Si vous parlez de Binche à quelqu’un, il ou elle pensera directement à son Carnaval et à ses Gilles. Pourtant, Binche est bien plus que cela. Ville d’histoire, bonne vivante et étonnamment verte, elle vous invite à découvrir ses vieilles pierres, ses bières et ses sentiers. En compagnie de Madame Bougeotte, avec Visit Hainaut, je suis allée à sa rencontre.

La Gare de Binche, doublure de luxe

Si comme nous, vous arrivez en train (vous ne risquez pas de louper l’arrêt, c’est le terminus en venant de Bruxelles), la Gare de Binche est la première chose que vous verrez. Comme pas mal d’anciennes gares en Belgique, elle est de style néo-gothique et tellement jolie qu’elle joue les doublures de grandes villes européennes. Sont-ce ses ferronneries et ses auvents d’époque sur les quais ? Son plafond cathédrale en bois ou son décor qui a à peine changé depuis sa construction ? En tous cas, elle a inspiré des réalisateurs : gare allemande pour « Une promesse » de Patrice Leconte (les inscriptions en allemand ont été gardées en souvenir), Milan et Londres pour le « Happy Prince » de Rupert Everett. Et c’est devant la gare que nous retrouvons Benjamine de l’Office du tourisme de Binche qui nous accompagnera et nous guidera toute la matinée.

Musée du masque et du carnaval

À tout seigneur, tout honneur : notre première visite sera un hommage au roi Carnaval au Musée du masque et du carnaval. Il est non seulement dédié au carnaval de Binche mais aussi au folklore wallon et aux traditions de masque et costumes du monde entier. A côté de ces trois espaces, on y trouve aussi une exposition temporaire.  La partie sur laquelle nous allons nous concentrer est évidemment le centre d’interprétation du Carnaval de Binche.

On ne sait pas très bien comment sont nés les Gilles, ces hommes vêtus d’un costume bourré de paille, bordé de dentelle et portant sabot, masque de cire énigmatique et grand chapeau à plumes d’autruche. La légende dit que leur coiffe serait inspirée de celles des Incas et qu’on les aurait confectionnées lors d’une fête organisée par Marie de Hongrie qui gouvernait alors les Pays-Bas espagnols, en l’honneur de la visite de son frère, Charles-Quint. Mais il semble que cela ne soit qu’une belle histoire.

Plus probable est la théorie d’un costume inspiré par la Commedia dell’arte, la ressemblance entre Pulcinella (Polichinelle) et le Gille étant bien là (d’autant plus que les Pierrots et Arlequins font partie des sociétés carnavalesques de Binche). Avec ses broderies et ses dentelles (qui étaient à l’époque en véritable dentelle de Binche, une spécificité locale), ce serait la caricature d’un bourgeois. Autre indice révélateur : les oranges que les Gilles balancent dans la foule le jour du Mardi Gras. Fruits exotiques et rares sous nos latitudes, les oranges étaient un signe extérieur de richesse… mais aussi de la fin de la mauvaise saison puisque les agrumes sont traditionnellement des fruits d’hiver et leur disparition annonce l’arrivée du printemps.

Fun fact : Les Gilles ne possèdent pas leur costume. En général, ils ne tiennent pas très longtemps. Les costumes sont confectionnés par des « louageurs » qui les louent donc le temps des fêtes.

Ce que l’on sait, c’est que la première mention des Gilles date de 1795, qu’il a changé au XIXe siècle et qu’il s’agit d’un événement très codifié, une des raisons pour lesquelles il aurait perduré à travers les siècles. A Binche, le signal de départ des festivités est lancé 6 semaines avant le Dimanche Gras ! Répétition des tambours, réunions et « soumonces » rythment les semaines jusqu’au Dimanche Gras. Défilés en costumes et bals animent alors la ville le dimanche et le lundi, le lundi étant particulièrement tourné vers a jeunesse.

Le Mardi-Gras, c’est le jour de sortie des Gilles. Dès l’aube, au son de l’aubade matinale, les Gilles, répartis en société, vont procéder au « ramassage » pour se regrouper et tous ensemble entre Gilles de la même société, prendre le petit-déjeuner traditionnel d’huitres et de champagne. Pas moins de 3 défilés les attendent : le premier en masque pour être accueillis par les autorités communales, le 2ème en milieu d’après-midi où les Gilles portent leur chapeau à plumes et lancent les oranges et enfin, le soir lorsque le Carnaval se termine par un « rondeau » des Gilles sur la Grand-Place et un grand feu d’artifice.

D’autres sociétés carnavalesques prennent aussi part aux festivités. Il y a les « Sociétés de fantaisie » historiques comme les « Pierrots » ou les « Arlequins », liées aux deux grandes écoles de la ville, les « Paysans » (considérée comme la porte d’entrée pour devenir Gille) ou encore les « Marins ».

La plus récente, ce sont les « Ladies binchoises », un groupe féminin dont le look rappelle celui des suffragettes et pour cause : non seulement pour être Gille, il faut être Binchois mais il faut aussi être un homme. Même dans certaines sociétés de fantaisie, les filles doivent la quitter au début de l’adolescence. La femme est alors reléguée comme « assistante ». Et même si être « femme, mère ou sœur » de Gille est un rôle qui est assumé avec beaucoup de fierté, ce conservatisme a vraiment le don de me faire grincer des dents. Les « Ladies binchoises » sont donc là pour montrer que les femmes ne sont pas exclues du Carnaval.

Personnellement, j’ai adoré la section consacrée aux masques et costumes du monde. De l’Afrique à l’Océanie, du Groenland à l’Indonésie, cette riche collection offre un véritable tour du monde des rites. Vous pouvez prolonger l’enchantement en visitant l’exposition temporaire « ABELAM : Tournés vers les étoiles » qui met en scène les masques de la collection de Marc Assayag. Issus des Abelams, un peuple de Papouasie Nouvelle Guinée, les masques sont exposés de manière non conventionnelle afin d’en découvrir toutes les faces et même d’en déduire des significations cachées, volontaires ou non.

Binche la ville des remparts

Une des particularités de Binche est que c’est une des rares villes de Belgique a avoir conservé son mur d’enceinte plus ou moins intact. Je parlais de Marie de Hongrie tout à l’heure, même si elle gouvernait pour son frère depuis Bruxelles, Marie adorait chasser et avait plusieurs lieux de plaisance pour s’adonner à sa passion comme Mariemont… et Binche, son préféré. Elle y fait construire un magnifique château Renaissance dont la splendeur ne durera que 10 ans. Il sera détruit lors des conflits avec la France, les habitants se servant des ruines comme d’une carrière. Si vous montez sur les remparts, non loin du parc communal, vous pourrez en voir les quelques restes. Depuis le parc, la perspective sur la collégiale Saint-Ursmer, la charmante chapelle Saint-André et la campagne environnante est vraiment jolie.

Nous quittons les hauteurs pour rejoindre le quartier du Pont Martine et tout à coup, nous laissons le monde urbain derrière nous. On passe une zone résidentielle avant de prendre le chemin du Mont Sarah, une petite colline qui offre une belle vue sur la ville. Ouvrez l’œil, vous verrez aussi le circuit 108 du Ravel qui va de Binche à Erquelinnes.

Brasserie La Binchoise

Notre petite balade nous ramène aux pieds des remparts (qui sont encore plus impressionnants vu d’en bas) pour nous rendre dans une ancienne malterie. Malterie qui a retrouvé une sorte de lien avec sa fonction première puisque c’est ici qu’est installée la Brasserie la Binchoise.

C’est sans doute la plus connue des brasseries de la région. C’est non seulement une tap-room mais carrément un bar-brasserie que nous allons découvrir. Avec les pierres apparentes de la malterie, le bois et les vieux émaux de publicité de bières, on joue à fond le code du vieux caberdouche et ça marche ! La Brasserie est super chaleureuse. Le temps de nous installer, et nous sommes rejoints par Bruno De Ghorain, le boss et maître-brasseur.

La brasserie est devenue tellement grande qu’une partie des installations est délocalisée ailleurs mais Bruno nous fait quand même le tour du propriétaire et nous parle de la philosophie de la brasserie. Ici, on brasse des bières de tradition mais malgré tout, la Binchoise s’autorise quelques expérimentations, comme une bière à la passion et la framboise, ou la bière des ours au miel. Ou les deux « barley wines », le « XO », vieilli en fût d’armagnac et le « Scott », vieilli en fût de whisky. Si la Binchoise blonde est excellente et rappelle un peu une blanche en plus complexe, j’ai aussi beaucoup aimé « L’Embuscade IPA », bien équilibrée.

Vu que nous étions déjà là, nous décidons de manger sur place. Au menu du lunch du jour, un saumon gravlax et des spareribs. Simple, bon, efficace, portions généreuses… On repart repus !

Brasserie de la Couronne

C’est l’estomac bien rempli que nous arrivons à notre deuxième brasserie du jour : la Brasserie de la Couronne. Cette toute jeune brasserie fraichement installée à Leval, un village de l’entité de Binche, est le fruit du travail de Loïc Regulski. C’est en plein travail que nous le saisissons. Et on peut dire que Loïc est allé à bonne école puisque cet autodidacte est passé par la Brasserie Deseveaux. Oui, oui, cette brasserie visitée le mois précédent à Boussu ! L’endroit où la Couronne s’est établie est d’ailleurs un lieu plutôt insolite puisqu’il s’agit… d’un ancien showroom d’une entreprise spécialisée dans le bois.

Pour le moment, la brasserie propose l’Impératrice, une délicieuse triple au petit parfum de coriandre qui a déjà sa popularité parmi les amateurs (et testée et approuvée, ça devient assez rare de trouver des triples en micro-brasserie). L’autre produit est « La Marquise », une bière fruitée fabriquée non pas avec du jus de framboise mais de la framboise fraîche. Elle est dans mon frigo et prête à être dégustée ! 😉 #avecmodération

Boucle de Leval-Trahegnies

Envie d’aller prendre un peu l’air de la campagne pour une petite balade ? Une boucle à travers la campagne binchoise vous fera traverser les villages de Trahegnies et de Leval. Vu que nous sommes déjà à Leval, nous allons parcourir deux petits bouts : un des principaux points d’intérêt se trouve au niveau du Moulin Stoclet, un joli moulin à vent du 18e siècle qui est maintenant classé. Le petit chemin (qui fait partie la boucle) de l’autre côté de la route offre une superbe vue sur les environs. On peut y voir Binche, le parc d’éolien d’Estinnes et les terrils.

L’autre point d’intérêt de la boucle, ce sont les Etangs de la Case. Ces étangs sont ce qui reste d’une ancienne exploitation de terre glaise et maintenant un lieu de délassement et de pêche. Attention aux oies et aux canards, Lectrice, Lecteur, ils sont super habitués à être nourris par les humains et ne sont absolument pas farouches. 😉

Binche, Grand-Place

Bouclons la boucle avec là où le Carnaval se clôture : la Grand-Place de Binche et son joyau, c’est évidemment l’Hôtel de ville. Il est de style gothique et fut modifié au XVIe siècle par le sculpteur-architecte montois Du Broeucq, le même architecte que la Château de Marie de Hongrie. Par la suite, il fut surmonté d’un beffroi à bulbe de style baroque.

Dans ma tête, j’essaie de me représenter les Gilles dansant au son du tambour et du pipeau, se balançant en rythme, avec les drelins drelins des clochettes de leurs ceintures qui s’ajoutent à la musique. Je pourrais presque percevoir les vibrations des sabots qui cognent sur les pavés de la Grand-Place. Il bruine sur Binche mais le beau temps reviendra et le Carnaval aussi.

Cette promenade à Binche a été réalisée dans le cadre d’une collaboration avec Visit Hainaut mais les opinions de l’auteure demeurent libres.
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