- Huahine , Polynésie française -

October 2016

Huahine, perle du Pacifique

Au fur et à mesure de ce séjour en Polynésie, j’ai l’impression que je laisse derrière moi la civilisation. Si Raiatea m’avait semblé avoir un petit goût de paradis perdu, Huahine allait encore plus me détacher du reste du monde.

Huahine, l’île-femme… de loin, depuis la côte sud-est de Raiatea, la silhouette de l’île ressemble à celle d’une femme enceinte couchée sur le dos. Pour y arriver, je vais donc rencontrer les charmes des petits vols entre les îles sous le vent. Mon bagage est rapidement enregistré à l’aérodrome de Raiatea et peu de temps après, voilà un petit avion rouge et blanc qui vient se poser. Pas de place désignée sur Air Tahiti, on se pose où l’on veut au son de morceaux de musique tahitienne vintages et pour cause : c’est presque comme prendre le bus ! Je vais réaliser les vols les plus courts de ma petite carrière de voyageuse : 15 minutes pour rejoindre Bora Bora, puis encore 15 minutes de Bora à Huahine.  Depuis le hublot, Bora, paradis des lunes de miel, m’apparait presque trop belle, ses côtes constellées de bungalows de luxe sur pilotis. Je sais à quel point le nom de Bora Bora fait rêver, mais j’ai envie de plus de rusticité et ça, c’est Huahiné qui va me l’apporter.

En dix minutes, me voilà débarquée avec mon bagage à ma destination et c’est Juanito, le gérant de la Pension Ariitere Huahine qui viendra me chercher pour m’emmener dans mon home sweet home pour les 3 prochaines nuits. Gentil, mais discret, il me fera rapidement un topo de la situation de la pension (à 10 minutes à pied de Fare, le seul gros village de l’île) et des choses à voir et à faire à Huahine. Je découvre ma chambre : sommaire, blanche et carrelée avec un lit enserré dans une moustiquaire (bienvenue avec l’épidémie de chikungunya qui se terminait à l’époque) et mon propre frigo sur ma petite terrasse. C’est qu’on peut faire ses propres repas à la pension et la cuisine commune est à la polynésienne : ouverte sur l’extérieur. Au milieu de tout çà, une petite piscine où je verrai barboter les quelques enfants qui séjournaient à la pension. Pour compléter le tableau, vélos et kayaks sont mis à disposition gratuitement. J’en profiterai d’ailleurs mais pour l’heure, il était temps d’aller à Fare pour faire quelques courses.

Fare est donc le seul vrai village de l’île (le reste des habitations étant dispersées le long de la route circulaire de l’île) et une fois encore, me voilà en train d’éprouver cet agréable sentiment qui ne m’arrive que très peu souvent : celui d’être exactement là où je dois être. Pourtant, Fare n’a rien de spectaculaire : c’est un petit village de bords de mer, sans harmonie particulière. On y trouve une pension-restaurant, un bureau de location de scooters, étrangement un très grand supermarché… mais le tout gentiment arrangé devant son petit port. On s’y sent tout simplement bien et j’irai regarder le soleil se coucher depuis le pompeusement nommé « Huahine Yacht Club » un chouette bar restaurant où je ne manquerai pas de passer de passer chacune de mes soirées là-bas, les pieds dans le sable, avec une Hinano dans la main. En pestant sur mon manque de chance (mon appareil-photo a cessé de fonctionner à Raiatea, et je n’ai plus que mon smartphone pour immortaliser mes moments au paradis).

Le lendemain, me voilà tôt levée et j’ai pris une décision : s’il est bien possible de faire le tour de l’île à vélo, je ne me sens pas prête à affronter les quelques côtes et surtout le « Mur » qui sépare Huahine Nui (la « grande Huahine ») de sa presqu’île d’Huahine Iti (le « petite Huahine »). Je vais donc réaliser une grande première : louer un scooter, chose que je n’avais jamais osé, même sur une des Îles thaïlandaises.

Je connais le code de la route, il n’y a pas beaucoup de circulation, ça devrait donc aller, me dis-je… sauf que je n’avais pas imaginé le poids que constitue un scooter. C’est LOURD. Très lourd et c’est sous les regards inquiets ou amusés de quelques passants sur le port de Fare que je quitte le bureau de location, zigzaguant légèrement. Je me demande si c’était finalement une bonne idée…

Archéologie à Maeva

La confiance vient en roulant… la première portion vers le nord de l’île est assez facile. La route circulaire étant bien entretenue, je file vers le village de Maeva où se trouve un des plus beaux maraes de Polynésie: le marae Raururu. Rappelons qu’un marae est un lieu sacré qui servait aux activités sociales, religieuses et politiques avant que la Polynésie ne soit colonisée. Situé en bords de mer, à côté d’un piège à poisson traditionnel, on y a même construit un “fare po’te” (une case commune) qui abrite quelques objets et explique l’histoire et le fonctionnement du marae. L’occasion de discuter avec les deux dames qui gardent les lieux. Toutes les deux couronnées de fleurs, elles papotent en faisant un peu de crochet et semblent surprises de me voir. C’est qu’il ne doit pas y avoir des tonnes de visiteurs en cette saison. Le marae en lui même est très bien conservé et le fare donne une bonne idée de ce à quoi pouvait ressembler le site il y a 500 ans, puisque les bâtiments, construits en végétaux, ont tous disparus et ne reste plus que les dalles et le talus de pierre que l’on peut voir partout en Polynésie.

Mésaventures en scooter

Lorsqu’on voyage à Huahine, impossible de ne pas faire un coucou aux anguilles de Fa’ie. Ces anguilles à oreilles ont la particularité d’avoir les yeux bleus (c’est à dire qu’elles sont en fait quasi aveugles). Ces anguilles ont élu domicile dans un petit ruisseau parcouru par les racines de châtaigniers polynésiens et l’eau trouble n’est pas des plus claires, pas besoin de bons yeux dans ces conditions pour ces poissons. Mais leurs yeux bleus leur ont conféré un statut spécial aux yeux des Polynésiens : celui d’animal sacré et porte bonheur. Elles sont faciles à trouver, le ruisseau se trouve le long de la route circulaire, à la hauteur du village de Fa’ie.

Je continue donc mon petit bonhomme de chemin, plus d’arrêt à faire, je n’ai qu’à apprécier le paysage et très vite, me voilà au bout de Huahine Nui, sur la rampe pour accéder à Huahine Iti. Je serre les dents : une petite pente raide suivi d’un virage en épingle se trouve juste devant moi. J’accélère pour grimper, essaie de tourner le plus vite possible… et c’est la cata : je me retrouve propulsée dans un profond fossé, alors que j’essaie de freiner en catastrophe et d’éviter de me blesser.  Passé le moment de surprise, j’essaie de voir si je n’ai rien de cassé ou de foulé. Je respire… mes jambes semblent être en ordre. Je n’ai plus qu’à essayer de me tirer de là. Le fossé est profond et le scooter lourd. J’essaie de le pousser mais presqu’impossible de le faire bouger. Me voilà dans de beaux draps et désemparée devant ce foutu engin. J’en suis là à contempler mon scooter immobilisé lorsqu’un pick-up passe et s’arrête. Ni une, ni deux, deux grands gars à la carrure de guerriers s’arrêtent pour me sortir de ce mauvais pas. On vérifie que le véhicule est toujours en état de marche (ouf, oui), n’ai-je pas besoin qu’on me ramène à Fare (Non, merci, ça va aller) et me revoilà sur la route.

Je déchante assez vite, une grande côte (que les locaux surnomment “le mur”) marque le début de la presqu’île. Le scooter grimpe vaillamment mais une fois arrivé en haut, je me retrouve face à une énorme descente tellement raide que même en appuyant sur les freins comme une dingue, ça va vite. Un peu trop vite à mon goût. Je coupe le moteur, arrête péniblement le scooter et encore échaudée par ma petite aventure, décide de faire demi-tour, c’est un peu trop dangereux pour moi!

Je rentre donc à mon rythme vers Fare en milieu d’après-midi, non sans avoir fait un arrêt à la Maison de la vanille : je dois absolument savoir si elle est aussi bonne que celle de Taha’a. C’est l’heure de la sieste et la confiance règne. Je n’ai qu’à glisser les clés dans une boîte aux lettres et le scooter sous un auvent.

Pastéque et plage

Le lendemain, c’est à une activité beaucoup plus relax qui m’attend, mais qui me permettra de découvrir un chouette coin de Huahine. Puisque les vélos sont mis à disposition par la pension, ce serait bête de ne pas en profiter et l’excursion que j’ai en vue est d’accès facile : la plage de l’ancien Sofitel et ses fonds marins!

En selle donc ! Décidément, Huahine a du mal à me laisser voir le soleil !  Au moins, je ne cuirais pas sous ses rayons et je pédale allègrement, direction plein nord. Après avoir longé la piste de l’aéroport, la route se transforme en piste. En fait, je suis une espèce de motu qui ferme le lac Pauna Mui. C’est dans cette terre sablonneuse que l’on trouve quantité de plantation… de pastèques ! Probablement, avec le tourisme, la plus grande source de revenu de l’île. Les plans de pastèque cultivés en fosse sont les objets de tous les soins. Et à travers les plans, ce sont souvent les femmes que je vois à la tâche. La progression en vélo est un peu difficile mais bientôt, on tombe sur un marae abandonné dans un épais maquis et de longues plages abandonnées.  J’ai l’impression d’être seule au monde dans un paradis bleu, vert et gris.

Une grosse heure plus tard, me voilà devant la barrière du Sofitel. J’y cadenasse mon vélo, et c’est parti ! Depuis quelques années, une vraie catastrophe s’abat sur la Polynésie. La crise qui se prolonge et les prix des billets d’avion plutôt prohibitifs provoque une chute inexorable du tourisme et les fermetures d’hôtels s’enchaînent. Le Sofitel de Huahine fut l’un des premiers des hôtels de grandes chaînes à fermer ses portes, beaucoup trop gros pour cette île qui reste farouchement sauvage et à l’écart. Résultat: 106 personnes au chômage… mais une plage maintenant quasi vierge et accessible à tous ! A part un gardien qui s’occupe de surveiller les lieux et essaie que celà ne se dégrade pas trop, il n’y a quasi personne. Je serai d’ailleurs seule pendant de longs moments avant qu’un jeune homme n’y arrive. L’intérêt de la plage est que l’on peut accéder au spot de snorkeling à quelques mètres de la plage ! Certes, ça ne vaut pas le jardin de corail de Taha’a mais quel bonheur de pouvoir découvrir des dizaines de poissons si près. Celà en fait aussi un lieu idéal pour les enfants, vu que la profondeur de l’eau est vraiment peu importante. Et ainsi, entre les petites sorties dans l’eau, et les séances de séchage, l’après-midi se coule doucement, les yeux perdus dans le bleu du lagon, et la peau caressée par un petit alizé. Partir est une presque torture mais la nuit tombe vite sous les tropiques.

Ce soir là, mon dernier sur Huahine, alors que je déguste une Hinano au Yacht Club, l’âme mélancolique à l’idée de devoir quitter mon paradis polynésien, je vais faire une rencontre qui va ramener le sourire. A côté de moi, une femme blonde à l’accent familier quand je l’entends commander sa boisson : celui de Flandre. Elle est en effet Belge. Son mari américain et elle semblent des habitués du bar et en effet, ça fait un moment qu’ils sont ici ! “Ca fait trois mois que notre bateau est amarré là-bas.”

Je distingue un petit point blanc au loin à l’horizon qui s’assombrit. Cela fait 8 ans qu’ils sillonnent les océans à son bords, dirigeant leur entreprise depuis le bateau. Des espèce de nomades digitaux des mers du sud ! J’écoute fascinée. Mais voilà, huit ans, ça commence à faire long. Arrivés au bout de leur rêve, ils ont envie de passer à autre chose et ont décidé de vendre. On arrive donc à se lasser d’une vie de rêve quand elle devient le quotidien ? Trop timide pour demander à visiter le bateau, je les écouterai raconter des histoires, et ils tendront l’oreille aux nouvelles de la vieille Europe, loin, bien loin, de l’autre côté du monde. Quelle heure est-il là-bas ? C’est l’hiver et moi je suis là… en T-shirt au paradis.  Et pourtant, sur mon petit caillou polynésien, avec mes compagnons d’un soir et le soir qui descend, je ne me serai jamais autant sentie à ma place.

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  1. Sarah
    le 28.06.2017

    Ca a l’air hyper sauvage ! Mais les couleurs de l’eau sont vraiment superbes 🙂

  2. Melissa
    le 28.06.2017

    Oui….c’est calme et sauvage ! Étant donné que c’est tout à côté de Bora Bora, le.fait qu’Huahine soit raisonnablement développée est un petit miracle. Et oui, le bleu lagon n’est pas une légende. Je suis.jisye dégoûtée que mon appareil-photo ait cessé de fonctionner.dans un des plus beaux endroits au monde.

  3. Stephanie
    le 28.06.2017

    C’est superbe ! J’aime beaucoup les îles du Pacifique, elles ont été une découverte magique pour moi !

  4. Melissa
    le 28.06.2017

    Je me demande s’il est humainement possible de résister aux charmes des îles du Pacifique. Peut-être sur la longueur (et encore…) ? Le genre d’endroit qui reste dans la tête pour toujours!