- Bangkok , Thaïlande -

June 2014

Flâner à Bangkok (2e partie)

La fille du salon de coiffure me jette à peine un regard, le garçon aux longs cheveux me toise en souriant de toute sa hauteur. Il doit faire au moins deux têtes de plus que moi, la ceinture de son mini-short m’arrive au niveau des épaules et sa nationalité est indéfinissable.  Il ne semble pas Thaïlandais. Asiatique certainement, avec ce teint un peu cuivré que l’on retrouve chez les Birmans, mais ses grands yeux noirs semblent démentir cette provenance éventuelle. A première vue, c’est lui le patron. Le troisième, un peu dandy, les cheveux aussi extravagants que possible pour un coiffeur, est définitivement extrême-oriental. Les cheveux décolorés, et un sourire à la fois énigmatique et doux soulignent sa personne. Parfaitement sapé malgré la chaleur, c’est lui qui va me prendre en charge, presque timidement. Il ne parle pas très bien anglais mais il m’explique qu’il vient de Corée. Ensemble, on regarde des brochures où s’alignent nombres de beautés asiatiques, soit coiffées comme des poupées, soit complètement déstructurées. On se décide pour une coiffure, avant de couper, il me place devant le miroir, étudie mon visage, l’effleure avec mes cheveux dans un semblant de coiffure pour en évaluer la longueur optimale à leur donner. Il me débite des phrases que je ne comprends pas mais grâce aux mouvements des cheveux, je comprends qu’il veut me couper une frange de biais, parce que la frange droite, ça ne m’irait pas et il dessine une espèce de lune autour de mon visage pour me faire comprendre que c’est « parce que mon visage est trop rond ». Pendant l’heure qui va suivre, je vais me faire masser le cuir chevelu, couper la toison, brusher les capillaires… Mon coiffeur est attentif à tous les détails, vérifie et re-vérifie les longueurs, me demande à chaque étape si ça va, s’empare du fer à friser pour la finition… enfin, je suis prête. Un sourire plus franc apparaît sur sa bouche… et sur le mien : c’est parfait ! Je serai ensuite photographiée sous tous les angles, comme si j’étais une star qui était venue se faire coiffer chez eux. C’est là que je réalise : je devais être la première occidentale du salon !

 

Ma valise, mon chauffeur de mobylette, et moi

Légère et de bonne humeur, je me rends au MBK, le centre commercial mythique de Bangkok est mon one-stop shopping quand j’y suis. Première étape : le supermarché du centre pour y dénicher épices et pâtes à curry. Deuxième étape : le 6e étage, celui du « Marché de l’artisanat » pour y acheter quelques souvenirs à ceux restés au pays et enfin, le 3e étage. Ma valise n’a pas supporté le voyage en bus jusqu’à Bangkok, je vais donc m’en acheter une nouvelle, plus grande. En 20 minutes, après un peu de marchandage, l’affaire est entendue ! Je suis propriétaire d’une nouvelle valise 4 roues prêtre à prendre les routes du monde. Il me faut donc rentrer vers l’hôtel la déposer. Je confie mon chemin du retour à GoogleMaps et m’engouffre dans le BTS, le métro de Bangkok. Arrivée à la station indiquée, je suis le chemin mentionné par l’app… et me rends vite compte que je ne suis pas où je devrai être. A cours de megabytes, mon smartphone ne m’est pas vraiment d’utilité et j’essaie de rejoindre un axe principal pour y trouver un taxi quand quelques gardes d’immeubles me font signe, comprenant bien que je ne suis pas là où je devrai être. J’explique que je suis perdue. Justement, un jeune homme à mobylette, peut-être le fils ou petit fils du gardien se propose de me ramener à destination. Pour 150 bahts. Je n’ai pas la force de négocier mais je me demande quand même comment on va caler ma nouvelle acquisition. « No problem » me dit le gardien. Il place le jeune homme devant, moi derrière et cale la valise entre nous, saisit mon bras gauche pour en accrocher la main sur l’arrière de la moto et la droite pour tenir la valise stable. La mobylette démarre…

Imaginez Bangkok, et même le centre de Bangkok, une ville grouillante de véhicules, entre SUV’s, pick-ups, tuk-tuks, bus et taxis multicolores, vous vous faufilez sur une mob’ qui se lance à vive allure, avec d’autres vulnérables comme vous. Au début, tout va bien, la rue est plutôt calme et il nous prendre les grands axes. Mon chauffeur fait des zigzags entre les véhicules, à un moment nous voilà pris dans le grand rond-point du monument à la liberté… et on file! Les voitures sont partout, je sens les pots d’échappement sur les mollets! Et merde, je n’ai pas de casque. La main qui tient le cadre se crispe, je suis à la fois grisée, fascinée et pleine de trouille. On frôle une voiture d’un peu plus près cette fois. “J’vais mourir, j’vais mourir, j’vais mouriiiiiir”, hurle-je mentalement. J’imagine l’accident, tout de suite mortel. J’imagine ma famille en pleurs en train de se répéter “qu’ils me l’avaient bien dit que c’était dangereux de partir toute seule”,  que mes amis se seraient consolés en disant qu’ “au moins elle était partie en faisant quelque chose que j’aimais.” J’ai oublié de signaler que je voulais donner mes organes (même si je suspecte que mon foie ne doit pas être de première fraîcheur), que je voulais qu’on disperse mes cendres en partie dans l’océan et en partie dans l’espace, que je voulais léguer ma bibliothèque à mes nièces… mais la route s’éclaire, en arrivant sur Petchburi Road, il ne reste plus qu’une longue étendue de bitume sur laquelle la mobylette file, ne reste plus que le plaisir de la course, cheveux aux vents. Mon conducteur me dépose saine et sauve devant mon hôtel!

Baiyoke Tower : le toit de Bangkok

Le temps de déposer mes affaires et de me changer, et me voilà à nouveau battre les pavés pour me rendre à la Baiyoke Tower II, qui est à un petit 5-10 minutes de marche et est le gratte-ciel le plus élevé de Bangkok (84 étages). Si vous y aller au coucher du soleil (le moment idéal, quand Bangkok n’est pas noyée dans un intense soleil), il vous en coûtera 400 baht (avant 18h, c’est 300). Au sommet, vous trouverez un poste d’observation tournant (pas besoin de bouger, on choisit son poste pour les photos, et on admire le paysage). On y accède par un escalier tout sombre, au son de la “Guerre des étoiles”. Kitschissime! Tout comme le bar à l’étage en dessous, qui semble avoir connu de meilleurs jours mais qui offre une vue imprenable sur la mégapole. Après avoir longuement photographié l’éxtérieur, je rentre pour déguster une petite Singha (une boisson est comprise dans l’accès à l’Observation Deck) et là, surprise, le bar est presque désert! Je choisi donc un pouf bien en face du soleil couchant. Ce sera mon dernier pour ce voyage, et il prend des teintes de soie thaïlandaise: rose, jaune, orange, un peu violet… Le soleil, rouge-orangé, est englouti par la pollution bien avant qu’il ne touche l’horizon. Les lumières de Bangkok s’allument comme des millions d’étoiles et les rues remplies de véhicules se transforment en serpent lumineux… Et la nuit tombée, entre les échoppes du marché de Pratunam, j’erre comme une âme en peine. Demain, il sera temps de rentrer.





  1. Victoire78
    le 12.12.2017

    Je me serais crue dans un film d’action à la lecture du passage de la mobylette, pop-corn à la main, j’attendais impatiemment la fin ! 🙂
    Les photos et vues sont magnifiques ! Moi qui prépare un voyage à Bangkok, ça me conforte encore plus dans mon choix de destination !

  2. Melissa
    le 12.12.2017

    J’espère t’avoir donné quelques petites idées, Victoire. En tout cas, le moto-taxi, à ne pas recommander aux âmes sensibles!!!

  3. Pixels du bout du monde
    le 12.12.2017

    Vraiment très prenant cet article.

    Et puis l’histoire avec la mob’, vraiment génial!

    je rejoins Victoire78, pour dire qu’on se croirait dans un film d’action.

  4. Flâner à Bangkok (3e partie) - Mel Loves Travels
    le 12.12.2017

    […] Pendant que j’engouffre mon petit-déjeuner, je consulte GoogleMaps. Malgré la mésaventure de la veille, je persiste à lui faire confiance, d’autant plus qu’il s’agit de marcher… […]

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