Imaginez une jungle luxuriante… même au cœur de la saison sèche les arbres restent d’un vert éclatant. Vous vous trouvez dans un sentier ombragé. Vous avez un peu chaud, bien sûr, mais votre chapeau de bambou et votre tenue de coton bleu indigo vous protègent. Vous êtes attentif à tout: à l’éclat du soleil à travers les feuilles. Ces feuilles criblées de trous parce que dévorées par d’innombrables insectes qui emplissent l’air de leurs chansons. D’un arbre à l’autre, les oiseaux s’interpellent… Vous distinguez le bruissement caractéristique d’une eau vive et découvrez une rivière, peu profonde et l’envie vous vient de la franchir… et là, comme dans un rêve, ou un dessin animé japonais, une nuée de centaines de papillons s’envolent sur votre passage. Normal que vous leur faisiez peur, vous êtes à dos d’éléphant !

Et dire que la veille, je regardai d’un air dubitatif ces géants en me disant: “mais comment je vais grimper dessus ?” L’excitation était dans l’air dans le bus ce matin-là. Enfin, nous allions avoir un vrai contact avec les éléphants. Appendre à s’en occuper, à les diriger, à les aimer aussi. C’est ce que propose l’Elephants Camp de Mae Sa, à 45 minutes de Chiang Mai, un des rares agrée par le Royaume de Thaïlande (et donc le gage que les éléphants soient bien traités . Première prise de contact: la nurserie où nous rencontrons le plus jeune des pensionnaires: Siam, un beau bébé d’un an au regard et à l’esprit espiègle. Ne laisser rien à sa portée qui puisse être emporté Siam sait manier sa trompe comme un chef et il vous dépouillera en moins de deux! Comment ne pas déjà fondre sur place?

La suite est beaucoup plus sérieuse. Les mahouts, montés sur leurs éléphants, arrivent dans la prairie de démonstration. Silence, les animaux se déplacent lentement, se placent en rang d’oignons puis se baissent pour laisser descendre leur humain. Le mahout est le gardien d’un éléphant. Quand un éléphant arrive ou naît, un mahout lui est désigné et il l’accompagnera toute sa vie. Pendant deux jours, je me suis donc mise entre les mains de Nan Tha et de Wan Pen, l’éléphante. Un vieux couple car Wan Pen a déjà près de 50 ans !

 

La première chose à faire est de s’équiper : la tenue du mahout est faite d’une tunique et d’un pantalon de solide coton indigo (les poils d’éléphant, ça irrite, sans compter les piqûres d’insectes) et d’un chapeau. Mieux vaut troquer les chaussures pour des tongs (ou les pieds nus), plus confortable pour votre monture! Notre mahout-guide, un jeune Karen au charisme et à la douceur impressionnante avec les éléphants, nous apprendra quelques paroles et mouvement de commande de l’éléphant (mais ne comptez pas trop pour ce ça marche, votre éléphant ne connaît pas votre voix) et puis, ce sera le moment de faire une ballade non pas à dos mais « à cou » d’éléphant ! Avec une grâce inégalée (c’est à dire que je m’aplatis carrément sur le cou de la pauvre Wan Pen au moment où elle se relève), je m’installe. Le temps de s’habituer à cette position inhabituelle et nous voilà partis! Un moment inoubliable avec un animal aussi impressionnant! Peau contre peau, on se retrouve complètement à la merci de ces doux géants, même si votre mahout veille au grain. L’épiderme dur et rugueux les longs poils, le jeu des muscles puissants sous les cuisses, le fait de prendre appui sur la tête de l’éléphant… la monter à cru est un moment d’une rare intimité. Je la flatte souvent, mais je me demande si elle sent quelque chose avec une peau si épaisse. Sur le dos de Wan Pen, on voit le monde de haut. C’est nouveau et étrange!
Pendant une heure et demie, nous nous baladerons jusqu’à l’infirmerie. C’est ici que nous attend le vétérinaire. Vers l’âge de 50 ans, les éléphants “partent à la retraite”. On ne les monte plus mais on veille à leur bien-être. Le véto y passe le plus clair de son temps. Les retraites ont des besoins de nourriture spécifique, vu l’usure de leurs dents. Nous allons passer un long moment à leur donner à manger, tout aussi ému qu’avec Siam l’éléphanteau. Il y a quelque chose du sage et même de la confiance dans l’œil assombri d’un vieil éléphant.
On peut même peindre avec eux. Je vois déjà ce que tu vas dire Lectrice, Lecteur… va déjà de monter sur un si noble animal… mais le faire peindre? Il y a de l’esbrouffe, et c’est un truc pour touriste! Disons que l’expérience est intéressante… J’étais curieuse de voir comment les éléphants faisaient pour peindre! C’est simple… leur trompe permet de saisir différents pinceaux dont les manches sont spécialement adaptés pour eux, ils suivent les mouvements des doigts sur la toile de l’humain, et voilà! Il peuvent même vous faire comprendre quand il est temps de remettre de la couleur sur le pinceau… Les résultats des œuvres (dans notre cas, complètement improvisées, si vous lisez cet article du Daily Mail, le centre visité par ce naturaliste faisait faire les même dessins par les mêmes éléphants); est bien différents. Plutôt qu’une habilité artistique de l’éléphant, il s’agit d’un travail d’équipe. Moins vous êtes sûr de ce que vous voulez faire, plus l’éléphant ne sera que faire de son pinceau!

 

Mais le moment que je préfère, c’est le bain! Que ce soit style “car-wash” ou dans la rivière, c’est là que l’on voit que les éléphants sont heureux. Dans la rivière, ils se roulent allègrement dans l’eau, se gratte la tête sous l’eau… sans doute se sentent-ils plus légers portés par l’eau? Tâche assez comique pour l’apprentie mahout car il s’agit de naviguer entre les déjection, un animal joueur qui joue de la trompe et qui peut se retourner sans faire attention! Mais sous les ordres du majout, celà arrive rarement. C’est un moment privilégié et de détente entre les deux… Pendant que je verse sur Wan Pen de nombreux saut d’eau, je suis presque littéralement aspergée… mais c’est drôle! Il ne restera plus après çà qu’à conduire les éléphants dans la forêt. A 16 h, le troupeau est emmené dans les collines pour se reposer pour la nuit. Malheureusement pas en liberté complète (avec de très longues chaînes et assez d’espace entre eux pour qu’elle s’emmêlent pas.
Certes, ça semble sans doute fort peu naturel, des éléphants que l’on apprivoise et qui restent maintenus dans une espèce de zoo géant… mais pour les Thaïlandais, cela reste une solution privilégiée pour consolider et augmenter la population existante d’éléphants… et bien entendu financer tout ces programmes. Nos cousines suédoises, Jessica et Luisa, étaient les plus critiques, mais le dialogue avec l’équipe de Mae Sa était franc et ouvert et si ce n’est pas encore idéal, ici, les éléphants ne sont pas des animaux de cirque.
Plusieurs Elephant Camps existent en Thaïlande mais celui de Mae Sa permet de dormir sur place, dans de mignons bungalows. Vous pourrez suivre une “formation” de mahout de un à plusieurs jours. Pour profiter de l’expérience jusqu’au bout… et se rêver mahout pour la vie!