Bienvenue à Eupen, dans un coin un peu particulier de Belgique. Eupen et ses environs sont à la fois très connus des voyageurs, surtout belges, néerlandais et allemands, mais reste en même temps une énigme. Ce petit bout de terre est la dernière addition au territoire belge depuis son indépendance et on lui a donné de nombreux noms : Cantons rédimés, Cantons de l’Est… son aire culturelle est appelée officiellement « Communauté germanophone de Belgique » mais à présent, on préfère l’appeler « Ostbelgien », la Belgique de l’est. Bienvenue dans la Belgique de langue allemande.

La Belgique qui parle allemand

La plupart des non-Belges l’ignorent souvent mais les Néerlandophones et les Francophones ne sont pas les seules communautés linguistiques de Belgique. A l’extrême est du pays, 9 communes forment la « Communauté germanophone », une entité fédérée de notre petit royaume compliqué. C’est l’allemand qui est la langue principale ici. Ces communes étant « à facilités », le français est aussi admis comme langue secondaire de l’administration. Territorialement, ces 9 communes font partie de la Province de Liège, et donc de la Région wallonne.

Pendant longtemps, la Belgique de l’est a partagé le sort des régions qui formeront le reste de la Belgique… jusqu’au Congrès de Vienne en 1815. Les Cantons d’Eupen, Saint-Vith et Malmedy sont attribués à la Prusse… qui fera partie de l’empire allemand. Puis vint la Première guerre et la défaite allemande. Suite au Traité de Versailles, on attribuera ces cantons à la Belgique pour en faire une espèce de « zone tampon ». La Deuxième guerre mondiale verra leur annexion au sein du Reich allemand. La guerre et l’après-guerre reste une période douloureuse pour les Germanophones. En 1984, la Communauté germanophone de Belgique obtient son autonomie culturelle, autonomie qui s’est encore agrandie avec la transformation de la Belgique en Etat fédéral. Elle a son gouvernement, son parlement, ses médias publics…

Située dans les Hautes Fagnes (le sommet de la Belgique), parmi les plus beaux paysages de Belgique, la région est prisée dans randonneurs et amateurs de nature. D’ailleurs, à Eupen, la nature, elle n’est pas loin et cette accessibilité (combinée à une liaison directe en train) est une des raisons pour laquelle j’ai choisi d’aller y passer la journée, d’autant plus que je n’avais jamais mis les pieds en Ostbelgien !

OLYMPUS DIGITAL CAMERA

Eupen, comme un sentiment de décalage…

Après 1h45 de train, nous y voilà… Eupen, terminus de la ligne ! Je suis à peine sortie du train que même à travers mon masque après deux inspirations, il se passe quelque chose… L’air est différent. On sent une fraîcheur que je ne connais pas. C’est assez frappant !

La deuxième chose que l’on remarque, c’est qu’Eupen est une « à niveau ». Il y a la gare, tout en haut. « Altstadt », la ville-haute et le cœur d’Eupen légèrement en contrebas et tout au fond, au bord de la Vesdre, « Unterstadt », la ville-basse, très calme et qui semble presque former son propre petit village.

Nous sommes vendredi et c’est jour de marché… tous mes sens sont en éveil puisque tout m’est inconnu. Quel décalage étrange : les codes de la Belgique sont là… mais avec des variantes inédites. La langue, le paysage, le style de bâtiment qui rappelle plus une ville de bords de Rhin qu’autre chose mais les panneaux de signalisation et les quelques drapeaux me confirment que je suis toujours bien au Royaume recordman de longueur de crise politique. Comme la matinée est déjà avancée, je ne fais que traverser la ville pour rejoindre au plus vite le point de départ de ma randonnée qui se trouve à Unterstadt : la boucle du barrage d’Eupen.

La boucle du Barrage de la Vesdre

Cette mini-rando démarre un peu drôlement… près d’une route qui ressemble à une bretelle d’accès d’autoroute. Pas super engageant pour démarrer mais on se retrouve vite dans les bois. Malgré tout, la grande partie de cette première moitié de parcours longe la route donc, vous entendrez le doux vroum-vroum des moteurs associés aux oiseaux et au vent dans les feuilles. Néanmoins, cela reste fort joli. La forêt est essentiellement composée de chênes, des hêtres et de charmes avec de temps en temps un bouleau et des sapineraies qui sentent bon sous le soleil du début d’été. Le sentier est bien balisé (vous remarquerez vite les lignes blanche et rouge du GR dont il fait partie et les petites plaquettes « Eupen » apposée de manière régulière sur les arbres. Et en plus, il est plat. Pas besoin d’être un athlète pour en profiter ! Comme la matinée est belle, l’éclairage dans la forêt est de toute beauté. Des fougères ont comme des spots braqués sur elle, de la mousse sur un tronc d’arbre se détache d’un environnement plongé dans l’ombre… On entend des oiseaux un peu partout mais sans jumelles, c’est un peu compliqué de les voir… et de temps en temps, on aperçoit une rivière. Vers la fin de la moitié, on se retrouve face à une route. Vous avez le choix : soit vous la suivez pour voir l’arrière du barrage (ce qui peut être intéressant), soit vous traversez la route pour reprendre le dernier bout du sentier et arriver au lieu du point de vue (j’ai fait les deux).

Enfin le voilà : le barrage de la Vesdre et le Lac d’Eupen : la troisième réserve d’eau potable de Belgique. Il aura fallu 12 ans (travaux commencés en 1938 inauguré en 1950) pour achever cet ouvrage. Un immense mur concave en béton retient une quantité d’eau phénoménale, ce lac artificiel est alimenté par trois rivières tout de même ! Au loin, on voit les ondulations des Hautes-Fagnes et les cimes des sapins qui semblent presque noires.

Barrage de la Vesdre
Barrage de la Vesdre

Un superbe paysage qu’on peut encore mieux admirer depuis le Wesertalsperre Eupen, le centre touristique du barrage. Le restaurant avec terrasse panoramique sera sans doute le meilleur endroit pour en profiter. Cet endroit tombe d’ailleurs à pic car il est 13h et cette marche m’a bien creusée ! On ne trouvera pas de grande cuisine (d’ailleurs, l’occasion trop rare de manger une currywurst était trop belle) mais ça a le mérite d’exister, le menu est extensif (combinant des spécialités eupenoises, liégeoises et allemandes). Si vous venez avec des enfants, il y a également une chouette plaine de jeux pour qu’ils puissent se défouler. A partir de là, vous pouvez faire une promenade le long du sentier qui borde le lac où, comme moi, faire demi-tour. Il est déjà 14 heures et si je veux m’attarder un peu à Eupen, je dois reprendre la route.

Comme il s’agit d’une boucle, le chemin du retour n’est pas le même. Plus au calme, et encore plus charmant que le premier, il vous conduit à travers hêtraies et sapineraies. C’est un sentier un peu plus ludique, notamment pour les enfants puisqu’on y trouve des panneaux et installations qui nous interpellent sur la faune et la flore qui nous entoure. Prenez le temps de vous asseoir quelques minutes sur un des sièges sculptés dans des troncs d’arbre. On nous invite à prendre le temps, à fermez les yeux et à écouter les bruits de la forêt, le souffle du vent et les odeurs d’humus et de sapin. Vous croiserez aussi une maison isolée, un troupeau de vaches… et presque personne ! Je me dis qu’une visite en automne, au moment où les couleurs de l’automne ont envahi les arbres, ça devrait s’imposer ! Le temps de profiter encore un peu de la nature, et me voilà revenue en ville !

Randonnée du Barrage de la Vesdre

Plus de renseignements sur la randonnée « Eupen, cité jardin ».

A pied à Eupen

Eupen est une ville à taille humaine. La petite capitale de la Communauté germanophone a connu son heure de gloire au XVII et XVIIIe siècle. Toute la vallée de la Vesdre était connue pour son industrie du drap et Eupen, ainsi que Verviers, y excellaient. Pas étonnant qu’on y trouve quantité de bâtiments baroques et classiques. Comme la Maison du Grand-Ry, le siège de la Communauté germanophone de Belgique ou la maison où celle du Musée de la ville. Mais on y trouve aussi de jolies maisons à colombages qui rappellent l’Allemagne (comme la Haus Huffengasse 11) ou de solides bâtisses en pierres comme en Ardenne. Un mélange qui rappelle fortement l’histoire de cette ville ballottée entre différents empires. Se promener au hasard dans les rues me donne encore ce drôle de sentiment de décalage entre l’exotisme et le familier. Ce qui se dégage d’Eupen, c’est une ambiance tranquille, où tout semble calme, mesuré, coquet… Celle d’une ville commerçante avec son marché, ses commerces, ses cafés et ses restaurants…

Maison du Grand Ry, Eupen
Maison du Grand Ry, Eupen

Au cœur de la ville, trône l’église Saint-Nicolas. Cette belle église à la façade Renaissance, reconstruite plusieurs fois, doit son apparence au statut des drapiers qui estimaient que l’église précédente n’était pas assez grandiose. C’est l’architecte venu d’Aix-la-Chapelle, Laurenz Mefferdatis, qui est chargé de cette nouvelle église qui sera inaugurée en 1729. Elle possède un intérieur baroque à souhait avec force dorures.

Je vous dirait qu’il y a d’autres choses à visiter, comme l’IKOB, le musée d’art contemporain d’Eupen ou encore, se promener dans la Forêt des Ducs à Ternell

Pour ma part, mon escapade à Eupen se terminera dans l’un des bars de la Marktplatz, la tête à l’ombre et les jambes en feu, avant de reprendre le train, direction Bruxelles.

Se rendre à Eupen

Depuis Bruxelles, rien de plus facile ! Il suffit de sauter dans un train, Eupen est la gare terminus. Comptez 1h45 minutes.

Aimez et partagez