- Ilha Grande , Brésil -

April 2015

Ilha Grande est-elle toujours aussi magique ?

Il y a 5 ans et demi, j’avais trouvé mon paradis. Une île émeraude au large du Brésil, entourée d’une eau étrangement bleue-verte. Aucune voiture, un développement plutôt contrôlé… lorsque j’y débarque, tout m’y apparaissait comme dans un rêve. Peut-être était-ce dû à la relative nouveauté de voyager seule, peut-être était-ce le sourire et la grâce de ce surfeur parti rechercher une des mes tongues perdue en sautant par dessus un ruisseau à mon arrivée? Peut-être était-ce dû aux soirées sous les loupiottes du “Café do Mar” ou le fait d’observer la Croix du sud et le ciel austral pour la première fois ? Ou l’élégance et la voix chaude de Florian, devenu compagnon de soirée et de randonnée pendant trois jours ?

Bref, Ilha Grande a un statut quasi mythique dans ma courte histoire de voyageuse et lorsque vint le moment de quitter Trindade, j’avais un choix à faire : où profiter des 4 jours qui me restaient au Brésil ? Curitiba (une des villes les plus agréables du Brésil) ? Trop loin pour revenir ! Buzios (le Saint-Tropez local) ? Pas trop mon style ! Et je me suis souvenue qu’au moment de quitter l’île, je m’étais promise d’y revenir. J’ai finalement cédé à l’appel des sirènes de la Baie d’Ilha Grande, non sans m’interroger. Revoir une destination coup de foudre après des années, c’est comme retrouver une personne qu’on a beaucoup aimé, très fort, pendant peu de temps, avant d’en découvrir les défauts. Une image toute encore emprunte d’émerveillement et qui nous a tenu chaud toutes ces années où on avait besoin de penser à son paradis perdu.

Alors comment allais-je retrouver mon Eden ? Etait-ce une bonne idée d’y revenir ? Les dés en étaient jetés!

Sur la route d’Angra dos Reis

L’aventure a démarré dès mon retour à Paraty. J’arrive à la gare des bus pour acheter mon billet pour Angra dos Reis, un des points d’embarcation pour l’île. Je suis occupée à faire la file lorsqu’un homme m’accoste en anglais.

“- Vous allez à Angra dos Reis?

– Oui, pourquoi ?

– Si vous voulez, je vous emmène pour 10 réals. J’ai déjà deux clientes mais il m’en manque encore 2 avant de partir. ”  me dit-il en désignant deux femmes, apparemment une mère et sa fille. Au départ, j’hésite un peu. “Je suis un ancien pompier, il n’y a pas de soucis! Si vous acceptez, je dois juste trouver un dernier client, et on est partis. Et vous paierez moins cher”.

Convaincue plus par l’opportunité d’une aventure que par le prix de la course, je me décide! Cinq minutes après, notre chauffeur improvisé a déniché son dernier client, un jeune homme d’une vingtaine d’année, et c’est parti!

Ce qui me fascine avec les Brésiliens, c’est la facilité avec laquelle les contacts se nouent… une espèce de chaleur naturelle. Nous ne sommes pas dans la voiture depuis 5 minutes que notre chauffeur, le jeune homme et la mère de famille entrent dans une conversation animée. La grande ado reste visée à son smartphone et moi, j’essaie de comprendre, en vain, ce qui se dit… Je saisis des mots ou des brides de phrases mais tellement éloignées les unes des autres que je n’arrive pas à en saisir le sens. Qu’importe, je me laisse baigner par le son chaloupé du portugais brésilien et l’ambiance joyeuse dans la voiture. Après quelques heures, nous voilà à Angra. Les 3 autres passagers sont déposés à la gare des bus, quand à moi, c’est au port que je dois me rendre. Je m’installe donc à côté du chauffeur et en profite pour papoter un peu. “Et vous voyagez seule ? Vous n’avez pas peur ?” Des questions que je vais commencer à entendre, et que j’entends encore maintenant rentrée. Je lui explique que le vrai courage, c’est de surmonter sa peur. et comme je n’ai pas peur, je ne suis pas si courageuse que ça. A mon tour de le questionner un peu sur sa vie. A chaque fois qu’il a l’occasion, il offre ses services pour retourner à Angra, c’est qu’un divorce et une pension alimentaire, ça coûte cher. Il faut donc arrondir les fins de mois. Finalement, nous arrivons au port. Je règle ma course, on se serre la main et moi de partir à la recherche du lieu d’embarquement.

Retrouvailles avec Ilha Grande !

Deux heures plus tard, me voilà à bords. Ca me faisait tout drôle de retrouver ce vieux ferry… le même qu’il y a 5 ans! Un solide bateau américain, ayant fait ses classes en Louisiane et qui tous les jours, transporte visiteurs, habitants de l’île, provisions et matériel sur l’île. Même le temps est le même qu’il y a cinq ans. Gris, mais calme… la seule différence, c’est qu’il y a plus de gens sur le bateau! Même si nous ne sommes pas encore en pleine saison (Noël est dans 4 jours et tous les Brésiliens ne sont pas en congé), il y a quand même pas mal de monde sur l’île, puisque j’ai eu un peu de mal à trouver un logement qui ne soit pas trop cher. Cette fois, pas de petite pousada en bords de la plage, mais une auberge située au bout du village d’Abraão, le seul et unique village de l’île (l’île est protégée et il ne reste que quelques habitation dispersées). Une fois installée, je me lance dans mon “pèlerinage” : la ballade le long de la plage d’Abraão vers le Cafe do Mar. Et là, surprise : le café était le seul à avoir un bar installé sur le sable… plus maintenant! Ils sont plusieurs à avoir envahi la plage, juste après le quai. Reste le pavement du trottoir qui s’arrête pour céder la place au sable battu, et enfin plus loin, à la plage, sans rien d’autre. L’autre surprise, c’est la petite rivière qu’il me fallait traverser tous les jours pour rejoindre ma pousada. Elle n’existe plus. C’était là que ma tongue baladeuse avait décidé de prendre un peu l’air. Et là, je me sens un peu triste. Comme si une chouette voisine qu’on pensait revoir avait déménagé sans crier gare.

Quand j’ai fini mon petit tour, le soir tombe… Je n’ai quasi pas mangé depuis ce matin et me précipite au Bier Garten, un restaurant “au kilo” qui a le mérite d’offrir une grande sélection de légumes (c’est parfois difficile au Brésil). Une vision familière, rassurante. Le lieu a à peine changé alors que je pensais le trouver agrandi mais je me le rappelle avec moins d’agitation. Pour parfaire ma promenade des souvenirs (avant de m’en faire des nouveaux le lendemains), je me décide de terminer cette journée par une petite caïpirinha sur la plage.

Sur le chemin du bar, les pieds dans le sable, je laisse le vent du soir jouer avec mes cheveux et le bruit des vagues me bercer les oreilles.  Ca aussi, ca n’a pas changé.

Parmi les clients, je reconnais une vieille dame qui partage la même auberge. Je lui fais un petit signe et elle m’invite à m’asseoir. Liliane a 72 ans. Voyager, elle en avait toujours rêvé mais Liliane était née à une époque différente et elle a suivi le modèle qu’on lui imposait : se marier, fonder une famille. Une fois ses enfants devenus adultes et fraîchement divorcée, elle a décidé de vivre pour elle et chaque année, elle part plusieurs mois explorer un pays. Un seul. Pour bien le visiter. Je me régale de ses anecdotes et de son aplomb. Cette femme est tout aussi hardcore qu’un baroudeur ayant le quart de son âge et je réalise qu’il semble bien qu’on ne guérisse jamais du virus du voyage. Et si mon paradis a un peu changé, s’il me semble un peu moins idyllique, les rencontres, elles, le sont tout autant que par le passé.

Pour aller plus loin
Avec le développement de l’île et la construction de petite hôtellerie à divers endroits de l’île, rejoindre Ilha Grande dépend en fait de là où vous logerez mais la majorité des visiteurs séjournent à Abraao, le chef-lieu.

Les points d’embarcation se trouve à Angra dos Reis (le principal port), Mangaratiba et Conceição de Jacareí.

Depuis Rio ou Paraty : A nouveau, la majorité se rendront à Angra en bus, avec Costa Verde, soit depuis Paraty (gare routière), soit depuis Rio de Janeiro (gare routière de Novo Rio, environ 40 réals)

Depuis São Paulo : Arrêt à Angra avec la Compagnie Reunidas Paulista

Depuis la gare routière de Angra dos Reis, se rendre au port d’Angra à pied où avec un taxi (partager une course ne sera pas un problème avec pas mal de personnes sortant du bus et se rendant également au port. A Angra, vous aurez le choix : soit prendre un catamaran (plus rapide, plus cher, vous trouverez déjà les vendeurs à la gare routière d’Angra), soit le bon vieux ferry de la SA Barcas, la société en charge des “transports en commun” vers Ilha Grande. Moins cher (14 réals l’aller) et bien plus sympa. Mentionner quel type de bateau vous prenez, les catamarans et le ferry ne partent pas du même endroit.

Certaines compagnies offrent également un transfert privé de Rio vers Ilha Grande a des prix qui sont certes plus chers mais relativement raisonnables (99 réals). C’est la solution que j’ai préféré pour rejoindre l’aéroport de Rio, étant donné que je quittais le Brésil après cette dernière escapade).

Si vous séjourner ailleurs qu’à Abraao, renseignez-vous avec votre hôtel/auberge pour savoir où vous devez vous rendre.

Pour plus d’information sur les différentes options de transports (avec explication selon les points de chute sur Ilha Grande) : http://www.ilhagrande.com.br/como-chegar/

Sur les sentiers d'Ilha Grande
Trindade, l'art du farniente à la brésilienne




  1. Chrissand
    le 20.11.2017

    Je ne connaissais pas cette île. Merci de la découverte.
    Et as tu déjà visité Fernando Da Noronha?

  2. Melissa
    le 20.11.2017

    Ah bon, Chris? Pourtant, elle est assez connue (et de plus en plus, d’ailleurs) et elle vaut VRAIMENT le détour, mais hors saison, c’est certain (fait jamais vraiment froid de toute façon). Et non, pas de Fernando Da Noronha pour cette fois. Il faut un gros budget pour y aller.

  3. Nathalie
    le 20.11.2017

    Chouette billet! J’ai eu moi aussi un coup de coeur pour Ilha grande l’année dernière! J’ai toujours peur de revoir les lieux qui m’ont beaucoup charmée de peur de les voir transformer! Cette année, le coup de coeur au Brésil était Boipeba : une île naturelle et sauvage! Tu connais?

  4. Melissa
    le 20.11.2017

    Merci Nathalie! Je pense que je suis prête à retourner à Ilha Grande… mais hors saison. Je crois ce qui m’a le plus choquée, c’était le gros bateau de croisière dans le port. Je n’aurai jamais imaginé qu’ils autoriseraient çà. Du coup, je suis allée voir Boipeba que je connaissais pas… et ça a l’air super!!! Je compte bien visiter Bahia et ses environs donc, la voilà sur ma liste, merci!

  5. AllantVers
    le 20.11.2017

    Aaah Ilha Grande. Ses plages, sa forêt, les caïpi,… Elle a vraiment beaucoup à offrir.
    Merci pour cette article qui nous remémore d’excellents souvenirs.

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