Un étrange sentiment de liberté nous étreint quand mes collègues et moi passons la frontière avec la Jordanie. Nous voilà en pays libre ! Amman et sa grande masse blanche nous engloutit… Cette ville me fait un drôle d’effet, je ne sais pas comment l’appréhender, tout à l’air de se ressembler, à première vue et je me sens un peu perdue. Je ne vais pas trop pouvoir me pencher sur son sujet, mes collègues et moi sommes là pour dormir car demain, demain… ce sera le départ vers un des lieux qui se trouve sur la liste des amateurs d’ailleurs : Petra !

En route pour Petra !

Pas le temps de prendre le petit-déjeuner, nous sommes levés aux aurores. C’est une énorme boule saumon qui sort de la brume matinale et éclaire la ville encore calme à cette heure. Le spectacle me laisse songeuse et je regarde Amman prendre quelques couleurs.

Pour prendre le JETT bus (les bus touristiques qui relient les grands sites jordaniens), il faut d’abords aller retirer ses billets au guichet et nous sommes parmi les premiers, les bureaux ne sont même pas ouverts ! Les vendeurs de rue le savent bien et c’est un marchand de café qui a trouvé le bon filon ! Pour quelques dinars nous voilà tous équipé d’une énorme tasse de ce délicieux café à la cardamome ou d’un thé fumant. De quoi nous réveiller ! Ou pas. La plupart des passagers commencent tous à dodeliner de la tête à peine le bus sorti de la ville avant de finalement sommeiller. C’est que l’environnement du bus y est plutôt propice, presque tout le monde a tiré les rideaux pour se protéger du soleil et il y régné une douce pénombre.

Nous filons donc plein sud dans des paysages désertiques, croisant des petites villes et villages jusqu’à enfin arriver à Wadi Musa, la ville la plus proche du « village » de Petra. C’est ici que la plupart des backpackers logent mais ce n’est pas ici que le bus va s’arrêter. La station de bus se trouve tout près de l’entrée du site. Alors que le paysage était plutôt plat, ici, une muraille de pierre orange-rose s’élève un peu comme un grand orgue… C’est dedans que se cache la fameuse cité. Un site que nous allons pouvoir admirer de haut depuis notre hôtel, le Petra Moon Hôtel. Et il mérite bien son nom : le lever de lune sur Petra est tout simplement spectaculaire ! Expérience inédite, nous allons dormir dans une chambre (pas un dortoir, une vraie chambre familiale) pour 5 (quatre adultes et une ado) ! J’ai l’impression de me retrouver en camp de vacances… mais de luxe ! Les lits simples sont juste énormes ! En plus de la superbe terrasse (barbecue de l’hôtel fortement recommandé) et de la piscine, l’hôtel est à 5 minutes de l’entrée du site que nous visiterons le lendemain.

Tarif indicatif pour une chambre 2 personnes : 83 Euros

Petra et les Nabatéens

Petra était la capitales des Nabatéens, un peuple arabe commerçant qui avait son propre royaume jusqu’à ce qu’il soit absorbé par l’Empire romain sous le règne de Trajan. Située sur le parcours des caravanes des épices et de l’encens, Petra était une ville florissante et bien protégée. Au temps de sa splendeur, la ville comptait au moins 20.000 habitants. Au fil des siècles, elle perdit de son importance et se vidât de sa population. Les tremblements de terre successifs et les croisades finirent par la faire tomber dans l’oubli. Elle sera « redécouverte » par le monde occidental lorsqu’un explorateur suisse, Johann Ludwig Buckhardt, déguisé en Arabe, y sera conduit. Ses récits soulèveront un enthousiasme qui n’a jamais faibli jusqu’à aujourd’hui. En 1985, Petra est inscrite au patrimoine mondial de l’UNESCO et en 2007, elle devient une des 7ème Nouvelles Merveilles du Monde.

Al Siq, une entrée remarquée

La première recommandation que je puisse te faire, Lectrice, Lecteur, c’est d’arriver sur le site au plus tôt : non seulement pour pouvoir en profiter à fond (vu le prix de l’entrée) mais aussi pour profiter de la fraîcheur du matin et du relatif calme du site avant que la masse de touristes ne débarque. Une fois nos tickets achetés à l’immense centre d’accueil de Petra, nous voilà en route pour le Siq, ce fameux et étroit passage creusé ans la roche par les éléments plus connu pour son apparition dans ce film d’anthologie !

Si tu penses entrer dans Petra à dos de cheval comme Indy ou de dromadaire (oui, je ne te cache pas que j’en rêvais aussi, Lectrice, Lecteur), malheureusement, il va falloir déchanter : on ne traverse le Siq qu’à pied ou en calèche ! Par contre, depuis l’entrée, on peut arriver au Siq sur une mule ou un cheval (mais franchement, çà ne vaut pas la peine).

Ce sera le premier signe des TRES nombreuses sollicitations dont vous serez l’objet tout au long de votre visite : promenade à dos de bestioles, bijou, tissus, souvenirs en tout genre, boisson… L’accroche est en général la même : on vous propose la balade à dos de cheval gratuitement… avant de demander le pourboire. Ou on vous aide à mettre le joli keffieh que vous venez d’acheter pour vous protéger du soleil, avant de vous mettre des bijoux dans les mains. Autant en rire !

Si vous voulez faire un tour à dos de mule ; cheval ou chameau, soyez sûrs de vous mettre d’accords sur le prix et soyez prêts à négocier (15 JD est bon prix, 25 JD top). Regardez bien les animaux également. Si les chameaux, qui sont très cher, sont plutôt bien traités, ce n’est pas nécessairement les cas des mules et des ânes. Regardez bien l’état des animaux avant de savoir si ça vaut la peine.

Traverser le Siq est une expérience en soi… et un des meilleurs moments de la visite de Pétra. On a l’impression de circuler dans un monde fait de draps de satin rose-orangé virevoltants. Il s’agit en fait d’un véritable canyon creusé par le Wadi Moussa (fleuve qui a été détourné par les Nabatéens). A certains endroits, le passage ne fait que quelques mètres de large et les parois s’élèvent jusqu’à des dizaine de mètre de hauteur. Il y règne donc une douce pénombre à la lumière rose et c’est presque en silence que nous parcourons les 1,2 kilomètres, à regarder les jeux des couleurs dans le grès, les niches, souvent vides à présent, des dieux et à observer les signes du système d’irrigation qui faisait de Petra une oasis florissante.

Enfin, après une demi-heure d’extase sensorielle, nous voilà à la vue que tout le monde attend en visitant la ville : celle ou au détour d’un mouvement de roche, se découvre Al Khalzneh : le Trésor, l’un des monuments principaux de Petra.

Le Trésor de Petra

Impossible de ne pas être subjuguée voire émue devant ce spectacle qu’est le Trésor: imaginez un immense bâtiment sculpté à même une roche dont les coloris hésitent entre le rouge, le rose, l’orange et le saumon, harmonieux, élégant et plongé dans une lumière qui ne semble pas être de ce monde. A ses pieds, se reposent des dromadaires. Bref, une vraie carte postale ! On a beau connaître ce qu’on va voir, quand on se retrouve devant l’objet de son désir en vrai, il y a un coup au coeur. Mes yeux en boivent le plus possible et à cette heure-ci, à part les marchands qui commencent à s’installer, il n’y a presque pas de visiteurs, pour le moment.

Si son allure suggère un temple, il s’agit plutôt d’un tombeau royal (1er siècle avant JC) et il doit son nom de « Trésor » au fait que les Bédouins pensait que le Trésor de Pharaon était caché à l’intérieur de l’urne qui est sur la façade au deuxième niveau. On peut même voir les impacts de balles lorsque les Bédouins ont essayé de faire exploser l’urne. Pas de chance : il s’agissait seulement d’un élément décoratif fait d’un seul morceau de pierre. Le trésor de Pharaon est donc encore à découvrir !

Les tombeaux sont très nombreux à Petra d’ailleurs… en fait, quand on regarde bien, on se dit que les Nabatéens vivaient en permanence entourés des morts. Les tombes sont tellement nombreuses qu’on a longtemps pensé que la ville était construite uniquement pour les morts.

Juste à droite du Trésor, se trouve un autre canyon où ont été creusés d’autre tombes monumentales : on l’appelle la « rue des Façades » et on comprend pourquoi, les tombes ont la taille, et l’apparence, de véritables maisons ! Cette rue mène au coeur de ce qu’était la ville de Petra.

Et trônant au milieu de la ville, le théâtre ! Construit par les Nabatéens puis agrandi par les Romains, il est plutôt détérioré par les inondations et l’érosion mais sert encore occasionnellement.

Depuis le théâtre, nous allons aller directement vers l’autre grand monument : le Monastère. Ce qui nous fera manquer la partie « centre-ville » de Petra avec la rue des colonnades et ses anciennes églises chrétiennes.

Pour accéder au Monastère, il faut grimper les plus de 800 marches à pied, soit à dos d’âne ou de mule. Comptez environ une heure pour y arriver (mieux vaut donc le faire au matin pour ne pas trop souffrir de la chaleur). Le Deir (Monastère) est lui aussi creusé dans une paroi rocheuse mais il fait face à un grand espace. Il ressemble également très fort au Trésor, et à la même fonction de monument funéraire, mais en mieux conservé et avec moins d’ornements. Il tient son nom de « Monastère » du fait qu’il a été transformé en monastère pendant l’époque chrétienne.

Après avoir admiré et exploré les environs, il ne reste plus qu’à reprendre le chemin par où vous êtes venus. C’est le seul moyen. A l’aller ou retour, faite un détour par le Triclinium aux Lions, situé dans un petit canyon. Avec sa porte en forme de trou de serrure et son environnement plutôt sauvage, il faut le coup d’oeil ! C’est ici que se tenaient les banquets organisés pour les morts.

Revenus du côté du théâtre, c’était le moment idéal pour prendre un petit rafraîchissement avant de prendre un chemin de montagne vers les ruines du Fort de Jebal Habis (un ancien fort bâti par les Croisés). Et c’est probablement l’un des endroits de Petra que j’ai préféré. Si il ne reste quasi rien du fort, le panorama vaut largement la peine Là haut, keffieh au vent, la vue est juste époustouflante sur des pics de grès et la grande plaine où se trouve Petra. Je ne peux pas l’en empêcher, j’ai la musique de Lawrence d’Arabie dans la tête, d’autant plus que nous sommes seuls, ce chemin n’étant pas souvent emprunté par les visiteurs. Mais cette montée en plein cagnard (il est à présent passé midi) nous a littéralement épuisés… même protégée du soleil et bien hydratée, une fois arrivée à un petit snack en bas, j’ai l’estomac littéralement retourné, contre-coup de la chaleur : prudence, donc !

Le dernier site que nous allons visiter sont les tombes royales. Elles surplombent l’endroit où se situait la ville, les morts veillant sur les vivants. Et pour une fois, on peut rentrer à l’intérieur des bâtiments. C’est l’occasion d’admirer la beauté des formations et des couleurs de grès. Une des images de Petra qui me reste en mémoire est cette photo, celle de ce gardien jordanien, élégant et souriant, surveillant avec fierté son domaine et se prêtant complaisamment aux photos des touristes que nous sommes avant de nous faire un signe de la main en guise d’adieu.

Un jour n’est pas suffisant pour tout visiter à Petra. Il y avait encore beaucoup à voir, comme le site du Haut Sacrifice ou le sentier qui permet d’admirer Al Khazneh depuis les hauteurs (ce qu’on fait Gardienne-des-cordons-de-la-bourse et son compagnon) mais visiter Petra en été requiert de la prudence et nous décidons de rentrer.

Et après Petra ? La Mer Morte !

Si comme mes collègues et moi, vous manquez de temps, embarquez dans un taxi de retour pour Amman et faîtes un arrêt de quelques heures à la Mer Morte (en groupe, ça peut se révéler plutôt économique, et vous serez déposés à votre hôtel).

La Mer Morte est une vraie curiosité de le nature. C’est d’abords le point le plus bas au monde sur la terre ferme (429 mètres en dessous du niveau de la mer) et la teneur en sel de son eau dix fois supérieur à celle de la mer est telle qu’elle permet aux gens de flotter sans rien faire ! Son eau et sa boue sont aussi reputées pour soigner les problèmes de peau (on trouve des masques à la boue de la Mer Morte partout en Jordanie) et de rhumatisme. Il existe de multiples stations balnéaires le long de la côte et une des plus « couleur locale » est l’Amman Beach Resort. Il n’y manque rien : un restaurant, des douches, des parasols, une grande piscine et des magasins au cas où vous auriez oublié votre maillot. Néanmoins, attention : il y fait TRES, TRES chaud en été. Je pense n’avoir jamais eu aussi chaud de ma vie ! Plus de 45 degrés sur la plage. Le sable de la plage était tellement brûlant que la chaleur se diffusait à travers les semelles de mes ballerines. Autant vous dire qu’il ne faut pas traîner !

Et quel effet ça fait de patauger dans la Mer Noire ? C’est surprenant ! Premièrement, l’eau est aussi chaude que celle du bain, il est vraiment très difficile de nager (de toute façon, il ne vaut mieux pas, la moindre goutte d’eau dans les yeux est équivalent à une petite torture), on peut carrément s’y asseoir sans couler. Parlant de piquer , la moindre petite coupure ou endroit de votre corps un peu irrité risque de brûler. Pas besoin de se baigner pendant de longue période et l’effet sur la peau est souverain : on ressort de là douce comme de la soie. A condition de se doucher par après, la croûte de sel qui se développe sur la peau le temps d’aller de la plage à la douche est impressionnante !

Pour aller plus loin

Arriver à Petra

Depuis Amman ou Aqaba, il est très facile de rejoindre le site de Petra. Les Bus JETT s’y rendent (trajet de 3h5 depuis Amman). Vous pouvez réserver votre billet en ligne mais vous devrez le retirer au bureau de JETT le jour du départ, ainsi que pour vous enregistrer. Tarif : 10 JD (environ 12 Euros).

Plus d’information : http://www.jett.com.jo/

Il existe également des minibus partant de Amman, Wadi Rum et Aqaba vers Wadi Musa, la ville toute proche de Petra. Compter 5JD pour un aller.

Entrer à Petra

La tarification pour l’entrée à Petra est un peu étrange. Et chère (mais bon, il s’agit d’un des sites les plus vulnérable du patrimoine de l’UNESCO).

Une excursion à la journée (depuis Israël ou l’Égypte) vous fera payer le tarif plein de 90 JD (quasi 100 Euros).

Si vous séjournez en Jordanie au moins une nuit, le prix sera de 50 JD pour un jour, 55 pour deux jours et 60 pour trois jours. Prenez votre passeport ou votre réservation d’hôtel avec vous pour prouver que vous séjournerez bien en Jordanie.

L’autre bon plan, si vous visitez la Jordanie pour une plus longue période que moi, est le Jordan Pass. Il vous donne accès à 30 sites différents en Jordanie (dont Petra, Wadi Rum, etc.) et vous ne devrez pas payer les frais de visa à votre entrée en Jordanie (à condition d’y rester au moins 4 jours).

Le Jordan Pass est à commander en ligne avant votre départ : https://www.jordanpass.jo/

Petra en pratique

Visiter Petra en été implique de connaître ses limites. Si les matinées sont belles et fraîches (c’est le désert), il en est autrement l’après-midi. Si vous êtes sensible à la chaleur et au soleil, prudence ! Mieux vaut interrompre la visite en début d’après-midi et revenir le lendemain. Si vous visitez Petra en hiver, les journées sont évidemment moins chaudes, mais les nuits et matinées très froides. Il faudra donc emporter de quoi se tenir chaud.

Soyez sûrs de porter des vêtements légers, mais vous protégeant du soleil, de quoi vous couvrir la tête (c’est le moment d’acheter le keffieh à motifs rouge typique de la Jordanie) plein de crème solaire à haut indice de protection, de bonnes chaussures de rando et évidemment, une grosse bouteille d’eau.