Véronique Thyberghien : Inspiration avec Mélissa Monaco, bonjour !

Moi-même : Bonjour Véronique, bonjour à tous.

VT : Notre blogueuse-voyageuse sur Mel Loves Travels. Aujourd’hui, on va parler d’une nouvelle tendance, ça s’appelle de « Dark Tourism ». Qu’est-ce que c’est que çà.

MM : Alors, le « dark tourisme » ou ce qu’on peut appeler en français le tourisme noir, le tourisme sombre ou même le tanathotourisme, ça fait un peu peur, c’est une forme controversée de tourisme où on visite des lieux qui sont liés à la souffrance, aux catastrophes, qu’elles soit naturelles ou provoquées par l’homme, et à la mort.

VT : Ah, c’est assez glauque, hein, vu comme çà. Par exemple, ce serait d’aller visiter une ville après un tremblement de terre, ce genre de chose ?

MM : Voilà, ça regroupe vraiment différentes sortes de lieux mais aussi pas forcément des mieux mais aussi des expériences donc, ça peut être par exemple les lieux d’un tremblement de terre comme cette région du Sichuan en Chine, ça peut être des catastrophes provoquées par l’homme comme la ville de Pripyat en Ukraine qui était voisine de la centrale nucléaire de Tchernobyl, ça peut être des expériences par exemple s’embarquer dans une visite guidée sur les traces de Pablo Escobar à Medellin. Ce regroupe vraiment différentes sortes de tourisme.

VT : Est-ce que cette sorte de tourisme, elle est aujourd’hui répandue ? Est-ce que ça commence à être tendance ?

MM : Il reste toujours une image qui est vraiment très controversée mais étant donné que le « dark tourism » regroupe énormément de choses, c’est un peu difficile à dire.

VT : C’est ça.

MM : Parce qu’il y a une partie qui est tout à fait sans controverse, c’est par exemple tout ce qui touche au tourisme de mémoire. Par exemple, allez visiter Auschwitz ou Ground Zero à New York. Là, on y va plutôt dans une démarche mémorielle tandis que les autres, c’est un peu plus compliqué, je pense à certains touristes qui sont partis dans des régions en conflits. En Irak, par exemple, il y a un touriste qui allé là-bas et qui s’est fait tuer. Il y en a qui se sont fait enlever, également. Voilà.

VT : C’est vrai que s’était posé cette polémique justement à l’occasion de l’enlèvement de ces deux Français qui étaient allés dans un territoire qui était largement déconseillé où on savait qu’il pouvait y avoir des problèmes. C’est cette forme de tourisme là, finalement, cette mise en danger volontaire.

MM : Voilà, il y a une mise en danger volontaire. Philip Stone qui est un professeur qui est à la tête d’un centre de recherche sur « dark tourism » disait qu’il y avait des causes multiples mais que les humains voulaient se confronter à la mort pour se sentir plus vivants étant donné que, surtout dans le monde occidental, on tient la mort à distance, on veut être confronté à la réalité de la mort tout en sachant que, eh bien oui, c’est arrivé, ce n’est pas arrivé à nous, mais c’est arrivé. Ça provoque chez certaines personnes l’envie d’être confronté à ça.

VT : Il y a aussi, j’image parfois, l’envie d’aller voir ces corps figés dans les cendres à Pompéi en Italie, d’aller voir ce qui s’est passé après l’explosion de ce volcan. Là aussi, c’est un travail de mémoire. Encore que, est-il nécessaire de les montrer ? Il y a peut-être aussi ça parfois dans la démarche des personnes qui invitent à ce tourisme.

MM : Oui, il y a toute une partie, qu’on va appeler une partie transactionnelle . Est-ce que c’est juste de se faire de l’argent sur le dos de catastrophes. Maintenant, dans le cas de Pompéi et dans le cas d’éléments plus anciens, il y a aussi un élément qu’il faut prendre en compte c’est celle de la distance dans le temps.

VT : Tout à fait.

MM : Qui relativise beaucoup les choses. Personnellement, aller voir Pompéi, je l’ai fait quand j’avais 16 ans, je pense c’était ma première expérience de « dark tourism », j’en n’ai pas fait beaucoup, ça aide vraiment à se replacer à la fois dans l’événement mais également à se mettre à la place de ces personnes qui ont vécu cet événement et de ressentir la terreur et ce qui a du se passer au moment où le Vésuve est entré en éruption et à commencé à cracher ses cendres.

VT : Avec cette distance dans le temps, comme vous l’avez dit, qui permet parfois d’aborder cette question là de manière… encore que aujourd’hui quand on visite Auschwitz, et que vous faîtes ce travail de mémoire, et encore plus cette année avec les commémorations qu’on connait, il y a quand même pas mal de choses qui remontent.

MM : Il n’y a pas qu’à Auschwitz. J’avais entendu l’interview d’un journaliste britannique qui était allé visiter le musée à Ground Zero et qui disait que oui, il trouvait que ça avait du sens mais il trouvait qu’il y avait énormément de mise-en-scène qui le dérangeait. Par exemple, il y avait des boîtes de Kleenex partout.

VT : Mais non.

MM : Si, si, si. Il y avait évidemment toutes les photos des victimes. Il trouvait que c’était trop, peut-être son côté britannique, un peu trop tire-larme, essayer absolument de jouer sur la corde sensible. Mais pour Auschwitz, je ne l’ai pas encore visité.

VT : Alors, j’ai vu sur Internet qu’il existait aux Etats-Unis des tours consacrés aux tueurs en série.

MM : Voilà, par exemple…

VT : Là, on n’est plus du tout dans le voyage, hein !

MM : Je pense notamment à Jeffrey Dahmer (NDLR : un tueur en série connu sous le nom de « Cannibale de Milwaukee ») . Et il n’y a pas seulement qu’aux Etats-Unis. Il y a aussi ces tours organisés sur les traces de Pablo Escobar, où on peut même rencontrer son garde du corps dont on ne sait pas trop si il est repenti, ou pas. Il y a aussi, et apparemment, c’est même assez cher, une visite où on vous met dans la peau de migrants mexicains ou centre-américains qui essaient de passer la frontière pour rejoindre les Etats-Unis.

VT : Mais non ?!

MM : C’est assez violent.

VT : Effectivement, alors on trouve vraiment de tout dans ce développement du « Dark Tourism ». et d’ailleurs Netflix n’a pas perdu son temps pour investir dans ce tourisme et en faire une série.

MM : Oui, c’est une série qui s’appelle « Dark Tourist » et qui est elle-même assez controversée d’ailleurs, dans le monde anglo-saxon, elle s’est pris pas mal de claques car le journaliste à la tête de la série avait l’air de prendre la chose d’une manière assez désinvolte. Il racontait que la plupart du temps, nous sommes dans les clous mais lui, de temps en temps, aimait bien le bizarre et le macabre et de temps en temps, qu’il avait besoin de chercher ses choses là. Il traverse différents continents, il y a plus ou moins un continent ou une région du monde par épisode, et on le voit se balader au Mexique avec la Santa Muerte, se balader à Fukushima, au Japon, où tout le monde est en train de flipper en regardant les compteurs Geiger qui s’affolent avant de décider qu’il est temps de partir. C’est assez glauque mais la légèreté avec lequel tout ça est évoqué est dérangeante.

VT : On sent évidemment que le journaliste est dans un schéma extrêmement particulier et on ne sait pas très bien si c’est de sa propre volonté ou si la production l’a voulu tel quel. Cette série est toujours en cours sur Netflix, je pense ?

MM : Oui, oui, on la trouve toujours.

VT : Et il y a quelques épisodes, 6 épisodes, je crois. Peut-être un peu plus. Vous pouvez toujours aller voir pour vous faire une idée. C’est particulièrement étrange. Le « Dark Tourism », on peut trouver d’autres infos sur votre site, Mélissa ?

MM : Oui, mais je vais retranscrire.

VT : Ah voilà du travail pour cet après-midi ! Merci beaucoup Mélissa

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