Visiter les villes, c’est bien mais quand un pays comme la Lettonie est largement campagnard et forestier, explorer cette facette du pays, c’est mieux! Et ça tombe bien : Cesis est juste aux portes du Parc national de la Gauja, le plus célèbre du pays. C’est aussi le plus ancien et un immense espace naturel rempli de sapins, de bouleaux, de marais, de falaises, le tout traversé par le fleuve Gauja.

Les Lettons ont une relation spéciale avec la nature. Comme les Estoniens, ils furent les derniers des Européens a être christianisés (par la force, lors des croisades livoniennes) et il suffit de voir les fameux symboles lettons qui nous sont parvenus malgré tout, pour voir que la religion qui précédait les christianisme était un culte de la nature : le soleil, la lune, le chêne, le tonnerre… Certains rigolent même en disant que ces deux pays sont en fait « restés païens ». Que ce soit côté mer, avec une longue côte, ou côté forêt, avec un intérieur très boisé, il est facile de se perdre dans la nature et de s’y retrouver seul.e. Et depuis Cēsis, il suffit de sortir de la ville pour y être !

Mais que diriez-vous de faire une promenade dans les bois et d’y admirer des oeuvres d’art ? C’est ce que l’on trouve dans la section du Parc National de la Gauja tout près des falaises rouges de Sarkanās : installations, sculptures, peintures résistantes aux intempéries… c’est une galerie à ciel ouvert qui se présentent à nous. Et c’est étonnant ! La brume, les nuages bas, la météo froide et chagrine, tout celà contribue à donner un air mystérieux, à la fois inquiétant et ensorcelant aux lieux. Tout est vert foncés, gris ou brun. Quand ils n’y a pas d’oeuvres d’art, seules les dernières baies rouges qui s’accrochent encore à des buissons dénudés donnent un éclat de couleur vive au paysage.

Juste à côté, un sentier vous emmènera vers ces fameuses falaises, c’est comme un canyon américain en miniature avec cette couleur rouge orangée et ces formes ondulées dues à l’érosion par l’eau. D’ailleurs, les falaises cachent de nombreuses sources d’eau potable donc celle de Rūcamavots. Et vu le nombre de gens venus pour remplir leur bidon d’eau, elle doit être bien bonne !

Rejoindre le Parc National de la Gauja
Deux options : le train (ligne de Valka/Valga qui passe par Sigulda, Cēsis et Valmiera, villes points d’entrée du parc. Vous pouvez même y embarquer vos vélos.

En bus : les mêmes villes sont desservies par les bus par contre, se retrouver dans le parc même demandera au moins un vélo dans la plupart des cas. Plus d’infos ici : https://www.entergauja.com/en/enter-gauja/getting-here

Le sauna version lettone, avec Ziedu Pirts

La culture du sauna n’est pas uniquement finlandaise, on la retrouve tout autour de l’arc nord-est de la baltique et en Lettonie, l’affaire est prise très au sérieux ! Dans la campagne en dehors de Cēsis, notre mini-van s’arrête en rase campagne devant une maison. Dans une grande pelouse, nous apercevons un joli petit immeuble hexagonal et un étang : bienvenue chez Evija, sauna master et son sauna aux fleurs : Ziedu Pirts !

Dès que je l’ai vue, cheveux blonds lâchés, grand sourire aux lèvres, pieds nus, nous attendant sur le pas de son sauna en petite robe alors qu’il devait faire un ou deux degrés dehors, j’ai su que nous allions passer un moment inoubliable. Elle nous invite bien vite à rentrer dans son cocon douillet et dédié au bien-être. A l’intérieur, il fait bon et chaud, de gros canapés et fauteuil ainsi que du thé, n’attendent que nous. Nous prenons place pendant que Evija nous parle un peu de son parcours et de son sauna. Souhaitant alliez le bien-être mental au bien-être physique, cette diplômée en psychologie décide d’entamer un cursus de « sauna master ». Pendant trois ans, elles suivra le cursus de « sauna master » avant de se lancer et de construire sa cabane. La particularité de son sauna, c’est sa cheminée qui donne à la fois sur la pièce d’accueil mais qui chauffe aussi le sauna lui-même. Elle nous explique aussi toutes les étapes que nous allons parcourir et que comme elle travaille aussi l’esprit, il est possible que nous soyons bousculées, voire bouleversées pendant la séance.

Première étape : nous déshabiller pour être à l’aise. Comme nous sommes nombreuses, Evija nous fera entrer deux par deux pour nous masser. Tout d’abords, elle nous invite à jeter une poignée de bois pour nous séparer de notre fardeau puis, j’entre avec mon binôme dans la sauna.

J’enlève promptement la serviette. Habituée au sauna à la nordique, je ne suis pas vraiment gênée de me montrer nue et puis, nous sommes entre femmes, nos corps ne sont qu’une simple variation sur le même thème, pourquoi en avoir honte ? Sur l’estrade la plus haute, des oreillers de saules sont disposés ainsi que des pétales de roses « Car toute femme devrait un jour, pouvoir s’allonger sur des pétales de roses » nous signale Evija. Je m’allonge donc à plat ventre, et me retrouve le nez dans les feuilles, avec un discret parfum de roses chauffées par la chaleur qui se diffuse. Avant de commencer, Evija nous raconte que nos corps, et surtout nos dos, en disent beaucoup sur qui nous sommes. Bon, jusque là, rien de surprenant mais au moment où elle se penche vers moi, elle a une réaction de surprise : « Toi, tu as un gros bagage avec ta maman. » Elle ne voit pas mes yeux s’écarquiller à travers les feuilles. « Ben, en fait oui, ma mère est décédée. » Je vous terrais ce qui s’est dit ensuite, sauf le fait que mon binôme aussi avait un dos fort révélateur : « Toi, ce sont avec tes deux parents que tu as une relation compliquée… ce n’est pas un hasard que vous vous soyez retrouvées en paire ! ». J’essaie de cacher mon trouble pendant qu’Evija me masse et me flagelle à petit coup de fagots.

Après ça, elle tend la main à mon binôme et l’emmène dehors : c’est le moment d’aller se plonger dans l’eau glacée de l’étang pendant que j’attends tranquille bien au chaud. Je l’entend crier malgré le calfeutrage du bois ! La porte s’ouvre, à mon tour : il fait déjà nuit noire et mes yeux prennent quelques secondes pour s’habituer. J’aperçois les marches pour descendre dans une eau couleur d’encre, glaciale. J’hésite, y vais doucement. Ce n’est peut-être pas la bonne solution, il faut y aller franco alors, je lâche prise et me laisse glisser. Plutôt qu’un cri, c’est un long gémissement qui sort de ma bouche. Après quelques secondes dans l’eau, Evija me tire dehors et vite, une courte douche avant de revenir au chaud et là, une fois de retour dans le salon, le sentiment est indescriptible… affalée dans le canapé, avec mon thé chaud en main, j’ai l’impression d’être littéralement droguée, euphorique, comme légèrement en apesanteur, comme si mon corps s’était délesté de pierres qu’il transportait à son insu. Celà dure dix-minutes un quart d’heure, avant de retourner sur Terre et d’être tout simplement bien, à papoter avec les autres.

Une fois tous les binômes passés entre les mains d’Evija, nous rentrons toutes ensemble dans le sauna. Il faut savoir donner et recevoir aussi, nous allons nous flageller mutuellement. Nous voilà armées de branches et à nous de stimuler, gentiment, la circulation de nos congénères. Pendant que je l’applique, je jette un regards à notre cercle de corps nus baignés dans la lumière orange du feu du sauna. J’ai l’impression de voir une scène de l’antiquité. De ce genre de scène qu’on pourrait trouver sur un vase ou dans une mosaïque. « Voilà, après ça, tout le monde dehors, vous pouvez soit vous rouler par terre dans l’herbe, soit courir 3 fois autour de la maison. » Et sous les lumières du sauna, je m’en suis donc donnée à cœur joie, pieds nus dans l’herbe humide mêlée de terre, j’ai couru. Des passants auraient pu voir un petit corps blafard et potelé sprinter comme un lièvre autour de cette cabane. Dernière étape après une autre douche, un gommage au miel et à la pulpe de fraise pour nous faire la peau douce et cette parenthèse enchantée se termine déjà. Franchement, Lectrice, Lecteur, je ne m’attendais pas à ce genre d’expérience et je peux te certifier que quand je repasse dans le coin (parce que je repasserai), j’irai me faire une séance chez Evija !

Ziedu Pirts

Auciems, Raiskuma pagasts,

Lettonie

Comment se rendre à Ziedu Pirts
Bien qu’étant dans la campagne, vous pouvez assez facilement rejoindre le sauna d’Ejija. Deux bus passent à côté depuis Cēsis : la 6280 (arrêt Auciems) s’arrête presque devant ou le 6250 (arrêt du même nom, mais à un 15 minutes à pied).

Alcool et chocolat chez Veselības Laboratorija

Cassis, myrtille, airelles, sorbier… les baies sont les fruits rois en Lettonie. Dans un climat un peu frais où l’hiver peut durer longtemps, ce sont eux qui s’épanouissent le mieux ici. On les retrouve en confiture, en coulis, en garniture dans les desserts où aromatisant le thé mais aussi… dans l’alcool! Les baies sont utilisées pour faire du vin de fruit mais aussi, des spiritueux et c’est la dernière étape de notre périple dans la région de Cēsis : la distillerie Veselības Laboratorija.

Plus qu’une distillerie, elle se considère comme « laboratoire de la santé », où l’alcool et les plantes et fruits sont appréhendés comme des médicaments plus qu’une source d’ivresse… même si on ne vous cache pas que le pourcentage d’alcool est plutôt élevé. Ici, tout se fait de manière artisanale en utilisant les fruits du coin. Les baies donc, mais aussi la pomme, la citrouille ou le coing, mais une espèce de coing bien plus petite que celle que l’on trouve chez nous, pas plus gros qu’une pomme d’api. Pendant que nous dégustons, nous sommes conviés aussi à confectionner des bonbons en chocolat, un bon complément mais attention, le tout avec modération ! Autant vous dire qu’après avoir essayé 4-5 petits shots (heureusement que nos gourmandises étaient là), c’est plutôt joyeuses que nous avons retrouvé le mini-bus ! Vous pouvez visiter la distillerie et voir par vous même comment ces diaboliques infusions, brandys et vodkas sont préparées. De mon côté, je suis rentrée avec une bouteille de liqueur aux airelles rouges (lingonberries) sensée prendre soin du système digestif, de combattre l’insomnie et la timidité.

Veselības Laboratorija

Rīgas iela 17A Cēsis, Cēsu rajons

LV – 4101

Se rendre à la distillerie
Bien qu’il existe une boutique dans le centre Cēsis, la distillerie se trouve à Livi, dans la campagne environante, où il existe un arrêt de bus. Même si vous prenez le bus, il faudra compter une quarantaine de minute (dont au moins un quart d’heure de marche). Faire la balade depuis Cēsis prend… 45 minutes, soit presqu’autant.

C’est donc avec un goût de trop peu (c’est le cas de le dire) que nous quittons la région de Cēsispour retourner vers Riga. Pendant que nous avalons des kilomètres, j’échafaude déjà des plans pour y revenir… Si j’avais alors su ce qui allait passer…

Où dormir dans la région de Cēsis et le Parc National de la Gauja ?

Kārļmuiža Manor Hotel

C’est niché dans le parc que l’on trouve ce petit hôtel aux allures de chalets. Nous sommes sur l’ancienne propriété de campagne des von Sievers, encore eux ! Les derniers propriétaires allemands du Château de Cēsis avaient acheté ce manoir. Kārļmuiža signifie d’ailleurs « le manoir de Karl » puisque c’est Karl Eberhardt von Sievers qui en fit l’acquisition. Du manoir, il ne reste rien. Il fut brûlé pendant la révolution de 1905 et jamais reconstruit. C’est le quartier des domestiques qui est devenu l’hôtel. Plus encore que des chambres, ce sont de vrais petits studios qui sont proposées. La déco un peu désuète des chambres colle parfaitement bien à l’établissement. Ce qui fait son attrait, c’est l’accueil. Lorsque nous arrivons à la réception, la patronne nous demande à chacune notre nationalité : « On a l’habitude de hisser les drapeaux de nos invités sur le porche de l’hôtel. » Ca, c’est une première et en effet, le lendemain à l’heure du petit-déjeuner, le drapeau belge flotte à côté du drapeau letton, américain, canadien, britannique et algérien. Et parlons-en du petit-déjeuner : copieux avec du pain à foison, des viennoiseries, de la charcuterie, du fromage, des airelles au sucre et du gâteau maison… Bref, c’est royal ! Pour couronner le tout, un sentier de randonnée part du jardin de l’hôtel qui est entouré par une très belle pommeraie.

Kārļmuiža Manor Hotel

Karli, Drabesu pagasts

Cēsis, LV-4139, Lettonie

Hotel Villa Santa

Voilà un lieu bien différent ! Cet ancien sanatorium a éte reconverti en boutique hôtel de luxe et c’est une belle réussite ! Déjà, la demeure est typiquement lettone : faite de bois peint en jaune, avec de grandes fenêtres pour faire entrer la lumière et de vitraux de couleurs rouges et bleues. A l’intérieur, c’est complètement contemporain par contre ! Le crème, le taupe, l’ocre et le chocolat forment la palette de couleur du lobby aux chambres. Des teintes boisées, donc. Nous n’avons pas eu la chance d’y dormir mais la petite visite guidée m’a bien donnée envie d’y séjourner. Les chambres sont spacieuses, décorées avec goût avec un gros coup de coeur pour les têtes de lit en bois blanc qui rappelle le bouleau et ornés de motifs que l’on retrouve dans les broderies des vêtements traditionnels et le carrelage « carreau de ciment » des salles de bain. Ce que nous avons fait, par contre, c’est dîner dans le restaurant de l’hôtel. Première impression, l’ambiance est joliment feutrée et le personnel, particulièrement attentif. Côté assiette, nous sommes plus du côté de la bistronomie : en entrées, des ravioles avec une sauce aux champignons, une version revisitée du canard à l’orange et en dessert, une belle île flottante. Simple, efficace, bien présenté, bon… Etant donné que l’on est un peu loin de la ville, surtout si vous êtes comme moi et que vous voyagez sans voiture. De plus, pour le standing, les prix des chambres sont vraiment abordables. Si vous souhaitez vous faire plaisir, c’est un bon plan !

Hotel Villa Santa

Gaujas iela 88,

Cēsis, Cēsu pilsēta, LV-4101, Lettonie

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