- Christiania , Danermark -

September 2013

Cap sur Copenhague – Libre comme Christiania ?

Il est de par le monde des lieux de légende, entouré de mythes et de mystères… Les rumeurs les plus folles circulent à leurs sujets, certaines vraies, d’autres pas. Il ne faut pas spécialement aller au bout du monde pour les trouver mais en pénétrer les mystères reste tout aussi difficile! Un de ces lieux de légende, c’est la Commune libre de Christiania. Prenez le métro (ou marchez) jusqu’à Christianhavn… Vous parcourrez le Copenhague classique, beau et bien rangé des voitures et puis, au détour d’une grande avenue bordée d’arbre de Prinssessegade, une arche colorée… C’est la porte d’entrée de Christiania, séparée du monde par de hauts murs.  Lorsque je franchis cette arche rouge, je me sens comme Alice de l’autre côté du miroir. A première vue, ce qu’on peut dire de Christiania, c’est que celà semble être une ancienne caserne… Et c’est bien le cas! Mais des casernes revues et corrigées par des artistes sous champignons hallucinogènes… Petit flash-back: en 71, la population des quartiers aux alentours brisent les grilles qui gardaient ces anciens baraquements, tout juste abandonné par les forces armées. Plus tard, le journaliste Jacob Ludvigsen va déclarer la commune de Christiania. Nous sommes en plein mouvement hippie et anarchiste et  ce sont ces philosophies, mêlées de collectivisme qui vont construire Christiania, communauté autogérée, basée sur le rêve d’un monde où tous pourraient participer à son élaboration.  Après plus de quarante ans d’existence, celà n’a pas toujours été facile (problèmes avec les gouvernements successifs, avec les trafiquants de drogues dures) et Christiania a été plusieurs fois menacée mais elle est encore là… Sans doute l’esprit des pionniers s’est émoussé (même si eux, sont toujours là) mais les jeunes qui tiennent à vivre de manière alternative sont bel-et-bien représentés!

Alice in Christiania

Le premier sentiment auquel je suis confronté en franchissant l’arche de Christiana, c’est l’enchantement et l’amusement. Les couleurs des peintures murales, les sculptures, les messages politiques, poétiques ou comiques (“Please, don’t leave us with the Danes!”), le spectacle des habitants des premières maisons de la commune… Puis, on s’avance vers “Pusher street”, la rue des vendeurs de cannabis. Ici, il faut se montrer discret. Une série de grands panneaux vous enjoignent de ranger votre appareil-photo, pour protéger la vie privée de tous. Après tout, la consommation de cannabis est encore illégale eu Danemark (et simplement toléré ici)… sans compter que le trafic est géré par des gangs!  Pourtant, à première vue, celà à plutôt l’air inoffensif: des stands colorés bordent la rue: herbe, cakes, pipes… toutes les déclinaisons du cannabis s’y retrouvent et la plupart des gens qui s’y promènent sont des touristes ou des non-Christianites. Bien que selon les “neuf lois” de Christiania, les drogues dures soient interdites je ne peux m’empêcher de remarquer que certains m’ont l’air d’avoir passé le stade de la simple fumette depuis longtemps et même si le “Green light district” est loin d’avoir l’air menaçant, certaines personnes traînant dans le coin, on eux, l’air plutôt inquiétants.  Et là, c’est la première faille dans la carapace… Un peu plus loin,je tombe sur la maison du Groenland. Le drapeau rouge et blanc flotte mollement dans l’air printanier. Christiania abrite une communauté d’Inuits. Avant de la visiter, un ancien de mon école qui y a séjourné, m’en avait parlé. Ils ont trouvé refuge ici, face aux discriminations dont ils souffrent au Danemark… mais l’alcool fait des ravages et celà n’a pas eu l’air de changer depuis sa visite. Je jette un regard discret, et aperçois des corps avachis, avec des bouteilles à proximité. Mon cœur se serre… Au fur et à mesure de la visite, un autre sentiment commence à s’insinuer: une légère pointe de paranoïa. J’ai l’impression d’être tout simplement tolérée. Comme si je visitais le sanctuaire d’une religion dont je ne ferai pas partie. C’est que Christiania a subi bien des assauts! L’intégrité de son territoire et de son âme ont été menacés bien des fois et je sens la méfiance.

Je quitte le Green light district et me laisse porter par mes boots. Sur le chemin, je croise une boulangerie, un atelier de réparation de vélos… tous les signes de la normalités qui me semble déjà presque étrange. J’arrive sur une espèce de place. C’est ici qu’est installé Café Nemoland. En fait, on devrait appeler l’endroit “Nemoland Place”. Tout y est géré par Némo: la bar, le restaurant; le snack à kebab…  Comme il est déjà midi et que j’ai à peine déjeuné, je décide de profiter de l’endroit pour casser la croûte et observer. Il flotte comme un petit air de vacances. Nous sommes pourtant lundi mais à Christiania, les règles du dehors ne s’appliquent pas. Certains se dorent au soleil de mai avec leurs amis, d’autres sont plongés dans une lecture solitaire et d’autre enfin jouent aux échecs.  Je me régale de cette faune bigarrée!

Bois enchantés

Ma pita terminée, je continue ma promenade… Je passe devant quelques galeries, d’autres cafés, un énorme hangar où deux jeunes femmes transforment du métal de récupération en œuvres d’art ou en bijoux. L’art dans toutes ses alternatives est présent partout à Christiania. Que ce soit des fresques, des sculptures, du street art, du théâtre (celui de la ville libre est très connu pour son avant-gardisme), de la musique … Impossible de ne pas être en être baigné. Mais à côté de cela, on y trouve une église, et même une stupa pour arriver sur les hauteurs de Christiania, perdue dans les arbres. Il semble que ce soit le coin des familles ici! Face au canal qui borde la cité libre, des habitants y ont construits des maisons, toutes plus surprenantes les unes que les autres. Certaines ont un style nordique, d’autre ressemblent à des maisons de contes de fées, toutes ont en commun la couleur, un petit grain de folie et un jardinet. Et souvent, on y trouve des jouets d’enfants. J’ai à nouveau l’impression d’être passée dans un autre monde! Paisible et enchanté. Décidément, cet endroit suscite bien des émotions contradictoires que j’ai un peu du mal à appréhender. Et je comprends pourquoi ce coin de verdure au beau milieu de la ville a attisé les appétits de la ville et des promoteurs immobiliers. Christiania reste un des rares endroits intacts à Copenhague!

Et voilà que ça me tombe dessus… Ce sentiment d’être une Alice qui se retrouve dans un monde étrange… ce n’est par hasard… et ce ne sont pas tous les délires psychédéliques que j’ai pu voir qui l’expliquent. C’est que Christiania, dans le fond, c’est un peu un Disneyland pour les grands. Il y a presqu’autant de visiteurs, on est éblouis, on a un peu peur devant les attractions à sensation, mais on sait que ce n’est pas le réel… sauf que quand il sera temps de rentrer, les habitants de Christiania, eux, ne quitteront par leur costume. Ce Disneyland, c’est leur réel… et nous sommes leur absurdie!

Je vous le disais, de l’autre côté du miroir…

Mais pour aller plus loin, voici un petit reportage sur les derniers développement du statut de Christiania, dont les habitants sont maintenant propriétaires!

Christiania, j’ai attendu les bulldozers from IHECS on Vimeo.





  1. LadyMilonguera
    le 12.12.2017

    Je ne connaissais pas mais ça semble vraiment une chouette découverte…

  2. Melissa
    le 12.12.2017

    Oh oui… C’est vraiment unique au monde. Jusqu’à ce que les habitants ne rachètent Christiania, c’était le plus grand squat du monde!

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