Ce texte est le troisième d’une série éphémère : #UnJourDesTextes, née sur Twitter. Chaque jour, un thème, des consignes, suggestions et idées différentes. Pour occuper les journées et combler les envies d’écrire ! Y participe qui veut, au jour le jour, le temps que cela durera, aussi longtemps qu’il le faudra.

Elle est douceur et langueur, elle vous tend les bras, chauds et suaves, avec un grand sourire et vous prend contre son sein. Quand on est près d’elle, une effluve de sel et de vanille vient vous caresser les narines et dans son intérieur, l’air est doux, enveloppant et donne l’impression de flotter.

Tout de suite chez elle, je me suis sentie dans un lieu rare. Tout était naturellement beau mais rare aussi parce que dès mon arrivée, je m’y suis sentie comme chez moi alors que je suis d’habitude un peu gênée aux entournures quand je débarque chez un.e inconnu.e. Pas ici, le courant était tout de suite passé. On peut même parler d’un  coup de foudre. Une romance passionnée de 3 jours et 3 nuits, aussi intense qu’elle était courte. Surtout parce qu’elle était courte. J’ai parcouru toutes ses formes ou presque, m’attardant avec délice sur celles qui me plaisaient le mieux, égoïstement. Sa nature généreuse ne m’en n’a pas tenu rigueur, J’ai même eu droit à des sourires éclatants, brillants comme milles soleils. J’ai passé mes mains maintes fois sur son épiderme poudré, tellement de fois, presque machinalement. J’aurai pu faire ça jusqu’à la fin des temps? J’avais l’impression de me fondre en elle, d’en devenir une intime partie. Mon esprit s’est imaginé une autre vie. Rester avec elle serait comme un été perpétuel. M’enivrer de ses parfums, n’avoir besoin que d’elle… La laissez apaiser mon esprit toujours encombré et lui apporter en retour des idées nouvelles. Vivre en vie qui reviendrait à l’essentiel, au fondamental et partager une suite de ces petits moments qui font le sel de la vie et dont on se souvient les larmes aux yeux quand l’âge ou les difficultés viennent à passer. Je me souviens encore de ce moment où cette vie m’est apparue. Je buvais une bière et dans mon dos, des musiciens jouaient un de ces airs qui semble correspondre trait pour trait au temps et au lieu où l’on se trouve. Quand a elle, à l’heure du crépuscule, elle était plus belle que jamais. Comment songer dès lors à la quitter ?

Et pourtant, folle que je suis, c’est ce que j’ai fait. La raison l’a encore une fois emporté l’instinct. Ou était-ce le chant d’autres sirènes ? Celles qui l’attendaient chez moi ou que j’allais rencontrer ? Ou peut-être était-ce trop de sel ? Oh, elle a bien essayé de me retenir, se faisant encore plus séductrice au moment du départ mais je suis ce genre de personne qui une fois sa décision prise, ne regarde pas en arrière et est même impatiente de passer à autre chose. Je l’ai regardée une dernière fois, allongée sur un drap d’un bleu éclatant, couverte d’un paréo vert au liseré jaune qui lui collait au corps. Une dernière provocation pour me faire signifier ce que j’allais manquer.

Et puis le petit avion d’Air Tahiti a fait un virage et Huahine, l’île-femme, dont la silhouette est semblable à une vahiné qui dort, a disparu de mon hublot.

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