C’était une première, une expérience que j’avais promis de faire sur les antennes de La Première lors de la Séquence Inspiration de Tendances Première. Devant Véronique Thyberghien et des milliers d’auditeurs (ils sont invisibles mais leur présence est peut-être encore décuplée à cause de ça), j’avais dit que ma prochaine escapade après Rotterdam se ferait sans l’aide d’un smartphone. Mon choix s’est posé sur Düsseldorf, où je n’avais encore jamais mis les pieds. Alors que le train est en train de me ramener vers Bruxelles, quelles sont mes impressions à chaud ? Ai-je tenu le pari ?

Sans smartphone jusqu’à quel point ?

Il fallait d’abord délimiter ce que signifiait : Voyager sans smartphone pour moi. Est-ce que cela voulait dire s’en passer complètement de A à Z, depuis les réservations des transports jusqu’au retour à la maison ? Le laisser à la maison le temps du voyage ? Ou le prendre et ne s’en servir que pour lire des bouquins et faire quelques photos ?

C’est cette troisième option que j’ai choisi. Premier signe que je n’étais pas encore complètement résolue à me séparer physiquement de mon cher « Wei-Wei » (un surnom tout à fait normal pour un téléphone chinois). Je prends ça pour un signe clair de mon addiction. J’avais donc convenu avec moi même que je ne l’utiliserai que pour : 1. Lire, 2. Faire des photos, 3. Surveiller un compte Facebook dont j’ai la responsabilité. J’aurai pu partir sans carte SIM mais avec l’arrivée de Giorgio, mon nouveau chat, je voulais rester joignable pour l’ami qui garde mes félins, en cas de besoin. C’était la première fois que je laissais Giorgio seul avec Kiska.

Sans smartphone ou internet, je n’aurai pas pu réserver mon AirBnB, j’aurai du appeler pas mal d’hôtels pour connaître les tarifs et peut-être ne serais-je pas partie vu les prix élevés des chambres pour cette escapade de dernière minutes. Réserver un ticket de bus (à l’aller) et de train (au retour), aurait été plus compliqué aussi, et plus cher (puisqu’il aurait fallu au minimum téléphoner). Que nous soyons devenus « internodépendants » n’est pas nouveau mais quand vous êtes confrontés à ce fait dans un cas bien concret, on réalise à la fois les bienfaits, mais aussi les limites du tout au numérique.

Sans smartphone, pour visiter une ville ville inconnue

Malgré mes recherches dans des bouquineries (décidément, l’Allemagne n’est pas super populaire, ce qui est fondamentalement injuste), je n’ai pas trouvé un guide avec une carte exploitable de Düsseldorf. J’ai donc fait l’achat d’un guide tout neuf qui lui, disposait d’une carte à peu près détaillée (un Petit Futé consacré aux grandes villes de Rhénanie-du-Nord-Westphalie). J’aurai pu m’en passer et faire un crochet à l’antenne de l’office du tourisme de la Hauptbahnhof mais arrivant en début de soirée après la fermeture, je me serai retrouvée en rade jusqu’au lendemain matin. C’était un peu trop hardcore pour moi. Je n’ai pas eu à m’en servir avant d’arriver à mon logement, mon hôte m’ayant expliqué avec une précision toute germanique comment arriver jusque chez lui. C’est donc armée de mon guide qu’à peine après avoir lâché mes bagages, je me suis mise à l’assaut de la ville.

Il me manquait une chose : un plan du système de transports en commun. Ma solution fut de photographier une carte du réseau à la première occasion que j’eu de croiser une station de U-Bahn. Elle m’a servi tout le week-end mais pour cette première soirée, c’est au hasard, et avec un brin de déduction, que j’ai profité du tram pour m’emmener vers la promenade qui longe le Rhin avant la fin du crépuscule.

Ai-je réussi mon pari ?

Pas tout à fait, disons le clairement. J’ai craqué 3 fois : une première fois quand je me suis retrouvée dans la masse de fêtards qui remplissait la Altstadt. Je voulais absolument manger, il se faisait tard, j’étais fatiguée et le nombre de personnes au mètre carré avec des musiques assourdissantes venant de tous les côtés ont provoqué une mini-crise de panique. Il fallait que je sorte de là mais impossible de trouver la rue du lieu où je voulais manger sur la carte. J’ai donc allumé la 4G. Pour la petite histoire, je suis arrivée trop tard pour manger et cette soirée s’est terminée à engloutir une part de pizza au salami au Pizza Hut de la gare… voilà.

Le même soir, alors que je décidais de rentrer, un violent orage se déchaîne. Je n’avais pas encore ma photo du réseau de transports et pensais tomber au hasard sur une station de U-Bahn près de lieu assez emblématiques de la ville. Déjà à moitié trempée, j’ai fini par à nouveau demander à l’ami Google mon chemin, histoire de ne pas perdre de temps.

La troisième fut à la fin de l’après-midi du lendemain. Fatiguée d’avoir marché et voulant rentrer une petite heure à mon logement pour me rafraîchir et recharger un peu mes batteries, j’ai craqué avant de demander à Wei Wei comment rentrer depuis Medienhafen.

La chair est faible.

Verdict de l’expérience : citytrip sans smartphone

Commençons par le positif :

Je sais encore lire une carte et me diriger, même avec quelques petites erreurs, sans que le GPS du smartphone ne me tienne la main à tous moments.

On s’oriente plus vite et mieux. Etant donné que mon attention n’était pas happée par mon écran, les points de repère, le nom des rues, l’orientation générale s’enregistrent plus vite. Encore 24h de plus et j’aurai pu vraiment bien naviguer le centre ville. Du moins si je faisais la conjonction avec rues et U-Bahn (les trams et bus sont trop nombreux pour çà).

On profite mieux de ses balades : Aaaah… pas d’écran à guetter pour se diriger, pas de statuts à écrire, pas de photos, ni de Stories à poster sur Insta. Le maximum de mon attention est concentrée sur mon exploration de la ville. Je pense que je vais généraliser cette pratique de décaler les Stories (qui sont amusantes à faire mais très chronophages) après le voyage, pour mieux profiter.

Le négatif

Privée des réseaux sociaux pour papoter et échanger, je me suis sentie particulièrement seule. A tel point que je me suis demandée si le voyage en solo me plaisait encore, finalement. Cela m’a fait réaliser à quel point mon smartphone était en quelque sorte, une bouée de sauvetage pour l’introvertie que je suis. Suis-je rentrée en contact avec des inconnus ? Non. Peut-être que le fait que je me sois servie de mon smartphone pour lire quand je passais un moment en terrasse ou dans un bar ont fait que je me suis isolée malgré tout ? Peut-être… Il faudrait tenter l’expérience en prenant un bon bouquin et en le sortant plutôt que Wei Wei. Est-ce qu’un livre sert aussi de bouclier ?

La majorité des guide papier ont des limites. J’ai finalement croisé l’un des bureaux de l’office du tourisme… quand il était fermé. Je n’ai donc pas pu y obtenir un carte. Dans les guides papier, sauf quelques uns qui disposent de versions détachables, les cartes  qui y figurent sont très souvent limitées aux centre ou hyper-centres des villes. C’était le cas pour Düsseldorf : les quartiers de Flingern Nord et sud (où se trouve un ensemble de streetart), ne figuraient pas dedans. J’avais l’intention d’y aller le dimanche mais pas possible de pouvoir déterminer un trajet, ne sachant absolument pas vers quelle partie de la ville me diriger (Nord ? Nord-est ? Sud ? Sud-est ? Où est-ce de l’autre côté du Rhin ?), ma carte des transports ne m’était pas d’un plus grand secours. Si elle m’avait indiqué la situation du quartier (c’était déjà çà), impossible de savoir exactement où je devais descendre. N’ayant que 2 heures avant de rentrer prendre mes bagages et filer à la gare, en comptant que je devais encore prendre le petit-déjeuner, j’ai lâchement abandonné mon projet pour simplement me balader et prendre le temps de manger… avant de réaliser que j’aurai dû envoyer un message à mon hôte pour lui demander comment me rendre jusque là. Trop tard !

Bref, c’est une expérience mitigée qui m’a clairement déstabilisée et mise en face de certaines aspects de moi-même qui ne me plaisent décidément pas : mon introversion maladive, ma constante impression de déranger lorsqu’il s’agit d’appeler à l’aide, le fait que je sois plus une « control freak » qui aime bien tout préparer plutôt qu’une voyageuse spontanée et même la remise en question d’un mode de voyage qui me plaît tant. 

Et je me demande si ce n’est pas la leçon principale que j’en ai tirée. 

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