C’est toute une journée de route qui nous attend pour rentrer vers Kampala, la capitale ougandaise, depuis Bwindi. Je continue de dévorer les paysages autant que je peux. Ce sera notre dernier parcours et qui sait quand je reverrais toutes ces scènes. D’abords, nous finissons de redescendre de la montagne où tout est vert avant de rejoindre la plaine, écrasée de soleil et rouge comme la terre d’Afrique. Et une fois arrivés sur la route qui relie Kampala, ça va tout seul : pas de travaux ou de gros nids de poule.

Avant de rejoindre la route principale, Michael nous a réservé une surprise : nous allons passer par chez lui ! Il tient à nous faire visiter sa maison, résultat de sa sueur et de son sang. C’est que Michael a une histoire assez extraordinaire. Quand on voit cet homme doux à la voix posée et passionné par les oiseaux, difficile d’imaginer qu’il fut un adolescent soldat. Enrôlé volontairement dans l’armée pendant la guerre civile, Michael a vu et fait des choses qu’aucun enfant ne devrait voir ou faire mais il s’est reconstruit, via le tourisme ‘je vous invite d’ailleurs à lire l’article que Karine, journaliste qui participait au voyage, a écrit à son sujet). Dans son village, il a donc fait construire sa maison, surtout pour sa maman, avec évidemment un lopin de terre où pousse une foule d’arbres fruitiers et même des caféiers !  Je le verrais bien ouvrir une chambre d’hôte dans son village, Michael.

Nous allons également assister à une scène touchante. Au détour d’une rue, notre second guide se précipite hors de la jeep et court comme un fou directement vers un homme qui écarquille les yeux de surprise. Lui aussi se précipite et la collision est tellement forte qu’il finissent tous les deux par rouler sur le sol. En se relevant, ils s’étreignent longuement en riant : cet homme, c’est un cousin plus vu depuis longtemps. La scène est tellement émouvante que j’en ai les larmes aux yeux. Quelques minutes, le temps d’échanger des nouvelles rapidement et notre guide est de retour, avec un sourire jusqu’aux oreilles. Ça aussi, c’est l’Ouganda !

Mais avant de partir, nous aurons la vision la plus insolite qu’il nous aura été donné de voir en Ouganda. Plus effrayante qu’un lion qui vous chargerait, plus impressionnante qu’une troupe d’éléphants qui passerait devant votre jeep : ces centaines de grosses chauves-souris qui volent en plein jour ! Il y en a tellement que le ciel en est obscurci !  C’est vraiment très, très étrange. Et franchement flippant.

Sous l’Equateur, exactement !

On trace tranquillement vers le sud-est, à travers différents villages. Jusqu’à ce que nous tombions sur une petite attraction touristique, mais finalement pas des moindres pour un voyageur : le passage de l’Equateur. Au bord de la route, des deux côtés, un cercle marque l’endroit précis où se situe l’équateur. Pour n’importe quel voyageur, c’est tout de même un moment émouvant de se trouver là. Il y a de ces points géographiques (l’équateur, les tropiques, les pôles, le Méridien de Greenwich, la ligne de changement de date…) invisibles mais qui aident à mesurer la Terre, qui servent de jalons aux voyageurs. On fait la file devant le monument pour prendre un selfie et je n’y échappe pas : c’est le genre de moment qui doit être immortalisé.

Evidemment, une foule de petites boutiques et de petits restaurants ont ouvert autour du monument. C’est l’occasion de se rafraîchir, de manger un morceau et peut-être d’acheter quelques souvenirs (garder l’œil ouvert pour détecter le vrai artisanat du faux).

Kampala et le Cassia Lodge

En fin d’après-midi, nous arrivons dans les faubourgs de Kampala, l’entrée en ville dure longtemps. Les maisons se font plus nombreuses, le trafic plus dense. Adieu la nature, c’est l’Afrique urbaine qui lui vole la place et nous nous faufilons à travers les artères pour arriver à notre hôtel. C’est le retour d’une foule de voitures, de boda-bodas en tous sens et des marchands de rue, Tout et n’importe quoi se négocie le long des voiries : les poissons du lac fraîchement pêchés alignés bien sagement sur les étals, des grillades, des fruits pu des légumes, des boissons fraîches…

Le Cassia Lodge est situé en hauteur, dominant l’énorme ville. C’est un hôtel tout ce qu’il y a de plus classique, confortable avec une belle piscine et une terrasse qui permet de s’en mettre plein les mirettes. Au loin, le Lac Victoria, le plus grand lac d’Afrique. On y distingue quelques îles… et sans doute les côtes tanzaniennes. L’esprit vagabonde et se transporte déjà ailleurs rien qu’à regarder cet horizon ! Du côté des chambres, c’est un hôtel bien tenu. Les chambres sont spacieuses, claires, confortables et comme l’hôtel est un dehors de la ville, un bar et un restaurant sont présents sur place, ça aide.

Cassia Lodge

Plot 15, Buziga, Buziga Rd,

Kampala

Les ambitions de l’Ouganda

Cet étape à l’hôtel sera de courte durée, un répit avant d’aller assister à une soirée organisée par l’ambassade de France en l’honneur de la semaine de la Francophonie. C’est Madame l’Ambassadrice qui reçoit et non, je n’ai PAS vu de Ferrero rochers (sans doute les trouverait-on à l’ambassade italienne). Entre deux petits fours, et deux sollicitations d’interviews, nous aurons l’occasion d’aller voir les stands de produits et d’artisanat ougandais soigneusement sélectionnés. Je repars avec des tissus, du miel et des épices.

Le lendemain, Emma et moi avons un court rendez-vous à l’ambassade belge, histoire de saluer et de remercier l’ambassadeur pour son soutien à l’opération. Evidemment, à petit pays, ambassade modeste : elle est située dans un gratte-ciel du centre des affaires de Kampala et c’est une petite équipe qui y travaille. J’ai l’impression d’y retrouver le sens de la convivialité de notre royaume fritier. Nous sommes rapidement introduites dans le bureau de l’Ambassadeur, qui nous met très vite à l’aise. On se serre les mains, des remerciements et impressions sont échangés, on prend la pause pour la photo-souvenir. En un quart d’heure, l’affaire est réglée et nous voilà ramenées à l’ambassade de France pour un débriefing complet de ces 9 jours sur les route d’Ouganda avec l’Ambassadrice de France. Il y a beaucoup à dire.

Le pays aimerait se retrouver sur la carte des destinations africaines qui attirent une riche clientèle, comme la Namibie ou le Botswana mais je me demande si ce n’est pas un peu ambitieux pour un pays qui commence à se positionner sur le grand échiquier du tourisme. Cette clientèle visée est exigeante, pointilleuse et l’Ouganda est encore en phase d’apprentissage. Ne vaut-il pas mieux se faire la main avec du tourisme « middle-market » afin de former du personnel, mais aussi des canaux de formation ? Et l’Ouganda est vraiment fait pour l’éco-tourisme avec une nature et des paysage tellement divers qu’il y a de quoi faire bien des jaloux. Malheureusement, les intérêts miniers et pétroliers et la demande et le financement du développement sont des intérêts qui entre en conflit avec la protection de cette richesse naturelle qui est pourtant LA raison principale de faire venir des touristes. Sans une protection efficace de cet environnement exceptionnel, les efforts de ce pays seront vains en ce domaine. Mon réalisme, et l’importante présence chinoise que nous avons pu observer durant le voyage, me font dire que ce seront certainement les seconds intérêts qui sortiront gagnants.

Le marché de Kampala, tourbillon de sensations

Pourquoi vous ne verrez pas de photos du marché de Kampala
Afin d’être plus discrète, j’avais décidé de me passer de mon appareil-photo lors de notre promenade au marché de Kampala. J’avais un smartphone de compète qui pouvait faire de chouettes photos, c’était bien assez… Jusqu’à ce que je me le fasse voler à l’aéroport de Bruxelles, alors que j’attendais mes bagages. Il aura suffi de quelques secondes d’inattention. Normalement, ma galerie photo est synchrone avec mon compte Google mais vue la connexion limitée en Ouganda, elles n’ont pas eu le temps d’être sauvegardé. A vous de laisser voguer votre imagination au fil des mots. Et à moi de vous raconter au mieux !

Avant de quitter l’Ouganda, il serait quand même dommage de ne pas voir un peu de Kampala avant de partir. Pour le moment, nous ne l’avons aperçue qu’à travers les vitres de nos véhicules. Comme c’est l’heure de dîner, pourquoi ne pas se rendre au marché de Kampala pour y manger un dernier « rolex »  (synonyme de « rolled eggs », des œufs battus cuits à l’intérieur d’un chapati) ? On a du un peu insister mais enfin, on acquiesce à notre demande. Le groupe se scinde en deux. Les plus fatigués préfèrent se détendre dans le centre commercial, les autres vont suivre notre guide à travers le dédale du marché. Il est en fait plutôt bien caché, juste derrière le centre commercial justement, dans ce qui semble être une immense cour. La foule est dense, mais d’un calme plutôt impressionnant vu le nombre de gens et les étals regorgent de bonnes choses : manioc, carottes, poivrons, plantains, bananes, avocats, mangues, oranges, citrons, viande, poisson… On se fraie un chemin à travers tout ce monde. Nous sommes les seuls muzungus du marché et on s’attendait à ce qu’on essaie de nous accoster à tous les étals pour nous vendre quelque chose, mais non ! Nous sommes des badauds comme les autres. Je m’arrête un moment pour admirer quelques belles oranges. Voyant mon regard, la jeune maraîchère me demande si je veux acheter. Je lui souris en répondant que c’est gentil, mais que malheureusement, non. J’admirai seulement la beauté de son assortiment. Pas d’insistance, la maraîchère me souhaite une bonne journée et on se sépare avec le sourire.

Enfin, après notre petit tour, nous arrivons au coin où sont préparés les rolexes. On passe les commandes (on peut choisir son accompagnement de tomates, de champignons, d’oignons, d’herbes…) et on patiente. Du coup, je prends le temps d’observer tout ce qui se passe : la pénombre de ce coin étroit du marché, la fumée qui sort des grills, les odeurs d’œufs qui cuisent, la chaleur des fourneaux, la sueur qui perle sur les peaux, les bruits mélangés d’une langue inconnue avec les « pscccccchhhhhhhhh » des cuissons en train d’être réalisées, les visages furtifs des gens qui passent, les sourires d’un groupe de mecs qui chambrent un peu notre guide… On pourrait y passer des heures et des heures. Enfin, nos rolexes arrivent au fur et à mesure. Y’a plus qu’à manger ce snack plus que consistant ! On embarque le tout et rejoignons les voitures, c’est qu’on nous attend pour prendre le chemin de l’aéroport.

Dernière soirée ougandaise au ViaVia Entebbe

Avant d’aller à l’aéroport, nous allons visiter un dernier lieu… et pas des moindres. Dans la ville d’Entebbe, où se situe l’aéroport, trois Belges, Pieter, Lobke et Steven ont ouvert une auberge/bar/resto sous la marque ViaVia. ViaVia, je le connais bien puisque j’ai assidûment fréquenté leur café à Bruxelles et que j’ai croisé leurs auberges à Valparaiso et à Yogyakarta. Je ne savais absolument pas qu’il y en avait une ici, jusqu’à ce que l’attaché de l’ambassade belge ne nous fasse rencontrer Pieter à la soirée de la veille. Il tenait à nous inviter pour nous faire passer le temps agréablement avant de partir. Nous arrivons donc à l’établissement au moment du coucher du soleil et même nos agents de voyage sont bluffés ! L’auberge est installée dans un petit parc arboré. Situé sur petit promontoire, le bar-resto domine un petit étang. Comme la soirée est déjà avancée, on a déjà allumé les loupiotes. C’est joli, bohème, on s’y sent bien.

On nous fait aussi visiter les logements et il y a un peu de tout : des dortoirs, des chambres privées très simples mais aussi, des chambres plus luxueuses soigneusement décorées avec des tissus locaux et des objets artisanaux. Bref, c’est l’endroit vraiment parfait pour se remettre d’un long vol jusqu’en Ouganda ou pour reprendre des forces après son périple et repartir au pays. Nous

La soirée sur la terrasse du ViaVia permettra de terminer ce voyage en Ouganda de la plus belle des manières : entourés de visages souriants et des bruits de la nature.

Pour couronner le tout, à l’aéroport, nous apprenons que nous sommes upgradés en éco premium sur notre vol Brussels Airlines et nous voilà emmenés direct au lounge de l’aéroport. On a déjà tellement mangé qu’on peut en fait à peine en profiter. Cette petite faveur va atténuer un peu la tristesse qu’on ressent en quittant l’Ouganda.

ViaVia Uganda Entebbe

Kisalu Road – Katabi

P.O. Box 596 Entebbe

L’Ouganda, la perle de l’Afrique

Ce pays m’aura touché en plein cœur. Certes, il y a des obstacles au voyage en toute autonomie (l’état des routes), ce n’est pas une destination bon marché (même si elle reste moins chère que certaines destinations africaines prisées) et ne parlons pas de la criminalisation de homosexualité. Il faut avoir de la patience, et accepter dès le départ que tout ne se déroulera pas comme on en a l’habitude en Occident. Il faut se rappeler que l’Ouganda est un pays en développement, qui plus est sortant d’une guerre assez récente et très franchement, les Ougandais peuvent être fiers du chemin déjà accompli. A côté de tout cela, nous y avons trouvé des paysages de cinéma (en fait, je suis persuadée que le Wakanda de Black Panther, c’est ici!), des montagnes, des savanes, des jungles, le plus mythique des fleuves de la Terre y prend sa source, un lac si grand qu’on croirait voir la mer. Evidemment, il y a aussi cette faune incroyable, qui combine les grands mammifères des savanes de l’Afrique de l’est avec les primates des forêts équatoriales et des montagnes. A une exception près (les rhinocéros qui sont en phase de réintroduction), les « Big Five » sont présents. Les amoureux des oiseaux seront au paradis. C’est évidemment moins spectaculaire qu’une girafe ou qu’un élément mais la richesse ornithologique de l’Ouganda en font une des plus importantes au monde. Et puis il y a les Ougandais. Accueillants, rieurs mais aussi très « laid-back ». Avec ses cultures et ses religions différentes, c’est un véritable pays mosaïque qui s’offre à vous et je suis persuadée que comme moi, le jour où vous quitterez l’Ouganda, il restera pour toujours dans un coin de votre tête et résonnera comme un appel permanent, un chant des sirènes… le chant de la Perle de l’Afrique.

Ce voyage en Ouganda a été organisé en collaboration avec l’Uganda Tourism Board, l’Association of Uganda Tour Operators, l’Ambassade de France en Ouganda, l’Ambassade de Belgique en Ouganda et Brussels Airlines. Les opinions de l’auteure lui restent propres, malgré le nombre de Nile Beers ingurgitées.
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