- Ramallah , Palestine -

July 2017

Visiter la Palestine : Impressions d’un séjour pas comme les autres

Nous venons de nous installer autour d’une table dans un restaurant de Bayt Sahur, près de Bethléem. Le soleil brille, une petite brise vient rafraîchir l’atmosphère et la vue sur la vallée et les collines environnantes est enchanteresse. Un de nos cicérones palestiniens vient se planter devant nous : « Jolie vue sur les colonies, hein ? Bon déjeuner ! ». L’amertume, voire le dégoût dans le son de sa voix est palpable. Nos têtes se tournent vers l’endroit que l’homme avait désigné d’un coup de menton dédaigneux. Sur une des collines, plusieurs pâtés de maisons. Les constructions sont blanches, modernes… et signe qui ne trompe pas : pas de réservoirs à eau sur les toits : c’est une colonie israélienne.

Quelques jours avant, le compagnon de « gardienne-des-cordons-de-la-bourse » revient d’une escapade à la Mer Morte et tombe sur un accident qui vient de se passer. Rien de trop grave à première vue mais une femme sort de sa voiture en se tenant la poitrine. Est-ce le choc dû au déploiement de l’airbag ou a t-elle percuté le volant ? L’histoire ne le dit pas par contre, l’autre chauffeur s’approche et tend une main secourable vers la dame. Au lieu d’accepter l’offre, la femme se met en colère et lui crie dessus. Ce pourrait être une réaction normale suite à un accident mais lorsque le chauffeur de taxi traduit ce qui s’est dit… « Ne t’approche pas de moi, tu es Arabe, je ne veux pas de ton aide ! ».

Ces deux anecdotes illustrent un peu l’état des choses entre Israël et la Palestine. Une situation qui dure depuis 1948.

C’est dans un climat un peu tendu que mes collègues et moi débarquons à Ramallah, la capitale « de facto » de l’autorité palestinienne. La veille, Israël annonçait la construction d’une nouvelle colonie à Jérusalem-Est, le quartier majoritairement palestinien. De l’autre côté, le ton monte contre l’Autorité palestinienne qui verse une pension aux familles de Palestiniens emprisonnés en Israël, certains pour faits très graves. Martyrs pour les uns, terroristes pour les autres.

Un séjour dans un lieu pas comme les autres dans des conditions pas comme les autres puisque nous travaillerons avec une des branches de l’Autorité palestinienne afin de promouvoir la bonne gouvernance.

Un séjour pas comme les autres

Lorsque la décision fut prise au boulot de tenir une conférence en Palestine, j’ai eu peur. Pas pour moi ou ma propre sécurité, tu le sais Lectrice, Lecteur, je ne suis pas du genre à reculer face à une mauvaise réputation,  mais serait-ce le cas du public qui vient d’habitude à nos conférences ?

En rétrospective, j’avais en partie raison d’avoir peur : les préjugés, les tracasseries administratives liées au visa et la difficulté d’obtenir un permis d’entrée pour certains pays aura crée un certain manque à gagner dans la participation néanmoins, les plus motivés étaient là, et bien entourés par nos pairs palestiniens, très fiers de montrer qu’ils étaient tout à fait capables d’organiser une conférence internationale (la 5ème de leur histoire). L’événement était tellement énorme que les médias en ont, apparemment  parlé en boucle. Coincés par toutes nos obligations, nous n’avions vu que quelques images à la télé du bar de l’hôtel : celles de nos pontes passant en direct au journal du soir. Le genre de couverture que je n’ai jamais vu en dix ans de métier. Mais dans le fond, ce n’est pas tous les jours que l’on vient tenir une conférence en territoire occupé.

La Palestine, pas un endroit comme les autres

Vous savez que nous n’êtes pas dans un endroit du monde comme les autres lorsque vous passez des heures à traverser une frontière. J’en reparlerai plus tard… mais le fait est qu’il faut montrer patte planche. Une fois la frontière franchie, dans un paysage aride, on ne peut pas s’empêcher de remarquer des panneaux d’affichage qui vous signale que vous entrez en Zone A, B, C… vous ne savez peut-être pas ce que ça veut dire exactement mais rien que leur vue vous fait penser que vous êtes dans une zone de guerre. De temps en temps, des miradors font leurs apparitions… comme si le pays était une prison géante.

Pourtant, la vie à Ramallah et dans d’autres villes de Palestine n’est pas si différente que dans les autres villes : les rues sont pleines de voitures, les gens sont attablés dans des cafés et restaurants, les enfants du quartier de l’hôtel où nous séjournons viennent profiter de la piscine, on  fait du shopping, Al-Saa’a Square bruisse d’activités, entre les ados qui viennent s’y donner rendez-vous, les vendeurs de fruits et légumes avec leur âne qui hèlent le badaud et le soir, le lobby et les salles de l’hôtel vivent au rythme de diverses fêtes et mariages où jeunes lookés jusqu’au bout des pointes de cheveux côtoient leurs aînés plus traditionnels. Et quand dans un parc de Bethléem, un musicien se met à jouer, il ne faut pas 5 minutes avant que les sourires ne montent sur les visages, les mains ne commencent à battre la mesure et que les garçons se mettent à danser.

Et pourtant… les signes que nous ne sommes pas dans un endroit « normal » viennent vite vous rappeler ce qui se passe. Le serveur qui m’apporte mon « lemon and mint » vient de s’enquérir de mes impressions sur la Palestine. « Alors, on ne dirait pas que nous sommes en terre occupée  à première vue? »

Et on s’en rend vite compte, finalement : les checks points disposés un peu partout sur les routes par exempte. Autre particularité : le panorama des villes palestiniennes est constellé de réservoir d’eau. Pas un bâtiment, pas une maison n’en possède au moins un. On ne sait jamais, en cas de tension, Israël pourrait décider de couper l’eau ou encore les feuilles de papiers et posters placardés un peu partout avec des visages graves d’hommes, souvent jeunes : les visages de ceux qui sont en prison, à tort ou a raison  ou sont morts. Dans les rues des villes et sur les routes du pays, les véhicules blancs marqués au sigle de l’ONU sillonnent tous les terrains. Mais le signe le plus significatif, c’est le mur (officiellement, la barrière de séparation) : barrière de sécurité pour Israël, mur de la honte pour l’autorité palestinienne, cette construction de plus de 700 kilomètres encercle toute la Cisjordanie. Je l’ai vu, c’est comme un grand serpent de béton gris qui balafre le paysage. On peut le voir « de près » à Bethléem, là où Banksy a décoré le « Walled-Off Hotel » mais je ne verrais pas cette partie de la ville, comme si nos hôtes avaient vraiment voulu nous le cacher. Son effet ? Moins d’attaque contre les Israéliens, en effet mais des Palestiniens qui vivent parqués. Pas étonnant que les réactions les plus vives viennent des Sud-africains qui participaient à notre conférence. Ce mur et cette ségrégation leur rappelle de bien mauvais souvenirs. Il n’était pas loin le temps où les Sud-africains noirs, entassés dans des territoires qu’on appelait “Bantoustans” devaient aussi avoir un permis pour travailler en zone blanche, comme c’est le cas des Palestiniens qui doivent avoir un permis pour travailler en Israël.  « Ironie du sort, me glisse un Sud-africain, c’est que la communauté juive dans mon pays était la plus active parmi les blancs contre l’apartheid. On leur doit énormément. ».

La Palestine, c’est aussi un endroit sous perfusion économiquement parlant. Il suffit de se balader dans le pays pour s’en rendre compte : l’ONU, l’Union Européenne (et les pays européens à titre individuel), les États-Unis, la Russie, le Japon, la Corée… on trouve plein d’affiches mentionnant les projets financés par divers partenaires : des routes, des bâtiments publics, des fouilles et restaurations archéologiques, divers programmes… une assistance sans laquelle la Palestine (du moins la Cisjordanie, la bande de Gaza dirigée par me Hamas, c’est une autre histoire) ne pourrait sans doute vivre dignement.

Voilà, le décor est planté… les impressions, livrées, comme j’ai ou les ressentir. J’en ressors avec une grande tristesse, le sentiment d’un immense gâchis, de la colère et pas mal de pessimisme car la conjonction politique pour conclure une paix équitable n’est pas vraiment idéale  (même si, surprise, un accord sur l’eau a eu lieu pas plus tard que mercredi).  Point de vue évidemment partiel puisqu’à part les services d’immigration et des douanes, je n’aurais eu aucun contact avec des Israéliens  Il me manque l’autre côté de la pièce mais j’en ressors avec une envie de comprendre, de faire un long séjour, d’Israël en Jordanie, de démêler les fils d’une histoire qu’un séjour d’une semaine est BIEN loin de suffire afin d’y voir plus clair.

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  1. nuagenomade
    le 18.11.2017

    En te lisant j’ai exactement la même impression que toi, pourtant je n’y ai jamais mis un pied alors que j’adorerais y aller. Honnêtement, c’est les passages à la frontière qui me dérange, à mon avis avec ma tête ça n’irait pas … C’est dommage.
    J’ai du coup vraiment très hâte de lire le reste de tes impressions. 🙂

  2. Melissa
    le 18.11.2017

    Tu ne devrais pas t’inquiéter. Rien de ce qu’un peu de patience et de sang-froid n’arrivent à gérer. Nous avons pu passer la frontière de la Jordanie vers Israël sans problèmes, sauf un de mes collègues (j’en reparlerai lors d’un prochain article) et cela nous a pris 3 heures mais finalement, nous sommes passés. Les passeports européens ne posent en général pas de problèmes.

  3. Our American Dream
    le 18.11.2017

    C’es la première fois que je lis un article de blog voyage sur la Palestine. J’ai beaucoup aimé ton récit qui permet de découvrir sous un autre angle cet endroit.
    Merci de partager ça avec nous

  4. Melissa
    le 18.11.2017

    Avec plaisir. Je sais bien que ce n’est pas une région facile mais elle est si riche à tellement de point de vue !

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