Aaah… visiter Charleroi (« Charloose », pour les intimes)… « La ville la plus moche du monde » selon un article néerlandais devenu célèbre Une ville qui a du mal à se remettre de la déglingue de son passé industriel, de la corruption et de la légèreté de ses anciens édiles.

Charleroi, c’est aussi une ville où la créativité, et l’humour, est à fleur de peau. Preuve en est le « safari urbain » de Nicolas Buissart qui avait décidé de capitaliser sur les côtés les plus « dark » et glauques de la ville. Un vrai succès ! Enfin, elle est fièrement populaire, militante (en cas de grève, rares sont les Carolos qui ne suivent pas le mot d’ordre) mais aussi chaleureuse.

Depuis que la vieille élite a été balayée, Charleroi essaie de se remettre, doucement. Le chemin est encore long mais il se murmure que « Charleroi is the new Berlin ». Fanfaronnade ou pas ? C’est ce qu’on va voir !

C’est sur l’invitation du tout nouveau Novotel Charleroi Centre et la Maison du Tourisme du Pays de Charleroi que j’ai passé 24 heures dans une ville que je connaissais mal. Ouvert depuis décembre, ce 4 étoiles accolé à l’énorme centre commercial « Rive Gauche », c’est à un homme d’expérience que la direction de l’hôtel a été confiée : Willem Dullemond, plusieurs dizaines d’années de maison au sein du groupe Accor. La personne qu’il fallait pour driller la jeune équipe de l’hôtel. On y reviendra plus tard.

Nous laissons nos bagages à la réception et nous mettons en route pour la première découvert de la journée : le Musée de la Photographie.

Musée de la photographie à Charleroi

C’est à Mont-Sur-Marchienne, dans un ancien Carmel, que s’est installé le Musée de la photographie à Charleroi, une des plus importantes collections d’Europe et trésor culturel national. Comme tous les musées, on y trouve des expositions temporaires à côté de l’exposition permanente.

L’exposition permanente est divisée, même physiquement, en deux parties. Dans le bâtiment ancien, on suit un parcours tout simplement chronologique, où l’on commence aux prémices de la photographie jusqu’aux années 80 où la photographie explose en myriades de styles. C’est aussi le moment de passer dans la nouvelle aile du musée et là, les photos sont plutôt regroupées par styles.

Au fur et à mesure de la visite on tombe sur des monstres de la photographie (Diane Arbus, Raymond Depardon, Man Ray…) et des photos icôniques (le portrait de Greta Garbo, de Che Guevarra…). A côté de ça, vous trouverez un grand nombre d’appareils-photo vintage. J’y ai même retrouvé mon tout premier reflex : le Zenit TTL, marque soviétique, bon marché comparé aux marques japonaises, que mon père m’avait acheté pour m’initier. Si vous êtes un passionné/e, c’est LE musée à ne pas louper.

La Manufacture Urbaine,

Retour en ville en bords de Sambre. Il est déjà l’heure de déjeuner et nous avons rendez-vous à la Manufacture urbaine – l’Atelier (la Table, qui est un peu plus loin, offre un menu plus raffiné) qui restera comme mon endroit préféré de toute la ville : à la fois café, restaurant, boulangerie, épicerie, brûlerie et brasserie, le tout sur 4 étages, cet immense espace vous fera écarquiller les yeux de plaisir.

C’est à côté des cuves à bière qu’on nous installe et qu’arrivent les plats. Et déjà, rien qu’à grignoter le pain en attendant l’entrée, on se régale. Du vrai pain d’artisans (rare en Belgique) et chacun fait avec une bière différente produite par la MU. Adepte du bio et des circuits courts, les produits servis utilisées sont locaux et ultra-frais et ça se sent ! Mention spéciale pour le pain-perdu qui était un véritable régal. Une mie dense mais fondante, une belle croute bien dorée et un gout vraiment vanillé qui a failli me faire venir les larmes aux yeux tellement c’était bon.

Balade industrielle sur les quais de Sambre

Une petite marche digestive n’étant pas de trop, nous voilà partis le long des chemins de halage de bords de Sambre. Nous n’avons pas fait 500 mètres que nous nous retrouvons dans un paysage hallucinant, fait d’usines, de hangars, de pelleteuses et de grues posées sur d’énormes piles de métal, leur mâchoires toujours remplies de matériau qu’elles déversent dans des péniches qui attendent d’être remplies pour repartir. Le tout, dans le bruit assourdissant du fer et de l’acier que l’on broie et qui frotte. Les vestiges de l’industrie lourde qui ont fait la prospérité de Charleroi avant de la plonger dans le marasme. C’est à la fois grandiose, flippant, moche mais prenant aux tripes.

Pour avoir un autre point de vue, je te recommande de prendre le métro depuis la gare de Charleroi-Sud et de faire un petit tour… Avec son panorama d’usines, de tours de refroidissement et les fameux tuyaux de Carsid, plus que probablement sur un ciel lourd de menaces, impossible de ne pas penser à un décor de film post-apocalyptique. Ce n’est pas donné à toutes les villes d’être si moche qu’elle en devient belle et poétique !

Mais ce jour-là, il faisait beau, le printemps s‘annonçait… une luminosité qui faisait éclater les rouges et les oranges de la rouille. Bien orange, c’est aussi la couleur de la porte du Rockerill, une ancienne forge transformé en salle de concert et centre culturel. Le Rockerill, j’en ai souvent entendu parler, j’en ai entendu vanter le côté brut, clash et la qualité de ses activités. Ce jour-là, il restera inaccessible, de l’autre côté du fleuve. Il faudra donc revenir pour juger sur pièce.

Ce que nous avons de notre côté par contre, ce sont d’immense fresques de street-art. Évidemment t que ce genre de lieux convient parfaitement aux graffeurs et street-artists. Il y a de la place pour s’exprimer, aussi ! Moment people : Matthias Schoenhaerts (oui, oui, l’acteur belge le plus sexy du royaume) y a laissé une trace de son passage sous la forme d’une fresque japonisante ! Cet homme a tous les talents !

Charleroi : Ville basse, ville haute

Après près de deux heures de balade, nous quittons les bords de Sambre pour rentrer à l’hôtel. Une partie du groupe ira faire les magasins chez Rive Gauche, une autre préfèrera un peu explorer la ville basse. On sent les prémices du changement. A droite, côté centre commercial, ça semble se réveiller, à gauche, c’est comme si la vile était devenu une espèce de squat géant. On y trouve encore quelques belles œuvres de street-art

Passez quand même jeter un œil à la jolie galerie du Passage de la Bourse, même si elle est quasi vide ! Les commerces les ont désertés pendant les travaux mais des pionniers se sont réinstallés, tout doucement.

Je laisse là les autres pour monter vers la ville haute, que je ne connais pas du tout ! Il faut de bonnes jambes pour vivre à Charleroi : la rue de la Montagne ne porte pas son nom pour rien ! Cette rue qui relie les deux parties de la ville, c’était un axe commercial important pour Charleroi. Il n’en reste que des vitrines quasi vides et des volets fermés. Les derniers grands commerces ont quitté les lieux pour rejoindre Rive Gauche et on doit encore trouver une vocation à la rue de la Montagne. Commerces de niche ? Horeca ? Kot étudiant ? Le tout est encore en suspens… Ville en transition.

Et tout en haut, m’y voilà arrivée : la Place Charles II, du nom du roi d’Espagne qui régnait lorsque Charleroi fut fondée. C’est le siège du pouvoir à Charleroi, pouvoir communal avec l’hôtel de ville, pouvoir spirituel avec l’insolite église Saint-Christophe. Je n’allais quand même pas louper de visiter une église dédiée au saint-patron des voyageurs ! Le voilà d’ailleurs, une vieille statue qui le représente, portant Jésus sous les traits d’un enfant pour traverser un fleuve. Quand je disais que cette église est étrange, je ne rigolais pas : si sa partie la plus ancienne est baroque, elle a été fortement agrandie dans les années 30 et avec ses mosaïques dorées, elle a plus l’air d’une église byzantine qu’autre chose. Avec la lumière du soleil couchant entrant à flot via la porte grande ouverte de l’église, l’effet est de toute beauté.

Pendant que je redescends la rue de la Montagne, je regarde les couleurs du soir qui tombe. Une nouvelle journée se termine sur Charleroi, un pas de plus de franchi vers une nouvelle ère. Allez, bisous, m’chou !

Le Novotel Charleroi Centre

Le voilà, le seul et unique 4 étoiles de la ville de Charleroi ! Installé sur la Place Verte, un bel et large espace public (ou se tient le marché), cet établissement « sent encore la voiture neuve ».

J’ai adoré le lobby : découpé en plusieurs espaces de vie (très contemporain) et sur deux niveaux : un espace attente devant la réception, un côté plus « espace co-working » pour travailler et un espace plus « lounge ». Parquet au sol, couleurs peps mises en valeurs par des fauteuild et canapés anthracites. Pas mal du tout ! Le bar est ouvert à tous et organise même des soirées afterworks ! La salle des petits déjeuners, qui est dans la partie la plus ensoleillée de l’étage, est très claire et donne vraiment envie de commencer sa journée sur le bon pied !

Quand aux chambres, elles ont pris le parti-pris de maximiser l’espace en décloisonnant la salle de bain, ouverte sur la chambre. La douche, elle, est astucieusement caché dans un espace recouvert de glace sans teint. Avant de rentrer, on pense qu’elle est toute petite mais on peut se tenir à deux facilement ! La déco épurée et apaisante fait le reste.

Un hôtel de bon standing, avec un service super chaleureux, ce qui tempère le manque d’expérience évidente de la très jeune équipe. Ce qui est vite pardonné tant la volonté de bien faire est visible et comme l’hôtel n’était ouvert que depuis 3 mois lors de ma visite…

Novotel Charleroi Centre

17, Place Verte 6000, Charleroi