Le soleil est à peine levé… Ce matin, j’ai un peu de mal à me réveiller. Comme une somnambule, je parcours la pelouse remplie de rosée pour rejoindre la douche. Pour la première fois depuis le début du circuit, je ressens un coup de fatigue. Ce n’est vraiment pas le bon jour pour flancher car cette journée promet d’être longue et bien remplie. Nous allons la passer au Parc National de Tsitsikamma, un parc long et étroit qui combine forêt et côte sauvage en bord d’Océan indien.
Je somnole un peu dans le bus jusqu’à l’arrivée sur une plage. La première partie de la randonnée commence. Une première partie bien gentille sur un sentier parfaitement balisé qui nous emmène entre broussailles, ponts suspendus et vues de cartes postales sur des criques… Une chouette mise-en-bouche ! Et le grand pont suspendu, c’est un peu l’icône du parc !

 

« Maintenant que vous êtes-réveillés, dit Bruce, on va passer aux choses sérieuses. Soyez sûr de prendre assez à boire ».

 Tsitsikama National Park

 

Waterfall Trail à Tsitsikamma

Avant d‘entamer la marche, je lis le panneau qui marque le début du sentier: 2-3 heures de marche dont on ne dit pas si c’est un « aller »seulement et niveau intermédiaire requis. Je me demande ce qu‘ « Intermédiaire » veut dire. Techniquement, je ne suis nulle part au niveau de la randonnée mais si j’ai pu vaincre Lion’s Head il y a quelques jours, ce n’est pas cela qui va me faire peur!  Pendant que je me motive mentalement, le ciel a le temps de se couvrir petit à petit. Décidément, le printemps est un peu bizarre sous les sub-tropiques! La déconvenue est de courte durée, je souris aux prairies côtières couvertes de fleurs qui s’étalent devant nous. Si ça continue comme çà, ce sera une ballade plutôt plaisante.
Tu parles!
Tsitsikama National Park
Je ne sais combien de temps plus tard, nous faisons un break à mi-chemin et j’ai les jambes qui tremblent. Au simple chemin de campagne, ont succédé une bande étroite de terre à flanc de colline… puis plus rien! Juste des ronds de couleurs marqués sur des rochers acérées pour indiquer le chemin à suivre. Avec l’océan d’un côté et les falaises de l’autre, ces formations rocheuses, rongées parla mer font toute la longueur de la côte et s’étendent à perte de vue.  Je maudis le fait de ne pas avoir de sac à dos ni de sens de l’équilibre plus développé! J’ai l’impression de frôler la chute et la mort toutes les cinq minutes et je râle intérieurement à tous les moments…  Je dois gérer mon sac placé en travers de mon corps, mon appareil photo et mon corps qui ne répond pas toujours comme il faut! Quand après le tournant d’une falaise, je pense que nous avons terminé, une autre vague de danger minéral apparaît! Je me sens tel un Frodon sur la route du Mordor!

Tsitsikama National Park

 

Tsitsikama National ParkEn regardant les plus aguerris de mes compagnons qui ont l’air d’avoir fait une simple promenade de santé alors que j’essaie de de reprendre un peu d’énergie, je me dis que la destination finale a intérêt a en valoir la chandelle! Nous quittons la grotte qui nous a servi de refuge et reprenons la marche. L’enfer continue pour moi mais enfin, la récompense: Une chute d’eau et un petit lac contenu par la roche ou s’ébat un oiseau de mer, avec l’océan juste derrière. Et tout cela, rien que pour nous. Idyllique!
L’eau est glaciale, un vent frais souffle mais certains n’hésitent pas à piquer une petite tête… Comme un goût de début du monde. Oubliées les difficultés et le mal aux jambes et aux bras qui n’ont pas cessé de travailler pendant tout le parcours. J’immortalise le tout, les pieds dans l’eau… Étrangement, après cette vision paradisiaque, le chemin de retour se fait plus facilement. Mes jambes semblent plus agiles et plus rapides, sur un rocher, deux dassies (une espèce de hamster géant) femelle et son bébé se chauffent la couenne sur les rochers. Ils se laissent regarder et photographier complaisamment, comme s’ils étaient conscient de leur degré élevé sur l’échelle du mignon. Plus loin dans les bois, c’est un couple de cerfs qui traverse nonchalamment devant nous.

Tsitsikama National Park

La tyrolienne… en Afrique du Sud !

Nous retrouvons Ella avec joie! Cette excursion nous a creusé l’appétit et après un rapide repas sur le parking, nous repartons vers le village de Tsitsikamma où nous attend la deuxième activité de la journée… Cette fois, le ciel est bel et bien chargé mais tant pis! Au cœur de la forêt, le « village » de Tsitsikamma National Park semble n’attendre que nous: avec quelques uns, nous allons faire de la tyrolienne entre les arbres ! En cinq minutes, je suis équipée d’un harnais et d’un casque, nous embarquons dans un camion et nous nous enfonçons dans la forêt. Notre guide est un homme d’une quarantaine d’année, jovial, il vérifie que tout le matériel est en ordre et nous donne quelques conseils de sécurité avant que son assistant ne nous fasse une démonstration de la marche à suivre une fois suspendu au filin.
C’est Nina, probablement encouragée par son exploit de la veille, qui se lance la première puis, je m’avance d’un air volontaire. Le guide demande de m’asseoir sur la plateforme. Je regarde devant moi… J’essaie d’oublier que je suis à 60 mètres de haut avec juste une poulie qui me retient à un cable en métal. Je place mes mains où on me l’a indiqué, prend mon élan et ZIP!!! L’impression étrange, mon cerveau me dit que je devrai tomber mais non, je glisse, assez lentement… La sensation est étrange! J’arrive en bout de bout de câble, l’assistant me tire à lui… J’avais l’esprit tellement occupé par ce que je devais faire que je n’ai pas eu le temps d’en profiter! Qu’à cela ne tienne, nous avons encore plusieurs câbles à parcourir. Pendant que les autres arrivent, j’observe ce qui se passe autour de moi: J’ai l’impression d’être un peu dans un rêve parmi les cimes des arbres à écouter le vent soufflant dans les feuilles… Plus près du ciel et plus près des oiseaux que l’on entend plus distinctement que sur le plancher des vaches mais la végétation est si touffue que j’ai beau chercher, je n’en vois aucun ! Le guide nous préviens: « Après ce petit entraînement, c’est la plus longue et la plus haute glissade du parcours, vous pouvez crier si vous voulez ». C’est mon tour… Je regarde devant moi et me lance dans le vide:

 Plus le temps passe, plus je suis à l’aise… Je glisse d’arbre en arbre et franchement, ça ne va jamais assez vite! C’est grisant! Et dire que nos anges-gardiens font ça tous les jours! Je me demande si on s’y habitue ? J’aurai pu continuer comme çà pendant longtemps, dans la lumière verte de la canopée mais finalement, le parcours touche à sa fin et nous devons faire une petite promenade avec notre guide pour rejoindre le camion. J’en profite pour bavarder avec le guide. Cela fait 10 ans maintenant qu’il travaille pour le Parc où il a commencé au même poste que son assistant avant de grimper les échelons. « Et maintenant, j’étudie pour passer le brevet de guide pour pouvoir exercer sur toute la Garden Route et faire autre chose. Le tourisme, ça a beaucoup apporté à notre communauté ». Il pleuvine doucement… Pas étonnant que cette forêt soit si luxuriante !
Up in the trees, in Tsitsikama National Park

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C’est ma tournée !

Ce soir là, c’était moi qui régalait! C’est l’avant dernière nuit et comme nous avons un espace cuisine plus grand que pour la prochaine étape, j’ai décidé de régaler mes compagnons de route d’un « roxanito » (cocktail crée en conférence alors que, en possession de rhum, nous avions vainement cherché de quoi faire un mojito et improvisé avec sprite, citron jaune et sans menthe). A peine ai-je terminé de préparer la mixture que fusent des « Speech! Speech! » et je suis priée de venir devant le feu et de faire mon éloquente. Sur le moment, je me rends compte qu’ils vont me manquer… Ma première expérience de camping est une réussite et c’est grâce à eux aussi! « Mais avant de dire au revoir, il restera encore une journée et une matinée alors préparez-vous parce que demain, vous allez voir des choses extraordinaires ».
Et pourtant, je ne sais pas trop si je dois penser « Vivement, demain! ».