- Bangkok , Thaïlande -

June 2014

Flâner à Bangkok (1e partie)

 

J’ai éteint toutes les lumières de ma chambre pour mieux admirer la vue. Depuis mon 8e étage, le quartier de Pratunam, un des plus populaires de Bangkok, pulse de lumière. Je me sens légèrement déphasée après ces dix jours passés dans les îles. Les images du chemin du retour se disputent dans ma tête. L’énorme groupe de Japonais à moitié endormis dans le bateau venu nous chercher à Koh Phangan, l’escale à Koh Tao et le pincement au cœur, la chaleur étouffante de Chumphon, en attendant le bus pour Bangkok, le bruit et les odeurs du restauroute où il faut se dépêcher alors que la demi-heure d’arrêt suffirait à peine à se décider sur quoi manger tant les petites échoppes sont alléchantes…

Et me revoilà, plongée dans cette ville-monstre qu’est Bangkok, dans mon bel hôtel qui vient à peine d’ouvrir. Je me suis accordée ce petit plaisir. Le GLOW Pratunam, avec son style et sa déco contemporaine et urbaine, celà contribue à ce sentiment de décalage. Ma chambre, toute en lignes pures, me semble kilométrique et le lit, immense. Depuis la porte de la salle de bain, je vois les rues briller dans la nuit, au rythme des néons. Après avoir longuement contemplé le spectacle nocturne, les écrans d’affichage s’éteignent subitement. Il est passé minuit, mais je ne sais pas exactement l’heure qu’il est. Avant de revenir dans ma chambre, j’ai passé une longue heure à errer dans le quartier, pour humer son air, prendre sa mesure et mes marques. Finalement épuisée, je finis par tirer les rideaux opaques et me glisse dans le lit le plus douillet que j’ai eu depuis longtemps.

Le lendemain, un soleil laiteux s’est levé sur la ville. Je sors un peu contrainte et forcée de mon sommeil, à temps pour la dernière demi-heure du petit-déjeuner. Mon programme est déjà tout fait: Pratunam n’est qu’à une bonne vingtaine de minutes de marche de Siam et comme il s’agit de mon avant-dernier jour et que j’ai quelques souvenirs à ramener, je flânerai sur le chemin du fameux centre commercial MBK.

Pratunam est plein de vie. Le cœur du quartier, c’est avant tout son grand marché aux vêtements. Il y a le marché central sur Ratchathewi, que je n’ai pas eu l’occasion de voir mais le long de Petchaburi, la grande artère qui en forme la “frontière” sud, l’activité n’en est pas moins intense. En fait, on dirait même une extension du marché! Vendeur de t-shirts et de valises se disputent chaque morceau de trottoir (en alternance avec un marchand de fruit, ou un stand de nourriture). La circulation est intense et les trottoirs, bien étroits pour tout ce monde. Mais c’est Bangkok!

Premier arrêt: le Sanctuaire d’Erawan, un autel dédié à Brahmā, le dieu hindou au quatre visages que les thaïs viennent honorer. L’ambiance est surprenante ! Nous sommes en plein air, au beau milieu de l’agitation urbaine mais pourtant, le recueillement est de mise, profond, sincère. Des jeunes filles en robes fleuries côtoient de vieilles dames modestes, d’élégantes dames prient à côté des vendeurs de rue venus s’attirer la bonne fortune pour la journée. Cet autel, c’est un peu le grand égalisateur social, pour quelques minutes dans la vie de ces habitants. Je fais fi des conseils qui veut qu’on ne doit pas acheter ses offrandes à côté du temple (les prix sont gonflés) et choisis un collier de fleurs et des bougies. Je prend un moment pour réfléchir. Réfléchir à mon parcours, réfléchir à la chance que j’ai d’être ici et de vivre ce moment, les images de ce début d’année, de tous les paysages déjà vus, de toutes les rencontres déjà faîtes défilent à toute vitesse et une espèce de gratitude envers tout et tous commence à m’envahir. Moment suspendu pendant lequel je vais me sentir en accord avec le monde. Ca fait deux fois que la Thaïlande m’offre un pareil moment.

Le retour dans le flot humain est un peu brutal, mais la sérénité gagnée est la plus forte, tous les sens ouverts, je contemple tout autour de moi avec des yeux d’enfant qui découvre le monde. Ce sentiment là, c’est un peu celui qui est l’essence de mon petit moteur d’apprentie-voyageuse : celui de l’émerveillement quand on découvre un endroit pour la première fois et Bangkok est assez grande que pour être étonnée même après maintes visites !

Au fur et à mesure que l’on s’approche de Siam, les voitures disparaissent. Les rues sont mêmes bloquées et c’est là qu’apparaissent les premiers villages de tentes des protestataires Lorsque j’étais là, la contestation « anti-Yingluck Shinawatra » était sur la fin de son mouvement de plusieurs mois. Les « chemises jaunes », royalistes et plutôt urbaines, campaient et bloquaient le centre de Bangkok depuis des mois. Un accord avait été trouvé et dans les jours qui allaient suivre, le blocage allait être levé. On sait maintenant qu’il ne s’agissait que d’une accalmie. Mais pour le moment, j’entre dans le « village ». Les entrées sont gardées par des policiers plutôt relax, on me laisse passer sans à peine me regarder.  Ce qui frappe quand on pénètre dans l’antre de la contestation, c’est l’ordre et le calme qui y règne. Les tentes sont disposées sous de grands auvents, pour les protéger du soleil, ou sous les ponts, comme ceux du Skytrain. On y trouve plusieurs infirmeries, les vendeurs de rues sont là pour nourrir tout ce petit monde et à chaque implantation, des écrans géants relaient les discours des leaders politiques qui  se passe un peu plus loin, tout à côté de Siam Square sur une scène comparable à celle qu’on pourrait installer pour un concert (écran géants compris). Je n’ai jamais vu un mouvement d’opposition à qui on laissait autant de latitude pour protester. Je me demande aussi d’où vient tout cet argent  pour financer tout ce mouvement. Peut-être en partie de la vente des t-shirts « Restart Thailand » ? Lesquels sont légitimes, et lesquels ne sont en fait des petits malins ayant trouvé une manne financière.

J’essaie d’en savoir plus… mais les protestataires semblent avoir quitté le village pour vaquer à leurs occupations et la plupart des gens à qui je m’adresse ne parle pas anglais. Je trouve finalement une jeune fille qui s’avance vers moi, consciente que je suis curieuse. Elle m’explique : la corruption, la peur du retour du frère, l’ancien premier ministre Thaksin Shinawatra, destitué et pour le moment en exil doré aux Émirats Arabes Unis, les semaines passées ici, l’envie de relayer le message au monde… La conversation est malheureusement courte, mon interlocutrice doit me laisser pour remplir une mission.

Je poursuis mon chemin dans certaines petites rues derrière Siam Square. Il doit être 13 heures et ce soleil tape, intense. Heureusement, les petites maisons de Bangkok, prévoient toujours de quoi faire de l’ombre à ceux qui sont à pied. Je me balade quelques instants dans le quartier quand je tombe sur  un salon de coiffure. Je vois mon reflet dans la glace, cheveux trop longs, devenus comme de la paille à cause du sel marin, je jette un œil à l’intérieur : une jeune fille aux cheveux multicolores, un jeune homme stylé et un jeune homme aux longs cheveux, plus efféminé que vraiment ladyboy sont aux ciseaux et fers à cheveux. C’est décidé, je vais me faire une nouvelle coupe. A mes risques et périls.

A suivre…





  1. Blog Voyage Way
    le 17.12.2017

    J’aime beaucoup Bangkok.
    C’est surement l’une des villes au monde où il y a le plus contraste tradition / modernité.

    Il y a des quartiers très agréables à Bangkok et notamment l’ouest de la ville très peu visité mais qui regorge de canaux.

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