- Singapour , Singapour -

October 2017

Comment Singapour m’a aidée à terminer mon tour du monde

Le moment fatidique est arrivé. Inévitable. Le jour du retour. Je me réveille comme tous ces matins de départ que j’ai enchaînés depuis près de quatre mois sauf que cette fois-ci, ce n’est pas pour une destination inconnue : je rentre chez moi. Pour la dernière fois, je boucle mon fidèle sac à roulettes. Pour une fois, je ne l’ai pas fait la veille au soir. Je ne suis plus pressée. Pas de bus à prendre pour de prochaines aventures, juste un avion qui décollera en soirée pour retrouver des paysages et des visages connus et chéris. Mon quotidien qui était devenu l’inconnu ces derniers mois va se retourner comme une crèpe.  

Dans ma tête, c’est la confusion la plus totale. Je suis assaillie d’une profonde tristesse en même temps qu’une grande satisfaction de retrouver le cocon familial. Je ne rentrerai pas chez moi directement. Je me suis accordée deux semaines de « transition » au sein de ma famille avant de retrouver mon appart’ à Bruxelles et la vie que j’y ai laissé. Un sas de sécurité nécessaire. Je mâche distraitement un mauvais croissant en ruminant. Même si je reviens avec le printemps, il ne fera jamais aussi chaud et lumineux qu’en Polynésie ou dans le Nord du Chili. Même l’enveloppe de chaleur et d’humidité de Singapour m’est devenue habituelle. Ce matin, je suis en short et t-shirt, ce soir, pour rejoindre l’aéroport, j’aurai mis mon jeans et un pull à manches longues… mais il me reste encore quelques heures et j’ai une mission à accomplir !  

Lorsque Mélina, mon hôtesse à Pape’ete a su que j’allais à Singapour, elle m’a filé un cadeau et une adresse e-mail : celle de sa cousine qui travaille pour une grande banque ? Est-ce que je ne pourrais pas lui délivrer ce cadeau en main propre ? Ce serait plus sympa que de l’envoyer par courrier ! Pendant un mois, ce cadeau, bien amorti entre mes sacs à vêtements, s’est donc promené à travers le Pacifique, traversé presque la moitié de l’Océan Indien, avant d’être délivré sur la table de ce petit restaurant à ramens de Singapour où la cousine de Mélina m’a gentiment invitée. Je bénis cette coïncidence qui a fait que nous nous rencontrions en ce dernier jour, je ne plus seule avec mes pensées. On parle de sa cousine, de la Polynésie, de son boulot, de mon parcours pendant que j’enfile les nouilles fumantes et parfumées de mon bol. Comme d’habitude, au plus je parle, au moins je mange. La parole me remplit plus la panse que la nourriture en fait… Repue, je laisse la moitié de mon bol lorsque mon interlocutrice doit retourner au bureau. C’aurait pu être là ma toute dernière rencontre de voyage… mais pas tout à fait !  

Buddha Tooth Relic Temple & Museum

Comme il me reste encore bien quelques heures avant de prendre le chemin de l’aéroport, je décide d’aller faire une toute dernière visite : celle du Temple de la Dent de Bouddha, en plein Chinatown.  

Il est là, énorme… une grosse masse dans les rues plutôt petite du quartier. Son aspect lui donne un air ancien mais le temple a seulement 10 ans cette année. C’est même plus qu’un temple, il s’agit à la fois d’un musée et d’un centre d’étude sur le bouddhisme. J’espère y trouver un peu de paix et de réconfort.  

La légende veut que le temple soit l’écrin qui renferme une canine de Bouddha, qui aurait été retiré de son bûcher funéraire et ramené d’Inde, via le Sri Lanka qui en fit cadeau à Singapour. 

Le temple est une succession de salles les unes plus somptueuses que les autres et ce sera surtout les lieux de culte que je vais visiter. Avec des noms aussi poétiques que le Hall des cent dragons, le Hall du mémorial aux ancêtres ou le Hall de la Lumière sacrée, c’est une profusion de statues, d’ornements, de lampes… Et on se met directement dans l’ambiance dès l’entrée avec le Hall des cent dragons où trône un grand Buddha Maitreya, le Bouddha du futur, entouré par deux bodhisattvas. Dans la salle, on entend des chants, une petite odeur d’encens tandis que les fidèles s’affairent à prier. Je sens déjà une première vague de calme qui commence à m’envahir.  Je passe dans la Salle de la sagesse universelle où sont alignés les protecteurs du zodiaque. Le zodiaque en question, c’est bien sur le zodiaque chinois qui reprend les douze animaux qui ont répondu à l’appel du Bouddha à sa mort. A chaque signe correspond un protecteur, les 4 gardiens des coins cardinaux, plus les points intermédiaires, et à chaque protecteur correspond un général. L’occasion pour moi de découvrir que mon bodhisattva est Ākāśagarbha, que l’on prie pour améliorer sa mémoire et pour obtenir des talents manuels. Réciter son mantra est aussi se mettre sur le chemin de la sagesse car la sienne est sans limite, comme l’espace sur lequel il domine. Je le fixe et la statue sans expression semble regarder à travers moi, une épée dans la main droite et les doigts de la main gauche repliés sur une perle.  

Je laisse là mon protecteur pour accéder au 4ème étage où se trouve la fameuse dent du Bouddha, le Hall de lumière sacrée et la plus belle des salles du temple, toute laquée de rouge avec un plafond de lampions. C’est ici que la dévotion des Singapouriens est la plus forte. Sur les côtés, on trouve des espèces d’alcôves où les fidèles sont en pleine méditation. De mon côté, je m’agenouille et ferme les yeux. Je me laisse pénétrer par l’ambiance de recueillement. En un éclair, je vois toutes les dernières semaines qui se déroulé comme un film en hyperlapse. Toutes les sensations que j’ai pu avoir, les bonnes, les mauvaises, je les accueille de la même manière, avec reconnaissance, elles ont toutes les deux été sources d’enseignement. Les regrets viennent, surtout dû à mon déficit de spontanéité. On ne refait pas. On vous dit que le voyage vous change mais ce n’est sans doute pas le cas pour tout le monde. Ou en tout cas, ce ne fut pas la grande révolution à laquelle je m’attendais.  

Puis, comme un retour de balancier, ce sont les opportunités saisies qui viennent à moi, des visages qui apparaissent. Les rencontres que j’ai faîtes. Je prends le temps de m’attarder sur chacune d’entre elles et leurs visages m’apparaissent comme s’ils étaient en face de moi. Dans ma poitrine, une drôle de chaleur est en train de se diffuser : c’est mon cœur, à la fois content et léger. La tristesse et l’anxiété qui m’avaient suivies depuis le matin se sont envolées. Quand je rouvre les yeux, je suis sereine. J’accepte enfin le départ. Histoire de prolonger un peu ce moment de paix, je monte sur le toit pour visiter le jardin d’orchidées et le moulin à prière tout en émail. Tout dans le jardin à sa place précise et sa signification : les petits pavillons aux quatre coins cardinaux, le pavillon des dix-mille Bouddhas où se trouve le moulin à prière est au centre. Même les parterres d’orchidées ne sont pas là au hasard et même les fleurs de frangipanier dispersées dans le bassin d’eau ont l’air d’avoir été posées à un endroit précis.  C’est un festival de couleurs et de délicatesse.

Ça y est, je suis prête à rentrer !

Le mot de la fin 

Mon chauffeur de taxi embarque mes valises, ferme la porte derrière moi, me confirme que je vais à l’aéroport et entame de suite la conversation. C’est un monsieur jovial qui me conduit. Indien peut-être, plus vraisemblablement bangladeshi. En quelques minutes, je serai au fait de sa situation familiale, de la composition de sa famille et de ce que font ses enfants. « Et vous ? Vous êtes venue pour affaire ?   

  • Non, non, pour visiter. Je termine un tour du monde.  
  • Toute seule ???  
  • Oui, oui, toute seule  
  • Quoi ? Pas de mari ? Pas de petit-ami pour vous accompagner ? »  

Ahlàlàààà… Combien de fois l’ai-je entendue, celle-là ! Je lui réponds que non, que j’avais envie de faire çà seule, que c’est un choix. Il comprend, me demande si j’en ai bien profité. Je lui réponds que oui, lui explique mes quelques regrets que j’ai accepté au temple.

Finalement, nous arrivons à la bretelle qui accède aux départs de l’Aéroport de Changi.  

« Bon retour, Mademoiselle et la prochaine fois, faîtes çà à deux avec votre conjoint. »  

Je ne peux pas promettre la deuxième partie de la proposition mais je pense pouvoir dire qu’il ne faudra plus longtemps avant de tenir la première.  

Evasion en Indonésie avec Europalia




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