Cela fait maintenant quelques années que je fais un petit séjour oenotouristique : la Champagne, l’Ardèche, la Bourgogne, les vins d’Alsace mais jamais encore je n’avais mis les pieds dans la région mythique du vignoble français : le bordelais. Et pour une première, je l’aborde du côté le plus « rebelle » (si on peut l’être tant soit peu dans le coin) : Castillon. Et c’est à l’invitation du syndicat Castillon Côtes de Bordeaux que je m’y suis rendue. 

La région, et l’appellation « Castillon », sont voisines de la prestigieuse Saint-Emilion. D’ailleurs, pas mal de vignerons ont des parcelles sur les deux appellations. Je soupçonne d’ailleurs qu’ils le font pour pouvoir jouer de la tradition (et du prix) du vin de Saint-Emilion et pour pouvoir prendre un peu plus de liberté à Castillon. C’est qu’ici, le carcan des vins de Bordeaux est un peu moins serré. Déjà, le paysage est plus sauvage. On y trouve des bois, des marais, une biodiversité qu’on ne trouve pas ailleurs dans le Bordelais. Est-ce côté plus « nature » qui fait que les apôtres du bio et de la biodynamie ont pu s’y épanouir ? Je n’en doute pas.

Un peu de tout, au Comptoir de Genès

Notre premier arrêt va tout de suite nous mettre dans le bain : nous voilà au Comptoir de Genès, un véritable « Concept-store-restaurant » tenu par Anne-Marie Galineau. C’est à la fois une épicerie de village, une cave et un restaurant. Plus d’une centaine de productions, la plus large gamme de tous les cavistes en Castillon, s’y retrouvent. Il suffit de se promener entre les bouteilles pour choisir son vin, à l’aide de petites indications sur des étiquettes, à déguster avec un bon plat. Et on mange bien au comptoir ! Signe des temps, Anne-Marie a réservé une section de son magasin pour les vins produits par des femmes. Et la sélection est loin d’être maigre !

A côté de ça, Anne-Marie et son mari Vincent sont également vignerons et possèdent le Château d’Anvichar et aussi deux beaux gîtes (l’un, à côté de leur domicile et le deuxième pas très loin). Leur déco est aussi colorée et pétillante qu’Anne-Marie et évidemment, avec vues sur leurs vignes !

Comptoir de Genès

5 lieu-dit la Croix

33350 Saint-Genès-de-Castillon

Vin et cheval au Château Brandeau

Boire du vin, c’est bien. Faire des activités à côté, c’est mieux ! Et si on allait faire du cheval dans le domaine des Armes de Brandeau ? On parlait des vigneronnes, eh bien ce domaine est géré par Nathalie Lauret qui allie ses deux passions, vin et chevaux, sur son domaine. Son centre équestre accueille les amateurs et nous voilà tous prêts pour faire un petit tour dans la campagne environnante. Nous sommes équipés de bombes, l’instructeur nous présente les différents chevaux et leurs caractères et nous laisse choisir au feeling notre monture, il parait que c’est la meilleure méthode. J’ai choisi « Lady Blue », une jument d’âge mûr, de petite taille, qui a son petit caractère (bref, moi en équidé, quoi) et nous voilà en selle, à la queue-leu-leu, à se promener au pas à travers les prairies et les bois. Un très chouette moment qui se conclut par une dégustation des fruits de Nathalie, qui les aiment plutôt fruités. Particularité de ses productions : elle comporte un bon rosé, ce qui est assez rare dans l’appellation.

Armes de Brandeau 

5 Brandeau

33350 Les Salles-de-Castillon

Château Poupille, un domaine qui s’exprime  !

Je l’ai déjà souvent dit, pour une blogueuse voyage qui n’est qu’une simple amatrice de vin (qui s’améliore, je m’étonne moi-même), ce qui m’intéresse fort dans l’oenotourisme, ce sont les paysages, les histoires et surtout, ceux qui font le vin alors au Château Poupille, nous sommes servis ! C’est Philippe Carille qui est à la tête du domaine, un domaine certifié bio depuis 2008 mais Philippe pratique depuis la fin des années 90. Il va nous faire visiter sa cave ultra-moderne. Particularité ? Ses barriques sont chauffées à la manière des Mouton-Rotschild. Le domaine travaille en économie énergétique grâce au photovoltaïque et le chauffage se fait grâce aux sarments de vigne. C’est que Philippe n’a pas la langue dans sa poche. Sociable, volubile, avec des positions bien arrêtées, il est intarissable sur un métier qu’il adore et nous aurons eu l’occasion de bien en discuter autour d’un repas organisé chez lui. Evidemment, une dégustation de ses crus était prévu et ce qui ressort de tout çà, c’est le côté intense que prend le merlot. Si on aime ce cépage (ce qui est mon cas), on ressort de la dégustation ravie.

Château Poupille

2 Lieu-dit Poupille

33350 Sainte-Colombe

Noblesse oblige, au Château de l’Aiguilhe

Parlant de beaux domaines et d’hommes qui sont derrière, un des plus beaux domaines de Castillon est sans doute le Château de l’Aiguilhe. Non seulement, il s’agit d’un paysage d’exception, avec de beaux coteaux, les ruines romantiques d’un ancien château mais le Comte Stephan von Neipperg, propriétaire du domaine, est tout aussi intéressant. Issu d’une famille noble allemande qui est impliquée dans le vin depuis 800 ans, il mène d’une main élégante une série domaines, dont celui-ci. C’est d’ailleurs lui qui nous accueillera dans le parc du château. Si les ruines dominent le parc, l’essentiel se passe dans un corps d’une ancienne exploitation agricole. Le château a malheureusement été victime d’un incendie en 1908 et ce qui restait a été pillé par les habitants du coin. Il ne reste plus que des biquettes qui servent « d’agentes d’entretien » contre les mauvaises herbes. Le Comte ne sait d’ailleurs pas trop quoi faire de ces romantiques, mais encombrantes ruines.

Le domaine lui-même est exploité en biodynamie et le premier a avoir une vraie station de compostage que le Comte nous montrera fièrement ! Le chais et la cave ne sont pas en reste et c’est Magali, un des bras droits du Comte qui nous le fera visiter. Le chais est lui-même particulièrement intéressant. C’est nouveau bâtiment semi-enterré ou d’énormes cuves barriques sont disposées au sous-sol, utilisant tout simplement la gravité pour les remplir. Et comme nous étions en pleine vendanges, nous avons pu observer tout le processus ! Avec pareil domaine, pas étonnant que les vins du Château d’Aiguilhe soient excellents ! Nous allons d’abords découvrir un blanc, un sauvignon blanc d’une belle minéralité. Ce vin n’entre pas dans l’appellation « Castillon Côtes de Bordeaux » mais bien dans celle des « Blancs de Bordeaux » car seuls les rouges peuvent y figurer. Ce qui étrange car avant la grande gelée de 1956 qui dévastât le bordelais, les vignobles produisaient beaucoup de blanc. Petit à petit, le sauvignon blanc revient et certains vignerons aimeraient aussi vinifier le chardonnay. Peut-être un signe que les temps changent ?

Le rouge, comme souvent dans l’appellation, un mélange de 80% merlot et 20% de cabernet franc, est d’une belle élégance. Un vin racé qui reflette bien la terre où son raisin a poussé.

Château d’Aiguilhe

1 Aiguilhe Sud

33350 Saint-Philippe-d’Aiguille

Château Bellevue, vue de femmes

On change complètement d’ambiance au Château Bellevue ! Ici aussi, on trouve une emprunte féminine. Si c’est Céline Lydoire qui nous accueille, ce sont ses parents, Catherine et Michel qui ont acheté ce domaine plutôt haut perché. Et il mérite bien son nom : si le domaine est petit, la vue est en effet pas mal du tout sur les vignobles, surtout qu’ils portent encore leurs belles grappes bien mûres ! On travaille donc ici en famille. Le domaine est classé Haute Valeur Environnementale : un classement proche du bio, plutôt dans la veine de l’agriculture raisonnée. D’ailleurs, un sentier de randonnée part du domaine. Pourquoi ne pas le parcourir avant de se régaler d’une bonne côte de boeuf cuite sur des sarments de vignes et organisé par vos hôtes ? J’en salive déjà rien qu’à l’idée mais il n’est pas l’heure de dîner. Par contre, c’est le moment de visiter la cave et de déguster bien sûrr. Ici, nous sommes plus chez des artisans du vin, le domaine étant petit. Ce qui se dégage de la visite avec Céline, c’est qu’il y a une bonne dose d’instinct qui la conduit mais aussi une notion du plaisir de faire du bon vin sans prétention. Ici, le merlot et cabernet franc laissent aussi un peu de place au cabernet sauvignon qui donne une note plus corsée aux vins rouges de l’appellation.

Château Bellevue Vignobles Lydoire

5 Rouye

33350 Belvès de Castillon

Domaine de l’A, l’excellence !

Le Domaine suivant est, on peut le dire, un domaine d’exception. A la fois par la manière dont il est dirigé que par celui qui en est en charge. Au départ, rien n’aurait pu suggérer que Stéphane Derenoncourt ne devienne vigneron. Originaire de Dunkerque, et donc bien loin des coteaux remplis de vignes, il se prend de passion pour le vin et se forme en auto-. Le coup de foudre arrive à ses premières vendange, à Fronsac.

C’est décidé, il travaillera dans le vin ! Petit à petit, il gravit les échelons de la profession, devient maître de chais, responsable de production et enfin, ouvre un cabinet de consultance en viticulture et vinification. Sa réputation de « vigneron-consultant » n’est plus à faire et son carnet est bien rempli mais ça ne suffit pas ! En 1999, il achète un petit domaine en Castillon, il le dirigera avec sa femme Christine. Depuis, le Domaine de l’A est un des plus en vue de l’appellation. C’est un coup de coeur pour la région et son terroir qui l’on emmené ici et il nous le fera bien sentir en se baladant sur ses parcelles. On sent que cet homme est là où il doit être dans ses vignes. Le domaine est géré en bio et cette philosophie est poussée jusqu’à la gestion de déchets, non seulement pour la vigne mais aussi pour sa maison où il a installé un système de gestion des eaux usées !

La cave du domaine va aussi nous montrer à quel point Stéphane est un homme fidèle à ses idées. Il souhaitait faire une cave voutée sans apport métallique. En montrant les plans à des architectes, ceux-ci ont reculé devant la tâche. Peu importe, il allait s’adresser à des Compagnons du devoir pour concrétiser sa vision et elle le fut. Nous voilà dans une grande cave voutée, les murs renforcés de paille et de chanvre, supportant le cuvier.

Avec Christine, il va nous faire goûter son vin, il n’en a qu’une seule cuvée, mais sur plusieurs millésimes, de 2014 à 2017 et ce sera pour moi une des meilleures expériences de dégustations que j’ai pu faire puisque j’ai pu véritablement comprendre le principe du millésime, la déclinaison du même vin qui varie selon les conditions d’une année, et le temps qui passe. Un fil rouge reste à travers les vins du domaine : la finesse et la précision. Au fur et à mesure, je vais dégager deux années complètement différentes l’une de l’autre : le 2016, plus fin et en retenue, et le 2015, solaire et gourmand (mais c’est le 2016 qui restera mon préféré).

Domaine de l’A

11 Lieu-dit Fillol

33350 Sainte-Colombe

Château Beynat, ambiance baba cool

Le contraste le lendemain avec le Château Beynat est assez saisissant ! Le matin où nous arrivons trouve le domaine en pleine vendange. Il y a du monde : il fait beau, tout le monde est content et ça sent déjà la viande grillée malgré l’heure matinale ! Il règne comme une ambiance de colonie de vacances. Une colonie dont le moniteur est Alain Tourenne. C’est lui qui nous accueille et le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il sait mettre son monde à l’aise : ici, si la vigne est traitée avec sérieux (et l’exploitation est certifiée bio), l’ambiance est plutôt à la décontraction. Il suffit de voir les étiquettes des différentes cuvées pour voir qu’on est ici à la cool : blanc, rosé, cuvées 100% merlot, merlot-cabernet franc, merlot-cabernet sauvignon et même… merlot-malbec ! Un des vins les plus particuliers du domaine, c’est le « Terre-à-terre », un vin 100% merlot élevé dans des amphores de terre cuite. Du pur plaisir !

Château Beynat

23 Bis Rue de Beynat

33350 Saint-Magne-de-Castillon

A cheval sur Castillon et Saint-Emilion, Chateau la Brande et Château Mangot

Pour notre dernier domaine, nous allons faire la fête… et sortir du territoire de Castillon. Nous voilà en Saint-Emilion, terre mythique du von de Bordeaux, au Château Mangot. Et pourquoi ? Parce comme pas mal de vignerons du coin, la famille Todeschini a des parcelles sur les deux territoires et l’appellation Castillon se nomme le Château la Brande.

Chouette, on va pouvoir tester les deux labels ! Comme je le disais, c’est la fête au domaine ! Chaque année, la famille organise une journée des vendanges où les plus fidèles viennent participer, visiter et… manger ! C’est d’ailleurs le branle-bas-de-combat pour Yann et Bruno, les deux frères qui représentent la nouvelle génération de la famille : entre les vendanges, la petite sauterie et les blogueurs qui débarquent, c’est pas évident ! Mais le tout est géré avec décontraction par ces deux grands gaillards. Pendant que Karl surveille les vendanges, c’est Yann qui nous emmène visiter la cave et faire la dégustation. Les domaines des Todeschini sont en pleine transition. Ils portent déjà la certification Haute Valeur Environnementale mais sont en train de passer en bio. Leurs sols sont notamment traités avec du fumier, des plantes mais aussi avec des semis de légumineuses et de céréales. A la dégustation, les deux cuvées de Château La Brande laisse la part belle au fruit, ce sont des vins gourmands. Surtout le « Marmot » qui laisse le raisin s’exprimer pleinement puisqu’ils ne passe pas par la case « barrique en bois ».

Mais on aura encore l’occasion de les retrouver à table… l’odeur de la côte de boeuf cuite sur sarments (ENFIN, on n’y avait pas encore goûté depuis le début) nous attire vers le parc ou des tables sont disposées entre château et vignes. C’est génial ! Un moment de pure convivialité qui va me faire bien regretter de quitter le Bordelais. Dire que dans quelques minutes, je serai dans le train pour Bruxelles !

Où dormir en Castillon ?

Imaginez une belle maison du XIXème perdue au milieu des vignes ? Et imaginez que j’y ai passé deux nuits toute seule (circonstances aidant) ? La joie !!! Telle Kevin dans « Maman, j’ai raté l’avion », je me suis mise à parcourir chaque recoin de ce gîte attenant au domaine viticole du Château de Laussac. 5 chambres, 3 salles de bain, une belle cuisine, un salon gigantesque et une cave à vin (bien sûr). Ohlàlàààà ! Si la décoration reste assez classique (sauf sur le petit coin lecture à l’étage), c’est une demeure très, très confortable et vous pouvez arranger des visites du domaines facilement ! Mener la vie de château n’a jamais été aussi facile.

Gîte Château de Lassac

Cette escapade oenotouristique a été organisée par le Syndicat de Castillon Côtes de Bordeaux et Tout le vin mais l’opinion de l’auteure lui reste propres, malgré les nombreuses dégustations de divers millésimes.
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