- Vasto , Italie -

August 2011

Ti amo, Abruzzo (les bras de la mer)

Les yeux encore un peu lourds de sommeil, je les clignote en regardant un soleil encore orange se lever sur les collines, noyant les villages de Montefalcone et de Roccavivara dans sa lumière. Il est 6h45 et je me dis qu’il est bien tôt pour prendre un bus quand on est en vacances, mais pas le choix! C’est déjà bien heureux qu’un service de bus existe pour un village de 200 habitants, peuplé essentiellement de personnes âgées. Il fait un peu frais dans ma tenue de plage mais je n’aurai pas longtemps à attendre! Je suis la première, et la seule à cet arrêt à monter dans le « corriere » qui relie quelques villages de l’Alto Vastese aux villes de San Salvo et Vasto. Les lacets se succèdent entre Torrebruna, puis Celenza avant de descendre vers la « Trigninna », la route qui longe le fleuve Trigno, qui marque la « frontière » entre les Abruzzes et la région de Molise. J’en profite pour observer le paysage, chaque tournant révélant d’autres petites villes ou villages, tous situés au sommets d’autres collines ou alanguis leurs flanc, suivant leurs courbes. En bas, sous le soleil, le mince filet du Trigno brille. En cette saison, il est presqu’à sec. D’autres passagers sont montés: des gens qui travaillent dans le zoning industriel de San Salvo ou dans les hôtels de Vasto et une famille d’estivants (ils sont rares dans ce bus, la plupart ont leurs propres voitures).

Ce n’est pas à Vasto même que je descends mais bien à Vasto Marina, l’extension balnéaire de la ville principale. Tout y est relativement moderne, saufs 2 ou 3 jolis palazzi au bout de la Via Dalmazia. Avant la construction des immeubles appartement qui leur bloque la vue, cela devait être le paradis!

C’est au Lungomare Cordelia que je me rends! Il est presque 8h30 et les retraités sont déjà attablés dans les bars à boire un petit café. Je vais faire de même! Comme beaucoup de plages urbaines en Italie, celle-ci est « concessionnée », c’est-à-dire qu’un établissement à la charge de son lopin de plage, y installe tous les services nécessaires (cabines, douches, restaurants, toilettes, maîtres-nageurs) mais surtout, parasols et lits de plage et les louent aux estivants qui ne tiennent pas à s’encombrer de tout leur matériel. En août, les places sont quasi toutes prises! C’est dans un de ces établissements que je vais prendre un cappuccino, histoire de finir de me réveiller: « Da Mimí », un des plus jolis et des plus traditionnels, avec ses plantes et oléandres à profusion. Je déguste en regardant rêveusement une étroite bande de mer, à demi cachée par les parasols. En effet, si vous cherchez une plage sauvage et loin de tout: Vasto Marina n’est pas vraiment l’endroit rêvé par contre, vous serez au plus proche de la réalité italienne… car cette plage a relativement peu de touristes étrangers. La plupart ayant leurs origines familiales dans le coin et les Italiens qui y viennent sont souvent aussi de la région, mais partis travailler en Emilie-Romagne ou dans le Nord.

Mais pour le moment, j’ai installé dans mon parasol dans une section laissée libre de concessions (c’est obligatoire de laisser une partie de plage vierge) et je m’apprête à aller faire mon premier bain de mer de l’année! J’aime arriver si tôt, lorsque le soleil jette des étincelles sur l’eau, qu’il n’y a presque personne sur la plage et que je suis la seule à être en train de nager. L’eau est fraiche au premier abords mais si calme et si claire! Les crabes, certains pas plus grand qu’une pièce de 10 cents, sentant l’agitation venir, fuient ou s’enfoncent dans le sable. Une bande petits poissons couleur sable nage à toute vitesse, une nage synchronisée comme un seul corps. En traître, une petite méduse passe devant mes jambes, ses quatre longs tentacules flottant gracieusement derrière un corps rectangulaire. Je reste fascinée malgré moi… J’en connais trop bien la piqûre pour ne pas m’éloigner et partir du côté opposé. Finalement je plonge doucement dans l’eau en poussant un petit cri et commence à nager droit devant moi. La mer est si placide qu’on entend que mes clapotis et les cigales de la pinède, de l’autre côté de la route, bien loin pourtant. A cette heure-ci, l’eau et le ciel se confondent presque… Seule la ligne de l’horizon indique une division. Un horizon mouvant et écrêté par de paresseuses petites vagues, comme on dessinait la mer quand on était enfant. J’ai l’impression de me mouvoir sur un énorme morceau de satin bleu clair, chatoyant sous le soleil. C’est presque hypnotique…

Je dépasse une deuxième bouée. Si je continue tout droit, je serai en Croatie. Je me demande si quelqu’un a déjà tenté le coup à la nage! Pendant quelques secondes, l’idée ne me parait pas si folle que çà. J’ai besoin de me reposer un peu avant tout et je fais la planche. Pas un nuage où accrocher mon regard! Juste un ciel implacablement azur et les oreilles à présent sous l’eau, un grondement doux et constant pour me bercer. Comme la Petite Sirène d’Andersen, je pourrais bien me dissoudre en écume… Ou bien un bras venu des profondeur viendrait me tirer par la jambe… et comme par magie, j’y verrai clair et respirerai comme un poisson. Une vague un peu plus forte que les autres me recouvre le visage et me fait toussoter. Celà a le don de me tire de ma rêverie aquatique! Je me retourne vers la plage… Celle-ci disparait presque à mes yeux quand je suis au creux d’une vague. Altière, la vieille ville de Vasto surveille sa petite sœur depuis son promontoire. Nous irons lui rendre visite plus tard. Mais pour çà, il faudra faire un bon petit crawl de 10 minutes! La plage a eu le temps de se peupler pendant ce temps là. Je slalomme entre les parasols et me laisse lourdement tomber sur mon drap de plage, au soleil, sans plus penser à rien.





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