- Tiraspol , Transnistrie / Moldavie -

October 2011

Ivresse Moldave : Danger-Danger, Transnistria! II

C’est ainsi que je fis mes premiers pas dans un état qui n’existe pas… Un petit monde qui vit dans sa propre logique et sa propre perception du monde. La Transnistrie a tous les attributs d’un État: un drapeau qui flotte fièrement un peu partout, un gouvernement, une monnaie, une frontière contrôlée comme n’importe quelle autre… Non ce n’est pas un trou noir… tout à l’air normal sous le soleil, les gens vaquent à leurs occupations, sont assis sur les bancs des parcs, peut-être un peu moins bien entretenus que ceux de Moldavie tandis que les routes semblent, elles, en meilleur état que les routes moldaves pourtant, il y a des petites choses qui trahissent les faits: les cartes de crédits ne sont pas acceptées, ou rarement. Si vous voulez des roubles transnistriens, il faut vous armer de cash car les cartes de banques ne fonctionnent pas, les grandes enseignes que l’on croise d’habitude dans le monde occidental ne sont pas là et si l’on voit des voitures allemandes de luxe circuler, c’est parce que la compagnie Sheriff a l’exclusivité de la vente. L’alphabet cyrillique que je n’ai pas l’habitude de voir, contribue à donner un sens d’étrangeté à l’endroit. Le russe est la langue la plus usitée mais le moldave, écrit en cyrillique, est également langue officielle ainsi que l’ukrainien.

Au pays des Soviets

Mon premier tour d’observation consiste à rejoindre la rue du 25 octobre, c’est là que l’on trouve l’essentiel de ce qu’il y a à voir à Tiraspol. Sur mon plan, les rues Karl Marx, Gorki, Rosa Luxemburg, Yuri Gagarine se croisent et sur les murs ou façades, l’on aperçoit les vieux symboles du communisme, non pas laissés comme ‘souvenirs” mais bien vivants: l’étoile rouge, la faucille et le marteau. Je les verrais souvent sur les bâtiments de la rue du 25 octobre!

C’est une longue avenue rectiligne, dans le plus pur style communiste, faite pour les défilés de masse et les parades militaires. Sur toute sa longueur circule un ballet incessant de trams qui semblent ne tenir qu’à un fil tellement ils sont vieux. Sur le chemin, je croise des petits commerces et aussi, un énorme bâtiment qui vend tout de sorte de choses de seconde main, surtout des meubles et de l’électro-ménager… Particularité du lieu: les deux premiers étages ont l’air d’avoir été littéralement bombardés! Je croise des bâtiments officiels, quelques rares restaurants, le palais de l’enfance et des arts de la jeunesse, le Palais municipal de la culture, un placard géant fêtant l’anniversaire de la Transnistrie tandis qu’un autre représentant une photo du président Ivanov serrant la main de Dimitri Medvedev, célébrant l’amitié transistro-russe.

Le camarade Lénine

Finalement,  j’arrive devant le parc qui entoure la statue d’Alexander Suvorov, fondateur de la ville, fièrement dressé sur un fougueux destrier.  Dans un espace public qui borde le Dniestr. Il s’agit du “Cimetière des héros”, rendant hommage aux soldats des différentes guerres. Comme à Soroca, je trouve un monument aux soldats tombés en Afghanistan mais la similitude s’arrête là. Séparé par une allégorie de la mère Patrie, un autre soldat de pierre se tient bien droit: c’est l’hommage rendu aux volontaires qui se sont battus pour les autorités de Tiraspol contre les Roumano-Moldaves lors de la guerre de Transnistrie. A côté, trône un vaillant et rutilant char d’assaut P-34 célébrant les soldats de la IIe guerre mondiale, portant un slogan tout en courbe comme si c’était une chanson, souligne les glorieux faits d’arme. De l’autre côté, l’attraction principale de Tiraspol: un énorme Lénine en granite (ou marbre?) rouge qui trône sur son piédestal, bien haut devant le palais qui regroupe à la fois le Parlement, le Conseil suprême et les bureaux présidentiels.

Les traits bien connus sont fermes, sévères et le regard perçant regarde l’horizon bien en face…. Avec cette espèce de cape que le sculpteur lui a fait, on dirait presque un super-héros! Je découvre que je ne suis pas la seule touriste, un jeune homme aux traits asiatiques lui aussi photographie Vladimir Ilitch Oulianov. Je dégaine mon smartphone et prend une photo. Il serait temps de rassurer mes followers sur Twitter et leur dire que je suis bien arrivée! Je recherche du réseau wi-fi… Moins facile qu’à Chisinau!  Sans faire attention, je m’étais assise sur la bordure d’un parterre de fleurs, à l’entrée du Palais présidentiel. Tout à coup, une petite silhouette noire dévale les escaliers à toute vitesse et file droit vers moi. J’attends qu’il arrive. A son insigne, je comprends qu’il s’agit du service de sécurité! Il me parle, vite, mais je saisis le mot « président » et saisit que nous ne pouvons pas rester là. C’est le « bureau du président » et il est interdit de s’en approcher si l’on y travaille pas. Le jeune touriste asiatique est également sommé de s’éloigner… Inutile de discuter pour si peu ! Je traverse donc le boulevard pour aller voir le pont sur le Dniestr. C’est une magnifique journée de début d’automne et les pêcheurs sont légions! Je regarde les badauds longuement… et joue à la comparaison, surtout avec les jeunes. Les filles portent les mêmes hauts-talons et les même mini-jupes, les garçons ont tous le look entre le « bad-boy » et le footballeur pourtant, la mise est plus simple, sans trop de fantaisie. La grande distribution textile ne s’est pas encore aventurée jusqu’ici!  Près du pont, un restaurant allemand a l’air bien agréable mais personne n‘y est… plus bas, un bateau dont le but est d’emmener le touriste faire une mini-croisière sur le Dniestr semble attendre désespérément le touriste. C’est clair, la Transnistrie souffre de son isolement politique!

Dans les rues de Tiraspol

Les heures tournent, il faudrait que je songe à mon défi: ramener un globe de neige pour une copine artiste qui en a fait sa marotte! J’entre dans un petit centre commercial: personne! J’aperçois une boutique de souvenirs qui pourrait peut-être bien contenir ce que je cherche. Une dame d’une cinquantaine d’année m’ouvre la porte de sa boutique fermée. Tant bien que mal, j’essaie de lui expliquer ce que je cherche. Je mime, je prends un globe en verre et essaie de figurer de la neige à l’intérieur. Nous rions. Elle me fait signe d’attendre et revient avec un portable en me disant “English”. Une voix de jeune fille est de l’autre côté, un peu hésitante. Malheureusement, “snow globe” ne semble me faire aller nulle part. Mais pendant tout ce temps, j’ai pu observer la boutique entière et suis quasi certaine qu’il n’y en a pas! Pour ne pas partir les mains vides, j’achète une paire de magnets et nous nous séparons dans un ultime sourire.

Des magasins vides, j’en verrai plein en parcourant la rue du 25 octobre…  Même constat au 7 Fridays, un bar-resto dont le personnel semble sorti d’une agence de mannequins. Les autres seuls clients sont deux anglophones dont l’un à l’air d’être un expat’ dans le coin. Malgré leur jeunes âge, aucun des serveurs ne parlent anglais. Loin d’être un reproche, c’est plutôt un fait étonnant, de ne pas rencontrer un jeune sachant pas quelques mots de la lingua franca mondiale. C’est comme une piqûre de rappel pour me dire que c’est à moi, visiteuse, de faire un effort.

Je jette un œil à l’heure. C’est la fin de l’après-midi et je suis autorisée à rester jusqu’à 21 heures. Fatiguée par les longues journées des jours passées, je me mets en route vers la gare. Sur le chemin, je hèle un maxitaxi. Bingo: celui-là retourne sur Chisinau!

Il faut repasser à nouveau la frontière. Une jolie jeune femme au regard froid me prend mon passeport et mon “Visa”. A nouveau, tout se fait de manière très pro et sévère… Sans paroles, ni sourires. Le maxitaxi repart sur les routes et je suis presque déçue que mes seuls problèmes avec l’autorité n’aient été que mineurs, moi qui m’y était si bien préparée!

Me voilà revenue dans le “monde réel” avec la sensation d’avoir visité le plus grand musée à ciel ouvert du monde: celui du pays qui n’existait pas!

Wikitravel: http://wikitravel.org/en/Tiraspol





  1. NowMadNow
    le 14.12.2017

    Tu donnes un portrait intense de ce “pays” et… tu ne fais qu’attiser ma curiosité.

    NowMadNow

  2. Melissa
    le 14.12.2017

    C’est bizarre parce qu’en fait, tout semble tout à fait normal et d’un calme olympien! Pourtant, il y a plein de rumeurs qui circulent au sujet de la Transnistrie…. Ca vaudrait le coup de rester plus longtemps pour gratter le vernis. 😉

  3. fabrice
    le 14.12.2017

    Excellent!
    Cela ma rappelle plein de souvenirs et je vois que rien n’a changer, c’est fou!

  4. Melissa
    le 14.12.2017

    Le propre des régimes despotiques est de ne rien changer… Y’a que les douaniers apparemment qui ne sont plus à la hauteur de leurs réputations. 😉

  5. Lucie
    le 14.12.2017

    Pareil, ça me rappelle des souvenirs. C’est vraiment spécial ce pays. Je me souviens d’un marchand à la gare de Tiraspol qui ne voulait pas de roubles transnistrient seulement des euros ou des dollars (on avait que les Lei, bizarrement ça lui convenait pas non plus 🙂 ).
    Tu as du te déclarer à l’immigration? On avait dû faire ça à l’époque, et on te donne ce papier que tu ne dois surtout pas perdre sous peine de ne pas pouvoir ressortir! C’est vraiment un endroit particulier!

  6. Melissa
    le 14.12.2017

    Oui, oui Lucie! Je le racontais dans l’épisode 1. On a tous du remplir un formulaire de “visa” pour rentrer et bien conserver le bon de sortie.
    Ça se fait aussi dans d’autres pays comme les États-Unis pour les résidents de pays qui bénéficie de l’exemption de visa. On a agrafe un ticket de sortie que l’on laisse à la frontière.
    Maintenant, vu que les douaniers entrent les coordonnées des gens qui entrent dans un ordinateur, ils doivent savoir quand tu as mis le pied sur leur territoire. Si tu perds ton ticket, passer la frontière te prendra bien sûr plus de temps, mais je ne pense pas qu’ils ne te laisseraient pas ressortir.

    Pas que j’ai envie de tenter le coup, hein! 😉

  7. Laponico
    le 14.12.2017

    Je ne dirais pas que c’est beau, mais ça a quand même un charme certain…j’avais visité Sofia entre autre en Bulgarie ya quelques années, et ya un peu de ça je trouve…

  8. Melissa
    le 14.12.2017

    A mon avis, ça doit être à eu près çà… mais c’est une expérience vraiment bizarre…. comme si tu étais dans un monde parallèle. Vraiment étrange!

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