En prélude au Women In Travel Summit, les participantes à la conférence avaient été conviées à différents blogtrips et j’ai choisi de voyager vers « Cēsis, une candidate au titre de capitale culturelle européenne ». C’est là que je me suis dit que vraiment, je ne connaissais rien à la Lettonie. A part Riga et sa petite sœur de bord de mer, Jurmala, aucune ville ne me venait à l’esprit. C’était le grand inconnu ! Et à quoi pouvait bien ressembler l’intérieur du pays ? J’imaginais de grandes plaines agricoles, quelques forêts, le tout parsemé de petits villages… C’est donc l’esprit vierge que j’embarque dans notre mini-van. Vous dire que je suis excitée est un euphémisme. Ne pas avoir une idée d’à quoi s’attendre est un plaisir rare !

Après avoir quitté Riga, nous tombons très rapidement en « rase campagne » ou plutôt devrais-je dire « en pleine forêt ». La route trace à travers un massif forestier qui semble interminable : bouleaux, pins, pins, bouleaux… Un paysage qui ne changera pas pendant les 2h30 du trajet jusque la ville de Cēsis, dans le centre du pays. Emergeant du bois, la voilà enfin !

Le château de Cēsis et les Chevaliers teutoniques

Cēsis a le charme de ces petites villes qui semblent avoir été préservée des affres du temps. Comme beaucoup d’endroits des pays baltes, elle rappelle un peu l’Allemagne avec ses maisons colorées et ses toits pentus. Ce n’est pas étonnant, les germano-baltes étaient la classe dominante jusqu’au XIXème siècle et c’est leur style qui a marqué les cités plus ou moins importantes de la région. C’est l’ordre des chevaliers livoniens, essentiellement constitué d’Allemands, qui vont constituer la première vague de cette migration de masse vers l’est de l’Europe. Leur but ? Evangéliser les populations païennes de la rive est de la baltique. Ils arrivent jusqu’à Cēsis en 1208 où existait alors un fort en bois construit par les Vends. Ils les chasseront et construiront un château-fort en pierre et la ville qui se développera autour prendra le nom de Wenden. Bientôt, le château sera repris par la branche livonienne des chevaliers teutoniques et Wenden en deviendra le centre régional. Le château est à présent en ruine et c’est une bien triste histoire.

Le suicide collectif du Château de Wenden
En 1577, Ivan le Terrible, empereur de Russie, est dans une guerre d’expansion et assiège le château de Wenden. Une partie de la population s’est réfugiée dans les murs du château. Ils vont endurer 5 jours de bombardements avant de sentir la partie perdue. Ils décideront de se suicider collectivement en faisant exploser une partie du fort avec 4 tonneaux de poudre à canon. L’endroit de l’explosion est encore visible aujourd’hui.

Les ruines du château de Cēsis se visitent avec une lampe à bougie. Lorsqu’on nous les tend à l’entrée du musée, je me sens un peu mal habillée dans mes vêtements contemporains. Je me verrais plus avec une robe de bure de moniale ! Ça donne un côté mystérieux et insolite à la visite et lorsque nous franchissons le pont qui enjambe les douves et traversons la porte, on a l’impression d’être comme dans un film. De nuit, ça doit être encore plus beau et le thème de « Games of Thrones » résonne dans mon cerveau.

Si certaines parties extérieures tiennent encore bien debout, l’intérieur du château est complètement ravagé par le temps, les conditions climatiques et les pillages. Néanmoins, on peut visiter plusieurs salles, dont les appartements du Grand-Maître de l’ordre où je retrouve exactement les mêmes codes architecturaux qu’au Château de Malbork.  Ce sont les mêmes plafonds en arc brisés ! Il faut un sérieux effort d’imagination pour imaginer la magnificence d’alors !

Laissé à l’abandon après l’explosion, il ne sera jamais vraiment reconstruit. A l’emplacement de l’ancien corps de garde, un « Nouveau château » sera édifié en 1760. Ce sont donc deux châteaux côte à côte qui sont les ornements de la ville. Mines d’information pour les historiens et archéologues, ils sont parmi les lieux les plus visités de Lettonie.

Le Château-manoir des von Sievers

Karl von Sievers, un noble germano-balte au service de la Russie devient propriétaire des terres des châteaux de Cēsis en 1777. Les ruines vont saisir l’imagination de son descendant, Karl Gustav. Nous sommes à l’époque du romantisme et voulant mettre ces beaux restes en valeur, il ordonne de créer un parc paysager et un étang où se reflètent les ruines, lui donnant son aspect actuel. Il va également faire surélever la tour collée au manoir, lui donnant son look néo-gothique, très en vogue au milieu du XIXème siècle. Les von Sievers habiteront Cēsis jusqu’après la première guerre mondiale. La Lettonie ayant accédé à sa première indépendance, elle expropriera de nombreux germano-baltes, qui étaient perçus comme des colonisateurs, dont les von Sievers.

A présent, ce château-manoir de style pseudo-gothique est un musée qui donne une belle idée de la vie d’un aristocrate du XIXème. Des cuisines laissées en état dans le bas du château aux appartements des von Sievers en haut et notamment, le superbe salon d’hiver avec vue sur les ruines du vieux château, tout respire un confort bourgeois. Le clou de la visite, c’est tour du nouveau château avec son gigantesque poêle en faïence et la vue qui attend les visiteurs une fois au sommet.

Cēsis, comme dans un livre d’images

En ce jour de début novembre, les rues de Cēsis sont plutôt désertes. L’hiver s’est déjà installé. Le froid et l’humidité ont saisi la terre. Alors que les arbres à Bruxelles ont encore leurs feuilles, ceux de Cēsis sont tous nus et nous déambulons dans des rues quasi vides. A côté des belles maisons de pierre de style allemand, on trouve les maisons de bois typiquement lettones, toute ont en commun le fait d’être colorées : en jaune, en orange, en ocre, en rouge, en vert, en turquoise… Le plein de couleurs chaleureuses pour affronter la longue saison froide et sombre ici en Lettonie. C’est joli comme une ville sortie d’un livre d’images mais malheureusement, nous ne nous promènerons pas longtemps, nous sommes attendues pour une nouvelle visite !

Lettonie, pays de chants, pays de musique : Vidzeme Concerthall « Cēsis »

C’est tout récemment que Cēsis a inauguré sa nouvelle salle de concert, Vidzeme Concerthall « Cēsis », un véritable lieu de culture et de vie qui combine une salle de spectacle, un lieu d’exposition, une école de musique et de chant ET un cinéma en plus d’un restaurant perché à son sommet (on en reparlera plus bas). Pour une ville de cette taille, ce type d’établissement est plutôt bluffant mais il ne faudrait pas oublier que la musique et le chant sont gravés dans les cœurs des populations baltes. Au moment de l’effondrement de l’Union soviétique, Lituaniens, Lettons et Estoniens avaient constitués une gigantesque chaîne humaine à travers les 3 pays et les participants… chantaient. Peu de temps après, ils déclarèrent leur indépendance et ce moment est resté dans l’histoire contemporaine comme « La révolution qui chante ».

C’est la directrice qui va nous faire visiter les nombreuses installations avec évidement, la superbe salle de concert toute recouverte de bois et équipée d’un impressionnant équipement qui permet de moduler et adapter l’espace au type de représentation et au public. On voit des sièges qui avancent et reculent, des scènes qui apparaissent et disparaissent… C’est plutôt ingénieux ! A l’étage, on entend des instruments de musique et un chœur de voix féminines. Ce sont les élèves de l’académie de musique qui sont en plein cours. Nous allons passer avec elles le temps d’un chant, silencieuses à l’arrière et un peu gênées de les avoir déconcentrées. Mais l’éléments qui fait plaisir à voir, c’est le cinéma. Cēsis en avait été privé pendant un moment mais la ville possède enfin à nouveau une salle, pour le plus grand bonheur des cinéphiles.

L’art des exilés au Global Center for Latvian Art

Pour continuer dans les pas de la culture, nous allons visiter le Global Center for Latvian Art, un centre artistique un peu particulier qui expose les œuvres d’artistes modernes et contemporains exilés après la deuxième guerre mondiale et/ou de leurs descendants. Rapide retour en arrière : après la première guerre, la Lettonie obtient sa première indépendance. Elle durera seulement jusqu’à la deuxième guerre. Après la guerre, la Lettonie se retrouve englobée dans l’URSS et de nombreux artistes choisirons (ou seront forcés à) l’exil tout au long de la période soviétique. Quelle expérience amère que de quitter son pays quand on ne l’a pas vraiment décidé ! Les souvenirs, traditions, les symboles deviennent donc le fil le plus important qui vous relie à vos origines. Avec le temps et l’éloignement, tout cela prend un peu un statut de mythe, celle d’une terre lointaine et idéalisée. L’un des buts du Centre est d’engager le dialogue entre les artistes lettons habitant sur place et les artistes d’origine lettone à l’étranger.

La culture, ça passe aussi par la nourriture et la base de tout en Europe, c’est le pain. Dans ces contrées balto-nordiques, les pains sont légions : blanc, complet, noir, aromatisé de carvi, de pavot ou de cumin… Il suffit de voir le buffet d’un petit-déjeuner ou d’entrer dans une boulangerie pour s’en rendre compte. C’est ce que nous avons fait à Cēsis ! Chez Cēsu Maize, on peut à la fois acheter son pain et acheter ce qu’il faut pour le faire soi-même ! Nous sommes accueillies par la patronne qui va nous montrer comment elle fabrique son pain, à la main, et ça ne prend pas des heures. Les gestes sont rapides, précis… même si la boulangère ne parle presque pas, je distingue un sourire qui se dessine souvent sur ses lèvres, surtout lorsqu’elle se retrouve entourées d’appareils-photos et de caméra qui la mitraille sous tous les angles. Je ferai pareil à sa place ! A côté de ça, on trouve aussi dans le magasin des confitures-maisons et des pâtes à tartiner. L’arrêt idéal pour ramener des souvenirs gourmands de Cēsis !

Nous prenons congé de la ville en visitant son parc le plus fameux. La ville est déjà très verte, puisqu’elle est entourée par la campagne mais en plus, elle aux portes du Parc National de la Gauja, le plus important de Lettonie, la forêt est donc à deux pas. Evidemment, en ce milieu d’automne, le parc est un peu plus triste qu’à la belle saison mais ça n’empêche pas un couple de cygnes noirs, mascottes de la ville, de glisser gracieusement sur les eaux de l’étang. Offerts par le Portugal lors d’une visite, les deux oiseaux se sont très bien adaptés à leur nouveau milieu, d’autant plus que les habitants sont nombreux à venir les nourrir de pain rassis et de graines.

Ainsi coule la vie à Cēsis, tranquille et calme. Elle semble bien loin des affres du monde et offre une bulle hors du temps à ceux et celles qui viennent la visiter. Moi, c’est certain, je reviendrai !

Où manger à Cēsis ?

On a pas mal d’a priori et de préjugé sur la cuisine de l’Europe orientale (plein de patates, plein de choux, plein de betteraves rouges, pas vraiment de sophistication… eh bien QUE NENNI ! Ce séjour à Cēsis l’aura encore prouvé. Cette ville est peut-être petite mais elle propose quelques toutes belles adresses que ne renierait pas une ville de taille plus grande. Coupler à cela un vrai souci du circuit local et du bio et une forte influence de la nouvelle cuisine nordique… et vous découvrirez vite pourquoi la Lettonie peut tout à fait s’inscrire dans un voyage gourmand !

Epikura Darzs

Cēsis a beau être une petite ville, elle a son « rooftop restaurant ». Oui, oui, dans la tour du Koncerthall, perché au 4ème étage (il n’y a pas de bâtiment plus haut que ça ici), Epikura est un restaurant qui en jette ! Vue imprenable sur la ville et ses alentours (on voit loin, la Lettonie, c’est plat), déco dans les tons jaune doré, orange et caramel qui vous réchauffe tout de suite après avoir passé la matinée dans le climat frisquet de novembre. On commence évidemment par le pain, qui n’est pas que pour faire de la figuration, il est un amuse-bouche à lui tout seul. S’en suivent un gâteau de pommes de terre et fromage accompagné d’un… et comme dessert, d’un strudel aux fruits rouges (si vous aimez les fruits rouges, les Pays Baltes sont vos amis) pas trop sucré et acidulé comme il faut… Miam !

Epikura Darzs

Raunas iela 12

Cēsis, Cēsu pilsēta, LV-4101, Lettonie

Jāņoga Cēsis

Lorsqu’on voit les deux jeunes cuisiniers qui viennent nous saluer avant d’entamer le repas, on se dit que nos papilles vont être secouées ! L’un a l’air d’être à peine sorti de l’école, l’autre a le bras couvert de tatouages. Jāņoga est le restaurant le mieux côté de la ville et on comprend pourquoi. Installé dans une grande maison en bois, l’intérieur est chaleureux et s’il faisait déjà nuit quand nous sommes arrivés, les grandes fenêtres laissent deviner que le lieu est baigné de lumière pendant la journée. Ici, on mange local le plus possible, les chefs allant s’approvisionner chez les fermiers du coin. Au menu, chacun trouvera à se satisfaire : du poisson, des fruits de mer, de la viande et des options véganes (testées et approuvées par celles qui le sont dans le groupe).

Notre repas 3 services faisait d’ailleurs la part au poisson et aux légumes d’hiver comme le navet (avec une chips de peau de poisson et de la betterave) et une ballottine de saumon accompagnée de coquillages.
Je garde en souvenir une délicieuse mousse de fromage frais saupoudré de crumble et de baies séchées, similaires aux airelles mais plus grosses, que l’on retrouve souvent dans les desserts lettons. J’ai été bluffée par le dressage, élégant et racé, mais aussi, la volonté de rester proche des saisons et de la cuisine traditionnelle lettone, tout en la modernisant. Franchement, une toute belle adresse !

Jāņoga Cēsis

Valmieras iela 21a,

Cēsis, Cēsu pilsēta, LV-4101, Lettonie

Melnais Gulbis

La culture du bon café s’est évidemment exportée jusque Cēsis (d’autant plus que la Scandinavie, qui a une forte influence sur les deux pays baltes les plus au nord) et c’est à l’enseigne du « Cygne noir » que l’on vient déguster un très bon café ! A l’origine, le patron était menuisier mais il s’est pris de passion pour le café et a décidé de suivre des cours pour mieux maîtriser les techniques de barista et de latte art afin de pouvoir ouvrir son établissement dans sa ville. Le résultat est ce petit établissement cozy, au look de salon de thé d’antan (que je préfère au minimalisme qu’on trouve souvent dans les cafés du même genre). Et quel barista ! Le patron nous fera une vraie démonstration de son talent en nous faisant à chacune un petit latte art personnalisé : une feuille, un éléphant, un cochon, un ours… le tout parfaitement exécuté et avec une gentillesse confondante.

Melnais Gulbis

Rīgas iela 20-14,

Cēsis, Cēsu pilsēta, LV-4101, Lettonie

Comment rejoindre Cēsis

Voyager vers Cēsis est on ne peut plus simple, même sans véhicule. Vous avez deux options :

En train : Le train en Lettonie est très bon marché, même si pas très fréquent (5 trains/jour). Le voyage prend près de 2h et vous coûtera 3,3 € depuis Riga. Autre ligne vers Siguida, Valmiera et Valga en Estonie.

En bus : De nombreuses lignes existent depuis Riga et d’autres villes lettones, Étonnement, c’est un peu plus cher que le train (un euro de plus que le train depuis Riga) ! Pour tous les horaires (trains et bus, consultez https://1118.lv.

Info supplémentaires : sites l’Office du tourisme de Cēsis et de l’Office du tourisme letton.

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