un hôtel 3 étoiles de factures classique. J’ai même une bonne vieille clé pour ouvrir ma chambre. Celles-ci sont d’ailleurs plutôt spacieuses, et les lits, confortables. J’ai comme l’impression que des rénovations sont en cours puisque ma salle de bain paraissait toute neuve (avec les codes des salle de bain actuelles avec non pas une baignoire mais une maxi-douche et une grosse vasque rectangulaire) tandis que la partie séjour semblait elle un peu plus datée. Côté petit-déjeuner, il est copieux et la salle baignée de lumière aide bien à chasser les dernières brumes du sommeil. Dernier atout : un grand parking, si vous venez en voiture (les avantages d’être un peu en dehors du centre, qui est à une vingtaine de minute de marche le long de la Meuse).

Hotel Sirius

Quai de Compiègne 47,

4500 Huy

Seraing et la Cristallerie du Val Saint-Lambert

Il est l’heure de prendre congé de Huy, je grimpe dans le bus qui revient vers Liège, mais ce n’est pas ma destination finale. C’est à Seraing que je vais descendre, à la Cristallerie du Val Saint-Lambert. J’aime ces moments de transition entre deux villes, c’est l’occasion d’observer le paysage tranquillement, de digérer ce qu’on a vu juste avant et d’observer les autres passagers. Un vieux monsieur élégant, canne à la main, monte à un arrêt du centre de Huy. Il se tient bien droit sur son siège, un grand sourire aux lèvres. Mon imagination vagabonde en le regardant. Où va-t-il comme ça tout réjoui et si bien mis ? A-t-il un rendez-vous galant ? Va-t-il retrouver sa famille pour le dîner ? Son petit sourire rayonnant va accompagner mon voyage jusqu’à Seraing où il descendra juste avant moi.

La Cristallerie du Val Saint-Lambert, c’est une grande et belle histoire de l’excellence belge née de la révolution industrielle. Posséder un vase ou des verres de la cristallerie est un signe indiscutable de chic pour une famille ici. A la grande époque, les produits du Val Saint-Lambert se retrouvaient sur les tables et les buffets royaux et impériaux.

Quelle n’est pas ma surprise en arrivant sur le site de découvrir l’équivalent d’un petit château, moi qui m’attendais à un site 100% industriel ! Mais non, avant de devenir le site de la cristallerie, le Val Saint-Lambert était une abbaye et le bel édifice rouge orangé, c’est le palais abbatial, témoin de la richesse et de la puissance de cette communauté cistercienne qui y résidait. En 1796, les moines sont expulsés par les révolutionnaires français et une partie des bâtiments, notamment l’église, est détruite. Le lieu restera à l’abandon jusqu’en 1825 où deux anciens employés de la cristallerie de Vonèche, François Kemlin et Auguste Lelièvre décident de créer leur propre cristallerie dans l’abbaye. Le lieu semble idéal ! Il y a la Meuse au pied de la cristallerie, les industries métallurgiques de Seraing sont toutes proches donc s’approvisionner en plomb ne sera pas un problème. Pour couronner le tout, la disponibilité du bois d’abords, puis du charbon, est assuré, parfait pour faire chauffer les fourneaux ! Soutenus entre autres par Guillaume d’Orange (la Belgique était alors hollandaise), les deux hommes lancent l’affaire et en 1826, les cristalleries font chauffer leur premier four.

Cristal Discovery, le musée de VSL

Très vite, la qualité du cristal, l’art de la taille du matériau et la recherche de l’innovation vont toujours guider la cristallerie, au fur et à mesure des aléas de l’histoire. Bien loin sont les milliers d’ouvriers pour lequel ont avait construit tout un village ! Les innovations techniques et la mondialisation font qu’il ne reste que moins de 100 personnes qui y sont employées mais les 7 couleurs du cristal VSL (bleu cobalt, bleu, vert, vert de Chine, rouge, améthyste et clair) ornent encore et toujours les intérieurs. Tout ça, on le découvre grâce à Cristal Discovery, le Musée du Val Saint-Lambert.

Comme des images valent mieux qu’un long discours, nous allons commencer par voir un maître verrier en action. L’atelier de Christophe Genard est installé dans une des dépendances et on peut y voir l’artisan au travail. Le verre (et le cristal), c’est d’abords la fusion par le feu, dans le cas du cristal, les ingrédients sont la silice, le plomb, le potasse et le cristal cassé (la recette de la cristallerie est secrète, évidemment). Lorsque nous rentrons, ce qui va devenir un bel objet en verre n’est encore qu’on blob incandescent. Tout l’art du maître verrier est de souffler le verre à l’aide d’un tube puis de le façonner avec différents outils. Un job qui se fait la chaleur et dans le danger d’être brûlé mais aussi, dans l’excitation de façonner une telle matière. Au fur et à mesure que le travail avance, on passe et on repasse la masse de verre entre le chaud, les outils et les séances de soufflage. A travers mon appareil-photo, je vois qu’un des outils a appliqué de petites indentation qui forment les motifs du futur objet. Ce sera une pomme ! Mais on ne peut pas voir le résultat tout de suite, il faut attendre 24h pour que le verre refroidisse correctement. Sachez que vous pouvez venir faire un atelier avec Christophe et que vous êtes aussi invités à souffler votre propre boule de Noël (qu’il faut venir rechercher le lendemain, donc) !

Le musée est quant à lui installé dans le palais abbatial et couvre tout ce qu’il faut savoir sur le cristal et le Val Saint-Lambert. Un film explique tout le parcours de l’entreprise et un espace d’exposition est dédié à toutes les créations emblématiques de la marque. J’ai d’ailleurs un gros coup de cœur pour les collections Art Nouveau et Art Déco. Les verres Art Déco ont toute leur place dans un bar à cocktail stylé. Ça me donnerait envie de chiner, tiens ! A côté de ça, on trouve aussi le Parcours spectacle qui retrace l’histoire du verre depuis l’antiquité et une exposition de sculpture de verres interactives de Bernard Thirthiaux. J’ai vraiment retrouvé mon âme d’enfants dans cette partie de l’exposition, à jouer avec un orgue de verre ou d’entendre ma voix déformée au milieu d’un igloo de verre. On termine évidemment la visite par la boutique et je dois dire que j’ai vu quelques belles pièces qui me font vachement de l’oeil mais voilà… il faut un portefeuille bien garni pour pouvoir se l’offrir, ce sera donc uniquement le plaisir des yeux !

Si vous êtes amateurs d’urbex, sachez qu’à côté du Palais abbatial se trouvent les anciens bâtiments industriels de VSL et que si cela vous intéresse, c’est un site qui vaut vraiment la peine d’être visité. Sur les photos que j’ai pu voir, on dirait que les maîtres cristallier ont quitté les lieux subitement. Moi, Lectrice, Lecteur, ça me donne envie de retourner rien que pour ça !

Le temps de prendre un petit café avec ma guide au Tarte et Quiche, un bon petit point de restauration juste à l’entrée du Musée et il est l’heure de rentrer. Le musée ferme et le branle-bas commence dans le petit restaurant pour préparer une soirée. Il est l’heure de prendre le bus. C’est ainsi que se terminent ces quelques jours en Province de Liège, je quitte la chaleur des fours de cristal pour celle de la Cité Ardente avant de repartir vers Bruxelles le lendemain. Une véritable échappée belge qui en une heure, vous transporte dans d’autres paysages, dans des ambiances bien différentes aussi la bouillonnante Liège, Huy la charmante, le retour vers la préhistoire au Préhistonium et un pan de la saga industrielle du bassin liégeois ici au Val-Saint-Lambert. Ceci n’est qu’une petite partie de ce que peut offrir la province et j’espère, Lectrice, Lecteur, que ces quelques aventures t’auront donné envie d’aller y faire un tour.

Pour aller plus loin
Se rendre à Huy

Rien de plus facile ! Depuis Bruxelles, il existe des trains directs pour Huy toutes les heures. Sinon, prenez un train jusque Liège Guillemins ou Namur puis un train pour Huy.

Se rendre à la Cristallerie du Val Saint-Lambert

Depuis Liège ou Huy, c’est la même ligne de bus, la ligne 9 (dans des sens opposé, évidemment). Descendez à l’arrêt « Cristallerie », c’est juste devant !

Cette escapade était organisée avec la collaboration de la Province de Liège Tourisme mais toutes les opinions exprimées me restent propres. Aucun verre de péket n’a été maltraite pendant ce séjour.

 

Aimez et partagez