L’Alsace, c’est la terre des marchés de Noël, de la choucroute… et de la route du vin ! C’est un peu devenu une habitude, chaque année à l’automne, je me retrouve en France à découvrir une région et ses vignobles. Cette fois, c’est au tour de l’Alsace. On connaît certes les rieslings ou autres gewurztraminers qui font la fierté du terroir alsacien mais le pinot noir n’est pas en reste… et saviez-vous que l’Alsace est au top de la biodynamie en viticulture ? C’est ce que les Vins d’Alsace ont voulu nous faire connaître.

Cave biodynamique au Domaine Léon Boesch

Avec mes complices Chez Misa, Fabien Lainé, God Bless Bacchus, Mlle boit du rouge, Nicook, Papilles et pupilles, P’teapotes, tourdumonde.fr et La valise à fleurs nous commençons notre tournée des exploitations par le Domaine Léon Boesch. Ici, on ne rigole pas : le domaine Léon Boesch, c’est 11 générations de vignerons de pères en fils qui ont construit sa réputation et c’est Mathieu, à la tête du vignoble avec son père Gérard, qui nous accueille dans une cave pas comme les autres car non seulement, le raisin est cultivé selon les principes de la biodynamie, mais la cave, inaugurée en 2010, est bioclimatique. Et on ne peut pas louper cette étrange architecture qui fait penser à une maison de lutin géante mais qui s’insère complètement dans le style traditionnel des maisons alsaciennes. Fait de bois, pierre et isolé à la paille, c’est Mathieu Winter, un architecte spécialisé dans ce type de bâtiments qui l’a conçu. Et ce ne sera pas la première fois que nous croiserons une de ses œuvres.

Pour mieux déguster les vins, nous prenons la direction des vignes du domaine. Les vendanges sont finies et il reste juste quelques grappes bien charnues, réservées pour les vendanges tardives, sans doute ? En tout cas, le millésime 2018 promet pour toutes les maisons alsaciennes. Le printemps doux et l’été très chaud a profité au raisin. L’automne suit d’ailleurs le même chemin : la météo est au grand beau et nous allons manger à la vigneronne une spécialité alsacienne : le baeckeoffe. Si tu ne le connais pas, Lectrice, Lecteur, c’est une espèce de potée de pommes de terre et de légumes garnie de gros morceaux de lard et un des nombreux plats qui tient bien au corps du répertoire gastronomique alsacien. Pour conclure, le repas, nous allons déguster un beau morceau de tarte aux myrtilles. Du soleil, du bon vin, l’estomac bien calé…et quels vins : sylvaner, gewurztraminer, riesling et pinot noir se succèdent. Que faut-il de plus ? Juste vous dire que j’ai mis une mention spéciale au Vendange tardive Grand cru Zinnkoepflé, moelleux, mais trop sucré avec le peps aromatique propre au gewurztraminer.

Domaine Léan Boesch

6 Rue Saint-Blaise, 68250 Westhalten, France

Direction les Vosges, à l’Auberge du Treh

L’après-midi est déjà pas mal avancé lorsque nous prenons la route des Vosges. Changement d’ambiance immédiate avec des collines et des montagnes couvertes de sapins. Nous arrivons à un petit chalet où nous attend notre hôte du soir, Jean-Paul, l’heureux propriétaire de la Ferme Auberge du Treh. Dans le Haut-Rhin, ça sent déjà la montagne, et pas seulement à cause des sapins. Les reliefs sont plus escarpés, les maisons ressemblent plus à des chalets de montagne, des vaches à cloche paissent dans des alpages. D’ailleurs, Jean-Paul va nous emmener voir son élevage qui broute tranquille dans les hauteurs. La plupart sont des vaches vosgiennes. De solides bovins faîtes pour le terrain difficile de la montagne et particulièrement mignonnes avec leur drôle de robe tachetée sous forme d’éclaboussure. On dirait qu’un Jackson Pollock se serait amusé à les peindre. Et elles sont particulièrement pacifiques : c’est la première fois que je peux approcher et caresser une vache sans qu’elle ne s’enfuie ou ne donne des signes de peur ou d’énervement. Si Jean-Paul élève ses vaches, c’est pour leur lait car en Alsace, nous sommes au pays du munster, un des fromages fabriqués par la ferme. Alors que le soleil se couche, nous disons au revoir aux vaches et allons prendre l’apéritif sur la belle terrasse. Une fois le soleil disparu, la température chute brusquement. Ça tombe bien, l’intérieur boisé de l’auberge nous attend pour nous servir un dîner marcaire, typique des Vosges.

Le marcaire, c’était celui qui gardait les vaches et la marcairie (on en trouve assez bien sur les hauteurs des Vosges) est le lieu où on fabriquait le fromage. Le repas marcaire est donc un solide repas de paysan de montagne et l’affronter démontre d’un estomac à toute épreuve. Au programme : une tourte au pâté de viande (BAM), suivi d’un roïgabrageldis (des pommes de terre braisées) accompagnées de tranche de porc fumée, et quand même un peu de salade verte, d’un trio de fromages fermiers (du munster sous différentes formes) et d’un dessert à base de fromage blanc et de kirsch. Bref, on n’est pas reparti de là en ayant faim. Mais les vins, alors ? Chaque vin avait été sélectionné en fonction des plats parmi la production de Klee Frères, une exploitation qui fonctionne suivant le principe la viticulture raisonnée, assez proche du bio. Le domaine des trois frères se trouve à Katzenthal (la vallée des chats), vous aurez donc compris que j’ai craqué sur l’excellent pinot gris avec sa jolie étiquette pleine de chats. 😉

Ferme auberge du Treh

Lieu dit Treh, 68610 Markstein, France

et

Klee Frères

18 Grand Rue, 68230 Katzenthal, France

Le Domaine Christian Binner et ses vins naturels

Le premier domaine que nous allons visiter le lendemain matin est celui de Christian Binner. et sa sœur, Béatrice. Son bâtiment a été lui aussi conçu par le même architecte que chez Léon Boesch. Un bâtiment de bois, tout en courbe. Ici, on travaille en biodynamie et nous aurons même l’occasion d’aller écraser un peu de raisin puisque la phase du pigeage est en cours. Le pigeage, c’est un processus d’écrasement des restes solides du raisin qui flottent sur le moût liquide. Ça peut se faire mécaniquement, mais « manuellement » aussi. Ni une, ni deux, nous sommes 5 à faire tomber le pantalon pour aller écraser un peu tout çà. C’est assez agréable. Si le raisin est froid, le moût lui, est tiède et sous mes pieds, je sens les chapeaux de raisin et les grains nous masser les cuisses. Sache donc, Lectrice, Lecteur, qu’il y aura un peu de mois dans le Millésime de Riesling 2018 du Domaine Binner ! Ce qui caractérise les vins du domaine, c’est un petit grain de folie. Premièrement, les vins du Domaine Binner sont des vins naturels et deuxièmement, leurs cuvées spéciales sont quelquefois… très spéciales, comme le Si Rose notamment, un assemblage de gewurztraminer et de pinot gris dont on a fait macérer les blancs pour obtenir un vin… orange-rose très aromatique qui m’a beaucoup plu.

Domaine Christian Binner

2 Rue des Romains, 68770 Ammerschwihr, France

A vélo, sur la route des vins d’Alsace

Un des meilleurs moyens de découvrir une terre viticole, c’est en vélo. Nous voilà donc tous en selle (électrique) pour parcourir un bout de route des vins à travers cinq villages on ne peut plus typiques d’Alsace : Kaysersberg, Ribeauvillé, Hunawihr, Bergheim et Riquewihr à nouveau au milieu du parcours. Cinq villages de carte postale avec leurs maisons à colombages et leurs ponts et fenêtres chargés de géraniums. Certains ont même conservés des remparts, comme Riquewihr. Et entre chaque village, un paysage vallonné couvert de vignes à perte de vue, et de temps en temps, un château pour surveiller tout ça. Tout cela rit sous le soleil ! Qu’on aime le vin ou pas, c’est un régal. Le sentiment de liberté qu’on ressent à pédaler dans un pareil paysage, ca n’a pas de prix.

Choucroute et pinot noir au Domaine Charles Frey

Les kilomètres, même à vélo, ça creuse ! En début d’après-midi, nous voilà arrivés au Domaine Charles Frey à la rencontre du vigneron, Dominique et de deux de ses fils, Julien et Thibault, qui vont prendre la relève. Ici aussi, l’exploitation a été convertie au biodynamisme dès 1997 par Dominique et en 2010, l’exploitation franchit un nouveau pas avec la construction d’un chai bioclimatique en bois massif, vrai signe d’engagement (une fois de plus en Alsace). Mais avant de goûter les vins, nous allons ENFIN goûter à LA spécialité alsacienne par excellence : la choucroute. Et il parait, la meilleure de toute l’Alsace, venue directement de chez Winstub Arnold (un Bib gourmand, tout de même). Moi qui ne suis pas une fan de la choucroute, j’ai tout avalé. Il faut croire que je n’en avais jamais essayée de bonne auparavant. Pendant ce temps-là, Dominique nous raconte son exploitation, nous fait visiter son étonnante cave (avec un menhir, pour l’énergie qu’il apporte à la cave) et nous fait déguster ses vins. Et là, je retiens particulièrement un délicieux pinot noir ‘F’ et un crémant plutôt vif. Ce qui frappe ici chez les Frey, c’est la passion et la connaissance encyclopédique de Dominique pour le type d’agriculture dans laquelle il s’est engagé.

Domaine Charles Frey

1 Rue du Pinot Blanc, 67650 Dambach-la-ville, France

Un Domaine qui sort des sentiers battus : Achillée

Dernière étape de notre route des vins, un tout jeune domaine qui vient à peine de sortir ses premiers millésimes : le Domaine Achillée.

Achillée, c’est l’histoire d’un domaine familial et de deux frères qui ont voulu lui donner un coup de jeune : Jean et Pierre Dietrich. Déjà sous leur père Yves, le domaine était passé en bio, puis plus tard en biodynamie. C’est en voyant ce que faisaient leurs collègues vignerons californiens et néo-zélandais que les deux frères (études d’œnologie pour Jean, école de commerce pour Pierre) sont venus avec des idées pour secouer un peu tout ça. Premièrement, la cave a été reconstruite et quelle cave ! C’est tout simplement le plus grand bâtiment bioclimatique d’Europe. Il est essentiellement fait de paille et c’est la famille et les amis qui ont mis la main à la pâte pour le construire. Et quel espace : dès qu’on y entre, on a l’impression de pénétrer dans un bar branché plutôt que dans l’espace dégustation d’une cave. Il y a un bar, des tables, un tas de fauteuil, un grand canapé, le tout ouvert sur les vignes. C’est une vraie réussite. Et que dire de la cave ? On lui a apporté autant de soin que pour l’espace dégustation et le jus de raisin s’y transforme en vin sur des notes d’électro diffusées dans toute la cave. On est tout de suite mis dans l’ambiance pour goûter les productions d’Achillée à différents stades de leur vinification. C’est le riesling et le pinot noir qui tiennent pour moi le haut du pavé. Tellement populaire le pinot noir qu’il n’y en avait plu à acheter !

Domaine Achillée

50 Rue de Dambach, 67750 Scherwiller, France

Tarte flambée et peinture au vin

Sur la terrasse, c’est autre chose qui nous attend : le chef Didier Roeckell pour nous apprendre à faire de la Tarte flambée, la célèbre « Flaemekuche ». Son restaurant de Scherwiller, A la Couronne, est connu pour en faire parmi les meilleures d’Alsace. On va donc avoir un fameux instructeur qui va nous faire la tarte de A à Z en l’espace de 20 minutes ! Après cette démonstration, c’est à notre tour d’étaler la pâte, de répartir la crème et d’agrémenter avec les oignons et les lardons, et je m’y suis collée. Disons que si je ne me débrouille pas trop mal avec la pâte, la garniture laissait un peu à désirer (bizarre, hein ?). Néanmoins, nous nous sommes tous gavés de nos croustillantes créations avant de nous asseoir à un petit atelier peinture avec Laurent Bessot, un artiste qui a la particularité de peindre avec du vin et de la bière ! Peindre avec du vin ou de la bière n’est finalement pas tellement différent que peindre une aquarelle, sauf qu’on ne sait pas vraiment quelle couleur ça va vraiment prendre une fois séché et que l’assortiment de nuance est plutôt limité. Je dois dire que cela m’a replongée dans un loisir que je n’avais plus pratiqué depuis longtemps et je me suis particulièrement appliquée comme une studieuse petite élève. 😉Et c’est en quittant des vignerons pleins de passion que nous allons rentrer à Riquewihr.

La Route des vins d’Alsace, c’est bien plus de goûter de grands crus, c’est aussi rencontrer ceux qui le font, c’est découvrir une région verte, pleine de charme. Si on associe l’Alsace avec les vins blancs et les vins mousseux, c’est surtout le pinot noir qui pour moi, a tenu le haut du pavé pendant mes dégustations et vu que le changement climatique affecte la viticulture en Alsace, il y a de fortes chances qu’il soit plus mis en valeur.

Pour résumer notre séjour, les Vins d’Alsace l’ont immortalisé dans une vidéo.

Merci à Charlotte, Tout le vin et les Vins d’Alsace pour leur invitation à ces dégustations.

Pour aller plus loin

Où dormir ?

Nous avons passé nos nuits dans le charmant village de Riquewihr, un des plus beaux villages de France et on comprend pourquoi : déjà, il a gardé ses murs d’enceinte (on pourrait même parler de ville,tant le mur est important). Deuxièmement, l’architecture et l’ambiance typiquement alsacienne (maisons à colombage, toits pentus, fleurs partout…) lui donne un air de village sorti d’une carte postale, tellement c’est joli. Troisièmement, il est entouré de vignes. Des vignes que nous pouvions voir le matin en ouvrant les tentures de notre logement, un des appartements proposés par Ies Remparts de Riquewihr. J’ai à peine pu profiter de l’appartement mais il était immense, tout confort, meublé à l’ancienne (mais avec goût). Le genre d’appartement que je révérai d’habiter.

Merci à Charlotte, Tout le vin et les Vins d’Alsace pour leur invitation à ces dégustations.