Du Borinage aux Hauts-Pays, il n’y a que quelques kilomètres qui les séparent… voire même à certains endroits, ils se chevauchent ! Ce territoire vert qui borde la frontière française a maintenant le titre de Parc Naturel de Wallonie. Et quel meilleur moyen de découvrir une région aussi nature qu’en marchant ?

Le Parc Naturel des Hauts-Pays est un des 12 parcs naturels de Wallonie. Sur ces douze parcs, la Province de Hainaut en compte 3. Les Hauts-Pays sont pour moi plein de souvenirs d’enfance. Ce coin sauvage, pas très loin de là où j’ai grandi, était un endroit idéal pour aller se promener en famille. Combien d’années sommes-nous venus à Roisin pour y cueillir des jonquilles au printemps ? Forêts, rivières, bocages, grande zones cultivées, villages préservés, une faune et une flore unique, voilà en quoi consiste, en quelques mots, le parc. En ce dimanche un peu gris, j’ai intégré un groupe de marcheurs lors d’une « Boucle verte » organisée par le PNHP et c’est à Audregnies, dans la commune de Quiévrain, que nous allons démarrer la balade.

Audregnies, village d’antan

Notre point de rendez-vous, la place d’Audregnies, est déjà une curiosité en elle-même : cette grande esplanade couverte d’herbe et bordée d’arbres est tout simplement la plus grande place du Hainaut. On pourrait jurer que c’est une pâture pour les animaux et on n’est pas très loin de la vérité puisque cette place était le jardin du couvent des Trinitaires.

C’est Kévin et Roxane, une spécialiste de l’aménagement du territoire qui vont guider notre petit groupe. Roxane va nous aider à décrypter le paysage tout au long de la marche. Paysage que l’on va vite découvrir très varié.

Première étape, rejoindre le RaVel en traversant le village. Audregnies a gardé tout son cachet de hameau champêtre : anciennes fermes, vieilles bâtisses de briques et murs du même acabit… un peu de pierre bleue pour les constructions les plus prestigieuses… ce qui se dégage du village, c’est une impression d’harmonie et de grand calme.

Nous atteignons la piste du RaVel qui longe le bois de l’Hermitage et un des nombreux ruisseaux qui parcourent la région. Nous quittons la piste pour les bois et nous voilà soudainement entourés d’arbres, après avoir profité quelques instants du bois, nous débouchons sur une chapelle Art Déco dédiée à Sainte-Thérèse de Lisieux. Chapelle qui semble encore bien utilisée, vu les nombreuses offrandes.

Aussi vite que nous sommes entrés dans le bois, nous en voilà ressortis pour nous retrouver à nouveau au cœur du village. 20 mètres à droite de l’Eglise Saint-André, on trouve un sentier qui mène vers une des curiosités du village : la cascade du Moulin d’Audregnies. Alimenté par la Petite Honelle, le moulin a fidèlement rempli son office pendant de nombreux siècle. Aujourd’hui, il a perdu sa roue et il ne reste plus que ses ruines et son impressionnant déversoir. Un lieu plein de poésie à ne pas rater.

Nous retraversons le village, sans oublier d’emprunter la ruelle Faveresse, une rue étroite, bordée de hauts murs de briques, qui donnent pour quelques mètres, l’impression d’être au Moyen-Âge.  Pas à dire, ce village ne manque pas de charme !

Champ de blé et champ de bataille

Nous repassons brièvement par la Place pour prendre littéralement la clé des champs, à travers de petites allées champêtres et arriver à la sortie du village. Ici, le paysage est complètement différent. Plus de bois mais des champs. Le paysage est complètement ouvert, doucement vallonné… Roxane va nous mettre à contribution : avec une autre marcheuse, je me porte volontaire pour dessiner le paysage sur une plaque de verre. Une bonne vieille technique de dessin, finalement et qui vise à mieux prêter attention à ce que nous voyons.  D’ailleurs, c’est assez comique de voir que toutes les deux, nous avons une perception des choses différentes. Alors que mon premier réflexe est de dessiner les reliefs (j’imagine pour structurer et donner une échelle au dessin), ma co-dessinatrice voit les détails en premier… comme les piquets de clôture qui rythment le bord des champs.  Une fois l’opération terminée, Roxane va se servir de ce que nous avons retenu sur le dessin pour nous conter le paysage…

Il y a d’abord les ondulations, les champs, les toits rouges des maisons, les boisements et au loin, une fine ligne vert sombre qui trahit les arbres qui poussent le long d’une rivière. L’endroit où nous admirons le paysage n’est pas anodin non plus : nous sommes sur le tracé d’une ancienne chaussée romaine qui reliait Bavay à Blicquy, un peu plus loin dans le Hainaut, avant de bifurquer vers le nord de la Belgique : la Chaussée Brunehaut. Derrière nous, s’élève les vestiges d’un moulin à vent : le Moulin Moustache. Comme le moulin à eau qui a perdu sa roue, lui a perdu ses ailes… Et un peu plus loin sur la chaussée, une série de petits pylônes et de grands mâts trouent le ciel gris. Au sommet des mâts, les drapeaux belge, français et britanniques claquent dans un vent qui annonce la drache d’orage. C’est ici que passait la ligne de front de la Bataille d’Audregnies. Le 24 août 1914, 4000 soldats britanniques tenteront de s’opposer à 12.000 soldats Allemands.  Ordre est donné au régiment des Cheshire de résister pendant que d’autres se replient. Des 1000 soldats du régiment, seuls 200 survivront à l’attaque. L’interprète français du régiment y mourra aussi.

Et le destin aura voulu que nous soyons la veille de l’anniversaire de cette bataille… Le ciel se met soudainement à pleurer toutes les larmes de son corps, comme pour anticiper tous les chagrins qui s’y sont produits et dont on se souviendra demain. Car le souvenir, c’est tout ce qui reste à défaut des survivants pour raconter cet épisode de la guerre. Nous regagnons donc le village, trempés mais contents de la sacrée balade qu’on vient de faire.

Pour aller plus loin : Montignies-sur-Roc, Roisin et le Caillou-qui-bique

Les Hauts-Pays, c’est aussi le siège d’un des plus beaux villages de Wallonie : Montignies-sur-Roc et de la Brasserie de l’Abbaye des Rocs, qui s’est fait une superbe place scène brassicole belge.

Et n’oublions pas non plus les villages de Roisin et d’Angreau. L‘attraction de la région, c’est le « Caillou-qui-bique », un étrange rocher qui semble se trouver là comme par magie. Niché dans le bois d’Angre, et baigné par la Grande Honelle, c’est un endroit enchanteur et si vous venez au printemps, vous y verrez fleurir toute une quantité de jonquilles (attention, la cueillette est règlementée). Ce n’est donc pas une surprise qu’il ait séduit un poète : Emile Verhaeren. L’auteur des « Villes tentaculaires » y viendra pendant 15 ans, entre 1899 et 1914, pour s’y détendre et s’y ressourcer mais aussi y recevoir ses amis et ceux de Marthe, sa femme, qui était aquarelliste. Vous y trouverez un buste à son image et une dalle gravée d’un poème. Pour les plus passionné, un espace muséal Emile Verhaeren lui est dédié à Roisin.

Pour aller plus loin
Comment se rendre dans les Hauts-Pays ?

Quiévrain sera votre porte d’entrée. C’est la gare terminus de la ligne de train Bruxelles-Mons-Quiévrain. Pour vous rendre à Audregnies, prenez le bus 7 pour Mons.

Pour le Caillou-qui-Bique et Roisin, prenez le bus 29 en direction de Roisin. Arrêt « Caillou-qui-bique » à Angreau et terminus à Roisin.

Notez que le Parc Naturel des Hauts-Pays vous propose plusieurs balades Cirkwi à suivre en autonomie avec ou sans l’application.

Visit Mons a aussi élaboré des circuits vélo à travers les villages d’Honnelles sur les traces d’Emile Verhaeren et une grande boucle épicurienne qui traverse quasi tout le territoire des Hauts-Pays.

Et bien entendu, le RaVel, avec la ligne 98A qui vous conduira de Dour à Onnezies.

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