À bord du train Amtrak « Silver Star », vers Miami

Voyager en train jusqu’à Miami est on ne peut plus facile pourtant, quand on pense à se déplacer aux Etats-Unis, on pense rarement à la voie ferrée et c’est bien dommage. Amtrak, la compagnie ferroviaire qui couvre tous les Etats-Unis continentaux, a un réseau extensif et la plupart des grandes villes sont reliées entre elles (via d’autre lignes pour certaines, le territoire étant immense). Voici mon retour d’expérience, et mon avis, sur le train d’Amtrak « Silver Star », en direction de Miami. 

Même si on voyage entre amies, quelques fois, prendre du temps pour soi est indispensable pour réaliser des choses que l’autre n’a peut-être pas envie de faire. C’était le cas pour notre retour vers Miami. Emma avait envie d’y aller le plus vite possible et moi, j’avais envie d’y aller en train. Malgré 4 ans aux Etats-Unis, jamais je n’avais pris un train longue distance Amtrak, que des trains de banlieue du temps où j’habitais à Chicago. Aussi, j’avais TRÈS, très envie de profiter de l’opportunité qui s’offrait à moi de le faire puisque Kissimmee, la ville qui nous servait de base pour visiter Disney World, possède une gare Amtrak et est pile sur la route des trains « Silver Star » et « Silver Meteor » qui relie New York à Miami. Aussi, nous avons décidé de nous séparer temporairement, Emma partant tôt le matin pour prendre un bus et moi, quittant l’hôtel en milieu de matinée pour prendre aussi un bus, mais direction la gare.

Tout commence par le bus

Gros coup de bol, l’arrêt de bus de Lynx (le réseau intra-urbain d’Orlando et sa région) se trouve quasi en face de l’hôtel (je devrai juste faire un détour de près de 10 minutes pour rejoindre le prochain passage piéton, on est aux Etats-Unis). A l’heure pile, le bus arrive, quasi vide. Nous sommes en milieu de matinée mais, il est vrai que hors les grandes de ville de l’est (New York, Washington) et certaines du Midwest (Chicago) où les transports en commun sont utilisés quotidiennement par des millions de passagers, ce n’est pas le cas ailleurs. Seuls les plus démunis (et ceux qui ne peuvent pas conduire pour diverses raisons) empruntent les bus. Mais ce réseau a le mérite d’exister et autant en profiter ! La gare de Kissimmee est le terminus, je n’ai donc pas à me soucier de mon arrêt. Ça prendra un bon 45 minutes pour y arriver.

Gare de Kissimmee, un jeu de patience

En fait de gare, Kissimmee en a deux (soyez donc prudent.e.s si vous prenez le train). Une gare plus moderne pour le réseau SunRail (le réseau de trains de la zone métropolitaine d’Orlando) qui est tout à côté de l’arrêt de bus, et la petite gare vintage d’Amtrak, un peu plus loin. Elle fait d’ailleurs un peu tâche dans un paysage qui est peu stérile, fait de grands immeubles sans identité. C’est sans doute le seul bâtiment historique à la ronde.

Je suis une petite heure à l’avance, je patiente donc à l’ombre de l’auvent du quai, en attendant qu’un préposé n’ouvre le guichet. Un bon 45 minutes avant le départ, le voilà d’ailleurs qui arrive. C’est seulement à ce moment qu’on peut acheter un billet, si on ne l’a pas déjà réservé. Et où on peut aussi avoir accès aux toilettes (c’est lui qui a les clés et il y avait déjà une file qui l’attendait avec impatience). Tout le monde, en tout cas, doit faire un « check-in », un peu comme on prend l’avion, ou on vérifie le billet, le nombre de bagages et où on vous assigne un wagon (mais pas une place). Pas de chance, notre train a 40 minutes de retard, ce qui est assez courant pour Amtrak, surtout en bout de ligne. Eh bien, il ne reste plus qu’à me rendre au spot ou s’arrêta mon wagon et de patienter. Heureusement, des panneaux sont là pour le signaler, plus ou moins. Sous un ciel floridien un peu brouillé d’humidité, les minutes ont l’air de s’écouler lentement, très lentement. Enfin, on entend un grondement lointain et soudain, une monstrueuse locomotive s’avance en sifflant, tirant des wagons XXL, avant de s’arrêter.

A bord du train Silver Star

Des portes toutes aussi impressionnantes s’ouvrent tandis que des marches énormes tombent lourdement pour laisser descendre les passagers pour Kissimmee. J’ai un petit moment d’émotion… je vais enfin découvrir LE train américain. J’ai le cœur qui bat un peu en escaladant les marches. Comme je m’y attendais, le train est large et pas particulièrement moderne. Je n’ai pas le temps de me demander où je vais m’asseoir qu’une contrôleuse vient me saluer en me demandant où je vais. C’est elle qui va me placer car si un siège ne vous est pas assigné, ça ne veut pas dire que vous pouvez vous asseoir n’importe où. Un autre passager a voulu s’asseoir où il voulait et s’est fait rabrouer avec aplomb, la contrôleuse rappelant que c’était elle la maitresse des voitures. Je vais d’ailleurs remarquer qu’elle exerce un certain art de l’observation, décidant de placer les uns à côté des autres des passagers qui ont l’air « assortis ». Ainsi, après avoir jeté un long coup d’œil sur son wagon, elle va montrer le siège à côté du mien (« près de cette gentille dame ») à une étudiante en art, montée à Tampa. Nous ferons d’ailleurs un brin de causette.

Ma place étant désignée, la contrôleuse griffonne sur un papier ma destination et l’accroche devant le porte bagage. J’entends la porte qui se ferme, le moteur qui se met en marche et lourdement, l’énorme de cheval de fer reprend le rail, direction Tampa.

Le train où je me trouve est le Silver Star. Deux trains font le trajet entre New York et Miami : le Silver Star et le Silver Meteor. La différence est que le Silver Star, une fois arrivé dans la région d’Orlando, fait un détour par Tampa, carrément à l’autre côté de la Floride, avant de revenir vers l’est et de descendre vers Miami. Du coup, un trajet qui devrait durer environ 5 heures en fait 7. Malheureusement, le Silver Meteor ne circulait pas (encore des effets du Covid ?) et je vais donc passer l’essentiel de ma journée dans le train.

Heureusement, même si vieillot, les sièges des trains d’Amtrak sont bien confortables. Comme tout (ou presque) dans ce train, les sièges sont « king size » : larges, avec repose-jambes, un peu douillets et qui peuvent s’incliner pour se reposer (heureusement, avec une telle distance) et le Wi-Fi est de bonne facture ! Il y a donc de quoi s’occuper d’autant plus que ce n’est pas spécialement le paysage qui va nous distraire.

On ne peut pas dire que la Floride, du moins en train, se démarque par ses paysages spectaculaires. Déjà, l’état est tout plat et entre les portions urbanisées, on ne voit pas grand-chose sauf sur toute une portion une fois quitté le détour par Tampa, où on traverse un nombre incalculable de plantations d’agrumes. L’orange et surtout le pamplemousse (la Floride en est la première productrice) tiennent le haut du pavé. D’ailleurs, si vous faîtes un road-trip dans le coin, vous verrez de nombreux vergers qui vous permettent d’acheter les fruits directement dans des gros sacs de jute. Des rangées de beaux arbres portant des globes bien dorés filent devant mes yeux avant de disparaître…

L’autre attraction d’un train longue distance, pour moi, c’est le wagon restaurant et là, on peut dire que j’ai été à la fois amusée et déçue. Tout avait pourtant bien commencé… Je n’avais qu’un wagon à traverser avant de le rejoindre. Une fois-là, première déception… On dirait un vieux dinner mal tenu des années 80. Ce n’est même pas super propre mais bon, il y a de larges banquettes où on peut s’asseoir et manger en rêvassant sauf que… le four est en panne (donc, on ne sait pas réchauffer les plats chauds), le terminal de paiement ne fonctionne plus et j’ai une serveuse, dont l’apparence cadre parfaitement avec l’ambiance « dinner de patelin », qui semble au bout de sa vie. Heureusement, j’ai du cash, ce qui n’est pas le cas de tout un petit monde qui a faim et soif et qui sort en râlant. Je m’achète donc un wrap, un paquet de chips et un coca. N’espérez pas trouver mieux que des hot-dogs et des hamburgers ou du macaroni and cheese si jamais les plats chauds étaient dispos.

Destination, Miami Beach !

Enfin, nous voilà en Floride du sud et c’est sans doute la portion la plus lente. Entre West Palm Beach et Miami, il n’y a qu’une heure mais qui semble interminable à cause des nombreux arrêts. La nuit est tombée et mon wagon est vide quand finalement, nous arrivons à destination. Miami, baby ! Mais ça ne veut pas dire que je sois arrivée à destination, que du contraire ! La gare de Miami est bieeeeeeen loin de downtown et plus loin encore de Miami Beach où m’attend Emma.  Le voyage fut long et je m’étonne du nombre finalement restreint de passagers qui étaient à bord. Pourtant, les Etats-Unis se sont construits pendant de longues années grâce au train. Tout un pan de l’histoire oublié, effacé par le règne de la voiture.

Normalement, il existe un bus qui relie la gare au nord de Miami Beach (le L) sauf que, nous aurons beau l’attendre, nous ne le verrons pas arriver. Après une certaine heure (sans doute celle du train, qui était bien en retard), il ne passe plus alors que Google Map m’indiquait qu’il était encore en service. Pas super efficients, les transports en commun de Miami Dade ! Après une heure, les autres passagers qui attendaient le bus ayant abandonné pour prendre un VTC, ne reste plus qu’un surfeur californien fauché et moi, qui l’est tout autant. On ne décide à rejoindre l’avenue principale a 10 minutes de là en espérant trouver mieux. Après un bon quart d’heure supplémentaire, des phares et une enseigne lumineuse trouent la nuit. ENFIN…

Un autre bus plus tard, je retrouve Emma à l’hôtel qui s’est déjà mise au lit. J’avais compté arriver vers 20h-20h30 et il est… 23h. Mais ne dit-on pas que le plus important, ce n’est pas la destination ?

 

Avec Amtrak

Envie vous aussi de tenter les voyages en train aux USA ? Amtrak vous emmène à travers tout le pays et vers environ 500 destinations. Le trajet Kissimmee-Orlando m'aura couté 38 $. Le voyage complet entre Miami et NYC démarre à 130 $, sans couchette.

Voyager en train Amtrak vers Miami. Intérieur du wagon.
Aimez et partagez

Laisser un commentaire